Les caprices des enfants, ça n’existe pas !

17 octobre 2016

La figure d’attachement : oui, et après ?

Vous avez été très nombreux et nombreuses à réagir à mon article sur la figure d’attachement et à me faire part de votre soulagement face à l’explication de ce phénomène de décharge souvent mal interprété (et j’en suis ravie, un pas vers la paix des foyers !).

J’ai aussi reçu des questions, des demandes de conseils et des remarques qui m’ont montrées qu’il était nécessaire d’aller un peu plus loin et de poursuivre sur le sujet de ces « crises » de nos enfants qui nous dépassent, sur ces fameux « caprices » (mot que je déteste) en tous genres  et sur les réactions à avoir.  En effet, certains d’entre vous m’ont dit « Mais comment vont-ils comprendre qu’ils ne doivent pas se comporter ainsi, si on ne dit rien, si on câline et qu’on laisse passer leurs caprices ? ».

Effectivement, avec nous (figure d’attachement) les enfants sont « vrais », ils se lâchent, se déchargent, se confient, évacuent. C’est la cause d’un certain nombre de crises et de pleurs inexpliqués, particulièrement quand on récupère son enfant après une journée de garde. C’est aussi la raison pour laquelle, avec nous, c’est toujours plus difficile : si quelque chose ne lui convient pas, dans son environnement ou dans notre façon de faire, il le dira (à sa façon bruyante et souvent exaspérante), quand avec d’autres il fera des efforts !

Mais, et c’est de cela dont je voudrais parler aujourd’hui, l’explication de la figure d’attachement ne signifie pas qu’il suffit d’attendre que ça passe. La notion de figure d’attachement nous permet de prendre conscience que l’enfant n’agit pas « mal » avec nous pour nous faire du mal ou nous crier son désamour, elle nous montre au contraire que nous sommes une personne de confiance pour l’enfant,  à qui il peut confier toutes ses tensions.

Savoir cela nous rassure (et tant mieux) car cela signifie que notre relation avec l’enfant n’est pas en péril : il n’empêche que les crises, quand elles deviennent fréquentes, récurrentes, envahissantes, restent des appels, des signaux à décoder.

 Le cycles infernal des comportements inapropriés

Je transpose : vous êtes furieuse contre votre boss, qui vous demande du boulot à n’en plus finir et n’a pas l’air de capter que vous avez un enfant qui va finir au poste de police si vous n’êtes pas à l’heure à la crèche. Il vous a encore demandé un document à la dernière minute (et vous avez dit oui) alors que vous aviez tout bouclé à temps pour partir à 18h. A côté de ça, vos collègues papotent gaiement dans le bureau et parlent afterwork alors que pour vous, after work it’s work again (mais vous ne dites rien et souriez poliment)! D’ailleurs, vous ne supportez plus Anne-Charlotte qui a toujours le temps de faire du sport, du shopping et qui prend un RTT pour aller faire une expo. Cette garce à eu le culot de vous demander à midi combien de kilo de grossesse il vous restait (et vous avez dit 2 alors qu’en vrai c’est 5)! Vous prenez enfin le RER pour rentrer chez vous, et bien sûr c’est bondé, ça pue et c’est en retard (et vous avez soufflé dans votre écharpe toute la misère du monde). Quand vous rentrez chez vous avec l’enfant sous le bras, l’homme vous accueille et là… il va fumer sa clope sur le balcon. Déferlante hystérique sur l’homme (ras le bol qu’on me prenne pour la boniche ici !!!!), qui n’en revient pas d’avoir allumé un tel brasier en allumant une pauvre cigarette (alors qu’en plus, il allait justement préparer le dîner !).

Ici, l’homme est votre figure d’attachement ; c’est lui qui se prend en pleine face les tensions que vous avez accumulées toute la journée et que vous n’avez pas exprimés, parce que sinon Duboss vous aurez virée, vos collègues vous auraient pourrie la vie, les inconnus du RER auraient pu être agressifs (=pas de lien de confiance suffisant pour s’exprimer).

L’allumage de cigarette est un prétexte, on est d’accord, on le voit à la disproportion entre le déclencheur et la réaction ; c’est la même chose avec les enfants, quand ils sont inconsolables parce qu’on à ouvert le sachet du goûter alors qu’ils voulaient le faire seuls ou qu’ils deviennent hystériques parce qu’on met trop longtemps à attacher leur siège auto.

