Archives mensuelles : août 2015

Enfant précoce, surdoué : faire de sa différence une richesse

Être un enfant surdoué ou précoce est une particularité que l’on imagine d’emblée comme une chance, un don. Mais pour le concerné, elle peut aussi être synonyme de difficultés et d’incompréhension. Parce que mal connus, les jeunes surdoués doivent parfois affronter un parcours semé d’embûches, tant sur le plan social que scolaire. En les aidant à comprendre qui ils sont et en les accompagnant au quotidien, les parents ont auprès de ces enfants, un rôle crucial à jouer.

Anne-Laure Vaineau

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« Les zèbres. » C’est ainsi que Jeanne Siaud-Facchin, psychologue spécialiste des enfants surdoués, aime les appeler. Parce qu’elle les trouve atypiques, uniques, griffés par la vie comme le sont les équidés du même nom, elle a choisi de leur donner un surnom amical. Et de sortir ainsi du débat qui fait rage quant à l’appellation que l’on pourrait leur réserver. En France, c’est la formule « intellectuellement précoce » qui a été retenue. Plus politiquement correcte que le terme surdoué, qui induit un plus, et donc une supériorité. Mais les qualifier de précoces revient à dire que ces enfants seraient simplement en avance et que donc, un jour, ils pourraient être rattrapés par les autres. Ce qui n’est pas le cas. Quant au niveau international, on préfèrera généralement le sigle HP, pour dire Haut Potentiel.

Émissions de télé, articles dans les journaux… Les surdoués ont été très médiatisés au cours des dernières années. En raison de leur nombre croissant ? Absolument pas, affirme Jeanne Siaud-Facchin, qui rattache plutôt l’explosion du phénomène au simple fait que ces enfants sont mieux repérés aujourd’hui. Car en réalité, les chiffres sont très stables, avec près de 450 000 enfants scolarisés concernés. Si la répartition était parfaitement homogène, cela représenterait un enfant par classe. « Parmi eux, explique Jeanne Siaud-Facchin, on constate qu’un tiers se porte très bien, que le second tiers est composé d’enfants en difficulté avec eux-mêmes et que le dernier tiers est en échec scolaire grave. » Pour aider ces enfants à vivre leur différence comme une richesse, il est indispensable que leur entourage les comprenne et les accompagne. Afin de leur permettre de construire une identité stable et de s’épanouir, comme n’importe quel autre enfant.

Différent sur le plan intellectuel, mais aussi affectif

Dire qu’un enfant surdoué n’est qu’un enfant plus intelligent que la moyenne et réduire sa différence à un QI supérieur à 130 est la principale idée reçue à laquelle parents et enfants peuvent être confrontés. Car si le QI est un indicateur, il ne compose pas une personnalité. Or, être surdoué est un tout, formé aussi bien par le potentiel intellectuel de l’enfant que par sa personnalité psychoaffective.

Sur le plan intellectuel, l’enfant surdoué se distingue par la forme particulière de son intelligence. « La différence est qualitative, et non quantitative comme on pourrait le penser », souligne Jeanne Siaud-Facchin. Ainsi, alors que l’être humain lambda favorise l’hémisphère gauche de son cerveau, il est scientifiquement prouvé qu’un enfant surdoué utilise de façon privilégiée son cerveau droit, ce qui lui confère une intelligence plus intuitive que raisonnée. On sait aussi que les informations y sont traitées plus rapidement, car elles sont redistribuées dans toutes les zones du cerveau, ce qui se traduit par une réelle hyperactivité neuronale. On pourrait aussi ajouter que sa perception sensorielle est extrêmement performante (sa vue est plus large, son ouïe lui permet d’écouter plusieurs conversations en même temps, son odorat est ultra-sensible…).

Sur le plan affectif, l’enfant surdoué est avant tout un être hypersensible, chez qui les émotions sont exacerbées : son amour, sa colère, sa susceptibilité ou sa peur sont d’une intensité peu commune. Ses sens exaltés lui permettent aussi de ressentir des choses imperceptibles et l’empathie, cette capacité à ressentir les émotions d’autrui, est son sixième sens. Il est particulièrement sensible à la justice, mais surtout à l’injustice qui le révolte. Sa quête de vérité est une nécessité absolue, ce qui en fait un enfant très actuel, en quête de sens, humain et généreux. S’il porte un regard lucide sur son environnement, ses désillusions sont souvent très douloureuses, et ce, même si elles lui servent de moteur pour avancer. Intelligent, sensible, créatif et clairvoyant : l’enfant surdoué, malgré les difficultés, à toutes les cartes en main pour bien grandir et réussir.

