Archives mensuelles : avril 2018

A quoi reconnaît-on un enfant précoce ?

ENFANT PRECOCE

Être surdoué est une richesse, mais aussi une différence que les parents et les enseignants connaissent mal. Voici quelques pistes pour identifier ceux que la psychologue Jeanne Siaud-Facchin appelle les « Zèbres ».

Précoce, surdoué, zèbre, ou plus succinctement, « HP » (haut potentiel), « EIP » (enfant intellectuellement précoce), « HQI » (haut quotient intellectuel)… Les termes sont nombreux pour désigner ces enfants hautement performants ! Cependant, ils ne recouvrent pas tous la même réalité et n’ont pas le même sens. Qu’est-ce qu’un enfant précoce ? Quels sont les traits qui le caractérisent ?

Un Quotient Intellectuel (Q.I) supérieur à la moyenne

Le Q.I. est un indice psychométrique, nécessaire mais non suffisant, afin d’identifier un enfant surdoué. A l’origine, avec William Stern dès 1912, le Q.I. établissait le rapport entre l’âge mental et l’âge réel d’un enfant et permettait de conclure si un enfant était ou non en avance par rapport à sa classe d’âge. Si oui, on parlait de précocité intellectuelle. Avec Weschler, en 1939, ce Q.I. a été délaissé au profit d’un nouvel indice appelé Q.I. standard, permettant de classer les individus d’un même groupe d’âge les uns par rapport aux autres. Il ne permet plus de déterminer une avance ou un retard de développement, mais de classer les enfants par rangs en fonction de leurs performances intellectuelles.

–– ADVERTISEMENT ––

Le Q.I. standard moyen a pour valeur 100. Chaque niveau intellectuel est séparé par un écart-type d’une valeur de 15 points. Un enfant ayant un Q.I. supérieur ou égal à 130 est identifié comme un enfant surdoué, car son niveau de performance le situe à deux écart-types au-dessus du Q.I. moyen. A l’heure actuelle, en France, 2,3% des enfants sont définis comme étant surdoués.

Un enfant surdoué n’est pas uniquement un enfant affichant un QI supérieur à la moyenne. Il possède également une personnalité différente de celle des autres enfants, tant sur le plan intellectuel qu’affectif.

Un autre mode de pensée pour les enfants précoces

Très souvent, est fait l’amalgame entre les termes « intellectuellement précoce » et « surdoué ». Pourtant, ils n’ont pas le même sens. Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne, membre du Laboratoire de Recherche sur le Fonctionnement Cognitif de l’Hôpital de la Salpêtrière, et Présidente de Zebra (Centre pour les surdoués), affirme dans son livre L’enfant surdoué, l’aider à grandir, l’aider à réussir : « Un enfant précoce serait un enfant en avance sur son âge, les autres n’atteignant son niveau ou ses acquis que quelques années plus tard. (…) Or, ce n’est pas le fait d’être en avance sur les autres qui caractérise l’enfant surdoué mais bien ses particularités de fonctionnement intellectuel, son mode de pensée différent. »

La singularité du mode de pensée de l’enfant précoce est aujourd’hui mieux comprise grâce aux neurosciences. Un enfant surdoué ne perçoit pas les codes implicites de la pensée commune. Il pense autrement, interprète différemment les consignes, prend comme une non-réponse ce qui est pour lui une évidence. Jeanne Siaud-Facchin donne cet exemple d’une adolescente de 13 ans : A la question : « Qu’est-ce qui fait que le fer rouille ? », elle répond : « Je ne sais pas ». La psychologue demande : « Qu’est-ce que c’est que tu ne sais pas ? ». La jeune fille affirme : « Je ne connais pas le processus chimique qui permet d’expliquer l’oxydation ! ». La réponse « oxydation » était pour elle une telle évidence que ce ne pouvait pas être la réponse attendue.

L’enfant surdoué prend les mots au pied de la lettre. Le mot doit donc être employé dans son acceptation la plus précise. Il a besoin de tout comprendre, il enchaîne les pourquoi, comment, à quoi ça sert ? La quête de sens est au centre de son activité intellectuelle et le moteur de sa pensée. Tout doit avoir une logique. Car le moindre doute, la moindre incertitude, introduit un grain de sable, une variable, dans les rouages de sa logique interne. Il ne sait pas gérer l’incertitude : elle l’inquiète et le déstabilise. Et il peut parfois souffrir de ne pas réussir à faire place au doute, de ne pas réussir à lâcher-prise.

