Archives mensuelles : mai 2015

Les surdoués sont-ils plus sujets que d’autres aux allergies et maladies auto-immunes ?

De Claire Grand,

Une allergie est une réaction inadaptée du système immunitaire qui « attaque » un agent qui n’est pas pathogène : un aliment, une poussière, un produit, un pollen…

Une maladie auto-immune est une réaction du système immunitaire qui « attaque » un groupe de cellules ou un organe considéré à tort comme étranger à l’organisme et dangereux : les îlots de Langerhans qui sécrètent l’insuline et dont la destruction par le système immunitaire aboutit à un diabète de type 1 (insulino-dépendant), la couche de myéline qui recouvre les fibres nerveuses et dont le rôle est de protéger et faciliter le fonctionnement du système nerveux. Leur destruction cause la sclérose en plaques…

Les allergies et les maladies auto-immunes s’expliquent par la même cause : le système immunitaire trop réactif ou trop peu sélectif s’attaque à des cellules qui ne sont pas dangereuses, voire qui sont indispensables au bon fonctionnement de l’organisme.

Que ce soit de visu en consultation ou sur des sites ou forums traitant de précocité, de nombreux témoignages montrent que les personnes à haut potentiel souffrent, de façon sur-représentée, de troubles inflammatoires plus ou moins chroniques, que les médecins ne s’expliquent pas toujours, d’allergies parfois très étendues (de très nombreux allergènes et aliments habituellement peu impliqués dans les allergies), de maladies auto-immunes…

Exemples de témoignages sur cette page du forum « Zebrascrossing » : http://www.zebrascrossing.net/t7818-maladies-auto-immunes

Ou encore ce sondage, sur le même forum : http://www.zebrascrossing.net/t5400-zebres-et-propension-aux-maladies-auto-immunes

Cécile Bost évoque un lien entre haut potentiel et allergies et maladies auto-immunes dans son livre « Différence et souffrance de l’adulte surdoué ».

L’information apparaissait déjà dans un livre plus ancien (de mémoire « Doué, surdoué, précoce » de Sophie Côte, mais je ne garantis pas la source). L’auteur écrivait qu’il y aurait un lien entre la précocité et une trop forte concentration de testostérone pendant la grossesse. Cet excès de tesstostérone conduirait à mieux développer l’hémisphère droit (celui qui est souvent plus performant chez les surdoués) et sous-stimuler le thymus impliqué dans l’immunité. Cela n’a pas été prouvé, mais reste une hypothèse qui fait toujours l’objet de recherches.

L’étude décrite dans ce livre est rappelée sur le site « Planète douance » : http://www.planete-douance.com/echanges/topic/cecile-bost-difference-et-souffrance-de-ladulte-surdoue/

L’auteur du site rappelle cette étude qui date de 1982, d’après laquelle Geshwind et Behan concluaient que l’excès de testostérone passé la vingtième semaine de grossesse favoriserait l’hypertrophie du cerveau droit, des dérèglements dans le cerveau gauche, dont la dyslexie par exemple, et également des dérèglements dans le thymus qui favorisent les maladies auto-immunes.

Il est clair qu’il y a une prévalence de ces maladies chez les personnes à haut potentiel. Les allergies et maladies auto-immunes sont non seulement plus fréquentes, mais peuvent aussi être atypiques et peu compréhensibles des médecins.

Il n’est pas étonnant de trouver davantage de ces pathologies chez les personnes à haut potentiel. Non pas que l’intelligence en elle-même occasionne un stress supplémentaire pour l’organisme (quoique !), mais parce que ces personnes sont hyper-réactives. Leur système immunitaire peut lui aussi être hyper-réactif et réagir trop fortement à trop de choses, dont des substances et cellules inoffensives ou indispensables à la vie.

« La sérotonine intervient aussi dans les manifestations allergiques et inflammatoires, ce qui expliquerait les manifestations pathologiques que subissent certains adultes surdoués : allergies multiples, douleurs inflammatoires diverses, maladies auto-immunes étranges… »

(Extrait de mon article sur le sommeil : Sommeil et précocité )

Les surdoués manquent facilement de sérotonine, car leur sommeil contient beaucoup de sommeil paradoxal pendant lequel la sérotonine n’est plus sécrétée, tout en étant consommée.

En conclusion, si vous souffrez de nombreuses allergies et/ou d’une ou plusieurs maladies auto-immunes, et que par ailleurs, vous vous reconnaissez des caractéristiques typiques (hypersensibilité, pensées et questionnements incessants…), vous être peut-être surdoué.

