Le désenchantement des étudiants

 Chronique publiée le 15/02/17 17:42  « Le journal des femmes »

Le lycée terminé, le bac en poche, pas toujours avec la mention souhaitée à cause d’un manque d’assiduité chronique, l’étudiant envisage son quotidien sous un angle différent.

Il va pouvoir enfin  rayer définitivement de sa vie les matières qui l’ennuyaient tant, mais pointe une inquiétude sournoise : il se demande s’il a fait le bon choix. Tant de domaines l’attiraient, mais il fallait aussi rester rationnel et reléguer au plus profond les rêves d’avenir qui n’avaient aucune chance de déboucher sur un métier solide. On ne peut pas suivre la voie de ses rêves murmure la voix de la raison, on y reviendra plus tard, quand la plus grande partie de son existence aura été parcourue.

Plus tard, on sera poète, comme on l’était adolescent, peintre ou musicien pour exprimer ses émotions profondes, écrivain, parce que c’est un besoin irrépressible et qu’on y voit une façon de transmettre des idées qui peuvent être utiles, y compris pour le simple divertissement des lecteurs…

Pour le moment, les plus travailleurs vont dans les classes préparatoires. Même si c’est un choix par défaut, il laisse le temps de réfléchir encore et ces années ne sont jamais perdues, elles ouvrent toutes sortes de voies. Ce choix, dicté par la raison,  peut se révéler un piège effrayant : l’adolescent doué ne s’attendait pas à être obligé de fournir une telle somme de travail, il peut craquer, parfois d’une façon impressionnante tant le choc est rude.

D’autres voies répondent à une véritable vocation, un choix réfléchi, mûri de longue date, qui serait l’aboutissement d’une personnalité qui s’est affirmée au cours des années. Des lectures, des rencontres, un professeur passionné ont conduit l’adolescent vers ces études sans l’ombre d’une hésitation. Désirer devenir médecin et envisager ces longues études sans frémir démontre bien qu’il existe des choix profondément enracinés correspondant à une construction fondamentale de la personnalité. En abordant ces études, ils savent ce qui les attend. Seule, la méconnaissance du sens de l’effort peut les faire trébucher. Le choix suivant, opéré par défaut, est souvent teinté d’un désenchantement discret, pour ne pas perdre la face, mais qui peut imprégner l’existence toute entière d’une ombre à peine perceptible de tristesse à moins que ce second choix ne corresponde à un aspect plus secret de la personnalité  qui n‘avait pas osé se découvrir.  Un acteur talentueux racontait qu’il avait commencé ses études par de calamiteuses années de médecine, interminablement redoublées.

Parfois, l’enthousiasme  qui  mène les étudiants encore au seuil de leurs études retombe  bien vite. Ainsi, pour certains, la découverte de la philosophie au lycée les avait plongés dans une joie ineffable. Des perspectives vertigineuses s’ouvraient devant eux, ils brûlaient de les explorer dans la compagnie de semblables, tout aussi passionnés, sous la conduite  de guides expérimentés. Et puis cette exploration a tourné court, la frustration provoquée par une approche trop superficielle apparaît à nouveau. Ces noms qui brillaient comme des étoiles lointaines restent trop peu accessibles, leur vision du monde et de ses mécanismes n’est pas abordée assez hardiment. Schopenhauer, Spinoza,  Kant gardent leur mystère et Platon reste dans ses limbes grecques.

La déception est cruelle, au point que l’étudiant déçu  ne se sent plus le courage de subir encore longtemps une telle insatisfaction, la route tellement prometteuse rétrécit, devient caillouteuse. Il est maintenant réellement impossible de subir cette  constante pauvreté d’informations.

L’informatique, qui a sa logique propre, rigoureuse, offrant de multiples possibilités de déployer les idées novatrices en accord avec  la dextérité intellectuelle des personnes douées, se révèle un recours possible. Dans ses débuts, quand les exigences de diplômes étaient moindres dans ce domaine, les personnes douées dont les études avaient été trop chaotiques, trouvaient là un chemin attrayant, innovant, où elles pouvaient enfin donner toute leur mesure.

Ce besoin est impératif, il doit absolument être pris en compte, sinon celui qui se sent constamment bridé risque de s’étioler sans savoir comment s’extraire de cette impasse.  Il faut alors une énergie fantastique, de celle qu’on qualifie parfois « d’énergie du désespoir » et aussi une audace que celui qui souffre ne se connaissait pas.  Il est parfois nécessaire de l’aider et de l’accompagner pour que ce sursaut ne retombe pas.

Rester longtemps dans une atmosphère qui rappelle celle des classes suivies avec résignation peut miner la plus belle des énergies.