Les signes qui mettent la puce à l’oreille

Il est possible, très tôt, de constater certains signes de précocité, notamment dans le développement de l’enfant et ses apprentissages. « Mais attention, avertit la psychologue, il y a des raccourcis à ne pas prendre. Un signe de cette liste ne suffit pas à poser le diagnostic, que seul un bilan complet réalisé chez un psychologue peut confimer. » Et l’inverse aussi est vrai : on ne peut affirmer qu’un enfant surdoué sera absolument conforme à tous les aspects énoncés.

Les signes qui peuvent être constatés dès la petite enfance :

– bébé très tonique
– bébé scrutateur : éveillé et curieux
– bébé petit dormeur, qui peut se contenter de nuits courtes
– enfant qui parle très tôt, ou plus tardivement mais tout de suite de façon correcte
– enfant dont le vocabulaire est rapidement très riche
– enfant qui, une fois entré dans le langage, se met tout de suite à poser beaucoup de questions et commence à s’interroger, bien avant les autres, sur des questions existentielles (sur la vie, la mort, le monde…)
– enfant désireux d’apprendre très jeune à lire et à écrire (seul ou avec l’aide des adultes)

École et surdoués ne font pas toujours bon ménage

C’est parce que les parents ont parfois peur de passer pour des gens prétentieux, de coller très tôt une étiquette à leur enfant, ou simplement parce qu’ils n’ont pas vu chez ce premier bébé les signaux précoces d’alerte, que c’est à l’école que surgissent généralement les premières difficultés. Mais, une fois encore, l’échec scolaire n’a rien de systématique (un tiers des surdoués seulement) et certains enfants parviennent sans aménagement, ni aide spécifique, à réussir et même à briller dans leurs études.

Ainsi, dès la maternelle, un contraste entre les jeunes surdoués et les autres enfants se dessine parfois. En décalage avec les enfants de leur âge, avec qui ils ne se trouvent pas de points communs, les enfants précoces se lient souvent d’amitié avec des enfants beaucoup plus âgés, ou à l’inverse, beaucoup plus jeunes. Certains ne voient pas l’intérêt de ce que la maîtresse leur demande, ou ne décodent pas les implicites de l’école. Résultat : ils répondent à côté de ce qu’on leur demande, voire apportent des réponses beaucoup trop complexes. Ils s’ennuient (notamment pour ceux qui ont déjà appris à lire et/ou à écrire) et s’agitent. C’est le premier moment d’alerte.

En primaire, les surdoués, qui apprennent très vite, ont donc tendance à ne pas travailler. Si
certains s’en sortent avec de très bons résultats néanmoins, ce n’est le cas de tous. Les difficultés
sociales deviennent de plus en plus pesantes. Les jeunes surdoués ont beaucoup de mal à se lier
d’amitié avec leurs camarades. Leur rapport aux adultes et aux enseignants, par qui ils se sentent
souvent incompris et rejetés, devient problématique et les enfants passent souvent pour des
insolents, des impertinents.  
Au collège, il semble que les jeunes surdoués parviennent à composer avec leur intelligence jusqu’en cinquième sans trop d’échec. C’est en quatrième, lorsqu’il devient nécessaire de mettre en œuvre de vraies stratégies d’apprentissage qu’ils n’ont pas acquises jusque-là, que tout s’écroule. Ils ont beau avoir les réponses aux problèmes, ils sont incapables d’expliquer comment et de développer leur réponse, ce que leur demande les professeurs. C’est là que les décrochages les plus spectaculaires sont observés. Avec certains ados surdoués qui vont alors se mettre à faire les imbéciles pour se sentir exister et d’autres qui vont sérieusement se déprimer. C’est en général à cet âge que le plus grand nombre de surdoués sont, tardivement, repérés.

Quant au lycée, la plus grande difficulté à laquelle ils vont être confrontés est l’orientation. Eux qui auraient voulu exercer tous les métiers du monde lorsqu’ils avaient 10 ans, il leur faut faire un choix. Et donc renoncer aux autres possibles. C’est ce cap de l’orientation, qui leur semble bien souvent insurmontable, qui les pousse à saborder leur scolarité pour repousser autant que possible le moment fatidique du choix.

De l’importance pour l’enfant de savoir qui il est

Quel que soit l’âge auquel l’enfant est repéré, il est alors nécessaire de lui faire passer un bilan auprès d’un psychologue habilité. Il permet à l’enfant et à ses parents de mieux comprendre les difficultés qu’ils peuvent rencontrer et d’envisager, si nécessaire, une aide efficace et adaptée. En aucun cas, ce bilan n’a pour but d’étiqueter l’enfant et de l’enfermer dans un profil. Outre les problèmes, il met aussi en lumière les ressources et les compétences de l’enfant. C’est sur elles qu’il pourra s’appuyer pour avancer, mais aussi, dans certains cas, pour retrouver l’estime de soi, parfois anéantie par des années d’échec scolaire.

