Archives mensuelles : juin 2016

La dyspraxie au quotidien : s’habiller et se laver

site « apprendre avec bonheur », vendredi 24 juin 2016

dyspraxie au quotidien

Troisième et dernier billet de la série « Dyspraxie au quotidien » (le premier est à retrouver , le second est ici), les actions évoquées ci-dessous dépendent des difficultés praxiques rencontrées. Certains dys ne seront donc gênés par celles-ci.

S’habiller

 Avec un enfant dyspraxique à vous les défilés de mode improbables !
Lorsque l’enfant parviendra à attacher ses boutons, « lundi » sera boutonné avec « mardi » tandis que le devant du tee-shirt sera probablement mis à l’arrière.
Le tout petit apprend à s’habiller jour après jour et tâtonne lui aussi.
L’enfant dyspraxique a besoin de plus de temps encore et même grand il lui arrive encore d’inverser le sens des vêtements. Longtemps il peinera à attacher ses boutons, remonter sa fermeture éclair, plus encore à enfiler ses chaussettes ou ses chaussures et à faire ses lacets.

  • Si votre enfant vous dit qu’il veut s’habiller seul alors que manifestement c’est problématique pour lui, laissez-le faire. Il est dyspraxique, pas incapable. Et puis au fil du temps les progrès suivront.
  • En revanche simplifiez lui la tâche : ajouter des points de couleur ou des petits dessin pour mieux repérer le devant du derrière des vêtements, toujours le même point ou dessin.
  • Pour les chaussures ajoutez un point de couleur dans celles-ci du côté intérieur du pied. Posées l’une à côté de l’autre les deux points se frôlent.  Ainsi l’enfant n’a pas à chercher dans quel sens elles s’enfilent car si vous lui demandez de regarder le grand et le petit côté, ce sera hermétique pour lui. L’astuce des points lui permet d’accéder à l’autonomie qu’il demande.
  • Encouragez le à enfiler seul ses chaussures et chaussettes mais ne le laissez pas se décourager. Si les larmes pointent, proposez-lui votre aide ou répondez à son appel. Peu importe qu’il ait 8 ou 9 ans, il n’y parvient pas!
  • Même chose pour les lacets. A un moment donné il parviendra à faire les lacets sans avoir enfilé ses chaussures,  mais il est probable que ça restera compliqué lorsqu’il les a sur lui. Encouragez-le à tenter, cependant là encore n’insistez pas et répondez à sa demande. Ne vous inquiétez pas, il a besoin de plus de temps mais avec votre patience et votre soutien, il y parviendra même si c’est à 13 ou 14 ans ou plus tard.
  • Pour l’ordre des vêtements à enfiler, préparez la pile des vêtements dans l’ordre: premier vêtement à mettre en haut et ainsi de suite. Préparez avec lui cette pile afin qu’au fil du temps il soit capable de le faire seul. Des pictogrammes affichés à côté de sa penderie peuvent lui rappeler l’ordre des vêtements.

 

Se laver

Se laver le visage et le corps, se laver les dents et les cheveux, c’est difficile.
Se démêler les cheveux, également.
Aller aux toilettes et s’essuyer, aussi.

  • Concernant les toilettes, il sera nécessaire de l’aider à s’essuyer pendant quelques années supplémentaires. Commentez ce que vous faites afin qu’il puisse retenir les gestes nécessaires, puis encouragez-le à vous expliquer à son tour afin qu’il oralise ses actions et ainsi puisse automatiser les gestes.
  • Même chose pour le lavage du visage et du corps. Peu importe qu’il mette de l’eau partout, il finira par ne plus transformer la salle de bain en piscine. Avec patience apprenez lui à doser l’ouverture du robinet. Des pictogrammes peuvent aussi être affichés afin de lui indiquer l’ordre des actions à réaliser. Choisissez des produits faciles à ouvrir et pas trop lourds afin qu’il ne cumule pas les difficultés avec des systèmes d’ouverture/fermeture compliqués pour lui.
  • Ajoutez un petit marche-pied devant le lavabo afin qu’il accède facilement aux objets et robinets.
  • Le lavage de dents ne sera pas efficace pendant longtemps mais il arrivera un moment (parfois très tôt) où il voudra se laver les dents seul ! N’hésitez pas à vous laver les dents en même temps que lui, à commenter vos gestes, à amplifier le lavage des dents avec des « grimaces de singe ». Faites des concours, de petits jeux.
  • Une coupe courte simplifie lavage et brossage, mais il serait dommage de se priver de cheveux de sirène parce qu’on est dyspraxique. Toutefois, pendant longtemps, l’enfant et l’adolescent auront besoin que vous vous assuriez que les cheveux longs ont bien été rincés sous risque que des nids de shampoing ne soient formés dans la chevelure de votre Raiponce. Rappelez-lui que peu de shampoing est nécessaire et montrez-lui régulièrement les gestes à effectuer. Un démêlant peut également permettre de limiter les noeuds et ainsi faciliter l’auto-démêlage.

