La « phobie scolaire » chez les enfants doués

Chronique publiée le 15/01/18 18:24, Le Journal des Femmes, Arielle ADDA

Ce diagnostic si vite porté, surtout s’agissant d’enfants doués, serait en réalité une sorte de fourre-tout où se mêlent les sentiments éprouvés plus ou moins consciemment, par ces enfants quand ils vont à l’école.

Les symptômes qui alertent leur entourage sont souvent diffus : les maux de ventre sont les plus fréquents, mais beaucoup d’écoliers ont mal au ventre, surtout les jours où un contrôle est prévu, ou bien à la rentrée, ou encore à l’entrée au collège. On en comprend les raisons, on calme leurs inquiétudes et grâce à quelques pilules, gélules, granules et bonnes paroles, tout rentre dans l’ordre.

Quand ces symptômes persistent, on consulte des spécialistes de l’âme et du corps et si, finalement, on se résout à hospitaliser, on ne trouve « rien » jusqu’à ce que les parents, bien conseillés, fassent pratiquer un test de QI et la situation s’éclaire alors comme par miracle.

Pour certains enfants, cette passation, suivie d’explications claires et circonstanciées, suffit pour que leur mal de ventre disparaisse : ils comprennent enfin les raisons de leur malaise, l’inquiétude qui les rongeait sournoisement se dissipe. Parfois, dans leurs nuits agitées, ils craignaient d’être atteints par un mal mystérieux qu’on ne saurait pas soigner. Cette fois, ils peuvent enfin affronter leur mal être, puisqu’il porte un nom, et donc mieux le combattre, surtout s’ils y sont aidés. On leur trouve des compensations en dehors de l’école et la vie leur apparaît plus gaie et plus colorée.

Quand il n’y a pas de signes précis qui alertent les parents, on constate seulement une indifférence vis-à-vis de l’école, ces enfants ne racontent rien de ce qu’il s’y passe, ils font leurs devoirs et apprennent leurs leçons avec une négligence distraite, mais n’entraînant pas de conséquences trop graves à cause de leur facilité.

Le risque est alors grand de méconnaître l’ennui profond, mêlé d’un sentiment de déception désolée, qui gagne l’enfant doué cheminant dans un désert : les quelques minuscules miettes de connaissances dispensées parcimonieusement ne peuvent le satisfaire et s’il ne parvient pas à jouer joyeusement avec ses camarades, rien ne l’attire plus en ce lieu aride, austère et contraignant. Il se force jusqu’au jour où l’effort lui paraît trop grand, impossible à fournir : il cesse d’aller à l’école en dépit de toute sa bonne volonté et des encouragements de ses parents affolés.

Parfois une bienheureuse maladie l’a éloigné un temps, s’il ne souffrait pas trop il a pu goûter avec un plaisir immense la joie de connaître la liberté, même s’il était dans la réalité cloîtré dans sa chambre. Guéri, il n’a plus le cœur de renoncer à cette sensation ineffable qu’il a savourée avec gourmandise, il ne peut plus aller à l’école. En chemin, il est pris d’angoisse, il étouffe, sa souffrance est telle qu’il se met à suffoquer et à pleurer au grand effroi de ses parents désemparés et impuissants.

Quand il est un peu plus âgé et qu’il va au collège, il est, en principe, plus raisonnable, mais son sens de la discipline devient inopérant : l’angoisse incoercible qui l’étreint sur le chemin du collège le bloque alors qu’il dit lui-même être d’accord pour retourner en classe.

Le même mécanisme s’enclenche chez certains étudiants : ils avaient attendu avec impatience d’aborder ces études dites supérieures, pensant trouver enfin une nourriture en rapport avec leur désir de connaissances et ils retrouvent la déception glaciale qu’ils avaient éprouvée tout au long de leur scolarité pénible. Ils l’avaient supportée en pensant qu’elle constituait un passage obligatoire menant aux vraies études, mais ils se trouvent à nouveau face à un enseignement pauvre et dérisoire. Leur désillusion, maintenant teintée de désespoir, est alors si forte qu’ils plongent dans une tristesse inquiétante ; ils ne font plus rien, leur ultime espoir a disparu.

