Je saute une classe… Ça passe ou ça casse ?

letudiant.fr, Déborah Vital  |  Publié le 22.09.2016 à 16H00

S’ennuyer à l’école est une situation que vous avez tous vécue. Si cela perdure, il faut se poser les bonnes questions : vous avez peut-être besoin de sauter une classe. Pas de panique ! Si ce n’est pas une décision à prendre à la légère, le résultat peut se révéler bénéfique.

J'ai sauté une classe… Ça passe ou ça casse ?

Si l’épanouissement scolaire est souvent au rendez-vous, attention au décalage sur le plan amical ! // © PlainPicture

On a tous eu dans notre classe quelqu’un d’un peu plus intelligent que la moyenne. Qui finissait tout avant tout le monde, qui avait réponse à tout. Et, parfois, il s’ennuyait tellement qu’il perturbait la classe. Et si c’était un appel à l’aide ?

 

Comment on en arrive à sauter une classe ?

En général, c’est en primaire que l’on détecte les premiers signes de précocité scolaire. L’ennui en fait parti. Si l’on n’a pas envie de travailler c’est peut-être que l’on n’en a pas besoin : les compétences sont déjà acquises et les notions comprises avant ses camarades.

Aude, 19 ans, a connu ce sentiment : « Dès le CP, l’instit avait remarqué que j’allais vite. Je m’ennuyais en cours. » Pareil pour Clément, 23 ans, aussi, sauf qu’il passait le temps à… « foutre le bordel ». Il finissait tout avant les autres alors, forcément, il s’occupait comme il pouvait.

En Côte d’Ivoire, la précocité de Myriam, 20 ans, a été détectée dès le début de sa scolarité. « À la rentrée de la petite section de maternelle, on m’a dit que j’étais trop éveillée et je suis passée directement en moyenne section. » Son ascension ne s’est pas arrêtée là, puisqu’elle a de nouveau sauté une classe, quelques années plus tard : « J’ai sauté le CM2. En CM1, mon prof voyait que j’allais vite, et que je m’ennuyais en classe. »

 

Qui prend la décision de vous faire sauter une classe ?

Face à cette situation les parents et/ou les professeurs peuvent réagir. Les parents de Clément lui ont fait consulter la psychologue de l’école. « Pour elle, j’avais un retard moyen. Il y a seize ans, cette différence n’était pas reconnue par l’État et les tests officiels n’avaient pas été créés. »

Les parents de Clément ont donc demandé un second diagnostic auprès d’une autre psychologue. « Elle m’a fait passer les tests du WISC [la référence internationale pour la mesure de l’intelligence de l’enfant de 6 à 16 ans]. Son résultat était complètement différent : j’étais un enfant à haut potentiel. » Suite à cela, Clément a sauté le CE2.

Le professeur de CM1 de Myriam a proposé à ses parents de lui faire passer le CEP (certificat d’études primaires) afin que la fillette puisse accéder directement à la classe de sixième : « J’avais 9 ans quand je suis arrivée au collège. » À 18 ans, quand les gens de son âge passaient le bac, Myriam avait déjà bac+3.

 

Différence d’âge, moqueries en vue ?

Le risque quand on saute une classe, c’est de se retrouver perdu, tel un têtard au milieu de l’océan. Il ne faut pas vouloir griller trop d’étapes. C’est dans cette optique que les parents d’Aude ont refusé de lui faire sauter deux classes, comme le voulaient ses professeurs.

« Ils étaient tellement emballés qu’ils voulaient que je saute une deuxième classe. Mes parents ont refusé, à cause de la différence d’âge. Ils ne voulaient pas que je sois complètement en décalé. »

Même si l’objectif est l’épanouissement scolaire, sauter une classe peut – dans un premier temps – bouleverser l’équilibre. Si sur le plan scolaire les choses se passent globalement mieux, les relations sociales sont une autre affaire.

Clément s’est senti bien mieux en classe : « Je ne m’ennuyais plus, c’est exactement ce que je recherchais. » Mais il avoue avoir rencontré des difficultés sur le plan amical : « À cet âge-là les enfants sont cruels et j’ai subi par mal de moqueries sur mon âge. » Même s’il s’est finalement fait des amis, « comme tout le monde !  »

Aude a également connu ce décalage au lycée, notamment parce qu’elle est partie dès la sixième enclasse EIP (élèves intellectuellement précoces). « C’était génial, je ne m’ennuyais pas et j’étais avec des gens qui avaient tous le même parcours que moi. »

Sauf qu’arrivée dans un lycée « normal », Aude a eu le sentiment de débarquer sur une autre planète : « Je n’avais pas du tout les mêmes centres d’intérêts que les autres. J’ai même dû m’adapter à leur langage, que je ne connaissais pas. C’était un environnement complètement différent.  »

 

Alors, sauter une classe, ça apporte quoi ?

Devoir s’adapter à un niveau supérieur et gérer l’avance sur les autres fait grandir. Clément a retiré de cette expérience « une force d’adaptation que je n’aurais pas eue autrement. J’ai appris à mûrir plus rapidement. » Sa soif d’apprendre et de découvrir, Aude l’utilise en s’investissant dans plein d’activités, « afin de rencontrer des gens d’âges différents. »

Myriam revoit parfois certaines amies du CP qui ont son âge, et c’est là qu’elle se rend compte du décalage : « J’ai l’impression que ce sont des enfants, nous n’avons pas du tout la même maturité. La mienne, je l’ai acquise grâce à mes expériences. » Une grande force puisqu’elle lui a permis de très bien vivre son arrivée en France en master 1 : « Je n’avais que 18 ans, mais cela s’est très bien passé.  »

Alors, si cette année vous avez un(e) camarade qui a sauté une classe, allez le/la voir ! Soyez accueillants, faites-en sorte qu’il se sente bien. Ça l’aidera à surmonter cette étape déstabilisante et, qui sait, peut-être que vous deviendrez potes pour la vie !

Se faire accompagner

Sauter une classe n’est pas une décision anodine. Elle nécessite de prendre en compte plusieurs facteurs : aptitudes relationnelles, capacité d’adaptation, etc. C’est pourquoi il est capital d’être accompagné(e) : prenez contact par exemple avec un(e) psychologue. Notez qu’il existe une association, Zebra, créée par Jeanne Siaud-Facchin, une psychologue spécialiste de la précocité intellectuelle.

 

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