Que ce soit pour se laver ou pour s’habiller, veillez à ne jamais décourager votre enfant et plus encore votre ado ! Ce n’est pas parce que c’est difficile que c’est impossible, il a besoin de temps, parfois d’aide mais il a aussi le droit de se tromper, de recommencer et de progresser à son rythme. 

Tenaces, les dyspraxiques sont fantastiques ! ☺ 

Ce billet conclut mes articles sur la dyspraxie au quotidien.

Billets concernant la dyspraxie à retrouver ici.

« L’enfant doué veut tout maîtriser », dit-on

Chronique de , 15/04/15 Psychologue

On entend souvent dire, avec une nuance de reproche dans la voix, que les enfants doués « veulent tout maîtriser », désir utopique qui serait bien en accord avec une nostalgie de la toute-puissance connue dans leur tout jeune âge, perdue depuis longtemps, mais dont ils n’auraient jamais fait le deuil.

On aime bien penser que leur aisance, parfois étourdissante dans certains domaines comme celui du langage par exemple, les a abusés et qu’ils se croient désormais nantis d’un pouvoir particulier. Tout comme ils maîtrisent à la perfection la syntaxe ils aimeraient exercer un contrôle semblable sur tous les événements survenant autour d’eux.
De là viendrait leur curiosité insatiable, cette sorte de boulimie du savoir : accumuler des connaissances leur permettrait d’exercer une certaine emprise sur les événements… On imagine mal leur état d’esprit : pour user de la vision la plus cohérente possible de l’existence, il est préférable d’en avoir un aperçu le plus large et le plus riche.
A titre d’exemple et pour illustrer cette attitude, Olivier Revol, (pédopsychiatre exerçant à l’Hôpital Pierre  Wertheimer de Lyon) évoque l’attrait pour  les enfants doués du poste de Gardien de But dans une équipe de foot, parce qu’ils ont ainsi la vision entière des positions de tous les joueurs, en outre, ce rôle d’ultime recours les implique totalement au sein de cette équipe.
 Si l’on saisit leur façon de procéder, il paraît logique qu’ils cherchent à se situer dans l’espace qui les entoure : l’enfant doué apprécie de  savoir  très précisément où il se trouve. Beaucoup adorent consulter une carte, la plus détaillée possible, pour retrouver chaque accident de terrain et chaque construction. Les vénérables cartes d’Etat-major les comblent d’aise : elles signalent d’infimes particularité du terrain et la moindre courbure de la route. Les GPS ne donnent pas une vue d’ensemble aussi vaste et précise à la fois, ils ne sont pas pleinement satisfaisants.
De la même façon, ces enfants sont enchantés quand ils peuvent se situer dans une lignée familiale, c’est une conscience qu’ils acquièrent très tôt lorsque les éléments sont à leur portée, ensuite, très vite, ils élargissent cette quête des racines lointaines, ils atteignent le Moyen-Age,  ses chevaliers, ses châteaux, ses tournois : porter des oriflammes, montés sur de fiers destriers  leur semble alors une activité presque banale. Avec quelle joie ils usent de ces mots chargés d’histoire ! Ils remontent encore dans le  temps pour plonger dans la mythologie : rire aux facéties de dieux et trembler de leurs colères les enchante et enfin on arrive à l’époque la plus passionnante de toutes, peuplée d’habitants fascinants : les animaux préhistoriques. Leurs noms compliqués n’ont pas de secret pour eux. Cet attrait, proche de la fascination, pourrait être en partie justifié par la singularité de ces animaux, dont les noms mêmes sont déjà un casse-tête. Quel plaisir alors de les nommer comme s’ils étaient de vieilles connaissances ! Ce serait une sorte d’affinité entre personnes hors norme recelant toujours une part de mystère.
L’enfant doué ne peut se contenter d’effleurer un sujet qui le passionne, il aimerait, en effet, en maîtriser tous les aspects, sinon la connaissance n’est pas satisfaisante, elle comporte des lacunes agaçantes, comme la carte d’un pays ou d’une ville  qui présenterait des blancs, sans qu’on sache ce qu’ils recouvrent. 