Un enfant surdoué possède un raisonnement logico-mathématique inhabituel. Il est très à l’aise avec le calcul mental. Étrangement, cette logique, très utile dans les petites classes, rencontre un obstacle avec l’apprentissage par cœur des tables de multiplication. Si l’enfant n’y arrive pas, ce n’est pas mauvaise volonté de sa part, mais c’est qu’il ne voit pas l’utilité de les apprendre par cœur alors qu’il obtient le bon résultat avec son propre calcul mental hyper-rapide qui utilise l’addition et la soustraction comme structure de calcul de base. Plus tard, il ne suit pas les modèles académiques, et ne sait pas expliquer comment il arrive au bon résultat. C’est pourquoi les mathématiques peuvent se corser au collège lorsqu’on l’oblige à développer son raisonnement et expliquer le résultat. Il a un fonctionnement logico-mathématiques intuitif.

La pensée, chez l’enfant surdoué, est foisonnante, toujours en marche. Elle s’organise en arborescence, chaque idée se divisant et se subdivisant en de nouvelles idées, associations d’idées, analogies… La pensée commune est linéaire, progressive, elle réduit à l’information pertinente chaque étape de la pensée, alors que la pensée de l’enfant surdoué est construite en réseaux, en ramification. Cette particularité, liée de surcroît à une mémoire exceptionnelle, ouvre la voie aux idées géniales, à la créativité, à l’invention. En revanche, cette pensée toujours foisonnante est difficile à organiser, à structurer. Elle s’exprime très difficilement. Car comment réussir à communiquer en quelques mots la multitude de connexions qui se font simultanément dans le cerveau ? L’enfant précoce a du mal à rassembler ses idées, à sélectionner l’information pertinente. Cette difficulté est au cœur de l’adaptation (ou l’inadaptation) aux exigences scolaires.

Une personnalité affective différente

Les enfants surdoués ont des particularités affectives bien repérables, sur lesquelles ils vont ensuite construire leur identité. Voici les 3 données « de base » identifiée par Jeanne Siaud-Facchin :

L’hypersensibilité. Les 5 sens sont exacerbés et il perçoit avec une acuité exceptionnelle tout ce qui se passe autour de lui. L’enfant est constamment bombardé d’informations sensorielles en provenance de l’environnement. Il est particulièrement sensible à l’injustice. Il est souvent confronté à des peurs diverses et souvent intenses, qu’elles proviennent d’un signal extérieur ou d’une expérience intime vécue depuis sa naissance.

L’empathie. L’enfant surdoué ressent avec une grande finesse l’état émotionnel de l’autre. Il arrive que l’enfant capte instinctivement une émotion pas encore consciente chez la personne concernée.

La lucidité. Avec des sens toujours à l’affût et des capacités intellectuelles performantes, l’enfant surdoué porte sur le monde un regard d’une lucidité implacable.

Voici quelques traits caractéristiques de la personnalité de ces « zèbres », « dont les rayures les distinguent des animaux de la savane, mais qui sont cependant uniques comme les empreintes digitales. Le zèbre, seul équidé que l’homme ne parvient pas à domestiquer et qui, lorsqu’il court, devient invisible par l’effet stroboscopique de ses rayures… » (Edito du site Association Zebra, Jeanne Siaud-Facchin, Octobre 2011).

Publicités

Adultes : comment savoir si on est surdoué ?

Mathilde de Robien | 25 avril 2018    AleteiaBEAUTIFUL WOMAN WORKING

On parle beaucoup de la précocité des enfants. Moins de ces enfants qui deviennent un jour des adultes. Or, les adultes surdoués possèdent une grande force grâce à la richesse de leur personnalité, ce sont en même temps des êtres emplis de doutes, de peurs et de contradictions, qu’il est important de connaître afin de gagner en vérité et en liberté.

Comment savoir si on est surdoué ? Jeanne Siaud-Facchin, psychologue, spécialiste des surdoués, remarque, dans son ouvrage Trop intelligent pour être heureux ? (Odile Jacob), que finalement, rares sont les surdoués qui se posent la question car l’intelligence a comme premier effet de douter de sa propre intelligence. Par conséquent, les surdoués ne s’imaginent absolument pas être surdoués ! De plus, pour se penser surdoué à l’âge adulte, il faut avoir saisi toutes les nuances de la douance : être surdoué n’est pas seulement une histoire d’intelligence, c’est aussi une histoire de cœur, d’émotions, une façon particulière d’être au monde.

