Troubles du comportement des enfants : deux chercheuses ont mis au point une méthode préventive qui pourrait bien être révolutionnaire

E.W. Publié le vendredi 10 février 2017 à 15h28 – Mis à jour le vendredi 10 février 2017 à 15h29

Psycho et bien-êtreAprès 5 ans de recherches, les chercheuses en sont sûres : c’est dans les classes, en jouant et en faisant interagir les jeunes écoliers de 3 à 7 ans ensemble que l’on détricote les troubles de l’attention et les comportements hyperactifs dont les enfants sont de plus en plus nombreux à en souffrir. Leur méthode préventive nommée INEMO est reconnue et prête. Il faut maintenant la financer…

Alexandra Volckaert et Marine Houssa sont respectivement neuropsychologue et psychologue, toutes deux chercheuses à l’UCL et travaillent depuis 5 ans à la mise en place de techniques visant à aider les enfants ayant des problèmes de comportement. Leur méthode, longuement testée et suivie scientifiquement, a fait l’objet de nombreuses publications internationales et crée l’enthousiasme de nombreux enseignants qui ont pu y participer ou en entendre parler.

Car la situation dans les écoles (et dans les familles) est de plus en plus préoccupante : « On estime qu’il y a un à deux élèves par classe de maternelle ou primaire qui ont des problèmes de comportement, d’apprentissage, d’instabilité émotionnelle ou de distraction », estime Alexandra Volckaert qui a mené des recherches pointues sur l’inhibition.

« Or, les enseignants sont déstabilisés devant ces enfants, ils ne savent pas ce qu’ils doivent faire, ils sont souvent démunis », complète Marine Houssa qui a rédigé une thèse sur les compétences socio-émotionnelles des enfants.

Un exemple ?« Dans le cursus de formation des enseignants, peu de séances sont prévues sur la façon de s’occuper des enfants « dys- » c’est-à-dire dyscalculiques, dyslexiques, dysphasiques, dyspraxiques, dysorthographique ou encore ayant des troubles de l’attention », poursuit-elle.

Des troubles découverts trop tard

Difficiles à définir, les troubles « dys » sont également difficiles à repérer. On les confond souvent avec les premières difficultés de l’apprentissage. Et souvent, on établit un diagnostic vers l’âge de 7 ou 8 ans, malgré la présence de difficultés au quotidien depuis plus longtemps.

« C’est tard ! », estime Alexandra Volckaert. Car ces enfants sont en souffrance : c’est comme si leur cerveau ne s’arrêtait jamais, frôlant la « surchauffe » ce qui entraîne colère, frustration, sentiment d’incompréhension, et renforce encore leur comportement perturbateur pour l’enseignant et le groupe. « En plus, ils sont souvent punis, toujours montrés du doigt, à l’école ou chez eux. On les considère aussi comme des fainéants, des inadaptés, des inattentifs, des capricieux, … »

Et ce climat hostile et stigmatisant va créer des relations de plus en plus difficiles entre l’enfant, l’enseignant et les parents. L’enfant se sentira dévalorisé et pourra décrocher de l’apprentissage et/ou de la socialisation.

Ce qui s’ensuit, dans le meilleur des cas ? Une à deux séances hebdomadaires chez un thérapeute (logopède, psychologue, …). Des rendez-vous chronovores et énergivores pour l’enfant et les parents et qui ne sont pas bien remboursés du tout.

« Les parents travaillent de plus en plus tous les deux, il y a souvent d’autres enfants. Cette prise en charge bénéfique pour l’enfant et pour la famille va tout de même créer un déséquilibre, du stress, une course, … », regrette Marine.

« Et un enfant TDAH c’est-à-dire qui a des « troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité » que l’on place devant un thérapeute lors d’une séance individuelle n’est pas en situation habituelle : les situations où sont observées les difficultés sont plutôt les cours de récréation, les moments en classe ou encore lors d’activités parascolaires ou même lors d’anniversaire. Bref, lorsqu’il est en groupe. », explique Alexandra.

Des outils, des jeux à faire en classe, utiles à tous

Illu Colombe Casey

Or, le duo l’affirme après 5 années de travail avec 365 enfants de la fédération Wallonie-Bruxelles et de recherches scientifiques : si l’on agit dans les classes de manière préventive, on peut clairement aider les enfants à risque à ne pas glisser vers des troubles du comportement. Tandis que les enfants n’ayant pas de problèmes spécifiques vont pouvoir développer d’autres potentiels et ceux qui ont déjà un trouble vont pouvoir clairement améliorer leurs comportement ».

En plus, « les enfants adorent ! Parce que c’est totalement ludique : on utilise des jeux déjà existants dont on adapte les règles, des extraits de dessins animés, des BD, des histoires que l’on raconte aux enfants et que l’on fait réagir », énumère Marine. Et tout ça en 45 minutes !

Des recherches scientifiques et approuvées

Car le but de ce projet INEMO (IN pour inhibition et EMO pour émotions) qui concerne les enfants de 3 à 7 ans est de travailler en groupe, en classe, tout au long de la période scolaire. Pour permettre aux enfants d’être dans leur milieu familier. Parce qu’ainsi les petits présentant des troubles ne sont pas stigmatisés mais englobés dans un échange et un travail commun que chaque enfant s’appropriera de manière personnelle avec ses forces et ses faiblesses.

Le duo entend sillonner les classes mais aussi« former les enseignants à cette méthode qui est bénéfique à tout le monde. Car un enseignant qui sent qu’il aide ses élèves, qui fait progresser se sent aussi plus motivé, plus heureux et donc plus en phase et en échange avec ses élèves », remarque Alexandra.

Les deux chercheuses insistent sur la nature scientifique de leurs travaux : ceux-ci ont été encouragés, suivis et validés par l’UCL au travers de la Doyenne de la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation de l’UCL, la professeure Nathalie Nader-Grosbois et la la Maître de recherche au FNRS, Professeure Marie-Pascale Noël. Les chercheuses ont également régulièrement soumis leurs recherches à des commissions éthiques et sont suivies par des comités de recherche.

Agir préventivement, la clé des systèmes éducatifs performants

« On a tout », s’enthousiasme Alexandra. Mais on a besoin de lever des Fonds de recherche pour lancer cette méthode auprès des écoles qui n’ont pas le budget nécessaire. Car « Il faut que ce soit gratuit et facilement accessible pour les écoles », confirme Marine Houssa.

Afin d’adapter les outils, de les dupliquer, d’aller dans les écoles, de donner des formations, Alexandra et Marine ont besoin d’au moins 800 000 euros pour financer leur asbl en ce sens. « Ce qui n’est pas démesuré pour un projet qui durera à nouveau au minimum 4 ans, avancent-elles, considérant très justement qu’elles travaillent sur un sujet de santé publique qui va en s’amplifiant.

Confiantes, les deux chercheuses ont déjà eu l’occasion d’échanger avec le Ministère de l’Enseignement, remplissent des dossiers auprès de fondations. « La prévention en milieu scolaire a fait ses preuves depuis longtemps au Canada ou dans les pays scandinaves en ce qui concerne les troubles du comportement », estiment-elles. « Il est temps de développer cela pour les enfants belges en souffrance. »

Plus d’informations sur ce  projet sur le site www.inemo.be

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