Parlant des adultes spécialistes dans un domaine précis on dit avec admiration « il maîtrise
bien son sujet » et il n’y a aucune nuance critique dans cette affirmation. Les enfants doués aiment « bien maîtriser leur sujet ». C’est une satisfaction personnelle : ils ne sauraient se contenter d’une connaissance floue, incertaine, mouvante, approximative, tout mode d’approche qui ne leur plaît pas. C’est alors qu’ils s’ennuient : de brefs aperçus d’un sujet ne peut combler leur goût pour le savoir, ils les rebuteraient plutôt. Trois cacahuètes n’apaisent pas ceux qui sont dotés d’un bel appétit.
De la même façon, les enfants doués préfèrent être prévenus des événements qui vont survenir dans les jours à venir. S’y préparer mentalement permet de mieux savourer le moment heureux annoncé, être dans l’exact état d’esprit approprié doit être prévu à l’avance, tout comme on prépare, au moins en esprit et bien avant le moment de s’y rendre, la tenue convenant à une situation exceptionnelle.
L’état d’incertitude exerce parfois des ravages chez ces enfants si sensibles : tout jeunes, ils sont déjà capable d’envisager les scénarios les plus dramatiques lorsqu’ils se trouvent en terrain inconnu, ils manquent encore des fruits des expériences passées, le pire serait, pour eux, le plus prévisible. Ils peuvent alors accabler leur entourage de toutes sortes de questions, parfois tellement saugrenues qu’on s’interroge sur leur source  d’inspiration,
« nous n’avons jamais parlé de ça » disent les parents perplexes quand leur enfant évoque un enchevêtrement d’événements parfois terrifiants pouvant survenir, parce que, par exemple, on va prendre la voiture pour se rendre dans un endroit inconnu et peut-être assez désert.
De façon apparemment paradoxale, dans leur petite enfance, ils sont plutôt heureux à l’idée
d’aller enfin à l’Ecole, ils le réclament même, mais ce bel enthousiasme résiste mal au contact de la réalité et, les années suivantes, ils envisagent plus facilement les drames qu’ils devront peut-être affronter, avec un paroxysme d’inquiétude aux changements de cycles. La visite guidée du collège les a rarement rassurés, ils ont déjà l’expérience des malentendus, de l’ennui, des contraintes, ils se voient perdus dans  cet immense bâtiment, peuplés de « grands » certainement fiers de leur force et cherchant toutes les occasions de l’exercer. Cette « épreuve », au sens le plus initiatique et le plus inquiétant du terme, échappe totalement à leur maîtrise,  ils se sentent pétrifiés d’angoisse. Si, jusque-là, leur vie s’est déroulée plutôt calmement, ils se voient confrontés sans préparation à un changement brutal, bouleversant toute l’organisation de leur mode de vie. Il ne faut surtout pas minimiser ces réactions.
La maîtrise qu’ils recherchent est une des  protections les plus efficaces qu’ils ont pu trouver par eux-mêmes, ils ont constaté qu’ils se sentaient plus tranquilles et pouvaient goûter avec plus de plaisir  les moments heureux auxquels ils s’étaient préparés. De même, ils se pensaient mieux armés pour affronter d’éventuelles difficultés parce qu’ils les avaient plus ou moins prévues.
Il suffit de se souvenir avec quel soin ils ont imaginé un cadeau, une surprise, raffinée et originale dans la mesure de leurs moyens, tandis qu’ils attendaient un événement annoncé.
Quand on leur a présenté l’examen psychologique comme un moment agréable, ils l’attendent avec un plaisir anticipé et s’efforcent de donner des réponses merveilleuses de finesse et de pertinence, ils sont intellectuellement en habits de gala pour cette occasion.
Adopter l’attitude la plus exactement ajustée à une situation ou à un événement demande une réelle préparation : les plus beaux spectacles, enchanteurs et merveilleux, sont ceux où chacun à sa place maîtrise parfaitement son rôle.
Se préparer minutieusement permet de donner toute sa mesure, celle de l’enfant doué est sans limite quand il est pleinement rassuré.
Le journal des femmes

