L’enfant décrocheur

21 décembre 2014

Voici le quatrième des six profils d’enfants surdoués présentés dans notre dossier. Je vous invite à rejoindre notre page Facebook pour être tenu au courant en temps réel de la parution des prochains articles de ce dossier.

Vivre au quotidien avec un enfant décrocheur est terriblement difficile pour des parents soucieux du bien-être de leur progéniture. Le ressentiment et l’amertume qui habitent ce genre d’enfant surdoué pèsent lourdement sur l’ambiance familiale. Il est nécessaire de bien comprendre les raisons de cet état d’esprit délétère et de prendre rapidement les mesures qui permettront d’y remédier.

Jade Ann RiveraL’ensemble de ce dossier a été inspiré par le site de Jade Ann Rivera. Il est basé sur son travail, mais aussi sur l’article de référence rédigé par George Betts et Maureen Neihart, paru en 1988 dans le Gifted Child Quarterly, journal de la NAGC ( National Association for Gifted Children, aux Etats-Unis) et d’autres sources ultérieures, agrémentées de mon expérience personnelle et localisées pour tenir compte des spécificités du système scolaire français.

Un enfant en colère

L’enfant décrocheur est en colère. Il est en colère envers les  adultes mais aussi envers lui-même parce que le système scolaire n’a pas répondu à ses besoins pendant de nombreuses années et qu’il se sent exclu. Il peut exprimer passivement cette colère par la dépression et la mise en retrait de sa personnalité ou activement par des réponses défensives parfois violentes.

Les centres d’intérêt de ce genre d’enfant se trouvent fréquemment en dehors du programme scolaire régulier. L’enfant décrocheur ne parvient pas à bénéficier du soutien des adultes pour affirmer ses talents et combler ses besoins dans  un domaine inhabituel. Se rendre tous les jours à l’école lui semble non pertinent, l’environnement scolaire lui paraît hostile. Cela peut se manifester par le fait qu’il dérange ou exploite les autres élèves mais aussi et a contrario par un effacement volontaire au sein de la classe.

La plupart des enfants décrocheurs sont des collégiens même si ce profil peut se rencontrer parfois parmi les élèves de l’enseignement primaire.  Après des années d’incompréhension, ce type d’enfant à fini par cesser d’investir le système scolaire émotionnellement, mentalement voire physiquement dans les cas les plus graves.

Un système scolaire inadapté

L’enfant décrocheur est souvent un enfant surdoué qui n’a pas été identifié, ou alors trop tard, lors de ses études secondaires. Il est aigri et plein de ressentiment car il se sent rejeté et négligé. Son estime de soi est très faible. Pour qu’il se remette au travail et commence à exploiter ses capacités, il est nécessaire qu’il puisse placer sa confiance dans un adulte particulièrement bienveillant qui saura le remotiver. Malheureusement, la scolarité telle qu’elle est organisée aujourd’hui n’offre pas la garantie d’obtenir ce genre d’aménagement sur la durée. L’enfant peut très bien passer une bonne année dans une matière spécifique avec un professeur qui aura su s’occuper de lui efficacement mais l’année suivante, après un changement d’enseignant,  la démotivation et l’amertume peuvent faire un retour fracassant dans sa vie.

Le système scolaire traditionnel n’est pas adapté à l’enfant décrocheur. Il lui faut une pause ou un changement radical pour pouvoir repartir sur de bonnes bases. La scolarisation à domicile avec un fort encadrement familial, le préceptorat ou l’intégration dans de petites classes homogènes d’enfants précoces sont des solutions qui peuvent apporter des résultats spectaculaires. Elles sont malheureusement compliquées à mettre en œuvre et nécessitent souvent des sacrifies importants de la part des parents, que ce soit en terme d’investissement personnel ou financièrement. Un bilan psychologie et cognitif complet s’avérera généralement fort utile pour dégager des pistes de travail.

Les raisons de la colère

Il ya de très bonnes raisons pour un enfant surdoué d’être en colère. Nombre d’entre eux se sentent incompris et solitaire, vivant dans un monde qui semble penser qu’ils se débrouilleront bien sans assistance particulière. Même des enfants à très haut potentiel ne sont ni identifiés ni pris en charge en tant que tels car ils souffrent de troubles d’apprentissage variés ou n’ont pas réussi le passage d’un test à un instant donné. D’autres ne bénéficient tout simplement pas de l’environnement familial ou scolaire favorable qui leur permettrait d’être repérés. Le candidat idéal au profil d’enfant décrocheur se trouve parmi eux.

