Les enfants doués et le goût du défi

Capture18sep.JPG, 15 septembre 2017

Pour les ménager, on songe moins souvent à proposer aux enfants doués des défis. Le dépassement des limites est pourtant une clé contre l’ennui et la perte d’estime de soi.

Il constitue une caractéristique propre aux êtres humains depuis le début.  En son absence, on préfère rester dans son petit territoire, on ne prend pas de risques, on hésite  à  s’enfoncer dans une jungle hostile, à partir sur une mer inconnue, à parcourir un désert brûlant ou glacé.

On n’affronte pas non plus des bêtes féroces avec des armes dérisoires qui demandent du  temps pour devenir plus efficaces. On ne se livre pas à des essais juste « pour voir », on n’approfondit pas ses connaissances avec le danger de déranger un ordre établi.

Il y aura toujours dans tous les pays et toutes les civilisations des audacieux qui auront besoin de dépasser une routine rassurante.

Sans doute était-ce les plus doués qui bravaient des dangers inconnus, quitte à se mettre gravement en péril. Quelle plus belle réalisation d’un rêve que celle de remonter un fleuve jusqu’à sa source puisque personne n’a encore pu y parvenir, ou de découvrir une citée oubliée parce que quelques indices à peine décelables suggéraient son existence ? Cette ambition vaut bien quelques sacrifices, y compris, parfois, celui de sa vie.

Le propre des personnes douées est de ne jamais rien considérer comme acquis et de ne jamais s’arrêter en chemin : toujours plus loin, toujours plus haut, plus avant, plus difficile, plus complexe quand il s’agit de recherche.

Le meilleur exemple est donné par les sportifs de compétition : ils ne cessent de chercher à améliorer leurs performances.  Il ne leur viendrait pas à l’esprit de s’en  tenir à un score considéré comme satisfaisant et qui sera certainement dépassé par les sportifs à venir. Une démission de cet ordre équivaudrait à un renoncement à toute ambition, à un sabotage même.

Dans le quotidien des enfants doués, les occasions de se dépasser sont rares, pour ne pas dire inexistantes, c’est pourquoi ils dépérissent doucement.

Tout être humain a besoin de défis à relever pour se construire de lui une image qui lui convienne, simplement les défis convenant aux enfants doués sont moins courants : on ne songe pas à leur proposer un enjeu trop complexe, pour les ménager, dit-on avec une absence totale de compréhension de leur nature propre.  On prétend qu’on ne veut pas les mettre en échec afin qu’ils conservent une bonne « estime de soi ».

Ce n’est pas une perspective très engageante, elle ne fait pas réellement rêver.

Il serait préférable de  les confronter à une vraie difficulté : il suffit de leur expliquer qu’il n’y a pas d’enjeu majeur, qu’il s’agit d’un essai sans conséquences irrémédiables  sur leur image afin qu’ils ne se sentent pas en péril s’ils échouent, mais cette situation inhabituelle leur évite de se résigner à l’idée d’exécuter uniquement des tâches enfantines dépourvues de toute complication et donc, très vite, de tout intérêt.  Le seul combat à mener serait alors  celui, quotidien, contre leur ennui. Ils risquent  d’en conclure qu’on ne les croit pas capables de réussir des tâches plus complexes et finalement leur « estime de soi » s’abaisse considérablement.

L’image qu’ils sont en train de se construire d’eux-mêmes s’étiole et se dilue. Les réussites qui leur valent des félicitations  leur paraissent dérisoires : une si petite victoire n’a aucune valeur, elle est même décevante puisqu’elle n’a exigé aucun effort.

On conçoit bien qu’il est impossible pour un professeur de proposer à un seul élève un travail qui mettrait systématiquement les autres en échec : il faut composer, louvoyer, ménager tout le monde, mais il est impératif de proposer à l’enfant doué de véritables défis à relever, sinon il s’éteint.