Le cerveau pour allié en classe ? – Apprendre à l’horizon 2035

Par Eric GASPAR, porteur du projet Neurosup, est professeur de mathématiques, au lycée public Jean-François Champollion de Lattes (34), académie de Montpellier-France.
Cerveau, apprentissage et enseignement…Mieux connaître le cerveau peut-il nous aider à mieux enseigner et mieux apprendre? Nous sommes en effet aujourd’hui capables de déterminer scientifiquement les facteurs facilitant l’apprentissage par notre cerveau ! La neuro-pédagogie.
Cette conférence s’inscrit dans le cadre du programme « Apprendre à l’horizon 2035 » organisé pour les 20 ans de l’UBS.

Ah mon coquin de cerveau, maintenant je vois comment tu fonctionnes…ce qui te facilite la tâche ou te la complique, lorsque l’on apprend ou lorsque l’on enseigne…Grâce à la synthèse des dernières avancées en neurosciences qui permettent de mieux reussir tout apprentissage, plus facilement et avec plus de plaisir, on va pouvoir faire une belle équipe désormais! Profs, élèves et toi! Maintenant que je sais que tu passes ton temps à effacer et pas seulement à enregistrer, que tu ne peux pas être multitâches, que tu aimes restituer une information grâce à un indice, encore plus s’il est personnel, je vois bien que tu es un sacré malin et pas si différent de ce que je savais intuitivement ou par expérience finalement! Et ça,ça me plaît! En fait, on est fait pour s’entendre toi et moi quand on veut apprendre quelque chose. Il suffit de se connaître.

La souffrance des enfants hyperactifs

Á la définition du mot bougeotte, on peut lire : « terme populaire, qui ne peut rester en place »* [1]
Tout, dans cette définition très perspicace, est dans le « qui ne peut ».

Et en effet, la bougeotte mais aussi la précipitation ou l’inattention et mille autres comportements perturbateurs sont liés chez les enfants TDAH à une incapacité. C’est toute leur souffrance.

Le premier problème est que pour les parents ou pour les enseignants, cette incapacité est souvent perçue comme une affaire morale qu’il conviendrait d’aborder sous le seul angle de la faute et de la punition.

Le deuxième est que les enfants se convainquent souvent eux-mêmes qu’ils sont fautifs. Et pour nombre d’entre eux, chaque jour est une épreuve.

On échoue souvent à lutter contre sa nature. Les enfants hyperactifs donnent parfois toutes leurs forces pour s‘assagir, mais leurs efforts ne peuvent que rarement se maintenir au long cours. Ces enfants ne connaissent guère de répit et tous ceux qui partagent leur vie peuvent leur apparaitre hostiles : les parents et les enseignants qui se relaient jour et soir pour les gronder et les punir, mais aussi les camarades qui craignent leur comportement impétueux et qui les fuient. Mais comme tous les autres enfants, l’hyperactif peut avoir des ambitions de chérubin et désirer, plus que tout, être sage et gentil, réussir à l’école, être aimé de ses parents, de sa maîtresse, de ses camarades … et donc souffrir, à être considéré comme un méchant qui n’obéit jamais, ne tient pas ses promesses, fait de la peine à ses parents et ne mérite pas l’affection de ses camarades …

Á les juger sur leur style fanfaron, sur leur comportement indocile ou sur leurs agissements impulsifs (l’impulsivité est souvent confondue avec l’agressivité chez les jeunes enfants ou avec l’insolence chez les adolescents), on leur prête souvent à tort une intentionnalité provocante ou malveillante. Mais ils souffrent plus souvent qu’ils ne font souffrir. Car ils sont – en dépit de leurs promesses, de leur sincérité, de leurs efforts et finalement de leur mérite – plus que tout autre confrontés à l’échec, à l’incompréhension et à l‘opprobre.

