Archives mensuelles : mai 2015

Les surdoués sont-ils plus sujets que d’autres aux allergies et maladies auto-immunes ?

De Claire Grand,

Une allergie est une réaction inadaptée du système immunitaire qui « attaque » un agent qui n’est pas pathogène : un aliment, une poussière, un produit, un pollen…

Une maladie auto-immune est une réaction du système immunitaire qui « attaque » un groupe de cellules ou un organe considéré à tort comme étranger à l’organisme et dangereux : les îlots de Langerhans qui sécrètent l’insuline et dont la destruction par le système immunitaire aboutit à un diabète de type 1 (insulino-dépendant), la couche de myéline qui recouvre les fibres nerveuses et dont le rôle est de protéger et faciliter le fonctionnement du système nerveux. Leur destruction cause la sclérose en plaques…

Les allergies et les maladies auto-immunes s’expliquent par la même cause : le système immunitaire trop réactif ou trop peu sélectif s’attaque à des cellules qui ne sont pas dangereuses, voire qui sont indispensables au bon fonctionnement de l’organisme.

Que ce soit de visu en consultation ou sur des sites ou forums traitant de précocité, de nombreux témoignages montrent que les personnes à haut potentiel souffrent, de façon sur-représentée, de troubles inflammatoires plus ou moins chroniques, que les médecins ne s’expliquent pas toujours, d’allergies parfois très étendues (de très nombreux allergènes et aliments habituellement peu impliqués dans les allergies), de maladies auto-immunes…

Exemples de témoignages sur cette page du forum « Zebrascrossing » : http://www.zebrascrossing.net/t7818-maladies-auto-immunes

Ou encore ce sondage, sur le même forum : http://www.zebrascrossing.net/t5400-zebres-et-propension-aux-maladies-auto-immunes

Cécile Bost évoque un lien entre haut potentiel et allergies et maladies auto-immunes dans son livre « Différence et souffrance de l’adulte surdoué ».

L’information apparaissait déjà dans un livre plus ancien (de mémoire « Doué, surdoué, précoce » de Sophie Côte, mais je ne garantis pas la source). L’auteur écrivait qu’il y aurait un lien entre la précocité et une trop forte concentration de testostérone pendant la grossesse. Cet excès de tesstostérone conduirait à mieux développer l’hémisphère droit (celui qui est souvent plus performant chez les surdoués) et sous-stimuler le thymus impliqué dans l’immunité. Cela n’a pas été prouvé, mais reste une hypothèse qui fait toujours l’objet de recherches.

L’étude décrite dans ce livre est rappelée sur le site « Planète douance » : http://www.planete-douance.com/echanges/topic/cecile-bost-difference-et-souffrance-de-ladulte-surdoue/

L’auteur du site rappelle cette étude qui date de 1982, d’après laquelle Geshwind et Behan concluaient que l’excès de testostérone passé la vingtième semaine de grossesse favoriserait l’hypertrophie du cerveau droit, des dérèglements dans le cerveau gauche, dont la dyslexie par exemple, et également des dérèglements dans le thymus qui favorisent les maladies auto-immunes.

Il est clair qu’il y a une prévalence de ces maladies chez les personnes à haut potentiel. Les allergies et maladies auto-immunes sont non seulement plus fréquentes, mais peuvent aussi être atypiques et peu compréhensibles des médecins.

Il n’est pas étonnant de trouver davantage de ces pathologies chez les personnes à haut potentiel. Non pas que l’intelligence en elle-même occasionne un stress supplémentaire pour l’organisme (quoique !), mais parce que ces personnes sont hyper-réactives. Leur système immunitaire peut lui aussi être hyper-réactif et réagir trop fortement à trop de choses, dont des substances et cellules inoffensives ou indispensables à la vie.

« La sérotonine intervient aussi dans les manifestations allergiques et inflammatoires, ce qui expliquerait les manifestations pathologiques que subissent certains adultes surdoués : allergies multiples, douleurs inflammatoires diverses, maladies auto-immunes étranges… »

(Extrait de mon article sur le sommeil : Sommeil et précocité )

Les surdoués manquent facilement de sérotonine, car leur sommeil contient beaucoup de sommeil paradoxal pendant lequel la sérotonine n’est plus sécrétée, tout en étant consommée.

En conclusion, si vous souffrez de nombreuses allergies et/ou d’une ou plusieurs maladies auto-immunes, et que par ailleurs, vous vous reconnaissez des caractéristiques typiques (hypersensibilité, pensées et questionnements incessants…), vous être peut-être surdoué.

L’indice de Manning

L’hypothèse comme quoi le taux de testostérone pendant la grossesse pourrait influencer le développement du cerveau n’est pas validée, mais aucune étude n’est encore venue la contredire.

Il semblerait qu’il soit possible de savoir si une personne a été exposée abusivement à la testostérone pendant la période fœtale.

L’indice de Manning correspond au ratio entre la taille de l’index et celle de l’annulaire. Il se calcule en divisant la taille de l’index par celle de l’annulaire. L’index et l’annulaire sont censés être de même taille chez la femme (ratio de 1 entre la taille de l’index et celle de l’annulaire) alors que l’annulaire est légèrement plus long chez l’homme (ratio de 0.96).

Des études ont montré que la taille de ces deux doigts est influencée par les doses d’hormones auxquelles la personne a été exposée durant sa vie fœtale. Il a été établi qu’une forte exposition aux œstrogènes (hormones féminines) aurait pour résultat un allongement de l’index, alors qu’une forte exposition à la testostérone (hormone masculine) serait responsable d’une longueur plus importante de l’annulaire, et particulièrement sur la main droite.

Une personne dont l’annulaire est plus long que l’index, pourrait avoir été exposée à des taux élevés de testostérone avant de naître.

