Un enfant sur 20 est à haut potentiel

MIS EN LIGNE LE 1/09/2016, Le Soir Plus,

PAR ANNE-SOPHIE LEURQUIN ET JULIEN BOSSELER

Plus qu’un phénomène de mode, les HP sont une réalité de plus en plus présente dans les classes. Mais comment distinguer ces petits génies ?

Selon la Fédération Wallonie-Bruxelles, les écoles comptent 5
% d’enfants à haut potentiel. © D.R.

Les professeurs en accueilleront dans leur classe cette année, ils alimenteront encore beaucoup de conversations et d’avis contraires, des tas de sites, blogs et forums leur sont consacrés, l’édition en fait ses choux gras… Les enfants à hauts potentiels, dits « HP », semblent être partout. Selon la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui a consacré en 2010 un guide à destination des professeurs pour mieux comprendre ces élèves particuliers, le phénomène concernerait 5 % de la population, soit, statistiquement, un à deux élèves par classe.

Loin de l’image d’Epinal attribuant à ces cerveaux plus vifs la réussite sans effort, la vie d’un surdoué n’est pas un long fleuve tranquille. Selon la brochure du département ensignement et recherche scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, un élève HP sur trois serait d’ailleurs en échec scolaire. « Etre surdoué ne signifie pas être plus intelligent que les autres, mais fonctionner avec un mode de pensée, une structure de raisonnement différente. L’intelligence de l’enfant surdoué est atypique. C’est cette particularité qui rend souvent difficile son adaptation scolaire, mais aussi son adaptation sociale », nuance la psychologue Jeanne Siaud-Facchin, dans son livre L’Enfant surdoué, l’aider à grandir, l’aider à réussir(Odile Jacob, 2002), un best-seller tiré à plus de 200.000 exemplaires.

Mauvaise réputation

On comprend mieux que les parents oscillent entre orgueil et préoccupation face à leur progéniture. « C’est vrai que certains utilisent l’argument comme outil de combat par rapport à l’école, pour contester l’échec par exemple. Cela a fortement contribué à ternir l’image des hauts potentiels dans le milieu scolaire. Mais la plupart sont mal à l’aise et gênés de devoir consulter », relate Mélanie Roche, psychologue spécialisée et chercheuse à l’ULB. En réalité, il y a autant de profils HP que d’enfants, et même les auteurs des classifications les déclarent rapidement obsolètes ».

Est-ce que l’époque est propice aux génies précoces ? « Il n’y a pas davantage d’élèves à haut potentiel qu’avant. Mais on les détecte mieux qu’autrefois, tranche Bernard Hubien, secrétaire général de l’Union francophone des associations de parents de l’enseignement catholique (l’UFAPEC). Les parents, qui sont mieux au courant de cette problématique, interpellent aussi plus l’école. »

« Maltraités par le système éducatif »

Le fonctionnement cognitif particulier du jeune à hauts potentiels exacerbe les différents aspects de sa personnalité. Ce qui peut générer incompréhension, agacement ou irritation de la part de ses interlocuteurs. Spécialement à l’école. « Que ce soit les hauts potentiels ou ceux atteints d’un trouble de l’apprentissage, comme les dyslexiques, tous les enfants qui présentent une particularité sont quelque peu maltraités par notre système éducatif, car celui-ci ne tient structurellement pas assez compte de leurs difficultés. Certaines écoles consentent de gros efforts pour eux, tandis que d’autres ne leur prêtent pas du tout attention », dénonce Bernard Hubien.

L’UFAPEC prône un dépistage des HP par une approche pluridisciplinaire :« C’est l’esprit du « pass inclusion » de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Coordonné par un centre psycho-médico-social, ce dossier est établi de manière collégiale par les enseignants, la direction d’école, l’enfant et des spécialistes scientifiques. Le pass contient trois volets : une objectivation scientifique du haut potentiel par une équipe médicale spécialisée, des aménagements matériels pour assurer la réussite scolaire de l’enfant et, dans le même but, la pédagogie à mettre en place. »

« Comme des lunettes pour un myope »

En matière de pédagogie adaptée aux HP, l’Institut Saint-Boniface, à Ixelles, fait figure d’élève modèle en créant des ressources et outils pédagogiques qui ont vocation à être diffusés dans les autres écoles, selon le cabinet de la ministre de l’Education Marie-Martine Schyns. « On essaie de lutter contre l’image de facilité qui leur colle à la peau, détaille humblement son directeur Paul Leblanc. Le problème qu’ils rencontrent souvent, c’est aussi l’ennui, alors on leur propose des alternatives. »

Depuis septembre 2009, Anne Geelhand accompagne les élèves en leur proposant des solutions pratiques adaptées (tutorat, matière différenciée, projets…) : « On leur donne des codes pour pouvoir vivre dans une société ordinaire. Leur approche du monde n’est pas la même que la nôtre, il y a des choses qui leur échappent. Ils peuvent avoir envie de dire à un prof une vérité sans se rendre compte que ça ne se fait pas. On leur explique. C’est un peu comme mettre des lunettes à un myope ».

