Ne pas confondre curiosité et précocité Dossier – Enfant précoce, enfant surdoué : gérer la précocité

Ladislas Kiss, Psychiatre, Publié le 03/11/2016, Futura Santé

Avant de proposer une description comportementale et psychologique de la précocité intellectuelle, nous voudrions insister sur la fâcheuse tendance actuelle à surestimer la réalité du diagnostic de l’enfant surdoué.

En effet beaucoup de parents et d’enseignants sont désarçonnés devant une déferlante incontestable d’enfants vifs, « affirmés », perturbateurs présentant un langage précoce et une fâcheuse habitude à donner leur avis sur tout.

Un enfant éveillé et curieux n'est pas forcément un enfant surdoué. © Maora, Morguefile

La tyrannie des enfants éveillés

Ces enfants bien trop « éveillés » plus ou moins travailleurs poussent (voire tyrannisent) très souvent les adultes pour qu’ils cèdent à leurs besoins impératifs de nourritures intellectuelles ou de stimuli neurosensoriels, aidés ou culpabilisés en cela par la dictature des masses médias et de la société de consommation.

Ainsi, les publicitaires, toujours en quête de plus de parts de marché, utilisent astucieusement voire perversement le chantage affectif qui peut s’avérer être la préférence de l’enfant pour le choix d’une voiture, d’un téléviseur, d’un ordinateur, d’une maison ou de la nourriture. Difficile dans ce cas de résister à la parole blessante d’un enfant qui a honte de ses parents, surtout quand la majorité des parents autour de soi cèdent à cette tyrannie.

Comment dans ces conditions faire respecter certaines limites à ne pas dépasser qui représentent les seules garanties d’une bonne éducation ni trop stricte ni trop laxiste tout en permettant à l’enfant de grandir et de se construire en harmonie avec les enfants de son époque ?

Cadre familial et repères familiaux

Il faut bien admettre que la famille est en vérité le premier lieu des apprentissages sociaux de l’enfant à travers les limites imposées par les adultes.

Le respect des interdits explicites ou tacites tout comme les tentatives ou tentations de transgression par l’enfant et l’adolescent sont les exercices naturels et nécessaires à leur meilleure intégration. Règles, lois, tabous, avertissements, recommandations tout comme remontrances, punitions et sanctions justes et mesurées sont avant tout dans leurs fondements uniquement les mesures, les outils nécessaires afin de préserver à la fois la sécurité de l’individu et celle de la société qui l’accueille pour favoriser son autonomie ultérieure.

Mis à part les effets délétères d’une éducation volontairement hyperlibérale appliquée par certains parents, comment peut-on tenter d’expliquer le constat actuel de l’augmentation flagrante de parents qui exhibent ou se plaignent de leur enfant hyperéveillé, hyperactif et parfois trop turbulent ? Tout simplement par la perte des repères familiaux qui fait que beaucoup de jeunes parents et d’enseignants n’ont plus la notion d’attribuer la curiosité naturelle d’un enfant à un stade normal du développement infantile.

La survalorisation des compétences de l’enfant

Ainsi sont survalorisées des compétences tout à fait normales qui poussent des parents ou certains enseignants à voir des surdoués là où il n’y a que l’émergence d’un éveil psychomoteur ordinaire ou les conséquences d’une hyperstimulation. Émerveillés ou dépassés par cette capacité des petits enfants à apprendre très vite, certains parents sont tentés d’en faire trop ou pas assez. Ainsi, si l’enfant s’oppose, c’est qu’il a du caractère. Ou si l’enfant s’intéresse aux choses de la vie, c’est qu’il est un surdoué et qu’il faudra donc le nourrir spécifiquement jusqu’à le gaver.

Les dangers de l’hyperstimulation de l’enfant

Combien d’enfants sont alors pris dans une sorte de pression parentale exerçant une hyperstimulation précoce de peur de rater leur éducation et leur future inscription socioprofessionnelle dans un monde miné par le spectrerampant du chômage et qui, à la une de tous les médias, fait outrageusement l’apologie du carriérisme à tout prix ? Ainsi voit-on des enfants épuisés, surbookés assistés par des mamans ou des papas, faisant le taxi, qui sacrifient leur vie personnelle et leur repos afin de respecter des emplois du temps démentiels, n’hésitant pas dans certains cas à traverser plusieurs fois par jour d’immenses agglomérations d’un site à l’autre. Difficile de voir dans cette manière de faire, les bases d’une éducation équilibrée.

En effet, si des enfants trouvent normal que leurs parents se sacrifient de cette manière, comment peuvent-ils les respecter profondément tout comme par la suite l’ensemble des individus de la société qui ne deviendra pour eux qu’un vaste supermarché empli de personnes consommables mais avant tout jetables car sans valeurs ? Comment pourront-ils plus tard à leur tour se faire respecter, s’ils s’identifient à ce modèle sacrificiel ? Comment sauront-ils résister ou échapper à la tyrannie environnementale de l’exercice de la vie en société concernant les rapports du sujet avec le travail, son conjoint, ses enfants, ses amis, ses parents ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s