L’indice de Manning

L’hypothèse comme quoi le taux de testostérone pendant la grossesse pourrait influencer le développement du cerveau n’est pas validée, mais aucune étude n’est encore venue la contredire.

Il semblerait qu’il soit possible de savoir si une personne a été exposée abusivement à la testostérone pendant la période fœtale.

L’indice de Manning correspond au ratio entre la taille de l’index et celle de l’annulaire. Il se calcule en divisant la taille de l’index par celle de l’annulaire. L’index et l’annulaire sont censés être de même taille chez la femme (ratio de 1 entre la taille de l’index et celle de l’annulaire) alors que l’annulaire est légèrement plus long chez l’homme (ratio de 0.96).

Des études ont montré que la taille de ces deux doigts est influencée par les doses d’hormones auxquelles la personne a été exposée durant sa vie fœtale. Il a été établi qu’une forte exposition aux œstrogènes (hormones féminines) aurait pour résultat un allongement de l’index, alors qu’une forte exposition à la testostérone (hormone masculine) serait responsable d’une longueur plus importante de l’annulaire, et particulièrement sur la main droite.

Une personne dont l’annulaire est plus long que l’index, pourrait avoir été exposée à des taux élevés de testostérone avant de naître.

En savoir plus sur http://surdoues.e-monsite.com/pages/les-surdoues-sont-ils-plus-sujets-que-d-autres-aux-allergies-et-maladies-auto-immunes.html#QDCF24IKBjF9RR9v.99

Le cartable fantastique

Voici une ressource très intéressante pour les enfants dyspraxiques

Vous y trouverez:
– des leçons et des exercices déjà adaptés dans la rubrique : Ressources
scolaires adaptées
– des outils à utiliser en classe par les élèves dans la rubrique: Outils pour l’élève
– des ressources pour adapter des contenus scolaires: Adapter pour l’élève
mais aussi des outils transversaux à installer sur le PC (agenda, ruban word, calculatrice, tests de logiciels et d’applications…)

Il s’adresse aux enseignants, éducateurs, médecins, paramédicaux (ergothérapeutes, psychomotriciens….), et parents qui accompagnent ces enfants au cours de leur scolarité en milieu ordinaire.

Il est porté par l’association Le Cartable Fantastique qui a pour objet de faciliter l’inclusion scolaire des enfants en situation de handicap, et plus particulièrement dyspraxiques.

http://www.cartablefantastique.fr

Le rôle du sommeil, Ecole des neurosciences de Paris, Ile-de-France

Le rôle du sommeil

Le sommeil a un rôle important dans la consolidation des apprentissages. On a découvert qu’en permettant à une personne de dormir, même une simple sieste, et sans ré-apprentissage, la mesure de la performance était améliorée. C’est que le cerveau travaille pendant le sommeil : il « met en ordre » les nouveautés qu’il a enregistrées, probablement en les rejouant en accéléré. Cette vitesse accélérée lui permet de détecter des régularités, d’asseoir la mémoire épisodique (celle des faits vécus), et avec les algorithmes, d’établir des généralisations, voire d’aboutir à des découvertes. Le journal scientifique Nature y avait consacré un article : nombreux sont les mathématiciens qui rapportent avoir eu au matin la solution d’un problème sur lequel ils butaient pourtant la veille – et en répétant l’expérience en laboratoire, on a vérifié ce phénomène.

Chez les enfants présentant des troubles de l’attention ou des difficultés d’apprentissage, on a vu qu’une intervention sur le temps de sommeil pouvait avoir des effets aussi bénéfiques, sinon plus, qu’une intervention pharmacologique. À l’heure où on prescrit à tout va de la Ritaline aux fameux « hyperactifs », n’est-il pas urgent de poser la question à l’envers? Si de plus en plus d’enfants sont touchés par des troubles de l’attention, c’est peut-être tout simplement parce qu’ils sont privés de sommeil.

Au final, les résultats des sciences cognitives sont extrêmement clairs sur le sujet : le sommeil a un rôle à jouer dans l’apprentissage, et il vaut mieux distribuer un peu tous les jours cet apprentissage plutôt que de le concentrer en une seule fois. Mieux vaut un quart d’heure tous les jours plutôt qu’une heure quelques jours par semaine, en particulier au regard de la mémoire à long terme. Le cerveau n’est pas fait pour n’apprendre que la moitié de la semaine. C’est là que les « serious games » pourraient jouer un rôle considérable et amorcer un cercle vertueux, notamment le week-end et en particulier dans les familles défavorisées, où en un quart d’heure tous les soirs la cognition serait stimulée plutôt que de voir l’enfant demeurer en mode passif deux voire trois jours de suite, notamment avec la semaine de quatre jours.