Du côté du cabinet de la ministre Schyns, on précise qu’« il n’y a pas lieu de spécialiser des écoles dans le traitement des hauts potentiels, parce que cela va à l’encontre de l’école pour tous, de l’école inclusive et des conventions internationales. Il existe des profs, des directions qui font un excellent travail pour l’élève en le prenant là où il est ». Le cabinet s’en réfère à l’école-pilote ixelloise : « Quant à l’encadrement, quand ils sont compris et reconnus, les élèves HP se révèlent « locomotives », drôles et motivants… et essentiels pour ce qu’ils peuvent apporter à notre société. »

Des surdoués qui brillent ou qui souffrent

PAR JULIEN BOSSELER

Derrière le qualificatif générique de « hauts potentiels » se cache une palette de profils que la Fédération Wallonie-Bruxelles décrit dans sa brochure Enseigner aux élèves à hauts potentiels.

Le brillant Il colle au cliché du premier de classe avec sa bonne capacité d’apprentissage, ses excellents résultats aux tests d’intelligence, sa quête d’approbation de ses proches, son conformisme, son côté dépendant et son perfectionnisme. Forcément, il cartonne à l’école.

L’autonome Fichez-lui la paix. Celui-là est du genre autodidacte et indépendant. Il assume son intelligence, se sent maître de son destin et prend des risques tout en exprimant ses sentiments, ses besoins et ses objectifs. L’école ? Il la réussit. Mieux : il s’en sert.

Le provocateur Les mauvaises langues pourraient aussi le qualifier d’« emmerdeur ». Il est très créatif, y compris dans son obstination, son sarcasme et son manque de tact. A l’école, comme à la maison, il conteste « le système », se rebelle. On imagine aisément l’impact négatif sur ses résultats scolaires…

Le discret Il a du talent mais il préfère soigneusement le cacher pour se fondre dans le groupe. Peu enclin aux défis et manquant d’assurance, il souffre de frustration et de mauvaise estime de lui. Ah oui : on écrit « il » mais c’est plutôt d’« elle » qu’il s’agit généralement.

Le décrocheur Lui, il a la dent dure contre les grands et, plus globalement, contre système qui n’ont pas su déceler sa différence et répondre à ses besoins. Amer et doté d’un amour-propre en berne, il boycotte les travaux scolaires et brille plus par ses hauts et ses bas que par son bulletin.

Le double étiqueté C’est le haut potentiel caché derrière le dyslexique ou le phobique. Bref, son génie est terni par un gros dysfonctionnement. Son profil est, avouons-le, bien triste puisqu’il mélange tension, découragement, frustration, voire désespoir. A l’école, son travail est de piètre qualité, malgré qu’il soit obsédé par la peur de l’échec.

Comment identifier un enfant HP?

MIS EN LIGNE LE 1/09/2016 À 09:53

PAR ANNE-SOPHIE LEURQUIN

Tous les élèves à hauts potentiels ne se ressemblent pas. Leurs profils peuvent être très variables et il y a lieu de rester prudent dans l’étiquetage de leurs comportements, avertissent les spécialistes. L’évaluation de leur QI ne constitue donc qu’une étape dans le bilan plus global du fonctionnement de l’enfant. Celui-ci peut être considéré à hauts potentiels à partir de 125-130 de QI total. Il est aussi important de savoir que ces enfants peuvent aussi avoir l’intellect « dyssynchronique », c’est-à-dire qu’ils peuvent posséder de hautes potentialités dans certains domaines, alors que dans d’autres ils présentent des capacités correspondant à la moyenne des enfants de leur âge.

« Le risque de confusion de diagnostic est élevé avec les troubles de l’attention, note la psychologue de l’ULB Mélanie Roche. Beaucoup d’enfants HP s’ennuient à l’école, parce qu’ils comprennent plus vite que les autres. Dès qu’ils deviennent inattentifs ou agités, on les envoie chez un neuropsychiatre qui va peut-être leur prescrire de la rélatine. C’est très important de faire un bilan approfondi dans un centre spécialisé. Ni la famille ni l’enfant n’ont l’hypothèse. C’est au corps professoral d’être vigilant, pour pouvoir aider ces enfants ». Toutefois, quelques grandes caractéristiques communes les rassemblent.

1. Précocité Ils apprennent plus tôt et plus vite que les autres élèves.

2. Intuition Leur apprentissage se fait de façon intuitive, globale, synthétique, sans étape ni référence à un modèle prédéfini, par arborescence.

3. Vivacité d’esprit Le traitement de l’information est plus rapide. Ils sont curieux, leur questionnement est abondant et ils sollicitent en permanence l’adulte.

4. Sensibilité Leur sens de la justice est aigu. Leurs préoccupations existentielles sont souvent peu en rapport avec leur âge : l’origine de la vie, la mort, l’astronomie, l’histoire…

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