Dans notre exemple, l’homme peut vous traiter de folle hystérique et se barrer en claquant la porte (probable); c’est l’équivalent de ce qui nous arrive en tant que parents quand on n’est pas prêts à supporter les décharges des enfants, quand on voit leurs comportements comme des « caprices » d’enfants gâtés qui doivent cesser, qu’on les perçoit comme des agressions à notre encontre et qu’on considère que ça mérite répression, qu’on leur crie dessus, qu’on les punit, qu’on les isole dans leur chambre pour les calmer, qu’on les repousse….

L’homme, s’il connait la figure d’attachement (et la psychologie féminine), peut faire un câlin à sa femme en lui disant qu’elle a du avoir une mauvaise journée ; c’est l’équivalent de ce que je vous conseillai de faire avec votre enfant : accueillir, câliner, recharger, donner de l’attention, du temps. Ca fait du bien, c’est indispensable, mais est-ce suffisant ? Si ce genre d’épisode arrive seulement ponctuellement, oui : on a tous nos mauvaises journées. Si ces épisodes sont récurrents, non : clairement, vous auriez besoin d’une bonne mise au point avec Duboss, besoin d’avoir un peu de temps pour refaire du sport, besoin que l’homme participe plus aux tâches ménagères, etc.

C’est exactement la différence qu’il faut réussir à faire entre une décharge « normale » de notre enfant après une journée de garde (qui n’appelle pas particulièrement de réajustement) et des « mauvais » comportements  récurrents qui crispent toute la famille (crises, tapes, colères, pleurs inconsolables, morsure, rejet, paroles blessantes et les fameux « caprices « ) qui eux sont à décoder.  

Sachant que, effectivement, c’est à la figure d’attachement qu’on enverra tous ces messages et pas aux autres, parce que c’est à elle qu’on fait confiance pour recevoir le message ! (Mais pas de bol, le décodeur est souvent en panne !).

Dans notre exemple, vous avez donc un/des besoin(s) insatisfaits, qui vous amènent à avoir des croyances erronées sur la situation, à interpréter les faits à la lumière de votre insatisfaction (exemple : l’homme allume une cigarette = et voilà, c’est encore moi qui vais tout faire ce soir pendant qu’il se la coule douce) et en réaction vous avez un comportement inapproprié (exploser, crier, accabler de reproche, mal parler…) qui vous donne l’impression que vous allez obtenir ce que vous voulez (=partage des tâches ménagères à 50/50) mais en fait non (car l’homme vous prend pour une maboule et il ne retient que votre hystérie et non le message caché derrière).

Si nous, adultes, pourtant sensés être lucides, responsables et en pleine capacités de nos facultés de raisonnement, nous sommes soumis à cet engrenage, comment oser espérer que les enfants y échappent ? Alors que…

  • Nos enfants ont beaucoup plus de raisons que nous de voir leurs besoins insatisfaits : ils sont sans cesse confrontés à leurs propres limites (tout ce qu’ils ne savent pas encore et ne savent pas faire sans aide), ils ont peu de marge de manœuvre sur leurs actions puisque ce sont les parents qui imposent ce qu’on fait, quand on le fait, à quelle vitesse (attends, dépêche toi !), etc. La satisfaction de leurs besoins dépend du bon vouloir des adultes et de leur compréhension du message. Avec des petits qui ne savent pas encore bien s’exprimer et formuler des demandes claires et calmes, c’est loin d’être gagné…
  • Ils ont beaucoup plus de raisons que nous de développer des croyances erronées sur la situation. Les enfants voient et entendent tout très bien, mais ils interprètent mal, puisque leur jeune âge ne leur permet pas de maitriser tous les tenants et les aboutissants, de contextualiser, etc. Ils ont tendance à interpréter les faits à la lumière de leur écosystème à eux : s’il se passe ça, c’est de ma faute, c’est parce que je suis méchant, ça veut dire que maman ne m’aime pas, etc. Une maman fâchée ou un papa triste, c’est toujours de SA faute, si on ne lui explique pas le contraire.
  • Ils ont beaucoup plus de raisons que nous d’adopter des comportements inappropriés,puisque EUX n’ont pas encore la capacité de maitriser leurs émotions (avant environ 6-7 ans), de prendre du recul, de contrôler leurs gestes… En situation de stress, ils sont en proie avec leur cerveau archaïque qui leur dicte un comportement « reflexe », pas souvent au goût des adultes…

 

Les besoins fondamentaux et les objectifs-mirages

Dans son livre « La discipline positive », que je conseille très fortement, Jane Nelsen (psychologue et éducatrice américaine), sur la base des théories d’Alfred Adler et Rudolf Dreikurs, deux psychothérapeutes Autrichiens, nous explique que les deux principaux besoin (en dehors des besoins physiologiques !) de l’être humain, et à fortiori de l’enfant, sont le besoin d’appartenance et le besoin d’avoir de l’importance.