Cette hostilité est vécue par ces enfants comme injuste (ce qui incite à la révolte) ou comme méritée (et provoque alors de la culpabilité). Ils subissent ainsi une forme de ce que l’on nomme pour les adultes le harcèlement moral.

Pour peu que l’on abandonne le registre disciplinaire et que l’on incite à la confiance, se dévoilent alors chez ces enfants les espoirs et les attentes, mais aussi les renoncements et les tourments. Bien que plus fréquentes que dans la population lambda, l’anxiété et la dépression passent souvent inaperçues chez l’enfant et l’adolescent hyperactifs car elles sont souvent masquées par la symptomatologie expansive de l’hyperactivité. Mais pour autant, ces tourments et ces épreuves ne sont pas sans laisser de marque au-delà-même de l’enfance et de l’adolescence.

Notes:

[1Le Robert. Précisons que le verbe bouger vient du latin bullicare ou bullire, qui signifie bouillonner.

 

TDAH et alors

 Le Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H) est un trouble neurobiologique. Il a une prévalence de 5% dans la population générale et il représente une part importante de la population clinique en psychiatrie de l’enfant (environ 60% des motifs de consultation en psychiatrie de l’enfant). Le TDA/H a des répercussions sur les apprentissages (30% d’échec scolaire) mais a également des répercussions sur le fonctionnement psychologique de l’enfant (70 % des enfants de comorbidité psychiatrique : trouble anxio dépressif, trouble oppositionnel avec provocation, trouble des conduites…).

 L’objectif de ce site est d’aider les enfants atteints du TDA/H principalement dans leur vie scolaire mais aussi dans la vie de tous les jours grâce à divers outils qui leurs permettront de développer des stratégies pour faciliter leur apprentissage. Nous souhaitons également aider les parents à accompagner leurs enfants dans ce processus avec l’aide des enseignants.

Pour accéder au site cliquez sur le lien suivant:

https://sites.google.com/site/tdahetalors/

Les difficultés psychologiques liées aux troubles des apprentissages.

Troubles DYS

C’est en observant et en travaillant avec les enfants et adolescents présentant des troubles des apprentissages que nous sommes, en tant que psychologues, confrontés à la question de l’impact de ces difficultés sur la construction de leur personnalité.

Plusieurs recherches ont été menées sur le sujet dont voici quelques conclusions. Cet article est un compte-rendu non exhaustif des incidences psychologiques des troubles cognitifs chez l’enfant et l’adolescent.

Le développement psychologique :

Difficile pour ces enfants et adolescents d’intégrer ce qui est stable et ce qui évolue pendant leur développement. La construction de leur identité est un cheminement long et compliqué qui se met en place très tôt tant au niveau biologique que relationnel. L’enfant prend progressivement conscience de son existence en tant qu’individu dans sa relation aux figures d’attachement puis au travers du regard des autres sur ses propres actions.

Le développement psychomoteur, du langage, de la motricité, de l’attention etc… offre à l’enfant l’opportunité d’expérimenter des liens entre ses actions et leurs conséquences. À travers ces expériences il commence à apprendre à maîtriser son corps et les effets qu’il peut avoir sur les objets, les événements et même sur les autres. C’est alors que l’enfant apprend à avoir un impact sur le monde qui l’entoure. Il va également apprendre à identifier les effets de son comportement sur son propre corps.

Le développement de l’image de soi :

Lorsque l’enfant est parvenu à faire ce lien entre son comportement et ses conséquences, l’image de soi va se créer par l’équilibre entre ses capacités à réguler ses émotions, la qualité de ses relations sociales et un raisonnement cognitif adéquat (langage, mémoire, attention…).

L’image de soi est constituée de différentes composantes (Speranza & Valeri, 2010) :

  • la sphère émotionnelle
  • la motricité
  • la communication
  • l’expérience subjective
  • l’expérience intersubjective.