En savoir plus sur http://surdoues.e-monsite.com/pages/les-surdoues-sont-ils-plus-sujets-que-d-autres-aux-allergies-et-maladies-auto-immunes.html#QDCF24IKBjF9RR9v.99

Le cartable fantastique

Voici une ressource très intéressante pour les enfants dyspraxiques

Vous y trouverez:
– des leçons et des exercices déjà adaptés dans la rubrique : Ressources
scolaires adaptées
– des outils à utiliser en classe par les élèves dans la rubrique: Outils pour l’élève
– des ressources pour adapter des contenus scolaires: Adapter pour l’élève
mais aussi des outils transversaux à installer sur le PC (agenda, ruban word, calculatrice, tests de logiciels et d’applications…)

Il s’adresse aux enseignants, éducateurs, médecins, paramédicaux (ergothérapeutes, psychomotriciens….), et parents qui accompagnent ces enfants au cours de leur scolarité en milieu ordinaire.

Il est porté par l’association Le Cartable Fantastique qui a pour objet de faciliter l’inclusion scolaire des enfants en situation de handicap, et plus particulièrement dyspraxiques.

http://www.cartablefantastique.fr

Le rôle du sommeil, Ecole des neurosciences de Paris, Ile-de-France

Le rôle du sommeil

Le sommeil a un rôle important dans la consolidation des apprentissages. On a découvert qu’en permettant à une personne de dormir, même une simple sieste, et sans ré-apprentissage, la mesure de la performance était améliorée. C’est que le cerveau travaille pendant le sommeil : il « met en ordre » les nouveautés qu’il a enregistrées, probablement en les rejouant en accéléré. Cette vitesse accélérée lui permet de détecter des régularités, d’asseoir la mémoire épisodique (celle des faits vécus), et avec les algorithmes, d’établir des généralisations, voire d’aboutir à des découvertes. Le journal scientifique Nature y avait consacré un article : nombreux sont les mathématiciens qui rapportent avoir eu au matin la solution d’un problème sur lequel ils butaient pourtant la veille – et en répétant l’expérience en laboratoire, on a vérifié ce phénomène.

Chez les enfants présentant des troubles de l’attention ou des difficultés d’apprentissage, on a vu qu’une intervention sur le temps de sommeil pouvait avoir des effets aussi bénéfiques, sinon plus, qu’une intervention pharmacologique. À l’heure où on prescrit à tout va de la Ritaline aux fameux « hyperactifs », n’est-il pas urgent de poser la question à l’envers? Si de plus en plus d’enfants sont touchés par des troubles de l’attention, c’est peut-être tout simplement parce qu’ils sont privés de sommeil.

Au final, les résultats des sciences cognitives sont extrêmement clairs sur le sujet : le sommeil a un rôle à jouer dans l’apprentissage, et il vaut mieux distribuer un peu tous les jours cet apprentissage plutôt que de le concentrer en une seule fois. Mieux vaut un quart d’heure tous les jours plutôt qu’une heure quelques jours par semaine, en particulier au regard de la mémoire à long terme. Le cerveau n’est pas fait pour n’apprendre que la moitié de la semaine. C’est là que les « serious games » pourraient jouer un rôle considérable et amorcer un cercle vertueux, notamment le week-end et en particulier dans les familles défavorisées, où en un quart d’heure tous les soirs la cognition serait stimulée plutôt que de voir l’enfant demeurer en mode passif deux voire trois jours de suite, notamment avec la semaine de quatre jours.

Les quatre piliers de l’apprentissage, Ecole des neurosciences de Paris, Ile-de-France

Les quatre piliers de l’apprentissage
Les sciences cognitives ont identifié quatre facteurs principaux de réussite d’un apprentissage : l’attention, l’engagement actif, le retour d’information, et enfin, la consolidation.

1. L’attention, un filtre qu’il faut savoir captiver et canaliser. L’attention est le mécanisme de filtrage qui nous permet de sélectionner une information et d’en moduler le traitement. Et en comprenant que pour ainsi faire elle élimine pour concentrer, on réalisera soudain la justesse profonde du terme de concentration. Le système de l’attention se décompose en trois systèmes attentionnels : l’alerte, l’orientation et le contrôle exécutif.

L’attention module massivement l’activité cérébrale : dès lors, l’enjeu essentiel pour le passeur de connaissances, qu’il soit parent, professeur ou formateur, est d’attirer l’attention sur le « bon niveau ». L’apprenant doit être alerte. Or, il existe des limites à l’attention. Tout d’abord, le filtrage implique que réaliser deux tâches simultanément est très difficile – en effet, on a observé dans le cortex préfrontal un phénomène de goulot d’étranglement. En réalité, lorsque l’on « jongle », on ne fait pas deux choses en même temps, on va simplement passer d’une tâche à l’autre, en omettant temporairement la première, et au détriment de l’acquisition de signaux.

Ensuite, lorsque l’on est concentré, les stimuli non pertinents pour la tâche en question vont tout bonnement devenir… invisibles ! Comme l’illustre à merveille une célèbre vidéo, où l’enjeu est de compter le nombre exact de passes que font les joueurs habillés en blanc.

Regardez la vidéo et en bas de cet article, je vous poserai une question

À la lumière d’une telle expérience, force est de constater que l’attention, sélective par nature, aboutit à des excès de confiance – nous serons prêts à soutenir que ce qui est passé « sous le radar » de notre perception n’a tout bonnement jamais existé. Car le clapet du filtre est en quelque sorte à sens unique. Une leçon à extrapoler dans bien des domaines de la vie.

L’enjeu donc est de bien orienter l’attention, et en cela, ce que l’on a appelé l’ « effet maître » est crucial : tel enseignant parviendra à captiver l’attention là où un autre s’enlisera, voire attirera l’attention sur des niveaux non-pertinents – et on pourra noter que c’est un écueil dans lequel tombent nombre de manuels scolaires ou de formation, où un trop-plein d’illustrations et de couleurs sont placées de manière attrayante, mais chaotique. Loin de cette overdose d’information, il s’agit au contraire de canaliser l’attention.

