La souffrance des enfants hyperactifs

Á la définition du mot bougeotte, on peut lire : « terme populaire, qui ne peut rester en place »* [1]
Tout, dans cette définition très perspicace, est dans le « qui ne peut ».

Et en effet, la bougeotte mais aussi la précipitation ou l’inattention et mille autres comportements perturbateurs sont liés chez les enfants TDAH à une incapacité. C’est toute leur souffrance.

Le premier problème est que pour les parents ou pour les enseignants, cette incapacité est souvent perçue comme une affaire morale qu’il conviendrait d’aborder sous le seul angle de la faute et de la punition.

Le deuxième est que les enfants se convainquent souvent eux-mêmes qu’ils sont fautifs. Et pour nombre d’entre eux, chaque jour est une épreuve.

On échoue souvent à lutter contre sa nature. Les enfants hyperactifs donnent parfois toutes leurs forces pour s‘assagir, mais leurs efforts ne peuvent que rarement se maintenir au long cours. Ces enfants ne connaissent guère de répit et tous ceux qui partagent leur vie peuvent leur apparaitre hostiles : les parents et les enseignants qui se relaient jour et soir pour les gronder et les punir, mais aussi les camarades qui craignent leur comportement impétueux et qui les fuient. Mais comme tous les autres enfants, l’hyperactif peut avoir des ambitions de chérubin et désirer, plus que tout, être sage et gentil, réussir à l’école, être aimé de ses parents, de sa maîtresse, de ses camarades … et donc souffrir, à être considéré comme un méchant qui n’obéit jamais, ne tient pas ses promesses, fait de la peine à ses parents et ne mérite pas l’affection de ses camarades …

Á les juger sur leur style fanfaron, sur leur comportement indocile ou sur leurs agissements impulsifs (l’impulsivité est souvent confondue avec l’agressivité chez les jeunes enfants ou avec l’insolence chez les adolescents), on leur prête souvent à tort une intentionnalité provocante ou malveillante. Mais ils souffrent plus souvent qu’ils ne font souffrir. Car ils sont – en dépit de leurs promesses, de leur sincérité, de leurs efforts et finalement de leur mérite – plus que tout autre confrontés à l’échec, à l’incompréhension et à l‘opprobre.

Cette hostilité est vécue par ces enfants comme injuste (ce qui incite à la révolte) ou comme méritée (et provoque alors de la culpabilité). Ils subissent ainsi une forme de ce que l’on nomme pour les adultes le harcèlement moral.

Pour peu que l’on abandonne le registre disciplinaire et que l’on incite à la confiance, se dévoilent alors chez ces enfants les espoirs et les attentes, mais aussi les renoncements et les tourments. Bien que plus fréquentes que dans la population lambda, l’anxiété et la dépression passent souvent inaperçues chez l’enfant et l’adolescent hyperactifs car elles sont souvent masquées par la symptomatologie expansive de l’hyperactivité. Mais pour autant, ces tourments et ces épreuves ne sont pas sans laisser de marque au-delà-même de l’enfance et de l’adolescence.

Notes:

[1Le Robert. Précisons que le verbe bouger vient du latin bullicare ou bullire, qui signifie bouillonner.

 

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