Surdoués, douance, précocité : 8 idées reçues

On les croit sûrs d’eux, forcément heureux, supérieurs… Pourtant la réalité des adultes surdoués est toute autre. En cause ? Une incompréhension et surtout, une méconnaissance de ces personnes différentes, hors normes. Le point, avec Monique de Kermadec, psychanalyste et spécialiste des surdoués, sur huit fausses croyances.

Margaux Rambert

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Etre surdoué, c’est avoir un QI supérieur à 130

La réponse de Monique de Kermadec : « En France, on considère effectivement qu’une personne est surdouée si elle a un QI supérieur à 130. Mais une danseuse étoile à l’opéra, un champion de natation ou encore un vendeur exceptionnel ont par exemple un talent qui les sort nettement de la norme. Est-ce que ces personnes ne méritent pas, elles aussi, d’être appelées surdouées ? La douance ne concerne pas que l’intelligence cognitive, mais aussi les intelligences relationnelles et émotionnelles. Une personne surdouée porte un regard spécial sur le monde. Elle possède une manière particulière de le décoder, d’entrer en relation avec lui. »

La douance disparaît avec l’âge

La réponse de Monique de Kermadec : « C’est faux. La douance ne diminue pas avec l’âge, pas plus qu’elle n’apparaitrait subitement à l’âge adulte. La précocité d’une personne est congénitale. Autre point fondamental : on en parle toujours comme de quelque chose de statique. Mais en réalité, la douance prend des formes et des tonalités différentes en fonction des âges de la vie. C’est un processus, quelque chose qui évolue. On ne va pas vivre de la manière ses dons quand on a 10, 20, 40, ou 60 ans. »

Les personnes surdouées sont heureuses

La réponse de Monique de Kermadec : « En réalité, beaucoup souffrent de leur différence, mal vécue ou mal comprise par leur entourage, et se sentent marginalisées. Certaines sont victimes de discriminations. Et nombre d’entre elles éprouvent un manque de confiance en elles, sont en situation d’échec social, sentimental, ou professionnel, et ont du mal à s’intégrer dans la société ».

Les personnes surdouées se sentent supérieures

La réponse de Monique de Kermadec : « On croit souvent que les personnes surdouées ont une grande confiance en elles et se sentent supérieures aux autres. C’est totalement faux. Je n’ai jamais vu des personnes douter autant d’elles-mêmes : elles sont les premières à percevoir leurs limites et sont toujours à la recherche de mieux faire. Elles voient toujours ce qui manque, la faille. Leur perfectionnisme n’est d’ailleurs pas toujours supporté par leur entourage, qui les juge critiques, voire pessimistes. »

Les personnes surdouées sont admirées et se font facilement des amis

La réponse de Monique de Kermadec : « Certains surdoués sont admirés, mais je ne suis pas sûre que l’admiration aide nécessairement à se faire des amis. Elle suppose toujours une part d’envie, de jalousie. Par contre, il est vrai que les adultes surdoués issus de familles qui ont encouragé leurs intelligences émotionnelle et relationnelle savent se faire des amis, sont charismatiques, deviennent des leaders. Mais beaucoup d’autres ont du mal à entrer en relation avec les autres, avec le monde extérieur. »

Les personnes surdouées sont toujours motivées

La réponse de Monique de Kermadec : « Pour un sujet ou une cause qui leur tient à coeur, il n’y a pas plus motivé qu’elles. Ce sont des gens qui ont une incroyable capacité à se passionner : ils ne comptent plus leur force, leur énergie. Ils deviennent alors corvéables et disponibles à 100%. En revanche, si un sujet ne les intéresse pas, ils ont beaucoup de mal à s’y mettre. Leur motivation n’est pas universelle, mais ciblée. »

Les personnes surdouées savent résoudre tous leurs problèmes

La réponse de Monique de Kermadec : « Les surdoués ont une pensée rapide, des aptitudes de raisonnement, qui vont les amener à trouver rapidement une solution originale. Mais attention, ce n’est pas parce qu’on est intelligent, que l’on va pouvoir tout résoudre, y compris ses problèmes relationnels. »

Les personnes surdouées sont instables

La réponse de Monique de Kermadec : « Les surdoués sont parfois vues comme des personnes instables, touche-à-tout. En réalité, c’est qu’une fois qu’elles ont résolu un problème, elles ont envie d’en aborder un autre. Une fois qu’elles ont passé plusieurs mois sur un poste, l’appétit se perd par exemple. Et naît une envie d’autre chose. Elles ont un besoin de nouveauté. La répétition au quotidien est quelque chose qui leur est particulièrement difficile.