Maman Enfant Ces enfants doués dont on ne peut calculer le QI

Le Journal des Femmes,  Chronique de , 14/06/16 

Dans certains cas de doute, quand l’incertitude devient trop envahissante, les parents se décident à demander un test et attendent les résultats avec impatience, même s’ils sont persuadés d’être indifférents aux chiffres : ils veulent surtout aider leur enfant à évoluer dans la vie sans être bloqué par une éventuelle faiblesse.

En fait, ces parents attentifs subodorent une faiblesse, sans pouvoir la cerner avec précision et ils comptent sur le test pour les éclairer.
Leur déception est alors d’autant plus grande quand le psychologue annonce qu’il n’est pas possible de calculer le QI Complet parce que les notes sont trop hétérogènes : la moyenne calculée sur des notes tellement dispersées n’aurait aucune signification.
En arrière-pensée présidant à cette demande de test il y avait bien l’hypothèse d’un don intellectuel : les parents se sont un peu documenté sur la question, ils ont reconnu leur enfant en bien des aspects évoqués dans les descriptions, ils espèrent trouver dans ce  chiffre magique de 130, ou plus, une explication globale au comportement parfois curieux de leur enfant et surtout à ses résultats scolaires de plus en plus irréguliers.  Ils se lancent, répriment la gêne qui les gagnent et demandent « mon enfant est-il doué ? ».  Il leur est alors répondu, tantôt « non, pas avec ces notes » et tantôt « je ne peux pas vous répondre avec ces notes ».
Commence alors la quête d’une explication cohérente de ces notes  qui le sont si peu. Généralement,  les notes obtenues à la « Compréhension Verbale » sont très élevées, sauf quelques rares exceptions : quand de jeunes enfants souffrent d’une otite séreuse, celle-ci peut passer longtemps inaperçue, car indolore, et l’enfant est alors privé du bain de langage  favorisant l’acquisition du vocabulaire qu’il utilisera sa vie durant, cette privation survenant justement à l’âge où  elle est essentielle. Ce manque est encore plus traître chez les enfants doués parce qu’ils savent mettre très tôt au point toutes sortes de stratégies pour compenser une faiblesse : ils anticipent ce qu’on va leur dire dans certaines situations bien précises et bien connues d’eux, ils copient les autres, ils deviennent en apparence encore plus rêveurs que de coutume et tout le monde se laisse prendre à ces stratagèmes jusqu’au verdict de l’oto-rhino.
A côté de cette dextérité verbale, les autres notes sont tout juste moyennes, avec des différences de 40 ou 50 points.
Le « Raisonnement Perceptif » est médiocre, la « Mémoire de Travail » également, mais, curieusement, la « Vitesse de Traitement » est moins catastrophique que chez nombre d’enfants doués qui coulent complètement quand il s’agit de tenir un crayon pour tracer un signe ou  cocher une case.
Pour expliquer cet immense décalage on peut imaginer que ces enfants possédaient une extrême aisance intellectuelle qui leur a vite permis de progresser de façon fulgurante dans le domaine qui leur était le plus accessible et qui ne leur demandait pas d’efforts particuliers du fait de leur dextérité.
Leur bon esprit de logique, si bien et si tôt développé au point de susciter l’admiration de leur entourage pour tant de sagacité acquise en si peu de temps leur a permis de briller de tout leur éclat dans le domaine du verbe. On pouvait alors prêter moins d’attention à quelques faiblesses qu’ils sauraient sûrement corriger plus tard, quand ils en auraient l’envie.
 
Non seulement cette envie n’est jamais venue, mais ces enfants doués se sont de plus en plus éloignés des domaines qui ne leur étaient pas aussi aisés d’accès. Leur virtuosité verbale leur permettait de donner le change en quelque sorte, de trouver des parades et des justifications pour expliquer leurs défauts sans jamais songer qu’ils devraient fournir de véritables efforts pour combattre leurs faiblesses.
Cette notion d’effort leur est même restée longtemps complètement étrangère, ils ne cherchaient pas à corriger leurs manques, ils s’acceptaient comme ils étaient et leur entourage également. On dit d’eux « c’est un littéraire, mais il est nul en math » comme on dirait « il est bon à la course, mais plus faible en saut » ou bien « il est excellent en dessin, mais moins adroit dans l’aquarelle ». On admettrait ainsi  implicitement que les dons se répartissent différemment et qu’on ne saurait briller en tout domaine.
Durant les premières années de scolarité, ce décalage pouvait encore rester discret, mais au collège il a commencé à constituer un réel handicap. On pourrait dire que cet enfant a été finalement victime de sa propre habileté verbale : elle a occulté ses défaillances y compris à ses propres yeux, même si, peu à peu, s’insinuait tout au fond de lui une inquiétude sournoise et permanente au constat de ses lacunes qui le laissaient impuissant.
Son aisance verbale, qu’on admirait tant, lui semblait toute naturelle, elle ne lui demandait pas le moindre effort et elle suffisait pour donner de lui l’image satisfaisante d’un enfant dont la scolarité serait facile.
En calcul, qui allait par la suite se révéler le point le plus problématique, il effectuait sans difficulté les opérations nécessaires pour résoudre des problèmes dépourvus de piège, mais c’est avec un effroi glacé qu’il découvre son incapacité totale à saisir la signification d’un énoncé un peu plus complexe.
Certains modes de raisonnement, surtout ceux qui exigent une bonne représentation mentale de l’espace échappent totalement à sa maîtrise.  Ils lui semblent relever de domaines inconnus où il ne s’est jamais aventuré, comme s’il avait toujours pensé qu’ils ne convenaient pas à sa forme d’intelligence, mais, personne n’étant parfait, il était normal qu’il présente quelques lacunes.
Quand ce décalage devient inquiétant, parents et enfants sont pris d’une angoisse qui les étouffe ; l’enfant peut se protéger derrière un masque d’indifférence, de révolte si son caractère l’y pousse, mais c’est assez rare, le plus souvent il lutte de toutes ses forces contre les idées noires qui l’envahissent puisqu’il pense avoir perdu ses dons sans savoir comment les retrouver.
Ces réactions anxieuses amoindrissent son aisance verbale, il lui semble avoir tout perdu et il plonge dans un marasme d’autant plus noir que ses parents ne peuvent plus  masquer leur inquiétude  et paraissent également impuissants à l’aider.
Les résultats de ce test dont il craignait le verdict : « enfant définitivement et irrémédiablement idiot » n’apportent finalement aucune réponse claire, l’ombre d’une pathologie dont il présenterait seulement les prémices se profile.
Pour éclaircir cet horizon orageux, il convient de travailler les domaines de raisonnement qui ont été laissés en jachère : il s’agit bien d’un enfant doué victime de son éblouissante aisance verbale,  elle a aveuglé son entourage, elle ne lui a pas permis de découvrir la notion d’effort, elle l’a incité, lui et les personnes qui le font travailler,  à ignorer ses faiblesses, négligeables au début, mais qui se sont aggravées au fil des ans.
Un travail assidu, quasi quotidien, étayé par des méthodes solides d’apprentissage, permet de corriger ces manques, il peut être entrepris à tout âge, mais il est toujours indispensable pour éviter à cet enfant trop doué de sombrer dans un état d’impuissance totale, alors que son avenir semblait étincelant grâce à ses qualités tellement remarquables.
Devenu plus adroit, donc plus assuré, l’adolescent égaré saura tracer une voie heureuse
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