Les quatre piliers de l’apprentissage, Ecole des neurosciences de Paris, Ile-de-France

Les quatre piliers de l’apprentissage
Les sciences cognitives ont identifié quatre facteurs principaux de réussite d’un apprentissage : l’attention, l’engagement actif, le retour d’information, et enfin, la consolidation.

1. L’attention, un filtre qu’il faut savoir captiver et canaliser. L’attention est le mécanisme de filtrage qui nous permet de sélectionner une information et d’en moduler le traitement. Et en comprenant que pour ainsi faire elle élimine pour concentrer, on réalisera soudain la justesse profonde du terme de concentration. Le système de l’attention se décompose en trois systèmes attentionnels : l’alerte, l’orientation et le contrôle exécutif.

L’attention module massivement l’activité cérébrale : dès lors, l’enjeu essentiel pour le passeur de connaissances, qu’il soit parent, professeur ou formateur, est d’attirer l’attention sur le « bon niveau ». L’apprenant doit être alerte. Or, il existe des limites à l’attention. Tout d’abord, le filtrage implique que réaliser deux tâches simultanément est très difficile – en effet, on a observé dans le cortex préfrontal un phénomène de goulot d’étranglement. En réalité, lorsque l’on « jongle », on ne fait pas deux choses en même temps, on va simplement passer d’une tâche à l’autre, en omettant temporairement la première, et au détriment de l’acquisition de signaux.

Ensuite, lorsque l’on est concentré, les stimuli non pertinents pour la tâche en question vont tout bonnement devenir… invisibles ! Comme l’illustre à merveille une célèbre vidéo, où l’enjeu est de compter le nombre exact de passes que font les joueurs habillés en blanc.

Regardez la vidéo et en bas de cet article, je vous poserai une question

À la lumière d’une telle expérience, force est de constater que l’attention, sélective par nature, aboutit à des excès de confiance – nous serons prêts à soutenir que ce qui est passé « sous le radar » de notre perception n’a tout bonnement jamais existé. Car le clapet du filtre est en quelque sorte à sens unique. Une leçon à extrapoler dans bien des domaines de la vie.

L’enjeu donc est de bien orienter l’attention, et en cela, ce que l’on a appelé l’ « effet maître » est crucial : tel enseignant parviendra à captiver l’attention là où un autre s’enlisera, voire attirera l’attention sur des niveaux non-pertinents – et on pourra noter que c’est un écueil dans lequel tombent nombre de manuels scolaires ou de formation, où un trop-plein d’illustrations et de couleurs sont placées de manière attrayante, mais chaotique. Loin de cette overdose d’information, il s’agit au contraire de canaliser l’attention.

Le contrôle exécutif, enfin, levier de l’attention, est primordial : il s’agit d’inhiber un comportement indésirable qui ferait « double tâche » : par exemple ne pas se disperser en quittant le lieu d’activité pour aller faire autre chose, se mettre à parler à quelqu’un d’autre, etc. En cela, les progrès sont particulièrement visibles sur des enfants issus de famille dans lesquelles on n’insiste pas sur certains comportements – par exemple rester à table pour manger. Cet enseignement des sciences cognitives jette une lumière nouvelle sur la question de la discipline, mais aussi sur les inégalités entre milieux sociaux. Cela donne aussi des outils pour lutter contre ces inégalités.

2. L’engagement actif. Le principe directeur est on ne peut plus clair : un organisme passif n’apprend pas. On recherchera donc un engagement actif. L’enseignant ne peut mobiliser que si l’enfant ou apprenant se mobilisent. Or, sans tester la fiabilité d’une connaissance, on restera dans une illusion de savoir – il y a d’ailleurs fort à parier que tout un chacun soit concerné dans tel ou tel domaine. L’enfant, l’apprenant doivent pouvoir se tester. Rendre les conditions d’apprentissage (raisonnablement) plus difficiles va paradoxalement aboutir à un surcroît d’engagement et un effort cognitif, synonymes de meilleure attention.

