Comment vivre au quotidien avec un enfant précoce

ARTICLE | 30/05/2016 | Numéro 2003 | Par Raphaëlle Simon de famille chrétienne

enfant précoce

EXCLUSIF MAG – Vivre avec un ou plusieurs enfants surdoués à la maison se révèle souvent épuisant. Comment mieux connaître et prendre en compte leur particularité, pour mieux les accompagner dans la vie de tous les jours ?

Repères

Un enfant est dit surdoué lorsqu’il obtient un QI de 130 ou plus au test validé et standardisé. Il y aurait de 1 à 2 enfants intellectuellement précoces par classe, mais peu d’entre eux sont identifiés. Un enfant surdoué sur trois est en échec scolaire dans le secondaire.

50 % des précoces sont considérés comme de mauvais élèves à l’issue de la 3e, notamment les garçons.

Source : ANPEIP (Association nationale pour les enfants intellectuellement précoces)

 

Les difficultés liées à la précocité intellectuelle de l’enfant peuvent se révéler à l’école, cristallisant alors le sujet sur la scolarité. Mais ce n’est que la pointe émergée de l’iceberg. Car un enfant surdoué l’est 24 h / 24, donc aussi à la maison. Quatre cent mille enfants scolarisés seraient concernés en France aujourd’hui, soit 2,3 % de la population. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

L’image du petit génie à qui tout réussit doit être battue en brèche. Surdoué, EIP (enfant intellectuellement précoce), haut potentiel (HP), ou encore « zèbre » (parce qu’aucun zèbre n’a les mêmes rayures que son voisin, qui sont comme des empreintes digitales, et parce qu’on parle d’« un drôle de zèbre » pour évoquer un original), autant de mots maladroits pour exprimer une même réalité : cet enfant pense autrement. Et possède des caractéristiques communes à ses semblables sur le plan psycho-affectif. Qui suscitent beaucoup de questionnements chez les parents. « L’enfant surdoué, même bébé, pose un regard scrutateur sur le monde et sur ses parents qui peut être très déconcertant pour eux », affirme Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne, spécialiste reconnue des surdoués et auteur notamment de L’Enfant surdoué. L’aider à grandir, l’aider à réussir (Odile Jacob), et plus récemment Mais qu’est-ce qui l’empêche de réussir ? (Odile Jacob).

► À lire aussi : La précocité intellectuelle, un cadeau encombrant ?

« À sa naissance, notre fille nous lançait un regard transperçant, « bionique », qui nous a interpellés, confirment des parents, mais c’était notre aînée, nous n’avions pas de références pour comparer. » Quand ils sont en âge de poser des questions, ils ne s’en privent pas. « « Maman, pourquoi tu m’as faite alors que je dois mourir ? », m’a dit ma fille à l’âge de 4 ans », témoigne une mère. Les questions existentielles, leur curiosité intellectuelle insatiable, leur façon d’appréhender le monde de manière hyperactive, leur quête de sens permanente, ont de quoi épuiser les parents. Sans compter leur intolérance à la frustration, leur difficulté à accepter le cadre et les limites, leurs négociations permanentes. « Il y a des tribus qui ne se lavent jamais les dents et qui sont en meilleure santé que nous ! », discute Jean pour éviter la corvée du soir. Le pire, c’est qu’il a raison, cette tribu existe ! Mais le parent s’engage alors dans une discussion sans fin. Les questions incongrues sont posées dès 7 h du matin et ne s’arrêtent qu’au coucher. «L’enfant surdoué ne lâche jamais », prévient Jeanne Siaud-Facchin.

[…]

Tous surdoués ?

Trois questions à Hervé Glasel, neuropsychologue, fondateur et directeur des écoles du Cerene dédiées aux enfants dyslexiques, précoces et en souffrance scolaire.

La perception de la société a-t-elle évolué sur la précocité ?

C’est une notion qui s’est banalisée, diffusée. Aujourd’hui, il n’est pas rare que les parents s’inquiétant d’une souffrance de leur enfant du fait de ses compétences, d’une inadaptation au système scolaire, alertent sur la possibilité d’une précocité.

Certains enseignants se plaignent de l’inflation soudaine d’enfants précoces dès lors qu’ils se trouvent en difficulté scolaire Tous ces enfants sont-ils surdoués ?

C’est abusif. Comment les diagnostics sont-ils posés et validés ? On utilise des outils standardisés (test de QI, Wisc) pour caractériser des compétences qui ne sont pas du tout standardisées ! C’est un point de départ pour s’assurer que l’enfant est intelligent, mais cela ne suffit pas. Ses bonnes compétences n’expliquent pas l’échec scolaire : des troubles de l’apprentissage sont associés.

Je suis favorable à un bilan neuro-psychologique complet qui donne une image fidèle des compétences de l’enfant, les fonctions praxiques, motrices, l’écriture, le langage écrit et oral, le sens des nombres, la mémoire, l’attention, les fonctions exécutives, la personnalité, le vécu émotionnel

Alors, la précocité, fantasme ou réalité ?

Un ami m’a dit en boutade : « On a l’impression aujourd’hui que 95 % des enfants sont parmi les 5 % les meilleurs » ! Statistiquement, les surdoués sont peu nombreux. 2 %, voire 0,1 %, si on se fie aux trois écarts-types de la courbe de Gauss. Pour moi, trois critères signent une précocité. Des compétences cognitives : un enfant qui va plus loin, plus vite, en avance sur ses pairs. Une flexibilité mentale : capacité de projection, imagination, créativité, mise en liens, solutions nouvelles. Et un engagement scolaire authentique, un vrai plaisir d’apprendre.

R. S.

Raphaëlle Simon

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