Le « Palais de la mémoire », une technique pour tout retenir

Sciences et Avenir, l'actualité de la science et la vie de la recherche dans le monde, 09/01/2017

Vous pensez avoir une mauvaise mémoire ? Vous oubliez les prénoms des personnes que l’on vient de vous présenter ? Rassurez-vous, il existe des techniques pour vous aider à remédier à cette lacune. Commencez l’année 2017 en ravivant le palais de votre mémoire.

Technique de mémorisation des chiffres

Une méthode pour mémoriser les chiffres est d’utiliser un alphabet qui traduit ces chiffres de 0 à 9 en lettres.

© Sidonie Mangin

 

Vous ne pensez pas être capable de réciter un chapitre entier de votre livre favori ? Et bien, c’est une erreur. Nous en aurions tous la capacité. Dans une vidéo qui circule sur la toile depuis le 28 décembre 2016, le journaliste de la revue Vox, Dean Peterson nous explique comment – en ayant pourtant une mauvaise mémoire- il a réussi à réciter toute une partie de l’ouvrage Moby Dick. Et nous fait ainsi redécouvrir le palais de notre mémoire.

Le Palais de la mémoire

Le principe ? Créer une « mémoire artificielle » en utilisant un lieu connu, dans lequel on aura disposé des informations. En d’autres termes, il s’agit de déposer mentalement des « mots » dans des endroits que l’on connaît pour les retrouver plus facilement. Pour Sébastien Martinez, champion de France de la mémoire et ingénieur des Mines, « ce qui est intéressant avec cette méthode c’est qu’elle permet de se souvenir dans n’importe quel sens. Nous ne sommes plus obligés de reconstruire tout un raisonnement pour se souvenir d’un item« .

Le palais de la mémoire serait le lien entre la mémoire à court terme (qui aurait une durée de 18 secondes) et celle à long terme qui impliquent des réseaux neuronaux distincts bien qu’interconnectés. Le chiffre 7 serait le « nombre magique » de la mémoire à court terme, c’est à dire le nombre d’éléments pouvant être mémorisés simultanément, explique le Pr Francis Eustache dans un rapport rédigé avec l’Inserm. En moyenne, nous sommes donc tous capables de retenir pendant quelques secondes entre 5 et 9 items. La mémoire à long terme, quant à elle, est subdivisée et celle que l’on cherche à activer par ces méthodes est dite déclarative. Elle désigne elle-même deux types d’expériences : la mémoire épisodique qui concerne les souvenirs que l’on peut reconstituer, et la mémoire sémantique, c’est à dire la mémoire du savoir et de la connaissance, qui englobe tout contenu dont on peut dire « Je sais, mais je ne sais pas pourquoi je le sais. ».

D’autres techniques de mémorisation

Cette vidéo est l’occasion de se replonger dans le livre de ce champion de France de la mémoire « Une mémoire infaillible, briller en société sans sortir son smartphone » que Sciences et Avenir vous avait déjà présenté. Sébastien Martinez avertit au préalable : « L’art de l’apprentissage est circulaire. Il faut d’abord, comprendre les enjeux, la façon dont les informations sont organisées, où elles mènent. Puis, en maîtriser le détail. La mémorisation fixe et renforce la compréhension. C’est dans ce double mouvement que réside le secret de l’apprentissage ». Puis nous livre quelques techniques des plus simples aux plus sophistiquées.

Pour des listes d’objets concrets, la méthode SEL (sens, enfance, lien). Il existe trois grands types de stratégies pour mémoriser des choses concrètes : classer, répéter et donner du sens à une suite qui, a priori, n’en a pas. Et c’est la troisième, permise grâce au SEL (Sens, enfance, lien), qui serait la plus intéressante selon Sébastien Martinez.

  • Sens : faire appel à nos cinq sens pour donner vie à ce souvenir. Nous « encodons » des expériences dans notre mémoire (synesthésie).
  • Enfance : inventer une histoire autour de ce souvenir
  • Créer des liens car, pour donner du sens aux choses, encore faut-il qu’elles se tiennent. Chaque item doit en appeler un autre sur le fil de la narration.

Mais le plus souvent, nos trous de mémoire concernent des associations sur des éléments abstraits, conceptuels. Pour y pallier : la stratégie SAC (sélection, association, connexion). Tout d’abord, il faut choisir les deux informations que l’on souhaite associer. Ensuite, rendre familière une information qui vous est étrangère. Et enfin créer une histoire entre les personnages inventés. Ainsi pour retenir Minsk comme capitale de la Biélorussie (sélection) et les rendre familiers (association) : « Une belle russe » pour Biélorussie ? et Minnie ou une tranche de mie pour Minsk, en train de skier ? Pour les connecter, Minnie qui tombe de ski sur cette belle russe qui était tranquillement en train de bronzer. Et surtout utiliser les cinq sens dans cette construction narrative : la caresse de la poudreuse, la douleur de la chute, l’odeur de monoï de la belle femme… Cela fonctionne aussi si vous souhaitez retenir des secrétaires généraux de l’ONU tels que Trygve Lie, Dag Hammarskjöld, U Thant, Kurt Waldheim, ou Javier Pérez de Cuéllar, etc. Cette méthode du SAC peut s’associer à celle des lieux (palais de la mémoire) : ainsi, à chaque endroit se produit une scène qui rappelle elle-même une information.

Illustration de la méthode SAC © Illustrations Sidonie Mangin

Il existe également des recettes qui réutilisent ces méthodes de principe de manière plus sophistiquée pour des applications très concrètes. Le major système pour mémoriser les chiffres par exemple qui consiste à transformer les chiffres en consonnes avec lesquelles on crée des mots. Et avec ces mots, on réutilise les méthodes précédentes. Le PAO et le Ben systèmes pour les cartes : pour la première, au lieu de stocker une seule image par emplacement de lieu, il y en aurait 3 mettant en scène un personnage, une action et un objet (PAO) pour générer une histoire plus complexe. La seconde, mise en place par Ben Pridmore, triple champion du monde (mémorisation en une heure de 28 paquets soit 1.456 cartes) consiste à associer une image pour un couple de cartes.

Le record de mémorisation a été atteint par Dominic O’Brien, huit fois champion du monde de la mémoire, qui a retenu 54 paquets de 52 cartes en les regardant une seule fois, soit une suite de 2 808 cartes. Avant d’en arriver là, vous pouvez déjà vous inscrire au championnat de France. Le prochain est prévu le 11 mars 2017.

« Une mémoire infaillible, briller en société sans sortir son smartphone« , éditions Premier Parrallèle, 160 pages.

Site de Sébastien Martinez : http://www.sebastien-martinez.com/

Iris Joussen

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