La recherche éperdue de sens chez les enfants surdoués

Le Journal des Femmes, chronique d’Arielle Adda, le 13 octobre 2017

Les enfants doués sont connus pour leur propension à poser toutes sortes de questions, parfois incongrues, surprenantes, mais surtout embarrassantes, parce que sans réponse connue.

Il ne s’agirait pas seulement de cette curiosité insatiable toujours évoquée quand on décrit leurs caractéristiques,  mais aussi d’un désir insensé, fantasmatique,  pas vraiment conscient, de trouver une clef unique qui expliquerait l’univers dans son entier.

De toutes les réponses qu’ils recueillent, ils espèrent finir par en dégager une grille qu’on pourrait appliquer à tout savoir, à tous les fruits des études, des expériences et des explorations, pour leur trouver une signification globale : chaque réponse à leurs innombrables questions devrait s’inscrire dans un tout cohérent qui se remplira peu à peu et ensuite, à force de patience et de persévérance, ils posséderont enfin cette clef.  Toutes leurs questions éparpillées auront abouti à former un ensemble bien ordonné où les réponses s’organiseront d’elles-mêmes.

Une telle ambition explique pour quelles raisons ils commencent dès leur tout jeune âge cette incessante série de pourquoi qui épuisent leur entourage.

Inutile d’essayer de leur expliquer qu’il s’agit d’une quête vaine, déjà tentée généralement par des philosophes,  mais tout système philosophique, aussi séduisant soit-il, trouve ses limites,  des scientifiques aussi s’y sont aussi essayés, certains ont pensé frôler de très près la réponse : ils en sont restés à une apparence de réponse, trop incomplète pour être satisfaisante, peut-être étaient-ils fatigués par cette recherche épuisante et sans fin, plus on avance et plus les voies à emprunter se multiplient jusqu’au vertige dans un enchaînement passionnant qui peut faire oublier tout le reste, d’autres sont partis trop tôt, comme pour chercher davantage de réponses dans une dimension différente, d’autres enfin ont perdu l’esprit ou bien ont été considérés comme ayant perdu l’esprit.

Dans leur candeur, les enfants doués sont persuadés que tous les adultes possèdent cette clef, elle leur serait tout naturellement acquise à un âge donné. Dès lors, ils peuvent  vaquer tranquillement à leurs occupations, l’esprit libre, sans se poser ces questions essentielles qui submergent le cerveau des jeunes enfants doués. Si leurs aînés peuvent rire avec insouciance c’est, sans doute, parce qu’ils ont  déjà accédé à ce savoir, sinon eux aussi poseraient une infinité de questions.

Au tout début de leur existence, ces enfants tourmentés pensaient sincèrement qu’ils trouveraient des réponses à l’école, chaque classe enrichissant leurs connaissances. Ils commencent par absorber avidement toutes ces données nouvelles qu’ils ignoraient, ils les mémorisent dans l’instant au point d’étonner leur entourage par un savoir déjà étendu, bien que morcelé : des mots rares et complexes que personne n’emploie, des phénomènes  qui n’arrivent pratiquement jamais, des animaux bien cachés dont personne ne connaît l’existence.  Comment le savent-ils ?  Au grand étonnement de ses parents, un  citadin de 4 ans parle en toute simplicité « d’échinoire », utilisée pour couper les plus hautes branches des arbres…

Quand on considère tout ce savoir utile à acquérir, on n’est pas très intéressé par le seul exercice du par cœur.

Les enfants doués sont dotés d’une mémoire remarquable, ils retiennent des données à peine entendues, mais qui les intéressent et qu’ils peuvent placer dans leur immense puzzle menant à la fameuse clef expliquant l’univers et son ordre.

Mémoriser et organiser ces connaissances leur est tout naturel et ne leur demande aucun effort.  Ils ne comprennent alors pas du tout pourquoi ils devraient apprendre par cœur des données sans aucun intérêt. Ils en sont d’ailleurs le plus souvent bien incapables puisqu’ils ignorent toute technique de mémorisation.  Elles ne leur sont pas nécessaires : ils retiennent ce qui est intéressant, le reste ne vaut pas un seul regard.

La table de multiplication représente l’exemple le plus courant : à quoi bon se casser la tête pour apprendre des résultats qu’on peut retrouver très facilement sans même un effort ? Sur ce point précis, leur blocage massif et exaspérant est d’autant plus  stupéfiant qu’ils ne paraissent pas du tout songer à automatiser cette suite de nombres puisqu’on peut se débrouiller sans la connaître par cœur.  Ils sont sourds à tous les arguments, ils oublient cette table sitôt récitée et ils regardent avec pitié ceux qui les ânonnent jusqu’à l’épuisement.

Au test psychologique, ils s’étonnent eux-mêmes de leur maladresse à répéter des suites de chiffres sans signification.  Ils comptaient sur leur mémoire proverbiale pour réussir tout naturellement.

Ils pensent que ces exercices dérisoires ne leur permettront pas d’avancer vers la réalisation de leur désir fondamental : parvenir à une compréhension générale de tout ce que l’univers englobe et c’est cela qui importe.

A leur échelle, ils répètent la démarche de l’humanité qui n’a cessé de se poser des questions, qui trouvait des réponses que leurs successeurs oubliaient, puis le questionnement empruntait d’autres voies sans jamais sans doute atteindre l’éblouissement de la connaissance pure. Ce désir reste pourtant intimement lié à la nature humaine, les enfants doués le perpétuent.

Ce sont eux plus tard, parce qu’ils n’ont jamais oublié cette insatiable curiosité  les incitant à vouloir tout comprendre, qui exploreront des chemins inusités et feront des découvertes. Leur besoin d’ordre les conduira à chercher le moyen de réparer ce qui désoriente les hommes,  et, d’une façon générale à améliorer leur sort, à embellir leur vie, à leur apporter des bienfaits dans tous les domaines.

La recherche de sens tient en éveil les capacités de réflexion et celles qui permettent de  procéder à des synthèses inhabituelles, sources d’idées novatrices.

On doit simplement se méfier de ceux qui cherchent à tout prix un sens à n’importe quel fait : on ne tarde pas alors à s’égarer dans la voie de trop de rationalisme.

Il faut se faire une raison, ce savoir ultime résumant tous les autres  pour accéder enfin à une compréhension globale n’est pas accessible, mais tenter de le découvrir favorise les idées lumineuses et nouvelles, émergeant des profondeurs de l’esprit quand il a accepté de reconnaître que, malgré tous ses efforts, il ne possédera jamais la connaissance absolue.

Conseils : surtout éviter de se croire tenu de répondre à TOUTES  les questions, en expliquant que l’absence totale de  mystères dans l’univers le rendrait extrêmement ennuyeux : il n’y aurait plus rien à découvrir… en désespoir de cause, citer Shakespeare « il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre que ta philosophie n’en peut concevoir » (Hamlet)

 

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