Du rôle des rives sur la violence d’un fleuve … ou les limites des limites pour gérer le mauvais comportement d’un enfant

limites pour gérer le mauvais comportement d'un enfant : "on dit d'un fleuve qu'il est violente mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent" - Bertolt Brecht

Note : Suite à une erreur de manipulation, cette citation est parue une première fois non commentée … Je vous remets donc la même en version commentée :-).

Du rôles des rives sur la violence du fleuve … ou comment les limites peuvent augmenter les mauvais comportements d’un enfant

« On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent. » – Bertolt Brecht

Très souvent, dans les accompagnements que je fais, j’entends des choses comme

Mon enfant est vraiment rebelle, je suis obligé de le cadrer très strictement.

Notre est vraiment rebelle : elle répond à tout et nous partons dans des disputes très violentes.

Cet élève est vraiment insupportable. Il est toujours mêlé de près ou de loin aux problèmes. Et en plus, il me contredit systématiquement.

Dans toutes ces situations, nous nous plaignons de la violence du comportement de l’autre. Ou du moins de la difficulté à canaliser ce comportement, à le faire rentrer dans un cadre qui nous convient à nous. Et nous nous démenons comme de beaux diables pour faire rentrer notre fleuve à nous dans un lit bien propret et qui nous dérange le moins possible.

Nous mettons toutes ces difficultés sur le dos de la puissance du fleuve que nous avons en face de nous. Si c’est aussi difficile et aussi compliqué, c’est parce qu’il y a de l’énergie dans ce beau petit diable que nous avons en face de nous. Nous mettons sur les qualités internes à l’enfant les difficultés à le cadrer et nous ne voyons qu’un renforcement des limites pour gérer le mauvais comportement d’un enfant.

Bien peu d’entre nous réalisent à quel point nos efforts, comme les rives d’un fleuve, contribuent à augmenter la puissance de celui-ci.

Si le fleuve coule fort et vite, c’est bien aussi parce que ses rives sont resserrées et que la pente est forte, pas seulement parce qu’il est violent en lui-même non ? La même quantité d’eau sur une étendue plane ne donnerait qu’un joli lac paisible … Nous savons tous aujourd’hui que trop canaliser un fleuve n’est pas une solution efficace à long terme. Que sans des zones marécageuses pour des débordements réguliers, le risque d’une crue dévastratrice est renforcé.

Mais nous ne pensons pas à cela sur le moment : nous maudissons juste le fleuve de sa puissance destructrice ou nous mettons sur le compte de la météo capricieuse les débordements constatés.

Et si les limites pour gérer le mauvais comportement d’un enfant n’étaient pas la solution ?

Que faisons-nous face à nos enfants qui « débordent » ?

Et bien, nous n’avons visiblement rien retenu des leçons écologiques en matière d’éducation : à chaque débordement, nous prenons la résolution de resserrer les rives encore plus fort, encore plus strictement. Ce qui, loin d’améliorer les choses ne fait que, au mieux, temporairement nous faire oublier le problème jusqu’à la prochaine crue. Et au pire, déclenche la crue. Nos limites pour gérer le mauvais comportement d’un enfant sont parfois le meilleur moyen d’aggraver le problème.

Quand je m’adresse aux petits torrents impétueux que l’on m’amène, j’entends de drôles de choses comme :

Ma maman, elle veut vraiment que je sois très sage. C’est dur. Des fois, c’est tout le bazar dans ma tête et je n’y arrive plus, surtout quand elle crie. Alors je claque les portes ou je pleure très fort.

Quand je ne suis pas d’accord avec mes parents, ils veulent tout le temps me faire taire. Je ne peux jamais rien dire, ça m’énerve tellement que je parle mal.

Ma maitresse, elle a décidé que j’étais pénible. Quand il se passe quelque chose, c’est toujours moi qu’on accuse en premier. Moi, ça m’énerve vraiment fort et j’essaie toujours de lui prouver qu’elle a tort.

Aucun des adultes en face de ces enfants n’avait mesuré à quel point l’attitude adoptée pour canaliser le comportement de ces enfants contribuait à augmenter la violence des « mauvais comportements ».

La violence des comportements est-elle vraiment intrinsèque à l’enfant ? N’est-elle pas aussi un peu – beaucoup ? – liée à la façon dont nous gérons ces comportements ?

Lorsque ces adultes changent de comportement en prenant quelques risques, ils ont la surprise de voir que le fleuve change soudain de visage :

Mon chéri, tu vas surement avoir besoin de pleurer ou de crier quand les choses ne te conviennent pas, c’est important pour toi. Il faudra le faire dès que ce sera nécessaire pour toi.

Apparemment il y a des choses avec lesquelles tu n’es pas d’accord, nous t’écoutons attentivement, sans répondre pour te contredire.

Les limites pour gérer le mauvais comportement d’un enfant ou autre chose ? les questions à se poser

Cette question va bien au-delà des mauvais comportements des enfants. Combien de fois nous posons-nous la question de savoir dans quelle  mesure notre propre attitude contribue à maintenir les problèmes rencontrés avec nous-même ou avec les autres ?

La prochaine fois que votre « fleuve » déborde – qu’il s’agisse de vous-même, de votre enfant, de votre conjoint, … – et que le comportement que vous constatez vous dérange,posez-vous la question de savoir comment vous en aménagez les rives : sont-elles encore plus serrées, encore plus strictes ? Et cela résoud-il le problème sur le long terme ? Ou bien le problème a-t-il tendance à persister  sur le long terme, voire à s’aggraver avec le temps ?

Le Blog de Sandrine Donzel – Relations, éducation et émotions

 

 

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