C’est le but ultime de tout comportement de l’enfant:avoir une place et apporter une contribution unique et valorisée au sein d’un environnement social, de la « communauté » de l’enfant, et donc de ses parents au tout premier plan. Pour ma part, j’intègre cela dans un besoin plus global de se sentir réellement aimé, de sentir qu’on compte pour ceux qui compte pour nous, tout simplement.

Un enfant qui se comporte « mal » de façon récurrente est un enfant découragé parce que ses besoins d’appartenance et d’importance ne sont pas satisfaits.

On peut ainsi distinguer 4 « objectifs-mirage »poursuivi par les enfants découragés : Dreikurs les appellent ainsi car d’une part ils se basent sur des croyances erronées  et d’autre part ils amènent les enfants à se comporter d’une façon qui les éloignent encore plus de la satisfaction de leurs besoins d’appartenance et d’importance.

La grille des objectifs-mirages (tirée du livre de Jane Nelsen) peut nous aider à décrypter les comportements de nos enfants, en s’appuyant surnotre ressenti de parent face à ce comportement et en observant la réaction de nos enfants quand on répond à l’objectif mirage.

 

 

En pratique

Exemple concret : une situation, 4 objectifs mirages.

Avec vous, votre enfant refuse de manger alors qu’il mange très bien avec les autres.

  • Objectif-mirage : accaparer l’attention

Vous travaillez beaucoup, vous êtes à votre compte, vous ne voyez pas beaucoup votre enfant chaque jour et une des principales activités quand vous le retrouvez est de le faire manger avant de le coucher, car vous n’avez pas beaucoup de temps devant vous et vous ne voulez pas qu’il soit trop fatigué. Parce que votre enfant pense qu’il ne compte pour vous que quand votre attention est centrée sur lui, il vous fait tourner en bourrique pour faire durer le repas : il veut ceci, puis non cela, non pas comme ça, l’assiette comme ceci, et finalement il ne mange rien (= vous pensez qu’il fait de pures caprices). Pendant ce temps là, vous vous préoccupez de lui, vous vous inquiétez, vous restez assise à côté de lui, vous déployez toutes sortes de stratagèmes pour qu’il mange… il capte enfin votre attention exclusive ! Malheureusement, vous finissez par vous agacer, par vous fâcher, par ne plus avoir envie de gérer ses repas… et finalement, votre enfant s’éloigne encore davantage de la satisfaction de son VRAI besoin : celui d’avoir de l’importance, de compter pour vous.

 

  • Objectif-mirage : prendre le pouvoir

Vous êtes un « super parent » : vous pensez qu’en tant que parent, vous savez mieux que votre enfant ce qui est bon pour lui, que c’est votre rôle de lui transmettre et vous avez tendance à tout décider pour lui.  Vous pensez peut-être que laisser décider l’enfant sur certains points, c’est le laisser gagner car c’est ainsi qu’on vous a élevé : ce n’est pas lui qui commande ! Hors de question que votre fils devienne un petit capricieux mal élevé, vous ne voulez pas qu’il souffre de cette image en grandissant.

Votre enfant se sent frustré de ne pas pouvoir s’exprimer, de ne pas pouvoir expérimenter la force de son « je » en construction, de ne pas pouvoir dire qu’il est autre que vous, de ne pas se sentir respecté dans ses besoins physiologiques, par exemple chaque fois que vous imposez l’heure du coucher et le laissez pleurer dans son lit alors qu’il n’est pas fatigué et voudrait profiter un peu de vous.

Il a compris que pour la nourriture, vous pouviez difficilement le forcer à avaler ; sur ce terrain, enfin il a le pouvoir ! Il ne veut pas céder, uniquement pour avoir le dessus et se sentir ainsi important. Vous interprétez cela comme une mise au défi, vous pensez que votre enfant est capricieux, têtu… Et vous rentrez dans la lutte, l’un contre l’autre.  A l’issue de la lutte, il y aura forcément un perdant : que ce soit le parent ou l’enfant, dans les deux cas le lien est rompu et l’enfant s’éloigne de la satisfaction du besoin d’appartenance et d’importance…

 

  • Objectif-mirage : se venger

Vous venez d’avoir un bébé ; vous avez beaucoup impliqué votre aîné dans cette arrivée pour le préparer et c’est pour vous un grand moment de bonheur. Pourtant, votre enfant prend très mal la venue de sa petite sœur, il a le sentiment que vous avez eu un autre bébé car il ne vous suffisait pas, il a l’impression de ne plus compter. Mais tout son entourage ne cesse de répéter qu’il doit être gentil, être un grand, montrer l’exemple, que c’est super d’avoir une petite sœur, qu’il faut être sage car maman est fatiguée. Alors il ne dit rien, s’isole pour jouer dans sa chambre et vous pensez qu’il prend bien la situation. Il souffre de ne pas pouvoir dire qu’il n’est pas heureux de cette venue, qu’il a envie que sa petite sœur disparaisse.

