Clément, lycéen et surdoué : « Ma différence est une force »

 // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
// © Olivier GUERRIN pour L’Étudiant

Clément a été diagnostiqué à haut potentiel intellectuel à 6 ans. Avec un an d’avance, et après un an passé dans un dispositif spécialisé au collège, il poursuit ses études, à 14 ans, en seconde au lycée Édouard-Branly, à Lyon, comme les autres. La seule différence ? Il va parfois plus vite… ou plus lentement !

« Il faut que je vous dise ce que j’ai. Cela nécessite une mise au point. J’en ai marre de lire des trucs du style : ‘Il est surdoué, il a des lunettes, il passe sa vie à lire, il est asocial, etc.’ Cette image de l’adolescent surdoué est un cliché. Les surdoués n’ont pas tous des lunettes, certains vivent cachés, d’autres ont de grosses difficultés parce qu’ils ne sont pas reconnus. Cette image est aussi véhiculée par les séries américaines : elles montrent des jeunes à haut potentiel qui portent des chemises à carreaux, croulent sous les cahiers… Ce n’est pas la vraie vie. On nous voit comme des bêtes de foire, pas comme des êtres normaux. La vraie vie, c’est différent. »

« Nous pensons trop vite, et cela crée une frustration chez les autres »

« Être surdoué, c’est un trouble. Mon cerveau fonctionne autrement. Nous, les surdoués, nous pensons trop vite, nous anticipons, nous sautons des étapes et cela crée une espèce de frustration chez la personne en face. Elle se demande : ‘Pourquoi il ne répond pas à ma question, pourquoi il ne réagit pas ?’ En réalité, elle ne va pas à la même vitesse. Ce décalage crée des difficultés de relation, une impatience, et de l’ennui. En cours, par exemple, le professeur de mathématiques explique un concept. Moi, on m’a donné l’information et ça y est, c’est bon, j’ai compris, je la range dans ma tête. À la limite, je vais m’entraîner avec un ou deux exercices d’application, pas plus. Les autres élèves ont besoin que le professeur leur réexplique et ils devront répéter des exercices. Il m’arrive donc de m’ennuyer. Et quand je m’ennuie, je parle à mes voisins, je me fais remarquer. C’est loin d’être simple. »

« J’ai souffert à l’école. Jusqu’en cinquième, je n’avais pas d’amis »

« Comme j’ai toujours été décalé, j’ai souffert à l’école, surtout en primaire. Et jusqu’en classe de cinquième, je n’avais pas d’amis. Les autres élèves me trouvaient différent, bizarre. Je me sentais rejeté. Et concrètement, j’étais rejeté… puisque personne ne voulait être avec moi. J’étais hypertriste. Cela n’allait pas du tout. Cette situation provoquait des problèmes importants. Le matin, au moment d’aller à l’école, j’avais mal au ventre. J’avais envie de vomir, parfois je vomissais vraiment ! Le soir, cela n’allait pas mieux parce que je commençais à penser au lendemain, moment où, invariablement, je n’aurais pas envie d’aller en cours. Vous imaginez le niveau de stress ? Dans la journée, j’avais des tas de problèmes, des disputes. Les élèves disaient carrément : ‘Ne traîne pas avec nous, reste tout seul !’ C’était compliqué. Non, ce n’était pas compliqué, c’était l’horreur ! »

« Ma vie a été bouleversée quand j’ai changé de collège »

« Une fois le diagnostic de ma précocité intellectuelle établie, ma mère a adhéré à une association pour les enfants surdoués. Elle avait quelques idées sur la question. Elle a trouvé comment me sortir de ce marasme. Et en fin de cinquième, je suis parti dans un collège spécialisé à Lyon. Celui-ci accueille des jeunes intellectuellement précoces et a mis en place un dispositif d’accompagnement pédagogique. Il s’appelle Les Battières. Et là, hourra ! Ma vie a été bouleversée. Je me suis senti mieux. Enfin, j’étais reconnu !

Les professeurs nous donnaient des exercices supplémentaires. Je pouvais prendre un livre, en plein cours. Au moins, je ne faisais pas semblant. Ce sont des détails, mais tellement importants. J’ai commencé l’année de quatrième, et, après un trimestre, en janvier, je suis passé directement en troisième. Je ne m’ennuyais plus du tout, les cours m’intéressaient et j’ai cessé de bavarder. Surtout je n’étais plus la bête curieuse ni celui que le groupe a envie de harceler.

