Les intelligences multiples en pratique (Partie 3)

Bruno HOURST / Méthodes et outils pédagogiquesapprendreaapprendre.com

 

 

2016_03_29_intelligence_multiples

Qu’est-ce que l’intelligence multiple ? Comment les mettre en pratique dans une classe ou dans une session de formation ?

Comment agir pour faire comprendre aux enseignants que cela répond à une véritable attente et qu’il y a un réel enjeu ?

L’échec scolaire de certains de leurs élèves est, pour beaucoup d’enseignants, une blessure permanente qu’ils doivent affronter tous les jours. La théorie des intelligences multiples explique bien que ces échecs viennent essentiellement de la non prise en compte d’intelligences fortes des élèves. A partir de là, ils peuvent changer leur regard, voir d’une manière plus positive leurs élèves, et mettre en place, en douceur, un changement dans leur pratique pour mieux prendre en compte cette diversité.

Et l’enjeu est immense : il s’agit de respecter les individus dans leur singularité et leur diversité, leur permettre d’utiliser et de développer leurs richesses propres. C’est l’une des clés d’une bonne estime de soi. Quant on sait que l’essentiel des problèmes psychologiques (relationnels, affectifs, comportementaux) ou de société (comme la violence des jeunes) prennent leur racine dans une mauvaise estime de soi, cela devient un problème de santé public.

Mais – car il y a un mais – nos sociétés sont fondées sur un système élite-masse (qu’entretient d’ailleurs le système scolaire), dans lequel une minorité de personnes a le pouvoir sur une majorité. Ce type de système n’aime pas trop qu’une majorité d’individus soit bien dans leurs baskets, car ils pourraient mettre à bas le pouvoir de la minorité : des exemples très récents le confirment.

Et donc il ne faut pas attendre que l’enjeu soit fixé au plus haut niveau. C’est chez ceux qui sont sur le terrain, souvent le dos au mur, que l’on trouvera le plus grand intérêt pour les intelligences multiples.

Peut-on solliciter facilement tous les types d’intelligences ou certaines sont plus délicates ?

Il y a effectivement des intelligences plus difficiles à solliciter, mais cette difficulté est essentiellement culturelle. Dans notre culture occidentale, le corps (et par ricochet l’intelligence corporelle/kinesthésique) n’a que peu ou pas de place dans l’enseignement, alors qu’il tient une part importante par exemple dans certains pays africains. Dans d’autres civilisations, la musique et la poésie étaient considérés comme des arts majeurs, et donc l’intelligence musicale/rythmique pouvait s’épanouir. Ce n’est plus le cas chez nous.

Pour utiliser d’autres formes d’intelligence, il faut donc « sortir du cadre » dans lequel nous sommes enfermés. Et ce cadre, auquel nous sommes si habitués, nous poussera souvent à dire que « c’est impossible », « c’est trop difficile ».

Les expérimentations dans des classes… Cela a-t-il était fructueux et pourquoi ?

Des écoles dans le monde entier introduisent peu ou prou les intelligences multiples dans leur enseignement. En France, c’est dans l’académie de Melun (région parisienne) que se sont développées le plus d’expérimentations.

Les résultats sont globalement très positifs, même si les résultats purement scolaires ne font pas des bons exceptionnels – en moyenne, environ 20% par rapport à un enseignement traditionnel.
Par contre, on voit des effets très positifs dans le comportement des élèves et dans la vie de classe. Et c’est souvent les élèves considérés comme « difficiles » qui tirent le meilleur parti d’un enseignement « intelligences multiples », même si les autres en profitent évidemment aussi. D’ailleurs Howard Gardner le constate avec un certain humour : pour repérer les intelligences fortes des élèves, il est souvent intéressant d’observer les comportements dérangeants : l’élève qui n’arrête pas de parler a peut-être une intelligence interpersonnelle qui a besoin d’être sollicitée ; un autre qui est « timide », « ne participe pas », « rêveur » a peut-être une intelligence intrapersonnelle forte ; un autre encore, qui n’arrête pas de bouger, semble dire à l’enseignant : « j’ai besoin de bouger pour apprendre ».