Quand vient l’heure du repas, il sait que vous avez passé du temps à cuisiner pour lui. En effet, vous mettez un point d’honneur à continuer à lui faire de bons petits plats malgré votre fatigue à l’arrivée du bébé, pour qu’il ne se sente pas délaissé. Votre enfant souffre de n’être pas entendu, il vous fait souffrir en retour puisque l’alimentation vous tient à cœur: il vous renvoie son assiette à coup de « beurk » et va même jusqu’à se faire vomir devant vous. Vous êtes blessée intimement et vous vous éloignez encore plus de votre ainé… encore une fois, la satisfaction du besoin d’appartenance et d’importance est loin !

 

  • Objectif-mirage : confirmer sa croyance d’incapacité

Vous avez eu du mal à concevoir votre fils, votre grossesse a été angoissante,  l’accouchement a été laborieux. Avec son papa, vous voyez votre enfant comme une petite chose fragile et tout vous fait peur. Depuis sa naissance, votre petit entend beaucoup « attention ! », « non ! », « tu vas tomber », « laisse, je vais le faire », « tu es trop petit ! », « ATTENTION !!! ». Quand il tente quelque chose qu’il ne maitrise pas, vous ne supportez pas de l’exposer à la frustration ou à l’échec : vous vous précipitez pour l’aider. Il n’était pas très confiant pour apprendre à marcher : tous ces petits caches sur les angles des meubles, votre envie de le laisser dans son parc, le regard tendu de son papa quand il essayait de lâcher une main, lui faisaient penser que c’était une entreprise périlleuse. Vous avez beaucoup dit à votre entourage « je m’inquiète, il ne marche toujours pas, est-ce qu’il va y arriver ? ». Il a fini par marcher très tard et d’un pas peu assuré.

Quand vient le repas, c’est un autre terrain à fort enjeux ; avec son papa, vous tenez à ce qu’il mange très sainement pour préserver sa santé. Quand il explore la nourriture avec ses doigts, ça vous stresse car vous pensez qu’il ne va rien manger. Quand il veut prendre la cuillère, vous préférez lui donner vous-même pour qu’il mange mieux et plus proprement. Votre enfant perçoit tout ça très bien et chaque grande acquisition devient le prétexte pour lui de confirmer son incapacité, l’idée qu’il « n’est pas capable » et qu’il n’a pas les atouts pour appartenir à son environnement. Alors il n’essaye même plus, n’a pas envie de manger, ne veut pas manger avec la cuillère, ne veut pas goûter, fond en larmes à la moindre insistante…. Il cherche à confirmer sa conviction qu’il n’est pas capable.

 

Le trait est peut-être un peu « forcé » sur ces portraits, mais il ne s’agit en aucun cas de me moquer, de juger ou de tourner les parents en dérision. Au contraire, j’ai choisi un « conflit » qui me semble assez fréquent (les repas) et des situations du quotidien plutôt répandues et le but n’est pas du tout de juger mais de montrer comment on peut passer à côté des messages de nos enfants et ainsi renforcer chez eux les « mauvais » comportements.

Derrière un même comportement, il y a beaucoup d’explications possibles, qui appellent des mesures « immédiates » différentes (j’en parlerai dans mon prochain article) mais la base, l’origine, le fondement, le problème de long terme : c’est le sentiment qu’à l’enfant de ne pas appartenir, de ne pas avoir d’importance. C’est lui le vrai problème qui a besoin d’être adressé, la maladie ; les comportements sont seulement des symptomes !

Pourtant, on les aime de toutes nos forces, nos enfants. Notre monde tourne autour d’eux et on a l’impression qu’ils en sont justement le centre, qu’ils ne pourraient pas appartenir davantage à leur environnement ! Mais eux, interprètent les faits, ce qu’ils voient, ce qu’ils entendent, ce qu’ils ressentent et il faut bien en convenir : comme tous êtres humains, nous pouvons être maladroits, nous avons parfois perdu notre âme d’enfant, nous sommes déconnectés de nos émotions, nous avons des limites intérieures (quand nous sommes dépassés par nos émotions par exemples), nous avons des limites qui nous sont imposées par l’extérieur (quand on manque de temps, par exemple), nous avons nos propres besoins souvent en conflits avec ceux de nos enfants… et nous n’envoyons pas toujours les bons signaux.