La perturbation d’une de ces composantes peut alors déséquilibrer le fonctionnement de l’enfant. La dynamique entre le monde interne et le monde externe de l’enfant et de l’adolescent résulte de cette image de soi.

Chez un enfant sans trouble des apprentissages, la construction de l’image de soi n’est déjà pas facile. C’est un processus qui prend du temps, qui est fragile au début et qui nécessite un apprentissage.

L’image de soi d’un enfant se construit à deux niveaux :

  • par la perception de l’écart qu’il y a entre ses compétences et ses idéaux
  • par la perception qu’il a du regard que ses pairs portent sur ses compétences propres.

C’est ainsi que l’image de soi conditionne la gestion des émotions, la motivation à l’apprentissage et les interactions sociales de l’enfant.

Dans le contexte de troubles des apprentissages :

Les enfants et les adolescents qui ont un trouble des apprentissages ont une vision négative de leurs compétences dans le domaine des apprentissages. Cette vision négative est la conséquence des échecs répétés de leurs tentatives de réussite. Ces enfants et adolescents vont alors éviter les activités en question, par peur de l’échec et ou de la critique et/ou des moqueries de la part de leurs pairs. Cela impacte donc les possibilités d’améliorer leurs compétences (qui est normalement le résultat de l’entraînement).

Les difficultés psychologiques liées aux troubles des apprentissages.

Cela va également impacter leurs interactions sociales et donc leur perception d’eux-mêmes qui est très fortement influencée par l’image qu’ils auront du regard que portent leurs pairs sur eux.

Que faire ?

Le plus important est de savoir repérer les émotions impliquées dans ce que vous montrent vos enfants (est-ce de la tristesse, de la colère, un sentiment d’injustice, un besoin d’être rassuré, compris etc…). En identifiant la demande sous-jacente vous pourrez y associer un besoin et mieux répondre à leurs attentes.

Il existe de nombreux ouvrages sur la confiance en soi, le bien-être et l’estime de soi des enfants avec ou sans troubles des apprentissages :

 

Vous pouvez également rencontrer un psychologue.       

Le rôle d’un psychologue face à ce genre de difficultés est d’accueillir la souffrance de ces enfants et adolescents mais aussi celle de leurs parents qui sont souvent bien démunis face aux difficultés de leurs enfants.

Il est important également qu’il reformule les difficultés et les explications diagnostiques et thérapeutiques. L’intensité émotionnelle de ces situations diminue la capacité des personnes impliquées à comprendre les enjeux derrière ce qui se passe au quotidien.

Un psychologue pourra vous aider vous-mêmes à comprendre la situation et pourra apporter des réponses à vos questions. Il pourra aider votre enfant à apprendre à gérer ses émotions, à reprendre confiance en lui et à retrouver une bonne estime de soi. C’est un travail d’équipe !

Bien entendu le coup de baguette magique n’existe pas mais consulter un psychologue ne veut pas forcément dire s’engager dans une thérapie longue, quelques séances peuvent suffire, tout dépend de la situation.

Un grand merci à Caroline, on attend avec impatience son prochain article!

 

Caroline EVERAERE

Psychologue-Neuropsychologue
156 Rue du 8 Mai 1945
59 650 Villeneuve d’Ascq
06.73.42.77.95

Mieux se connaitre – Le dys à haut potentiel

Les Déclics : la pédagogie

Reconnaître, comprendre, expliquer.

Il faut certes s’affranchir des tendances au réductionnisme, cependant je reprendrai, pour des raisons heuristiques et didactiques, ce modèle de la constellation des multidys qui a, j’en suis bien conscient, ses limites.

dyslexique

Caractéristiques connues des troubles de l’apprentissage

 

  • trouble durable et handicapant dans la vie quotidienne et/ou scolaire sans déficience intellectuelle (QI normal ou supérieur à la moyenne), troubles psychoaffectifs, déficit sensoriel, éducation lacunaire ou absence de motivation
  • plus fréquent chez les garçons
  • des familles prédisposées
  • pas de facteur environnemental ou périnatal (sauf pour TDHA)
  • atteinte focale d’un module neurocognitif (langage, lecture, calcul, praxie, cognition spatiale, les plus fréquents étant liés au langage écrit…)
  • comorbidité = polydys

 

Le syndrome phonologique

 

La dyslexie consiste en l’incapacité à entrer dans la conversion grapho-phonémique. Il y a généralement des antécédents oraux (dysphasie, retard de langage), souvent une dyscalculie associée et un déficit de mémoire immédiate. Des difficultés de décodage, un trouble de la dénomination rapide, plus tard des difficultés lexicales et syntaxiques.