Les parents d’enfants décrocheurs savent d’expérience comment l’expression d’une colère malsaine peut pourrir leur estime de soi et leur capacité à entretenir des relations amicales avec d’autres enfants. Cela les remplit d’inquiétude, les empêche de dormir et peut créer des troubles psychologiques graves.

Enrayer la colère d’un enfant décrocheur est un vrai défi. Si possible, ne le tentez pas seul. Trouvez l’aide, la compréhension et le soutien du plus grand nombre de personnes  possible : des médecins, des thérapeutes, des enseignants compréhensifs, les autres membres de votre famille….

Trouver le temps de faire une pause

La colère chez les enfants doués est souvent alimentée par l’anxiété. Aussi, la meilleure chose que vous puissiez faire dès l’apparition de la colère est de proposer une pause à votre enfant. Dites-lui que c’est la manière la plus saine de faire face à la colère et que, pendant ce temps, vous n’allez pas courir après lui et l’obliger à s’expliquer ou essayer de le convaincre de quoi que ce soit. Laissez-le simplement prendre un moment pour respirer. Vous pouvez d’ailleurs également utiliser positivement cette stratégie vous-même quand vous vous sentez en colère.

Bien sûr, il ne faut pas ruiner les effets bénéfiques de cette pause en forçant ensuite votre enfant à rattraper tout ce qu’il a manqué pendant ce laps de temps. Prendre une pause signifie que pour un moment votre enfant peut manquer à ses missions, ne pas participer à une réunion de famille ou ne pas accomplir une corvée habituelle. Jusqu’à ce que votre enfant surdoué en colère ait appris à contrôler cette dernière, ce genre de choses va devoir passer au second plan.

Lorsque votre enfant se sent prêt à reprendre une vie plus normale après une courte pause, essayez d’aller faire une promenade ou quelque chose de créatif pour tenter de libérer l’énergie qui s’est accumulée en lui.

La pause peut aussi s’avérer plus longue. L’exemple typique, c’est l’année de déscolarisation qui va permettre à un enfant de reprendre pied, de retrouver une certaine confiance en lui et de l’estime de soi. Dans ce cas, elle pourra même déboucher sur un changement plus durable et l’adoption définitive d’un système d’enseignement finalement plus adapté, voire d’une organisation familiale différente.

Réagir avec bienveillance

Plus que tout, essayez de ne pas juger ou mépriser l’expérience de votre enfant. Il est en colère et il pense que cela est justifié. Il n’acceptera pas que vous lui affirmiez le contraire, cela ne ferait que renforcer sa colère. Dans ces moments-là, aucun raisonnement ne va aider votre enfant. En fait, cela le conduira probablement à mettre une plus grande distance entre vous et lui. Si vous souhaitez vraiment commenter son état d’esprit, dites-lui plutôt que vous en comprenez la cause. Faites cependant la différence entre comprendre les raisons de sa colère et en accepter les manifestations intolérables. Vous pouvez expliquer à votre enfant que la colère ne justifie pas tout. A cet instant, il s’agit avant tout de lui montrer que vous prenez ses émotions au sérieux.

C’est un profil difficile que celui de l’enfant décrocheur. Les effets manifestes  de sa colère ne jouent pas en sa faveur auprès des enseignants. Ses résultats scolaires, souvent passables ou médiocres, rendent délicat pour les parents le fait d’aborder la question de ses capacités intellectuelles avec l’équipe éducative qui en a la charge, surtout si celle-ci n’a pas été formée à la question. L’intervention d’un psychologue compétent s’avérera souvent nécessaire. En tant que parent, votre rôle sera avant tout de redonner à votre enfant l’estime de soi, la reconnaissance et les perspectives d’avenir qui lui font terriblement défaut.

Si vous êtes concerné par ce profil d’enfant précoce, je vous invite à rejoindre le groupe L’enfant décrocheur que nous avons mis en place pour vous permettre d’échanger vos expériences et vos solutions avec d’autres parents.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s