Dyslexique, Capucine passe le bac : «Mon gros problème c’est la lecture»

  • Par Charles-Alexandre Louaas
  • Publié le 23/05/2016
  • Le Figaro.fr

Capucine est une lycéenne dyslexique de 18 ans. Scolarisée au sein de l’établissement Saint-Sulpice à Paris, elle révise activement son bac. Elle explique ses stratégies pour contourner son handicap.

Troubles de la lecture, de l’apprentissage, difficultés pour écrire, la dyslexie peut s’avérer être un sérieux handicap pour suivre une scolarité sereine. Selon laFondation Dyslexie, 5 % de la population souffrirait de ce trouble sans doute d’origine génétique, cause de mauvaises connexions dans le cerveau. Si par le passé les dyslexiques étaient empêchés de poursuivre des études, désormais la loi du 11 février 2005, leur permet de bénéficier d’aménagements durant leur scolarité.

C’est le cas de Capucine, 18 ans élève de terminale L au lycée Saint-Sulpice à Paris. La jeune fille suit des cours dans une classe spécialisée où elle suit un enseignement adapté. La jeune femme confesse que son quotidien n’a pas toujours été rose, au niveau familial notamment.

«Il fallait que je me débrouille toute seule et que je devienne normale»

Capucine, 18 ans

Enfant, elle a du mal à apprendre à écrire, à lire, et prend beaucoup de retard. Ce qu provoque de fréquentes disputes en famille, ses parents n’ayant pas compris immédiatement la gravité de son handicap. «J’ai très vite compris que les tensions entre mes parents venaient de ma différence. Je devais avoir 6 ans quand j’ai eu le déclic. Il fallait que je me débrouille toute seule et que je devienne normale pour ne pas créer de problèmes, c’était un moteur pour moi», confesse la jeune fille.

Si les relations familiales en ont pâti, les interactions avec ses camarades de classe n’ont pas toujours été des plus chaleureuses. «Lorsque j’étais en CE1 j’ai redoublé à cause de mes troubles, et d’un coup d’un seul je n’étais plus fréquentable, personne ne me parlait plus» se souvient Capucine avec amertume. Et d’ajouter philosophe: «Désormais, je ne veux plus me cacher et assumer qui je suis.»

«Je travaille tous les soirs de 17 heures à 23 heures en rentrant des cours»

Son quotidien n’est pas simple. À cause de sa lenteur d’écrit, elle utilise depuis la seconde un ordinateur portable en cours, sans quoi elle ne pourrait pas suivre. «C’est à cette période que l’on s’est rendu compte que ma prise de notes était catastrophique», dit -elle. Et d’avouer: «Mais mon plus gros problème avec la dyslexie, c’est la lecture».

Elle a aussi abandonné l’apprentissage de l’anglais (problème récurrent chez les dyslexiques). «L’anglais j’ai laissé tomber (rires). Je sais que c’est important mais je n’y arrivais pas du tout. Du coup j’ai choisi l’espagnol en LV1 et le portugais en LV2. Comme je suis d’origine portugaise, c’est beaucoup plus facile pour moi. C’est ça être dyslexique on s’adapte!» plaisante-t-elle.

Pour les révisions, comme souvent chez les dyslexiques, elle doit mettre les bouchées doubles. «Je travaille tous les soirs de 17h à 23 heures». Son avenir, elle le voit plutôt dans l’art, et souhaite intégrer une prépa aux écoles d’art afin d’avoir une chance de rentrer aux Beaux-Arts de Paris. Un choix cohérent: les études artistiques sont souvent privilégiées par les dyslexiques. Léonard de Vinci et Walt Disney étaient paraît-il dyslexiques!

Et pour le bac? Le jour du bac, elle bénéficiera du tiers-temps, c’est-à-dire qu’elle aura 30 % de temps en plus pour réaliser les épreuves. Elle aura aussi le droit d’avoir un ordinateur pour bénéficier du correcteur orthographique et grammatical. Elle assure, confiante: «Aujourd’hui je me sens stressée comme tous les lycéens qui vont passer le bac, mais sincèrement je ne me sens absolument pas différente des autres».

Jean-Marc Fallone directeur du Collège-Lycée Saint-Sulpice conclut optimiste: «Nos étudiants ’dys’ sont habitués à utiliser des stratégies de contournement, aucun problème n’est insoluble, il y a toujours une solution».

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L’École catholique Saint-Sulpice dans le 6 ème arrondissement de Paris a une tradition d’accueil et d’accompagnement. ©C-A.L
L’École catholique Saint-Sulpice dans le 6 ème arrondissement de Paris a une tradition d’accueil et d’accompagnement. ©C-A.L

Saint-Sulpice à Paris perpétue une culture de la différence

Saint-Sulpice dans le 6ème arrondissement de Paris est un établissement d’enseignement privé catholique sous contrat. L’école qui va de la sixième au bac, dispose de classes dites traditionnelles et de classes spécifiques, qui regroupent des jeunes souffrants de ‘dys’. Une volonté de perpétuer une culture de la différence, propre à Saint-Sulpice, comme l’explique Jean-Marc Fallone, le directeur. «Nous avons une tradition d’accueil et d’accompagnement. En France en dehors du bac général, on dirait qu’il n’existe rien. Quand on est ‘dys’ on est bon à rien. La société aime bien les gens qui rentrent dans des cadres et des moules, alors qu’il existe quantité de parcours de réussite différents. Les mentalités doivent évoluer. Nous sommes là pour redonner aux adolescents la confiance qu’ils n’ont plus envers le corps enseignant».

Leur méthode? «Nous les faisons évoluer dans des classes à petits effectifs afin que les professeurs puissent être réellement à l’écoute. On leur laisse également la possibilité de travailler sur ordinateur en classe, afin qu’ils bénéficient du correcteur orthographique. Nous leur distribuons exemple des copies de couleurs, l’écriture jaune sur fond noir par exemple rend les lettres plus visibles», détaille Jean-Marc Fallone.

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Bac: les aménagements possibles en cas de dyslexie

Pour obtenir un aménagement de la scolarité et des épreuves du bac, la famille devra contacter le chef d’établissement, le médecin scolaire, l’enseignement référent handicap de l’établissement (demandez au chef d’établissement), et la Maison départementale des personnes handicapées. Les aménagements possibles sont variables selon la gravité du handicap.

-Une majoration du temps imparti pour une ou plusieurs épreuves, qui ne peut excéder le tiers du temps normalement prévu pour chacune d’elles. Cette majoration peut cependant être allongée en cas de situation exceptionnelle, sur demande motivée du médecin désigné par la CDAPH (Commissions des droits et de l’autonomie des personnes handicapées ).

-Les conditions de déroulement des épreuves, pour bénéficier de conditions matérielles (utilisation de photocopies ou d’ordinateurs pour la prise de notes), d’aides techniques ou humaines, appropriées à la situation,

-La conservation, pendant 5 ans, des notes aux épreuves ou des unités obtenues à l’un des examens, ainsi que le bénéfice d’acquis obtenus dans le cadre de la procédure de validation des acquis de l’expérience.

-La possibilité depuis 2013, de demander à passer les épreuves de langues uniquement à l’oral.

-L’étalement du passage des épreuves sur plusieurs sessions.

-Des adaptations d’épreuves ou des dispenses d’épreuves, rendues nécessaires par certaines situations de handicap.

 

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