Je voulais prendre le chinois en deuxième langue vivante mais, en troisième, les autres avaient fait trois ans de chinois. Je les ai rattrapés en quelques semaines à raison de 3 cours hebdomadaires de 2 heures. J’aime cette langue, parce que c’est une langue complexe avec des caractères et des traits précis. Si on dévie un petit trait, le mot change de sens, c’est passionnant. »

« Je me sens davantage à ma place avec des gens plus âgés »

« Maintenant, je suis en seconde, dans un lycée classique et public, sans prise en charge particulière. C’est bien parce que les professeurs sont au courant de mon haut potentiel. Nous sommes plusieurs surdoués venant du même collège. Socialement, ça va bien. Je me sens davantage à ma place avec des gens plus âgés, donc plus matures. On parle de choses intéressantes, de sujets politiques, de la société. Je suis curieux et, si un thème suscite mon intérêt, j’achète un journal ou un livre sur la question. Franchement, du côté des relations amicales, c’est vraiment bien. J’ai maintenant plein de copines. Je peux dire que je souffle. »

« J’ai du mal à exprimer ma pensée et mon raisonnement »

« Pour le côté purement scolaire, c’est moins évident. J’ai des difficultés dans certaines matières. En français, par exemple, parce qu’il faut argumenter. J’ai du mal à exprimer ma pensée et mon raisonnement. Quand on me pose une question, je ne réponds pas complètement. Je pense qu’une réponse courte suffira. Je me dis que je n’ai pas besoin de donner toute la démonstration puisque je connais le résultat. Or le professeur a vraiment besoin de savoir comment j’y suis parvenu ! Je dois apprendre à démontrer.

Tous les mardis, je prends un cours au lycée avec la référente des élèves à haut potentiel. On fait des exercices sur l’argumentation. Je dois expliquer pourquoi j’énonce tel point de vue. Je m’entraîne à écrire pas à pas. C’est comme si le professeur était un enfant à qui on doit expliquer une idée. Cela m’énerve parce que je ne suis pas patient ! Mais je ne désespère pas, j’y arrive un peu mieux qu’auparavant. J’apprends également à contrôler mon impatience avec mes amis. »

« J’ai toujours suivi beaucoup d’activités extrascolaires »

« Depuis que je suis tout petit, j’ai besoin de bouger énormément. Jusqu’à récemment, je faisais de la danse de salon en compétition, je m’entraînais 8 heures par semaine. J’ai toujours suivi beaucoup d’activités extrascolaires. C’est fortement conseillé aux surdoués parce qu’ils sont tellement malheureux à l’école qu’on leur recommande de se passionner pour autre chose ! Actuellement, je pratique un sport collectif, le hand, et je suis un cours de théâtre une fois par semaine. Comme je me sens mieux au lycée, c’est suffisant. Et je garde du temps pour pratiquer l’amitié ! »

Précocité : pour en savoir plus

Le diagnostic. Quand un enfant est surdoué, les spécialistes conseillent d’abord de lui faire passer des tests de quotient intellectuel chez un professionnel.
Une scolarité adaptée. Dans chaque académie, un référent est nommé pour aider les élèves surdoués à s’orienter. À la demande des parents, il se charge de placer ceux dont la précocité entraîne un mal-être ou des troubles de l’apprentissage dans des établissements où l’équipe pédagogique est sensibilisée à leurs problèmes. Au collège Georges-Brassens à Paris, par exemple, ces élèves suivent la même scolarité que leurs camarades du même âge, mais ils se retrouvent entre eux pour certaines activités. Dans l’enseignement public, les parents peuvent prendre contact avec le chef d’établissement pour demander que leur enfant saute une classe.
Des établissements spécifiques de la primaire au lycée. Vous pouvez également vous tourner vers l’enseignement privé. Le plus connu est le lycée privé Michelet à Nice (06), où rien n’empêche un élève de quatrième de suivre un cours de terminale s’il a le niveau. Les collégiens peuvent y effectuer leur cursus en 2 ans au lieu de 4. Citons également Le Bon Sauveur, au Vésinet (78), qui propose des filières spécifiques de la sixième à la troisième.
Sites d’informations et d’accompagnements pour les surdoués et leurs parents :
Ministère de l’Éducation nationale pour les élèves intellectuellement précoces.
Association française pour les enfants précoces.
Association Zebra destinée aux enfants et adolescents intellectuellement précoces.
Prekos, association nationale d’établissements privés.

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