Les personnes douées sont maintenant qualifiées de « slascheuses » à cause de leurs multiples qualités qui leur permettent de s’adapter à toutes sortes de tâches sans désirer en privilégier une seule pour qu’elle devienne leur unique centre d’intérêt.  On voit des étudiants qui suivent, avec la même passion initiale, des études très diverses, sans liens entre elles, mais toutes  ces routes les ont irrésistiblement attirés et ils ne se sentent pas le cœur de renoncer à tous ces savoirs pour s’engager dans la vie professionnelle.

Malgré tout, leur intérêt passionné s’éteint trop vite et ils butinent ailleurs en attendant l’éclair qui leur indiquera qu’ils suivent enfin la voie idéale où ils n’éprouveront plus  cette sensation de frustration, inévitable semble-t-il.

C’est pourquoi, le saut de classe présente des avantages annexes : si la vie étudiante commence plus tôt, il est moins gênant de perdre un an ou deux en études,  ensuite abandonnées. On ne doit pas se laisser impressionner par cette rengaine de manque de maturité justifiant le refus de ce passage accéléré durant la scolarité : une fois pour toutes, les personnes douées, enfants et adultes, sont hypersensibles et le  resteront toute leur vie.  C’est cette sensibilité particulière qu’on qualifie d’immaturité.

On doit aussi garder en mémoire que le sens de l’effort est souvent défaillant, voire inexistant chez les personnes douées, enfants, adolescents ou presque adultes. Si les études entreprises avec passion se révèlent trop austères ou bien comportent des aspects fastidieux,  l’étudiant les abandonne sous prétexte d’ennui ou même sans raison bien définie. Elles ne lui convenaient pas dira-t-il avec une certaine indifférence.  Elles n’ont pas  provoqué l’élan enthousiaste qu’il se voyait partager avec des semblables, cheminant  tous du même pas.

Quand il trouve enfin la voie  correspondant à sa véritable personnalité, l’étudiant doué perçoit un écho à sa curiosité passionnée, il se sent enfin pleinement lui-même et il explorera sans se lasser des routes peut-être encore inconnues. 

Conseils : essayer de faire découvrir au futur étudiant des univers de travail qu’il ne connaît pas.  Les salons spécialisés et les journées portes ouvertes des écoles peuvent aider au choix des études.  Quand le nombre de voies possibles donne le vertige,  consulter quelqu’un de vraiment professionnel qui peut indiquer les orientations convenant le mieux à la personnalité du futur étudiant, mais cette personnalité doit être cernée au plus près.

Chronique de  Arielle Adda Psychologue

 

Le lycée terminé, le bac en poche, pas toujours avec la mention souhaitée à cause d’un manque d’assiduité chronique, l’étudiant envisage son quotidien sous un angle différent.

Il va pouvoir enfin  rayer définitivement de sa vie les matières qui l’ennuyaient tant, mais pointe une inquiétude sournoise : il se demande s’il a fait le bon choix. Tant de domaines l’attiraient, mais il fallait aussi rester rationnel et reléguer au plus profond les rêves d’avenir qui n’avaient aucune chance de déboucher sur un métier solide. On ne peut pas suivre la voie de ses rêves murmure la voix de la raison, on y reviendra plus tard, quand la plus grande partie de son existence aura été parcourue.

Plus tard, on sera poète, comme on l’était adolescent, peintre ou musicien pour exprimer ses émotions profondes, écrivain, parce que c’est un besoin irrépressible et qu’on y voit une façon de transmettre des idées qui peuvent être utiles, y compris pour le simple divertissement des lecteurs…

Pour le moment, les plus travailleurs vont dans les classes préparatoires. Même si c’est un choix par défaut, il laisse le temps de réfléchir encore et ces années ne sont jamais perdues, elles ouvrent toutes sortes de voies. Ce choix, dicté par la raison,  peut se révéler un piège effrayant : l’adolescent doué ne s’attendait pas à être obligé de fournir une telle somme de travail, il peut craquer, parfois d’une façon impressionnante tant le choc est rude.

D’autres voies répondent à une véritable vocation, un choix réfléchi, mûri de longue date, qui serait l’aboutissement d’une personnalité qui s’est affirmée au cours des années. Des lectures, des rencontres, un professeur passionné ont conduit l’adolescent vers ces études sans l’ombre d’une hésitation. Désirer devenir médecin et envisager ces longues études sans frémir démontre bien qu’il existe des choix profondément enracinés correspondant à une construction fondamentale de la personnalité. En abordant ces études, ils savent ce qui les attend. Seule, la méconnaissance du sens de l’effort peut les faire trébucher. Le choix suivant, opéré par défaut, est souvent teinté d’un désenchantement discret, pour ne pas perdre la face, mais qui peut imprégner l’existence toute entière d’une ombre à peine perceptible de tristesse à moins que ce second choix ne corresponde à un aspect plus secret de la personnalité  qui n‘avait pas osé se découvrir.  Un acteur talentueux racontait qu’il avait commencé ses études par de calamiteuses années de médecine, interminablement redoublées.

