Éducation : pourquoi est-il si dur de se faire respecter ?

Psychologies - Psycho

Avec les enfants, pas facile de pratiquer l’autorité sans autoritarisme. Comprendre les raisons de nos difficultés peut nous aider à mieux assumer notre rôle de parents.

Anne-Laure Gannac

Sommaire


Parce que… nous sommes renvoyés à notre propre enfance

« Je l’aime, bien sûr, mais souvent il m’exaspère… J’ai l’impression qu’il cherche à me pousser à bout ! » Myriam, à propos de son fils de 2 ans.

« Avoir un bébé, puis un enfant, c’est devenir responsable vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et c’est d’abord cette hyperresponsabilité qui nous pèse, affirme la psychanalyste et psychologue clinicienne Lyliane Nemet-Pier. Elle est d’autant plus lourde à assumer qu’elle s’articule avec une aspiration à la liberté égoïste et à la jouissance immédiate. » Par ailleurs, cette responsabilité et l’autorité qui en découle sont plus ou moins bien assumées selon l’histoire de chaque parent, précise-t-elle en expliquant que ce qui nous « dévore » le plus, c’est moins l’enfant que notre propre histoire : « Par leurs cris, leurs rires ou leurs caprices, nos enfants nous interpellent sans cesse, à notre corps défendant, dans ce que nous n’avons pas réglé de notre propre passé. C’est pour cela, d’ailleurs, qu’ils sont à la fois passionnants et épuisants : ils nous obligent à nous mettre à nu et à régler nos comptes avec notre enfance. » Sans forcément se lancer dans une psychanalyse, prendre conscience de ce mécanisme de projection est fondamental pour assumer son rôle de parent avec moins de culpabilité. Sachons que, lorsque l’enfant nous « pousse à bout », c’est aussi pour tester la résistance du cadre qu’on lui propose et, ainsi, se sentir sécurisé.

Parce que… nous avons peur du conflit

« Chaque soir après l’école, on doit négocier pendant des heures pour qu’elle accepte de faire ses devoirs ! » Sophie et Pierre, à propos de leur fille de 11 ans.

« Aujourd’hui, les parents sont fréquemment dans un rapport de séduction avec leurs enfants parce qu’ils les ont, souvent, beaucoup désirés, dit Lyliane Nemet-Pier. De ce fait, ils ne supportent pas l’idée d’être en conflit avec eux. » Pourtant, si la violence verbale ou physique n’apporte rien de positif, le conflit, qui consiste à prendre une position ferme et à voir l’enfant s’y opposer, est utile. « Cela lui permet de trouver sa place, de s’affirmer dans son individualité, mais surtout d’apprendre à dire sa colère avec des mots, et non avec des gestes ou des cris », indique la psychanalyste. Le cadre éducatif doit lui permettre de canaliser ses pulsions, apprentissage primordial pour sa vie sociale. « Et puis le conflit est l’occasion pour le parent de rappeler qu’il est le capitaine du navire, renchérit Lyliane Nemet-Pier. L’enfant, y compris l’ado, a besoin qu’on lui redise qu’il est là pour profiter du paysage de son enfance depuis le pont, mais qu’il n’a pas à tenir le gouvernail. »

Parce que… nous avons de la violence en nous

« Quand il commence à me répondre, ça me rend dingue ; il m’arrive de l’insulter, et je lutte pour ne pas le gifler… » Sébastien, à propos de son fils de 15 ans.

« Nos enfants ont le don de nous révéler à nous-mêmes dans ce que nous avons de mieux : notre patience, notre douceur… Mais aussi dans nos lignes de faille, notamment dans la violence que nous portons en nous », explique Lyliane Nemet-Pier. Avant qu’une personne nous pousse à bout, il faut qu’elle en fasse beaucoup, alors qu’avec notre enfant cela vient très vite. Pourquoi ? « C’est fonction de notre passé, de notre état de stress, mais aussi de notre “déception” inconsciente à l’égard de cet enfant tant désiré, qui, du coup, nous fait culpabiliser, nous met en colère contre nous-même », répond la psychanalyste. Tenter de nier cette violence qui nous habite, c’est risquer de la voir exploser. Si nécessaire, Lyliane Nemet-Pier conseille de mettre l’enfant dans sa chambre un moment pour laisser la pression chuter. Et, avant de « craquer », le parent peut décider de passer le relais à son conjoint. L’enfant comprend ainsi qu’il y a des limites à la violence et au conflit.