3. Le retour d’information. L’erreur est humaine mais aussi… indispensable. Si l’activité plutôt qu’une écoute passive est capitale, elle ne suffit pas. On pense actuellement que le cortex est une sorte de machine à générer des prédictions et à intégrer les erreurs de prédictions : il lance une prédiction, reçoit en retour des informations sensorielles, et une comparaison se fait entre les deux. La différence crée un signal d’erreur qui va se propager dans le cerveau et qui va permettre de corriger et d’améliorer la prédiction suivante. Le retour d’information est donc essentiel.

Le cerveau fonctionne ainsi par itérations, avec des cycles qu’on peut décomposer en quatre étapes successives : prédiction, feedback, correction, nouvelle prédiction. On parle alors de cerveau bayésien – de l’inférence du même nom – ou statisticien. Il internalise organiquement des statistiques. Il s’agit tout simplement de continuellement corriger le tir le grâce au retour d’expérience, ce qui revient à dire que… l’erreur est fondamentale ! En effet, si les signaux d’erreur nous permettent, à nouveau, d’ajuster nos prédictions, l’apprentissage ne peut se déclencher que s’il y a un signal d’erreur, autrement, rien ne change.

Transposé à la pédagogie, cela implique que l’erreur est normale, inévitable et… fertile. À condition, impérativement, d’être d’une part activement remarquée par l’apprenant, qui loin de l’ignorer, doit la dépasser. D’autre part, pour être fertile elle doit ne pas être trop sanctionnée, le stress étant un inhibiteur d’apprentissage. Pire, un sentiment d’impuissance noierait les futurs efforts dans l’œuf. Alors pour dépasser l’erreur et parvenir au succès, quel mode optimal ? On privilégiera la motivation par le renforcement positif et la récompense – immatérielle. Bien entendu, il ne s’agit pas de « monnayer » le succès, voire de payer les enfants pour qu’ils aient de bonnes notes. Il s’agit au contraire, l’humain étant un animal social, de conclure un succès par un renforcement social: une approbation, une validation, un encouragement.

4. Consolider l’acquis. Il n’y a qu’à se remémorer nos premiers pas vers le permis de conduire pour réaliser qu’au début de cet apprentissage, il y a un effort conscient, et devant la multitude de signaux à gérer en temps réel, un sentiment de ne pas y arriver, d’être dépassé. C’est terrifiant ! Or, c’est l’exemple type de ce qu’on appelle un traitement explicite : une situation, ou plutôt un stade où le cortex préfrontal est fortement mobilisé par l’attention exécutive. Et, point culminant d’un apprentissage, l’enjeu sera d’accomplir le transfert de l’explicite vers l’implicite.

En effet, progressivement, en se transférant vers des réseaux non conscients, plus rapides, plus efficaces, le cerveau parvient à une automatisation. On libère le système du cortex préfrontal qui redevient disponible – ce qui n’est pas sans rappeler la façon dont on libère des ressources systèmes dans un ordinateur, qui au lieu d’être saturé et d’accomplir très péniblement ses tâches, permet une fois libéré de « surfer » sans encombre, sans tâches superflues en arrière-plan. On retrouve également dans notre cortex le phénomène de goulot d’étranglement, qui là encore évoque une mémoire vive informatique, une mémoire tampon qui avant de passer à la suite ne peut traiter qu’un volume donné d’informations à la fois.
Revenons sur l’exemple primordial de la lecture. L’enfant au début doit justement retenir consciemment chacune des correspondances entre les lettres et les sons, et les appliquer une par une, à la manière de nos adultes qui devaient apprendre une langue « extraterrestre ». Apprendre que le rond « o » se prononce « eau », et ainsi de suite pour chaque lettre. Et, on le voit avec les enfants dans cette phase d’alphabétisation précoce et aussi avec les dyslexiques, plus on a emmagasiné de lettres, plus on met du temps. C’est linéaire et sériel ! Or, les adultes et les enfants à partir de la troisième année scolaire n’ont plus cet effet : on va lire un mot de huit lettres aussi vite qu’un mot de trois lettres, car le traitement n’est plus sériel, mais massivement parallèle : toutes les lettres sont lues en même temps! Il est facile pour un adulte, un enseignant, d’oublier cette difficulté initiale, et de ne pas se rendre compte de ce qu’on demande à l’enfant.

Et lorsque tout le « pourcentage de ressources » de notre « unité centrale » est sollicité dans le décodage, on ne peut pas se concentrer sur le sens du texte. Le phénomène d’automatisation est donc crucial car il libère des ressources de haut niveau.

Question: avez-vous remarqué un intrus dans la vidéo ou avez-vous focalisé votre attention sur les passes des joueurs habillés en blanc?