Le contrôle exécutif, enfin, levier de l’attention, est primordial : il s’agit d’inhiber un comportement indésirable qui ferait « double tâche » : par exemple ne pas se disperser en quittant le lieu d’activité pour aller faire autre chose, se mettre à parler à quelqu’un d’autre, etc. En cela, les progrès sont particulièrement visibles sur des enfants issus de famille dans lesquelles on n’insiste pas sur certains comportements – par exemple rester à table pour manger. Cet enseignement des sciences cognitives jette une lumière nouvelle sur la question de la discipline, mais aussi sur les inégalités entre milieux sociaux. Cela donne aussi des outils pour lutter contre ces inégalités.

2. L’engagement actif. Le principe directeur est on ne peut plus clair : un organisme passif n’apprend pas. On recherchera donc un engagement actif. L’enseignant ne peut mobiliser que si l’enfant ou apprenant se mobilisent. Or, sans tester la fiabilité d’une connaissance, on restera dans une illusion de savoir – il y a d’ailleurs fort à parier que tout un chacun soit concerné dans tel ou tel domaine. L’enfant, l’apprenant doivent pouvoir se tester. Rendre les conditions d’apprentissage (raisonnablement) plus difficiles va paradoxalement aboutir à un surcroît d’engagement et un effort cognitif, synonymes de meilleure attention.

3. Le retour d’information. L’erreur est humaine mais aussi… indispensable. Si l’activité plutôt qu’une écoute passive est capitale, elle ne suffit pas. On pense actuellement que le cortex est une sorte de machine à générer des prédictions et à intégrer les erreurs de prédictions : il lance une prédiction, reçoit en retour des informations sensorielles, et une comparaison se fait entre les deux. La différence crée un signal d’erreur qui va se propager dans le cerveau et qui va permettre de corriger et d’améliorer la prédiction suivante. Le retour d’information est donc essentiel.

Le cerveau fonctionne ainsi par itérations, avec des cycles qu’on peut décomposer en quatre étapes successives : prédiction, feedback, correction, nouvelle prédiction. On parle alors de cerveau bayésien – de l’inférence du même nom – ou statisticien. Il internalise organiquement des statistiques. Il s’agit tout simplement de continuellement corriger le tir le grâce au retour d’expérience, ce qui revient à dire que… l’erreur est fondamentale ! En effet, si les signaux d’erreur nous permettent, à nouveau, d’ajuster nos prédictions, l’apprentissage ne peut se déclencher que s’il y a un signal d’erreur, autrement, rien ne change.

Transposé à la pédagogie, cela implique que l’erreur est normale, inévitable et… fertile. À condition, impérativement, d’être d’une part activement remarquée par l’apprenant, qui loin de l’ignorer, doit la dépasser. D’autre part, pour être fertile elle doit ne pas être trop sanctionnée, le stress étant un inhibiteur d’apprentissage. Pire, un sentiment d’impuissance noierait les futurs efforts dans l’œuf. Alors pour dépasser l’erreur et parvenir au succès, quel mode optimal ? On privilégiera la motivation par le renforcement positif et la récompense – immatérielle. Bien entendu, il ne s’agit pas de « monnayer » le succès, voire de payer les enfants pour qu’ils aient de bonnes notes. Il s’agit au contraire, l’humain étant un animal social, de conclure un succès par un renforcement social: une approbation, une validation, un encouragement.

4. Consolider l’acquis. Il n’y a qu’à se remémorer nos premiers pas vers le permis de conduire pour réaliser qu’au début de cet apprentissage, il y a un effort conscient, et devant la multitude de signaux à gérer en temps réel, un sentiment de ne pas y arriver, d’être dépassé. C’est terrifiant ! Or, c’est l’exemple type de ce qu’on appelle un traitement explicite : une situation, ou plutôt un stade où le cortex préfrontal est fortement mobilisé par l’attention exécutive. Et, point culminant d’un apprentissage, l’enjeu sera d’accomplir le transfert de l’explicite vers l’implicite.

En effet, progressivement, en se transférant vers des réseaux non conscients, plus rapides, plus efficaces, le cerveau parvient à une automatisation. On libère le système du cortex préfrontal qui redevient disponible – ce qui n’est pas sans rappeler la façon dont on libère des ressources systèmes dans un ordinateur, qui au lieu d’être saturé et d’accomplir très péniblement ses tâches, permet une fois libéré de « surfer » sans encombre, sans tâches superflues en arrière-plan. On retrouve également dans notre cortex le phénomène de goulot d’étranglement, qui là encore évoque une mémoire vive informatique, une mémoire tampon qui avant de passer à la suite ne peut traiter qu’un volume donné d’informations à la fois.
Revenons sur l’exemple primordial de la lecture. L’enfant au début doit justement retenir consciemment chacune des correspondances entre les lettres et les sons, et les appliquer une par une, à la manière de nos adultes qui devaient apprendre une langue « extraterrestre ». Apprendre que le rond « o » se prononce « eau », et ainsi de suite pour chaque lettre. Et, on le voit avec les enfants dans cette phase d’alphabétisation précoce et aussi avec les dyslexiques, plus on a emmagasiné de lettres, plus on met du temps. C’est linéaire et sériel ! Or, les adultes et les enfants à partir de la troisième année scolaire n’ont plus cet effet : on va lire un mot de huit lettres aussi vite qu’un mot de trois lettres, car le traitement n’est plus sériel, mais massivement parallèle : toutes les lettres sont lues en même temps! Il est facile pour un adulte, un enseignant, d’oublier cette difficulté initiale, et de ne pas se rendre compte de ce qu’on demande à l’enfant.

Et lorsque tout le « pourcentage de ressources » de notre « unité centrale » est sollicité dans le décodage, on ne peut pas se concentrer sur le sens du texte. Le phénomène d’automatisation est donc crucial car il libère des ressources de haut niveau.

Question: avez-vous remarqué un intrus dans la vidéo ou avez-vous focalisé votre attention sur les passes des joueurs habillés en blanc?

Olivier Revol: les difficultés scolaires des enfants TDAH / HP

Certaines périodes du parcours scolaire sont plus difficile que d’autres:
Attention au redoublement!