Est-il mieux de proposer une activité ‘ intelligences multiples ‘ ne sollicitant qu’une seule activité ou de proposer un choix entre environ 3 activités, chacune sollicitant 2/3 intelligences différentes ?

D’abord, toute activité met en général en œuvre plusieurs intelligences, même s’il y en a toujours une ou deux qui sont préférentielles.

Pour la mise en œuvre, toutes les manières de faire sont envisageables : soit toute la classe participe à la même activité « intelligences multiples », soit les élèves peuvent choisir telle ou telle activité, ou encore d’autres formes d’organisation. Dans le deuxième cas, les élèves choisiront en général l’activité correspondant à leur intelligence la plus forte. Il est alors intéressant de leur proposer ensuite, lorsqu’ils commencent à être à l’aise avec le sujet, de prendre une autre activité mettant en œuvre une intelligence qu’ils ont plus faible.

Comment et à quel moment présenter aux élèves cette théorie ?

Il faudrait présenter la théorie des intelligences multiples le plus tôt possible – et cela peut se faire dès la maternelle, bien entendu avec des mots adaptés : ceux qui aiment… être avec des copains et des copines (interpersonnelle) ; écouter de la musique et des chansons (musicale/rythmique) ; aller dans la nature, s’occuper d’animaux (naturaliste), etc.

On peut ainsi présenter les différentes intelligences de différentes façons, en particulier en fonction de l’âge des enfants. Cela permet en particulier aux enfants d’intégrer cette nouvelle manière de voir leur propre personnalité, donc de mieux se comprendre, de mieux comprendre leurs forces et leurs faiblesses.

Et en classe, cela peut devenir ensuite une culture, l’enseignant demandant par exemple à la fin d’un cours : Quelles intelligences avons-nous sollicitées aujourd’hui ?

Lorsque l’on présente cette théorie a des adolescents, il est surprenant de voir comme cela est souvent pour eux un grand soulagement : à travers cette théorie, ils découvrent qu’ils ne sont ni stupides, ni paresseux, ni nuls, mais qu’ils ont des formes d’intelligences qui ne sont pas reconnues à l’école.
Et ce soulagement est également souvent partagé par les parents…

Peut-on passer d’une intelligence à une autre : faire une activité dans son intelligence forte puis en arriver à la trace écrite (intelligence langagière faible) ?

C’est ce qui est souhaitable : le fait de commencer par son intelligence forte, au moins de temps en temps, permet d’aborder avec plus de sérénité le passage à une intelligence plus faible.
Cela peut d’ailleurs être une démarche pédagogique en soi : si un enfant a par exemple une intelligence verbale/linguistique faible, et si ses intelligences visuelle/spatiale et interpersonnelle sont fortes, l’enseignant pourra rechercher des activités utilisant à la fois les intelligences fortes et l’intelligence faible, par exemple en proposant un topogramme (mettant en œuvre à la fois des mots, des couleurs et des dessins), ou en demandant à l’enfant d’expliquer la leçon à quelqu’un (mise en mots).

Y a t-il un pont entre les intelligences sur un même apprentissage ?

Là encore, c’est ce qui est souhaitable, pour plusieurs raisons :

– d’abord, comme nous l’avons vu à l’instant, pour s’appuyer sur les intelligences fortes de manière à aider au développement des intelligences plus faibles ;

– et également pour développer cette « connaissance globale » qui enrichit un apprentissage : on n’est plus dans la connaissance pré-mâchée, linéaire, analytique d’un système classique d’apprentissage, mais dans une connaissance plus intégrée, variée, diverse – qui correspond d’ailleurs en partie à ce que vivent les enfants avec internet.

Par exemple, on peut s’intéresser à la Première Guerre mondiale à travers des écrits (verbale/linguistique), des images et des films (visuelle/spatiale), des chansons et des musiques (musicale/rythmique), l’étude des relations entre les participants (interpersonnelle), les modifications du paysage (naturaliste), les causes et les conséquences (logique/mathématique), son propre rapport à cette guerre (intrapersonnelle), ce que vivaient physiquement les Poilus (corporelle/kinesthésique). La connaissance est ainsi beaucoup intéressante que le cours à apprendre par cœur !

Texte & dossier: Bruno Hourst

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