Ce naufrage laisse perplexes les spécialistes consultés : la phobie scolaire ordinaire touche des élèves, jusque-là brillants, dont les résultats commencent à baisser parce qu’ils ne travaillent pas suffisamment, ou alors, de plus en plus fréquemment, ces élèves se font harceler ou encore un professeur s’acharne sur eux pour un obscur motif comme les enfants doués peuvent en provoquer, mais il faut en rechercher la cause dans l’histoire du professeur hargneux. Peut-être, tout simplement n’a-t-il pas supporté le regard, qu’il percevait trop critique, que cet élève portait sur lui.

Chacune des causes, envisagée par elle-même ne justifie pas cette réaction violente d’impossibilité de se rendre à l’école : les notes ont baissé, certes, mais elles restent très correctes, il suffirait d’un peu de travail et de méthode appropriée pour que tout rentre dans l’ordre, dans ce collège ou ce lycée « il n’y a pas de harcèlement, les surveillants y sont particulièrement attentifs», quant au professeur acariâtre, il permet de s’entraîner à fréquenter par obligation des personnes pas toujours agréables, l’élève le voit une année scolaire seulement, il doit apprendre la patience et la maîtrise de ses sentiments. On ne peut imaginer qu’un seul regard de ce professeur pétrifie l’élève trop sensible qui se pense, plus que jamais, nul et voué à un avenir sombre puisqu’il serait le plus mauvais parmi tous les élèves de sa classe. Il lit dans ces yeux furieux l’image de l’adulte déchu qu’il deviendra inéluctablement. Même si les autres élèves ne participent pas à cette mise à mort, leur amitié reste trop tiède pour la compenser. S’il a de véritables amis, ils se sentent impuissants devant cet effondrement.

Quand cette « phobie scolaire » gagne du terrain, l’élève se sent vidé de toute substance, il ne trouve pas en lui d’armes pour combattre cette incapacité soudaine qui le paralyse. Faire appel à son énergie, à son désir de réussir sa vie n’a plus aucune signification, comme si le courant qui assure le maintien de l’énergie était coupé. Reste à localiser cette coupure, tout en sachant que ce ne sera jamais aussi net qu’on l’aimerait et que la trace d’anciens malaises revient et imprègne la vie scolaire au quotidien.

Tenter de mobiliser sa volonté, son désir d’accomplissement futur n’a plus de sens : l’élève submergé par sa phobie n’a plus de prise sur son état, il risque même de s’enfermer dans un constat d‘impuissance, qu’il imagine peut-être définitive.

Pourtant, on sent qu’au fond de lui, pas tellement enfoui finalement, son dynamisme reste intact, mais il n’y a plus accès, ses rêves ne se sont pas effacés, juste estompés dans une lointaine grisaille. Il a besoin qu’on lui renvoie de lui une image fidèle, aussi étincelante qu’elle est dans la vraie réalité, de façon assez crédible pour qu’il s‘y reconnaisse et puisse alors enfin chercher à entretenir cette image à l’éclat particulier.

Conseils : dès les premiers signes, faire pratiquer un examen psychologique. Lui faire découvrir des méthodes de travail adaptées à son fonctionnement intellectuel propre. Se souvenir que les réactions phobiques chez un adolescent sont le plus souvent provoquées par sa peur de perdre sa facilité puisque ses résultats baissent sans qu’il sache comment réagir. Éviter de lui dire que la solution est en lui, pour le moment, il ne voit rien en lui. Si le harcèlement est patent, même dans ce collège où il est « impossible », changer d’établissement sans chercher de compromis.

Lui faire lire la littérature consacrée à ces réactions phobiques, elles indiquent aussi les voies du salut. 

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