De plus en plus, je me dis que ça va même plus loin que ça : nous aimons nos enfants plus que tout mais nous avons souvent mieux à faire que de leur montrer, de leur démontrer. Chaque fois que nous avons une opportunité concrète de leur prouver l’importance qu’ils ont pour nous, la saisissons-nous ? La voyons-nous seulement ?

Nous avons aussi envie de penser à nous (c’est normal !), de nous détendre, de nous reposer et leurs besoins nous font obstacles. Alors on les confie à garder les soirs, le week-end, on essaye de les faire dormir pour être tranquilles, on voudrait qu’ils jouent seuls, ne pas les entendre, on leur dit de se taire, d’attendre, d’arrêter, qu’on jouera « après »… Et puis, nous sommes toujours pressés entre mille choses, entre les obligations qu’on nous impose et celles qu’on s’impose à nous-mêmes, et nous n’avons jamais le temps de vivre à leur rythme. Souvent notre système de priorité est biaisé et on ne s’en rend même pas compte.

Nous faisons notre vaisselle, notre enfant nous appelle pour jouer ou pour un câlin, on lui demande de patienter. Nous faisons notre vaisselle, le téléphone sonne, on lâche la vaisselle pour répondre. Conclusion de l’enfant : le téléphone est plus important que moi, moi je ne compte pas.

Mais non, bien-sûr que tu comptes plus que le téléphone !

Mais les gestes comptent plus que les mots, et nos gestes ne sont pas toujours en accord avec nos mots.

Encore une fois, aucun jugement de ma part, bien au contraire. J’ai crié fort cette nuit contre ma fille parce qu’elle n’avait plus envie de dormir à 3h du matin et que je pensais à ma fatigue à moi, l’autre soir je l’ai obligée à aller dans sa poussette pour rentrer de la crèche alors qu’elle voulait marcher dans le parc car j’avais des courses à faire, qu’il était déjà 19h et que quand elle marche elle s’arrête tous les 10m pour ramasser des trucs, je demande souvent à Papa Ours de s’occuper du bain ou de jouer avec elle pour que je puisse faire mon ménage… Comme tout le monde, mes priorités sont parfois incohérentes (ménage > enfant), je fais parfois passer mes besoins avec les siens (mon sommeil > sa détresse), je lui impose des contraintes qui me semblent inévitables mais qui pourraient être évitées (courses à 19h). Parfois, c’est la vie, il y a de l’inévitable, de l’incompressible, des lois. Et puis il y a l’évitable qu’on ne prend pas la peine de leur éviter.

Je dis juste que je comprends que nos petits bouts soient  parfois si prompts à interpréter nos comportements comme des manques d’intérêt et d’amour et qu’ils s’engagent dans le cycle des comportements inappropriés. Mais il n’y a pas de caprices : il n’y a que des messages mal encodés par les enfants et mal décodés par les parents.

Et cela prend du temps, que nous ne prenons pas, d’envoyer les bons signaux, de leur apprendre à encoder leurs messages correctement et de décoder ceux qu’ils nous envoient ; c’est plus facile de dire que c’est l’enfant qui est pénible, insupportable, fatiguant, fait des crises pour rien, est dans sa phase d’opposition, fait des caprices, etc.

Dans un prochain article, je vous proposerai des réponses concrètes à apporter aux comportements inappropriés selon l’objectif mirage poursuivi. Parce qu’il faut bien avancer, avoir des pistes, réagir face à ce qu’on ne peut pas accepter, se sortir de ces crises qui épuisent tout le monde.

Mais le nerf de la guerre, celui qui devrait vraiment concentrer tous nos efforts de parents, c’est trouver des moyens, respectueux de nos besoins d’adultes, de donner vraiment à nos enfants l’attention, l’importance et le sentiment d’appartenance qu’ils méritent et qu’ils recherchent par tous les moyens.

Et là, on en revient à mon article sur la figure d’attachement : donner du temps, de l’attention exclusive, de l’amour, du jeu, des câlins, des échanges de qualité, prendre le temps avec eux, leur témoigner notre confiance…. Et cette fois, on comprend mieux que ce n’est pas être laxiste que de câliner un enfant qui fait une colère ou qui tape, c’est prendre le problème à la source, adresser la « maladie » et non le symptôme.

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