Parce que… nous connaissons des désaccords de couple

« Elle n’écoute que son père, plus laxiste parce que moins présent… » Stéphanie, à propos de sa fille de 13 ans.

Pour éviter de se faire manipuler par ses enfants et pour maintenir une cohérence éducative, la coach familiale Nathalie de Boisgrollier recommande de faire très régulièrement le point dans le couple sur ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas tolérer. Y compris dans les couples séparés, il est essentiel de continuer à décider ensemble des limites imposées. Cela peut susciter des désaccords, chaque parent n’ayant pas les mêmes niveaux d’exigence et de tolérance. D’où la nécessité de faire ce point loin des enfants, qui, sinon, sauraient profiter des failles pour imposer leurs règles. De même, poursuit la coach, « quand un parent fait une remarque ou punit, l’autre parent ne peut pas critiquer ou lever la punition, sans quoi l’autorité est discréditée et l’enfant en conclut que les règles sont fragiles. Mais dès que l’on se sent soutenu dans son rôle de parent, les limites à poser nous apparaissent plus évidentes ».

Parce que… nous sommes tentés de faire à leur place

« Je passe ma vie à ranger : leurs vêtements, la maison, leurs chambres… Et le pire, c’est qu’ils ont l’air de trouver ça normal ! » Élodie, à propos de ses filles de 10 et 8 ans et de son fils de 5 ans.

Nathalie de Boisgrollier constate que les parents aménagent souvent l’espace avec l’idée que les enfants ne doivent pas se blesser, mais oublient de penser à leur permettre de devenir autonomes, notamment en aidant à la vie de la maison : « Pourquoi s’énerver chaque jour avec leurs manteaux étalés dans l’entrée si la penderie ne leur est pas accessible ? Comment leur demander de ne pas marcher sur le tapis du salon si le meuble à chaussures n’est pas dans l’entrée ? En repensant l’espace pour l’adapter à la vie des enfants, on s’épargnera beaucoup d’agacements et les règles de rangement s’imposeront d’elles-mêmes. » Elle conseille aussi de délimiter un espace enfant qui n’est pas la chambre et où, contrairement au reste de la maison, le désordre est autorisé… dans une certaine limite, comme toujours : « On peut fixer un jour de la semaine où on le range tous ensemble. » Poser ainsi des frontières dans l’espace est une autre manière de faire entendre la notion de limites et de ne pas se faire physiquement déborder… En sachant, tout de même, qu’avant 5-6 ans les enfants ont besoin de jouer à portée de vue de leurs parents, pour se sentir sécurisés. Inutile, donc, de s’énerver si le plus petit débarque dans le salon avec quelques jouets !

 

Parce que… nous mettons la barre trop haut

« J’aimerais qu’ils apprennent à rendre service, mais, chaque fois, c’est une catastrophe ! » Paul, à propos de ses enfants de 7 et 4 ans.

« Dès l’âge de 3 ans, des enfants peuvent participer au rangement, mettre la table : ce n’est pas trop leur demander ! assure Nathalie de Boisgrollier. En revanche, il faut accepter que ce ne soit pas toujours bien fait. » Un enfant n’est pas un adulte en miniature ; il a ses gestes maladroits, son énergie, son envie de jouer sans se préoccuper de l’état de sa chemise ou du parquet… Nos relents d’autorité, sinon de colère, à l’égard de leurs « bêtises » viennent souvent de ce que nous oublions leur immaturité – il leur faudra du temps pour intégrer toutes les limites et avant d’agir « raisonnablement ». Et encore : ils agiront toujours à leur façon, qui ne sera jamais la nôtre ! Garder cette réalité à l’esprit aidera à mettre plus de souplesse et de respect dans nos exigences éducatives. Comme le préconise la coach, « plutôt que de lancer des phrases assassines, du genre “Tu fais n’importe quoi !”, “Tu es si maladroit !”, proposons à l’enfant de nous aider à trouver une solution pour réparer son erreur et qu’elle ne se répète pas. L’autorité n’autorise pas à juger ni à critiquer, mais à dire son désaccord : “Je n’aime pas quand tu cries”, “On ne court pas dans le salon”, “Tu as fait tomber la bougie, cela peut être dangereux”… » Il est impossible d’exiger de nos enfants le respect des autres et des règles si l’on ne commence pas par avoir, à leur égard, une attitude et des mots respectueux.


Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s