Pourquoi le collège est un passage difficile: La pensée convergente,une règle – une réponse, est la règle du collège alors que cet enfant a une pensée divergente …

Comment expliquer les difficultés à l’école:
Le profil du TDAH et le profil de l’école compliquent cette situation inconfortable
La moitié des enfants TDAH sont en grande difficulté tant que l’on a pas compris le problème

Gestion du TDAH au quotidien, des pistes pour vivre mieux…

Article Co-écrit par Jean-François Laurent et Valérie DUBAND.

TDAH : Gestion du comportement dans le quotidien

« Plein de vie. Ce qui est sûr, c’est qu’avec un enfant TDAH, les parents n’ont pas le temps de s’ennuyer.

Je vais commencer par donner des exemples mais je ne veux pas m’étendre non plus pour ne pas donner une « mauvaise image » d’eux. Ce sont généralement des enfants certes fatigants, exaspérants par moment, à surveiller comme l’eau sur le feu… mais tellement attachants, qui ont tellement bon fond, tellement « câlin » et « je t’aime », tellement plein d’amour, que je voudrais surtout que personne ne perde de vue cet aspect là qui permet de compenser (et de supporter aussi) les moments plus compliqués.

Exemple d’un matin avant le départ à l’école :

Ça y est, il est debout. Toute la maison dort encore, mais tout le monde sait qu‘il s‘est levé. Il saute de son lit, le plancher résonne, il arrive devant l‘escalier et là, il le débaroule. Chaque marche est copieusement marquée. C‘est officiel, il est réveillé. Il cherche dans le placard ce qu‘il pourrait déjeuner. Pourtant, le gâteau prévu à cet effet et préparé la veille spécialement pour ça est là devant lui sur la table, mais il ne l‘a même pas vu. Il a trouvé quelque chose parce que vous entendez le tiroir se refermer : vlan ! Vous voilà réveillée vous aussi. Vous allez le rejoindre. Il vous accueille d‘un grand sourire et vous donne un grand bonjour bien haut et fort. C‘est sûr, les autres habitants de la maison n‘y résisteront pas, d‘ailleurs vous entendez déjà d‘autres pas dans l‘escalier.

Un grand bonjour avec un grand câlin, il se colle contre vous et vous dit d‘une voix très fier : « T‘as vu, j‘ai pas fait de bruit ». Vous oscillez, que dire devant tant d‘enthousiasme. Oui, c‘est vrai, vous le savez qu‘il ne l‘a pas fait exprès et qu‘il pense sincèrement au fond de lui avoir fait de son mieux… voilà, il a fait de son mieux. Il a certainement même fait des efforts pour ne réveiller personne.

Il a fini de déjeuner et monte se préparer pour aller à l‘école. Il a sorti trois pantalons alors que vous en aviez préparé un avec lui la veille, il faudra 10, 20 appels pour qu‘il arrive enfin dans la salle de bain pour se brosser les dents (heureusement arrive un âge où les filles peuvent être aussi source de motivation pour un garçon) alors qu‘il jouait dans sa chambre avec ses pistolets à vous casser les oreilles de bon matin avec des « pling… t‘es mort » tout en se jetant par terre en faisant une sorte de roulade…

Il est habillé : ouf ! Nous sommes à 15 minutes du départ… il faut qu‘il mette ses chaussures, il a encore le temps… 1,2,3…7,8… vous avez arrêté de compter, ça ne sert à rien, juste à vous agacer.

Son père fulmine dans la salle de bain. Vite un truc qui marche : « dis donc mon chéri, t‘es chaussé ou t‘as besoin d‘aide ? »… et miracle le placard s‘ouvre : chaussures en vue. Puis, vous l‘entendez dans l‘escalier…Met-il ses chaussures ? « T‘en es où mon chéri là ? »… et là, vous avez le magique et sublime « t‘inquiète pas maman, je vais les mettre ». Vous prenez conscience qu‘il n‘a même pas commencé.

Son père réalise aussi, vous croyez voir de la fumée qui lui sort des oreilles. Il rumine, il va encore être en retard à son travail s‘il n‘est pas prêt. « Chéri, je ne m‘inquiète pas (au point où l‘on en est ça ne sert à rien, reste encore la solution de lui mettre ses fichues chaussures… mais vous voudriez bien pour un matin prendre deux minutes pour vous coiffer… juste un peu) mais le départ est dans moins de 5 minutes ».

Et là, un grand plammm, il vient de jeter son pistolet (et oui parce malgré votre vigilance, il en avait toujours un… ou en a-t-il trouvé un autre en bas ?) mais miracle, il met son blouson… « heu, t‘oublies pas tes chaussures par hasard »… « Ah, oui, c‘est vrai ». Vous sortez les chaussures du placard, vous lui donnez et il vous dit simplement « Merci Maman, t‘es trop gentille »…

Voilà votre journée a commencé sur les chapeaux de roue.

Vous avez alors la solution de le punir, mais vous allez le punir 30, 40, 50… fois dans une journée. A quoi servent alors les punitions ?

Il faut alors adopter une autre forme d’éducation.

Une punition, c’est se tourner vers le passé, elle ne permet en rien de préparer le futur. Elle est là pour éventuellement obtenir une forme d’obéissance dominée par la peur et non par l’intelligence. Des résultats sur des enfants ordinaires peuvent être obtenus à très court terme et de manière temporaire, mais rien à long terme de positif. Sur des enfants souffrant de TDAH, elles ne fonctionnent pas et renforcent une image négative de l’enfant ainsi qu’une perte majeure de confiance en soi.

Le livre de Thomas Gordon, « Parents efficaces » est une bonne base d’éducation. Il invite à réfléchir sur la place que nous accordons à nos enfants et la manière dont nous voulons diriger leur comportement. Les enfants ne sont pas de petits monstres à dresser mais bien des êtres humains qui doivent être respectés (eux aussi !). L’idée générale est d’aider l’enfant à développer sa propre personnalité et de s’épanouir. Il n’est donc pas question de lui inculquer des choses de force mais il n’est pas question non plus de laxisme. La méthode est « gagnant-gagnant ». L’objectif visé est de faire en sorte que l’’enfant apprenne à respecter les besoins des autres et être en retour respecté lui aussi au même titre. On découvre aussi l’écoute active (manière de reformuler le besoin et de pousser l’enfant à trouver une solution qui lui est propre, action par empathie), des messages « je » (par opposition au message « tu »)…

On est donc très loin du « parent roi » ou dictateur qui décide tout et comment mais dans un axe de communication où chacun a droit à la parole en tant que membre à part entière d’une famille ou d’une communauté de vie, quelque soit son âge.