Parfois, l’enthousiasme  qui  mène les étudiants encore au seuil de leurs études retombe  bien vite. Ainsi, pour certains, la découverte de la philosophie au lycée les avait plongés dans une joie ineffable. Des perspectives vertigineuses s’ouvraient devant eux, ils brûlaient de les explorer dans la compagnie de semblables, tout aussi passionnés, sous la conduite  de guides expérimentés. Et puis cette exploration a tourné court, la frustration provoquée par une approche trop superficielle apparaît à nouveau. Ces noms qui brillaient comme des étoiles lointaines restent trop peu accessibles, leur vision du monde et de ses mécanismes n’est pas abordée assez hardiment. Schopenhauer, Spinoza,  Kant gardent leur mystère et Platon reste dans ses limbes grecques.

La déception est cruelle, au point que l’étudiant déçu  ne se sent plus le courage de subir encore longtemps une telle insatisfaction, la route tellement prometteuse rétrécit, devient caillouteuse. Il est maintenant réellement impossible de subir cette  constante pauvreté d’informations.

L’informatique, qui a sa logique propre, rigoureuse, offrant de multiples possibilités de déployer les idées novatrices en accord avec  la dextérité intellectuelle des personnes douées, se révèle un recours possible. Dans ses débuts, quand les exigences de diplômes étaient moindres dans ce domaine, les personnes douées dont les études avaient été trop chaotiques, trouvaient là un chemin attrayant, innovant, où elles pouvaient enfin donner toute leur mesure.

Ce besoin est impératif, il doit absolument être pris en compte, sinon celui qui se sent constamment bridé risque de s’étioler sans savoir comment s’extraire de cette impasse.  Il faut alors une énergie fantastique, de celle qu’on qualifie parfois « d’énergie du désespoir » et aussi une audace que celui qui souffre ne se connaissait pas.  Il est parfois nécessaire de l’aider et de l’accompagner pour que ce sursaut ne retombe pas.

Rester longtemps dans une atmosphère qui rappelle celle des classes suivies avec résignation peut miner la plus belle des énergies.

Les personnes douées sont maintenant qualifiées de « slascheuses » à cause de leurs multiples qualités qui leur permettent de s’adapter à toutes sortes de tâches sans désirer en privilégier une seule pour qu’elle devienne leur unique centre d’intérêt.  On voit des étudiants qui suivent, avec la même passion initiale, des études très diverses, sans liens entre elles, mais toutes  ces routes les ont irrésistiblement attirés et ils ne se sentent pas le cœur de renoncer à tous ces savoirs pour s’engager dans la vie professionnelle.

Malgré tout, leur intérêt passionné s’éteint trop vite et ils butinent ailleurs en attendant l’éclair qui leur indiquera qu’ils suivent enfin la voie idéale où ils n’éprouveront plus  cette sensation de frustration, inévitable semble-t-il.

C’est pourquoi, le saut de classe présente des avantages annexes : si la vie étudiante commence plus tôt, il est moins gênant de perdre un an ou deux en études,  ensuite abandonnées. On ne doit pas se laisser impressionner par cette rengaine de manque de maturité justifiant le refus de ce passage accéléré durant la scolarité : une fois pour toutes, les personnes douées, enfants et adultes, sont hypersensibles et le  resteront toute leur vie.  C’est cette sensibilité particulière qu’on qualifie d’immaturité.

On doit aussi garder en mémoire que le sens de l’effort est souvent défaillant, voire inexistant chez les personnes douées, enfants, adolescents ou presque adultes. Si les études entreprises avec passion se révèlent trop austères ou bien comportent des aspects fastidieux,  l’étudiant les abandonne sous prétexte d’ennui ou même sans raison bien définie. Elles ne lui convenaient pas dira-t-il avec une certaine indifférence.  Elles n’ont pas  provoqué l’élan enthousiaste qu’il se voyait partager avec des semblables, cheminant  tous du même pas.

Quand il trouve enfin la voie  correspondant à sa véritable personnalité, l’étudiant doué perçoit un écho à sa curiosité passionnée, il se sent enfin pleinement lui-même et il explorera sans se lasser des routes peut-être encore inconnues. 

Conseils : essayer de faire découvrir au futur étudiant des univers de travail qu’il ne connaît pas.  Les salons spécialisés et les journées portes ouvertes des écoles peuvent aider au choix des études.  Quand le nombre de voies possibles donne le vertige,  consulter quelqu’un de vraiment professionnel qui peut indiquer les orientations convenant le mieux à la personnalité du futur étudiant, mais cette personnalité doit être cernée au plus près.

Chronique de  Arielle Adda Psychologue

http://www.journaldesfemmes.com/maman/expert/66370/le-desenchantement-des-etudiants.shtml

 

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