Ceux qui aiment le sport y trouvent enfin l’occasion de se dépasser, de pousser leurs limites et ils y sont même encouragés, mais il faut que l’importance du sport soit reconnue dans leur école et que le professeur apprécie et encourage  cet élève prometteur sans se douter que la belle énergie qu’il déploie sur le terrain est alimentée par toutes les frustrations subies en classe.

Pour une fois, on ne le freine pas, on ne lui oppose pas de limites, il a le droit d’aller jusqu’au bout de ses possibilités.

Nombre d’enfants doués ne sont pas particulièrement inspirés par les sports proposés dans leur école, ils restent alors avec leurs frustrations et leur seul recours au rêve qui allège un peu la monotonie d’un quotidien empli de répétitions, progressant sur le chemin du savoir à la vitesse d’un escargot fatigué.

Pourtant, ces enjeux sont obligatoires, on doit s’entraîner à y répondre, tout comme on vérifiait il y a des siècles le tranchant d’une lame et son habileté à la manier,  ces qualités étant vitales. Se mettre à l’épreuve permet de se construire une armature solide, indispensable au cours de la vie afin de résister aux aléas pernicieux que recèle toute existence.

On évoque souvent la capacité des personnes douées à se reprendre après un drame ou un passage particulièrement éprouvant : ce serait leur caractère qui les aurait incitées, chaque fois qu’elles en avaient eu la possibilité, à s’aguerrir en affrontant, pour la  vaincre, une difficulté, qu’on disait insurmontable, parce qu’elles savaient comment tirer d’elles-mêmes une force insoupçonnée.

S’entrainer à exercer cette force correspond même à un besoin, il est dans la nature humaine de désirer se mettre à l’épreuve : il suffit de considérer l’énergie déployée par un jeune enfant tout simplement désireux de sortir victorieusement de son lit à barreaux,  et de contempler ensuite les manifestations de sa joie quand il est au dehors.

Il en va de même pour les défis intellectuels, tout aussi indispensables pour une construction solide de la personnalité. Enchaîner les activités « ludiques » et débarrassées de toute aspérité ne procure aucun entraînement : on ne peut pas se former une idée plus précise de sa propre valeur et de sa capacité à se mesurer avec un obstacle dont on ne pourrait d’ailleurs même pas évaluer le degré de difficulté, puisqu’on n’aura jamais connu une telle situation.

Il est tout aussi amusant, mais d’une autre façon, de rassembler toutes ses forces pour l’emporter dans une épreuve paraissant d’une extrême complication jusqu’au moment où on a eu la témérité de chercher sans faiblir à dénouer cette complexité qui pouvait effrayer.

Le plaisir infiniment appréciable qu’on éprouve après avoir réussi à se surpasser n’est comparable à aucun autre dans le domaine de l’accomplissement de soi, il donne la détermination nécessaire pour affronter d’autres difficultés, peut-être plus complexes, mais qui ne sont sans doute pas aussi inabordables qu’on aurait pu le penser. 

Sans ces mises à l’épreuve, dont l’enjeu n’est pas vital, la personnalité reste floue, hésitante, ses contours incertains, mal définis pour l’enfant lui-même.

Grâce à ces combats parfois durement reportés ou bien remis à plus tard, parce qu’il aura pris le temps de se préparer plus efficacement, l’enfant bien entraîné aura de lui une image plus forte, plus brillante et plus sûre.  Mieux armé, il tracera sa route avec une  audace lucide.

C’est alors qu’une fois adulte, il explorera avec émerveillement des routes inconnues ou qu’on croyait barrées, mais que son assurance saura forcer pour le bonheur de tous.

Conseils : il est indispensable de fournir aux enfants doués des occasions de se dépasser, de donner le meilleur d’eux-mêmes sans être assurés de l’emporter en gardant à l’esprit que le degré de difficulté doit être plus élevé pour eux. Il serait regrettable qu’ils ignorent le bonheur de vaincre un obstacle plus ardu. La hardiesse bien maîtrisée est une belle qualité, source de joies à venir et de découvertes éblouissantes.

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