Ce que l’on retrouve généralement dans les livres est inapplicable pour vivre avec un enfant TDAH : isolement, punition, affirmation de l’autorité parentale (ou plutôt autoritarisme)… Au point que l’enfant se sent « mal aimé », « mauvais », « méchant »… Bref, il perd le peu d’estime qu’il peut avoir de lui même. Il n’existera dans ses propres yeux que par ses comportements inappropriés et négatifs. Il renforcera ainsi ses attitudes afin d’au moins exister dans les yeux de ses proches.

J’ai donc commencé au fil du temps à réfléchir ce que nous voulions pour notre famille et ce que nous ne voulions pas. Aidant certains parents, je me suis entendue expliquer comme nous avions décidé de nous y prendre… j’ai donc tenté de le mettre par écrit.

L’idée générale est le postulat suivant : « La vie de famille a de bons moments avec tous ses membres, que tous les membres de la famille y trouvent leur compte et qu’ils se sentent aimés, respectés et en sécurité au sein de cette famille. C’est un cocon, un endroit où l’on peut se dire les choses, un endroit sécurisant où les comportements ne sont pas dictés par la peur des représailles des parents, les luttes de territoire…

Comme nombreux parents, j’ai commencé par les punitions, les restrictions mais avec un enfant TDAH, que faire quand au bout d’une matinée vous en êtes à 10/15 punitions, allez-vous lui enlever tous ses jouets, le punir de tout ? Que pense cet enfant alors… que de toute manière, il sera puni ? L’isoler tout le temps… le coller dans sa chambre, le mettre au coin : combien de fois par jour, combien de temps à chaque fois ?

Que d’humiliations finalement, pour quel résultat : rien ! Ou l’inverse des résultats attendus : encore plus d’excitation pour lui, pour l’adulte punisseur, une aggravation des troubles même avec une hyperactivité plus prononcée (qui elle ressemblera d’ailleurs à l’hyperactivité purement réactionnelle), une défiance permanente…

TDAH

Changement de fusil d’épaule : si rien de tout cela ne fonctionne, parlons alors de récompense et de reconnaissance positive ou de valorisation de l’aspect positif des comportements : plutôt valoriser les réussites que de cristalliser les nombreuses imperfections !

J’ai découvert par la suite que cela s’appelait « modification de comportement ».

Alors oui, il y a des choses à faire.

Je n’ai nullement la prétention de détenir le savoir, loin de moi, cette idée. Mais plutôt l’intention de vous donner des pistes tout simplement avec certaines choses que vous adapterez aussi en fonction de vos choix et objectifs familiaux.

L’objectif de modifier un comportement est de faire diminuer ou cesser, de réduire la fréquence ou l’intensité des comportements inacceptables.

Certains utilisent des tableaux de récompenses. L’idée vous conviendra peut être. Il suffit alors de faire un tableau sur lequel on note les comportements que l’on aimerait bien voir se modifier. Un bon comportement = un point vert, un mauvais un point rouge. Au bout de X points verts (10 en général) l’enfant gagne une récompense.

Nous avons tenté. J’en suis vite revenue. Pourquoi ?

– Parce que le coté immédiat de la récompense n’y était pas. Ces enfants TDAH sont impulsifs, ils sont dans l’instant et les récompenser après coup ne me semblait pas une bonne idée.

– Parce que ça ressemble trop au fameux (fumeux pourrais-je dire) tableau de comportement que l’on retrouve à l’école : étoile d’or, étoile d’argent… permis à points, point rouge/point vert, bons points, images… et que la maison, ce n’est pas l’école !

– Parce que généralement l’idée est de récompenser par quelque chose de matériel et donc d’acheter.

* l’aspect financier n’est donc pas négligeable.

* Comment faire avec le reste de la fratrie : on leur achète aussi des choses ? On prévoit un budget mensuel pour l’ensemble des enfants ?

* Doit-on forcément associer plaisir (récompense) par quelque chose de matériel ? Notre société n’est-elle pas déjà suffisamment dans un consumérisme incessant ? Est-ce vraiment cette valeur que je veux donner à mon enfant, à mes enfants ?

Néanmoins comme certains parents d’enfants TDAH l’utilisent avec succès, je devais donc de vous en parler.

On peut aussi s’interroger sur le pourquoi de la réussite de cette méthode avec certains enfants. Le système du tableau de récompense s’apparente à « l’âne et la carotte ». On pense alors que sans la carotte, l’âne n’avancera pas. Certains y rajoutent même le bâton pour permettre de le faire avancer un peu plus vite, un peu plus droit…

Et puis, cet âne quand il aura mangé plusieurs carottes, aura-t-il encore faim ? Est-ce ça qui nourrit vraiment l’âne ?

Alors, certes à court terme, il y a des résultats, comme il est vrai aussi que si vous donnez 100 coups de fouet, vous aurez des résultats…mais ces résultats ne seront que de surface, superficiels, liés totalement à la récompense qui, si elle est enlevée, tout est à recommencer. C’est le risque du réflexe « Pavlovien» dans une logique de conditionnement.

Or, l’éducation d’un enfant est un travail en profondeur. Les comportements excessifs et extrêmes des enfants TDAH sont un travail en profondeur. C’est un travail de longue haleine dont les résultats seront longs mais profonds. Ce qui semblera inné chez les autres enfants, ce qui semblera logiquement réalisé par déduction de règles ne le sera pas chez (ou très peu) chez un enfant TDAH ; les codes sociaux seront appris, laborieusement par cet enfant. Oui, il faut de la patience, de la patience et beaucoup d’amour.

Il convient donc de rechercher comment modifier un comportement dans le long terme.