 

Le syndrome visuo-attentionnel

 

Il s’agit de l’incapacité à automatiser la conversion grapho-phonémique, le décodage est exact mais lent, on constate des paralexies dérivationnelles et sémantiques et des substitutions de petits mots. Pas d’antécédents oraux, ils ont parlé vite et bien. Souvent des troubles de l’attention. Au WISC IV : IRP > ICV.

 

La dyslexie mixte

 

Initialement phonologique puis visuo-attentionnelle. On constate une disproportion importante entre le déficit phonologique et l’intensité de la dyslexie. Il n’y a pas de grosse différence entre IMT et IVT au WISC IV. Souvent lié à une hyperactivité et un trouble des conduites.

 

Le syndrome dyspraxique

 

Le trouble de la lecture est modéré et cède rapidement, c’est un symptôme d’appel, les erreurs sont spatiales plutôt que phonologiques. Ils ont parlé mieux et plus vite que d’autres mais on constate une lenteur de la coordination motrice, une dysgraphie, une dyslatéralité, une instabilité oculomotrice, un trouble spatial et éventuellement une dyscalculie spatiale. La dyschronie est massive : impossibilité de placer un événement dans le temps. Il peut y avoir une précocité intellectuelle si au WISC IV on a un IRP < ICV.

 

La précocité

 

10% des précoces souffrent de troubles dys et de difficultés d’apprentissage alors qu’il n’y en a que 2% dans la population « normale ». Le WISC IV est incontournable mais le total est inadéquat en cas de dissonance, il faut se baser sur le score le plus élevé si un des 4 scores > 130. Il faut leur reconnaître un style cognitif et affectif singulier.

 

On peut privilégier l’interprétation neuropsychologique ou psychodynamique. Il y a au moins 3 façons d’interpréter un écart > 20 selon qu’on suppose une compensation dans un sens ou dans l’autre ou une cause commune.

 

On constate souvent un trouble de la lecture au CP, un ICV excellent et un IRP bas, soit un gros écart entre les deux. L’enfant précoce travaille peu et perturbe souvent. La vitesse de traitement est basse. Dysorthographie, dyslexie, dysgraphie, dysexécution peuvent être associées mais les compensations rendent difficile le repérage de la dyslexie.

Dyslexiques et précoces présentent une anomalie de la fenêtre attentionnelle détectable par le test Valdois (5 lettres  apparaissent furtivement à l’écran et doivent être rappelées). Le rappel des positions 4 et 5 est difficile.

 

Lorsque l’on fait passer le questionnaire de Cooper et Smith mesurant l’estime de soi on constate que chez les élèves en difficulté, plus le potentiel est élevé, plus l’attaque de l’estime de soi est importante et plus l’écart est fort plus l’estime de soi est altérée.

 

D’après Magnier les HP ont une meilleure connectivité des zones du cerveau par l’organisation des fibres sous-corticales entre les régions frontales et pariétales. Le cervelet joue un rôle essentiel dans la motricité, la coordination, la posture, il module les apprentissages procéduraux des automatismes. Le cervelet est le pacemaker du cerveau.

 

On parle actuellement de HP harmonieux utilisant les 2 hémisphères à la fois et de HP disharmonieux qui présentent un trouble de l’utilisation des hémisphères, une mauvaise connectivité.

Jung et Haley ont mené une méta-analyse des modèles du cerveau et développé une théorie de l’intégration pariéto-frontale.

 

En conclusion il faut distinguer particularités neurobiologiques homogènes et non homogènes. Nous ne disposons pas actuellement de réponse sur la causalité génétique. Ce que l’on observe peut aussi bien être la cause que la conséquence des troubles. On en vient à étudier la disposition des sillons corticaux, patrons singuliers entre les régions cérébrales.

« La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information. » Albert Einstein

Source:Nicole Bouin