Pour modifier un comportement, il faut avant tout identifier clairement le comportement déviant. Bien souvent, c’est ce comportement déviant qui est mis en avant et qui est donc renforcé : plus on le met en avant, plus on en parle, plus il existe. Il faut donc agir dans le sens contraire… et ce n’est pas le « naturel » des parents et de la société en général qui stigmatise plus volontiers ce qui ne va pas plutôt que relever ce qui fonctionne bien. Il faut donc avant tout mettre en avant les comportements adaptés : valoriser tous les comportements adaptés ou se rapprochant du comportement attendu, tout en ne stigmatisant plus les comportements non adaptés.

Comment modifier un comportement ?

Dans un premier temps, il s’agit de faire une liste des comportements estimés déviants, les classer par ordre d’importance. Cet ordre est défini par les parents, le même comportement ne sera pas forcément ressenti de la même manière d’une famille à l’autre, cela dépend de son propre degré d’acceptation et de tolérance. Je tolère des comportements que ma voisine ne tolérera pas et vice-versa… mais comme notre voisine ne vit pas avec nous, tout va bien. Autrement dit, ce sont vos critères à vous, pas ceux des autres. Il faut que ces critères aient un sens pour vous et votre famille, ce ne sont pas des principes.

Prenez le premier comportement de la liste, celui qui vous dérange le plus. Il vous faut clairement l’identifier. Décrivez le, définissez clairement le problème ; puis, précisez le comportement souhaité. Pour vous aider, vous pouvez écrire :

– le problème rencontré

– description claire du problème

– description claire du comportement souhaité.

– Etablissement d’une règle

Ne mettez en place qu’une seule règle à la fois. Une règle ne s’attache qu’à un seul comportement et n’en n’intègre pas plusieurs.

Exemple :

Sur le parking, aller et revenir de la voiture sans courir.

Rester attacher en voiture

Parler à voix basse ou normale quand ma petite sœur fait la sieste

Une règle ne contient aucune négation, les règles sont des affirmations uniquement.

Dans un second temps,

Discussion entre les parents (les deux parents ensemble) et l’enfant seul. L’objectif n’est pas une mise en accusation, si vous entrez dans une série de reproches, vous perdez de vue l’objectif final de la discussion que est que l’enfant prenne conscience de son comportement déviant. Exposez simplement (sans superlatif, sans mettre des mots difficiles à entendre …) le comportement de l’enfant. Demandez-lui ce qu’il en pense et ce qu’il ressent quand il a ce comportement. Laissez le parler, sachez créer une atmosphère détendue et de confiance où chacune des parties pourra s’exprimer librement, sans jugement. C’est aussi l’occasion d’entendre ce que votre enfant a à dire. Il en ressort bien souvent des mots qui restent parce que l’enfant, lui aussi, se rend bien compte que ce comportement n’est pas celui qu’on attend de lui. Ne dites rien, s’il vous fait des reproches, sachez les écouter. Laissez lui son temps de paroles, ne l’interrompez pas.

Pourquoi est-il important de connaître le sentiment de l’enfant ? Parce que ces comportements déviants induisent trop souvent des réponses inappropriées, des réponses qui peuvent l’avoir blessé, des réponses qu’il n’a pas comprises…

– Ne vous justifiez pas, acceptez d’entendre ce qu’il vous dit, apprenez aussi à l’écouter.

– Lorsqu’il a fini, demandez-lui comment il pourrait faire autrement, quel serait le bon comportement dans telle ou telle situation.

– N’oubliez pas qu’on ne vise qu’une seule règle : on ne parle donc que d’un seul comportement déviant. Restez sur ce thème et ne déviez pas sur d’autres, ne tombez pas dans l’envie de faire un étalage des comportements déviants.
Ensemble, établissez une règle qui sera réalisable.

Puis, vous allez lui expliquer qu’en respectant cette règle, vous allez gagner du temps et que ce temps là vous pouvez alors lui redonner en récompense. Tout le monde est gagnant : l’enfant qui a une récompense et vous aussi vous avez une récompense.

Il convient alors d’ignorer les comportements inappropriés.

Attention au renforcement négatif :

Mettre en avant un comportement négatif par une remarque, une réflexion ou une attitude particulière revient à le mettre en avant. Cela revient finalement à le renforcer (renforcement négatif) et à mettre l’enfant au centre d’une forme de pouvoir lié à l’« obnubilation » de ce comportement. L’enfant attire l’attention mais l’attention que vous lui portez n’est en rien celle qui convient ou celle dont il a besoin. Il a bien souvent compris comment vous mettre en colère, comment vous faire sortir de vos gonds, comment s’y prendre… et encore plus avec des enfants ayant des troubles d’opposition et de provocation (TOP souvent associé à un TDAH). N’oubliez pas que l’adulte, c’est vous. C’est vous qui devez vous maîtriser, c’est vous qui devez le guider. Je ne suis pas en train de vous dire qu’il faut tout accepter, mais si vous devez exprimer votre mécontentement, exprimez-le avec des phrases « je », parlez de vous et pas sur l’enfant, nommez vos ressentis. Vous avez le droit de craquer également. Vous pourrez toujours reprendre plus tard.

Il faut alors renforcer les comportements positifs :

– Récompense immédiate :

Votre enfant a respecté la règle établie (ou a un comportement tout à fait approprié alors qu’en temps normal ce n’est pas le cas), il faut alors immédiatement le récompenser. Dis-lui sur le champ qu’il a gagné une récompense et nommer sa récompense : 3 minutes de télé, 5 minutes de jeu, 3 minutes de lecture, 3 min de bain en plus, 3 min rien que pour toi… Dis lui quand il pourra réaliser sa récompense (tout de suite, après les devoirs, au moment du bain de sa petite sœur, après le repas…).

N’oubliez pas sa récompense, ne la reportez pas au lendemain. Il l’a gagné. Vous pouvez même au moment de sa réalisation lui rappeler pourquoi il l’a gagné (il a respecté la règle X et vous êtes très fier de ce qu’il a réussi) et comment (en respectant la règle, vous n’avez pas perdu de temps à le reprendre et vous pouvez donc passer un bon moment°.

Essayez surtout dans les premiers temps de faire en sorte que la récompense implique la présence de l’un des parents : lire un livre, faire un jeu… afin d’avoir (ou de retrouver) des moments de plaisir avec cet enfant difficile.
Quand l’enfant a gagné une récompense, quelque soit son comportement par la suite (aussi exaspérant soit-il) n’enlevez jamais cette récompense, ce qui est gagné est gagné.

– Verbaliser sa satisfaction avec emphase

Vous saviez très bien lui faire des reproches quand son comportement était inadapté… il convient donc de lui montrer votre fierté dans sa réussite. N’utilisez pas de négation et utilisez le plus possible le « je » pour lui faire part de votre ressenti : « Nous avons été jusqu’à la boulangerie et tu as bien marché à coté de moi sur le chemin. A l’aller et au retour. J’étais très fier d’avoir mon petit garçon à coté de moi. Vraiment, c’est une belle réussite, je suis hyper contente de toi. Chouette alors et je souhaite te nommer mon contentement. Aussi, je veux te faire plaisir, que veux-tu qui te fasse plaisir ?

Nous avons pu marcher tous les deux en discutant, qu’est ce que c’était sympa ! On recommencera, hein, parce que j’aime bien discuter avec toi. Je crois même qu’on y a gagné tous les deux, non ? »

En cas d’échec,

Comprenez bien que le comportement de votre enfant ne va pas changer du jour au lendemain. Commencez donc dans un premier temps par ne valoriser que les comportements positifs. Vous pouvez lui nommer que cela n’a pas été facile pour lui, ni pour vous qu’il n’ait pas réussi sur l’objectif que vous étiez fixé ensemble, que ce n’est pas grave et nous analysons ce qui a pu se passer et comment on peut faire pour qu’il réussisse mieux la prochaine fois.

Puis, petit à petit au fil du temps, ce comportement va s’améliorer et s’inscrire comme un comportement « normal ». Mais cela va passer par plusieurs phases et notamment une phase fluctuante de réussites et d’échecs.

En cas de non respect de la règle :

– Répéter la règle à l’enfant immédiatement.

– Demander à l’enfant de répéter la règle avec ses mots

– Pas de punition ni d’éviction : on fait un rappel à l’ordre

– Renforcement : une fois la règle rappelée puis nommée par l’enfant, il faut l’inciter à reprendre le contrôle, on lui ouvre une porte en s’appuyant sur un comportement approprié déjà réalisé : « Je me souviens quand nous sommes revenus tous les deux de la boulangerie et que tu marchais à coté de moi comme j’ai trouvé ça bien. C’était vraiment super. C’est cela qu’il faut que nous réussissions.

Pas d’accusation, juste du positif !

Quand la règle est acquise

On se rend bien compte quand une règle est acquise. Quand c’est le cas, on peut alors penser introduire une nouvelle règle (refaire une liste, les priorités ont pu changer !).On explique alors à l’enfant que l’on est très fier de lui, de ses efforts et sa réussite. Petit à petit, les récompenses sont dans la reconnaissance de la réussite. On ne donne plus systématiquement de récompenses. Si l’enfant demande pourquoi, il suffit de lui expliquer que vous êtes très fier de lui et que vous avez l’impression qu’il a bien compris ce que l’on attendait de lui. Il convient alors d’en discuter avec lui et de lui faire comprendre que son comportement (positif) est « normal », sans rien enlever à sa réussite. En revanche, vous pouvez user de valorisation orale pendant cette période.

Lorsque la règle est acquise… et que ça dérape :

D’abord, c’est un processus normal et ce n’est pas grave. Il faut alors faire la différence entre :

– « pas fait exprès », oubli, excitation trop importante…. Prendre en compte les éléments de l’environnement qui peuvent avoir induit le non respect de la règle. Dans ce cas là, vous rappelez la règle et vous lui demandez de vous la rappeler. Vous lui demandez ce qu’il aurait du faire. Il ne faut pas que l’enfant pense que l’on a rien vu. Il ne sert à rien de le punir dans ce cas là puisqu’il ne l’a pas fait exprès.

– « exprès » : il l’a fait exprès, ça l’a agacé, il a sciemment transgressé la règle. Il n’a pas pu contrôler son impulsion. Demandez à l’enfant d’aller dans sa chambre pour s’isoler et penser. L’idée n’est pas de le punir mais de l’inviter à réfléchir. Ce temps vous permettra aussi d’éviter les réactions à chaud, de récupérer (de rester zen).

Généralement, c’est vous qui avez besoin de ce temps d’isolement pour gérer correctement l’enfant et rester au top. L’important est d’éviter toute parole qui dépasserait votre pensée et qui serait, votre agacement aidant, la fatigue de la journée favorisant aussi, un retour en arrière et néfaste pour l’enfant.

Vous pouvez d’ailleurs lui dire clairement « « Tu vois, je n’y arrive plus, je ne dois pas avoir les bons mots puisque je n’arrive pas à obtenir de toi le minimum. Alors, il vaut mieux que nous nous séparions un petit moment. Je te dirai quand ma pression sera retombée. Je te parle de moi, tu n’y es pas pour grand-chose. Je n’ai pas trouvé les mots, les attitudes. Tu es toi aussi peut-être trop excité… (Lui permettre également de prendre sa part de responsabilité) ». Vous pouvez aussi lui parlez de votre ressenti : « Quand tu as fait cela, voilà ce que j’ai ressenti … ». Il est inutile de le laisser trop longtemps isolé dans sa chambre. Quand vous vous êtes calmé, vous pouvez alors entrer dans sa chambre : « ma pression est retombée, je suis prête à discuter avec toi et toi ? ». Si l’enfant n’est pas prêt, s’il n’est pas calmé : « tu pourras revenir vers moi quand tu seras prêt ». Vous introduisez alors une discussion avec lui :

– Que penses-tu de ce que tu as fait ?

– Que s’est-il passé pour toi ?

On laisse l’enfant parler. On écoute ce que lui pense de la situation.

– Qu’a-t-il ressenti ?

– Que pense-t-il que nous ayons ressenti ? nous, et les autres personnes impliquées ?

– Que pense-t-il faire la prochaine fois… et comment pourrait-il s’y prendre.

Comment pourrait-il s’y prendre permet d’introduire la notion de contrôle.

Qu’est ce qu’il peut faire pour se contrôler ? Comment l’aider à reprendre le contrôle quand on sent qu’il dérape ? Bien souvent, les enfants TDAH sentent quand ils vont perdre le contrôle. Avec l’expérience, les parents aussi voient quand la situation va déraper. Le problème est bien que l’enfant n’arrive pas à le reprendre, qu’il se laisse envahir, qu’il n’arrive pas à retomber quand il s’est excité, qu’il tombe tout seul dans une sorte de surenchère… et qu’après il ne peut revenir en arrière, il n’y arrive pas (voir l’action de la dopamine : ici – lire le paragraphe : d’où ça vient ?).

Introduire la notion de volonté de prendre le contrôle… même si ce n’est pas une question de volonté mais bien liée au trouble. L’idée est de lui faire prendre conscience qu’il peut avoir une sorte de pouvoir sur son trouble. Il faut qu’il sente qu’il a une action possible sur ces éléments là : être plus fort que l’impulsivité, être plus fort que… C’est un combat difficile pour eux, c’est d’ailleurs le cœur même du problème. Alors, il faut trouver des stratégies pour les aider. Ces stratégies sont mises en place avec l’enfant. Parents et enfant en ont discuté ensemble :

· stop, réfléchis, agis : Levez la main comme un feu rouge en lui disant : « Stop », attendre une seconde et lui dire « réfléchis », attendre que l’enfant se mette en réflexion, il peut même vous posez des questions comme « pourquoi », une fois qu’il a réfléchi (vous pouvez donc l’aider à réfléchir à haute voix), baissez la main et lui dire « agis ».

Si vous voyez qu’il ne réfléchit pas ou qu’il ne s’arrête pas, vous pouvez alors essayer de reprendre une situation qui a marché : « tu te souviens quand tu…. j’étais vraiment très contente… » et de recommencer le « stop, réfléchis, agis ».

· Lui demander ce que nous pouvons faire pour l’aider à reprendre le contrôle : il a peut être des idées. Vous pouvez alors mettre en place des sortes de petits trucs qui seront entre lui et vous. C’est aussi le moment de lui expliquer qu’il doit mener un combat contre son impulsivité (induisant niveau de frustration bas, agressivité, réponse inappropriée…) : être plus fort que l’impulsivité. L’idée est aussi de « décharger » l’enfant de ses comportements inappropriés et de lui faire comprendre que ses parents sont conscients qu’il a un trouble, c’est aussi le moyen de lui apprendre ce qu’est son trouble et comment il fonctionne. L’enfant doit donc bien connaître son trouble pour mieux se comprendre et avoir envie de prendre le pouvoir sur celui-ci. Cela prend du temps, c’est un long travail, mais il ne faut pas se décourager.

Exemple : « quand je sens que je pars en vrille, je viens vers toi et tu me fais un câlin pour m’aider à me calmer… Tu me dis d’aller dans ma chambre avant que ça dérape vraiment … Tu me rappelles que c’est l’impulsivité qui est en train de gagner »…

Les câlins et/ou les rapprochements physiques peuvent aider l’enfant à retomber. Ils peuvent agir comme une cassure dans la montée de l’excitation (un vrai câlin calme avec des mots doux), il ne faut donc pas hésiter à en user et en abuser. L’avantage du câlin est double : un retour au calme et l’introduction du sentiment qu’on l’aime ce petit « zébulon ». L’amour, le fait de se sentir aimé lui donnera aussi confiance en lui, vous avez confiance en ce qu’il peut faire.

La confiance en lui

Vous l’avez perdu au fil du temps ou elle est bien abîmée. On ne peut vous jeter la pierre, il vous en a tellement fait voir de toutes les couleurs, regorgeant d’une imagination sans limite, réalisant des choses que vous n’aviez même pas imaginées, même pas prévues…

Mais cette confiance est primordiale : une confiance absolue. Les parents doivent être les premières personnes à avoir confiance en lui. C’est cette confiance qui va lui donner confiance en lui. C’est un cadeau, un trésor qu’on lui donne. Il apprendra donc avec le temps qu’on a confiance en lui, qu’on l’aime malgré tous ses dérapages. Sa maison, son foyer doit être un lieu où il se sent aimé et en sécurité. Il sait qu’il peut compter sur ses parents, voire sur ses frères et sœurs, sur leur amour et leur compréhension. Cela ne veut pas dire que les parents acceptent ses comportements débordants, ça veut dire qu’ils les pardonnent. Ils ont le droit de ne pas être contents, d’être en colère, voir même furieux et de l’exprimer mais cela ne remettra jamais en cause la confiance qu’ils portent dans le fait que leur enfant fait des efforts et qu’ils l’aiment inconditionnellement.

Après une journée difficile, n’omettez pas sciemment le bisou du soir. L’erreur est possible, demain sera un autre jour. On ne se couche et plus généralement on ne se sépare jamais fâché, sans s’être embrassé. On ne sait jamais ce qui peut se passer dans le temps de l’absence.

Après une journée difficile, un de ses journées que l’on voudrait enlever du calendrier, posez vous un moment et trouvez dans votre journée un moment de bonheur. Si l’on y réfléchit, dans une vie, il y a peu de « grands moments » de bonheur. En revanche, dans une journée, il y a toujours plusieurs moments de « petits bonheurs ». Apprenez à voir ces petits bonheurs. Apprenez à les rechercher en fin de journée et à vous en gorger (le « je t’aime » de votre enfant, un sourire, un clin d’œil, un bref moment de complicité…) Ce sont ces moments de bonheur que vous devez retenir, ce sont eux qui vous aideront, jour, après jour, à repartir le lendemain. Faites vous ce cadeau !

Co-écrit par Jean-François Laurent et Valérie DUBAND.