« Être surdoué, écrit Jeanne Siaud-Facchin, c’est une personnalité toujours marquée par ce double sceau : une intelligence puissante et une sensibilité intense qui imprègne chaque moment de vie ». Le surdoué ne peut pas arrêter sa pensée, puissante, incessante, qui scrute, analyse, intègre, associe, met en perspective, imagine… Il pense sur tout, tout le temps. Il ne fait pas de généralités ou de simplifications, il privilégie la précision et la dissection.

Une hypersensibilité exacerbée

Tel un enfant, le surdoué conserve une capacité à s’émerveiller, et être envahi par une joie profonde pour un tout petit rien. Il est submergé par ses émotions, aussi bien positives que négatives. Il sera littéralement terrassé par la moindre injustice. Sa sensibilité étant extrême, ses réactions sont parfois démesurées. Il en est ainsi de sa susceptibilité, de son humiliation qui peuvent être démultipliées. Il est doué de beaucoup d’empathie. Il se sent concerné par tout, tout le temps. Il est capable de ressentir les émotions des autres, et cela lui crée des dilemmes : comment être heureux tandis que d’autres souffrent ? Cette compassion intense provoque chez lui un sentiment de culpabilité.

Une lucidité parfois douloureuse

Un surdoué possède une lucidité aiguë, de par son intelligence sans cesse en mouvement et de par son hyper réceptivité émotionnelle. Ces deux composantes engendrent une telle clairvoyance sur le monde qui l’entoure, qu’elles le déstabilisent, lui donnent le vertige, parfois au sens propre du terme. « Tous les adultes surdoués expliquent combien il est douloureux d’être envahis par cette perception grossie du monde », souligne Jeanne Siaud-Facchin.

Lucidité sur le monde, mais aussi sur lui-même. C’est pourquoi un surdoué perçoit très bien ses propres limites et ne sera jamais vraiment satisfait. D’où, parfois, un besoin de changer fréquemment de métiers par exemple. Le surdoué est souvent en proie aux regrets : regret de ce qu’il n’a pas entrepris, regret de ne pas pouvoir tout faire, regret de devoir choisir parmi tous les possibles et donc de renoncer.

Une peur omniprésente

Beaucoup de peurs habitent le surdoué. Tout d’abord dans le quotidien : un surdoué anticipe de façon anxieuse tout ce qui pourrait arriver. Il voit tous les risques et les dangers qui guettent et il veut tout contrôler. La psychologue relate les propos d’une personne surdouée, assise dans une salle de cinéma : « Je n’arrive pas à être absorbée par le film. J’observe autour de moi et je pense à tout ce qui pourrait arriver de grave ou de moins grave : du feu dans la salle à un malaise que je pourrai avoir. Je construis tous les scénarios possibles. Où sont les issues de secours qui m’aideraient, comment se dégager si le plafond s’effondre et, en cas de bombe, quel est le matériau des fauteuils, qui faut-il d’abord prévenir, etc. »

Ensuite, le surdoué a peur de lui-même, de sa pensée qui peut l’entraîner dans des gouffres effrayants, de ses émotions qui l’envahissent de façon incontrôlable. Tout cet engrenage peut l’entraîner vers la peur de la folie : si tout le monde pense autrement, si personne n’est arrivé à ce point de réflexion, comment envisager autre chose que la folie ?

Une soif d’absolu

Le surdoué a soif d’absolu et de perfection, aussi bien dans ses projets que dans ses actes. Tout doit être parfait, irréprochable, totalement abouti ou bien ce n’est pas la peine. C’est pourquoi son perfectionnisme peut tendre vers l’immobilisme, ou l’inertie, lorsque sa quête de perfection lui paraît vaine ou inatteignable.

Le surdoué a de grands idéaux. Pour lui, réussir, c’est faire avancer l’humanité, le monde. Il n’assimile pas l’idée de réussite à une simple réussite professionnelle ou familiale, même si cela y participe. Il a une vision plus transcendantale de la réussite. « Mon projet, vous allez sûrement vous moquer de moi, confie Julien, serait d’aider l’humanité à mieux vivre. »

Une éternelle sensation de décalage

Le surdoué a tout le temps l’impression de ne pas être au même rythme que les autres. Il est en avance, en arrêt ou en retard… En avance, parce qu’il perçoit, analyse, comprend et synthétise beaucoup plus vite que les autres. Résultat : « Il a abouti quand les autres démarrent, il a compris quand la formulation de la question n’est pas terminée, il sait quoi faire alors que chacun s’interroge », explique Jeanne Siaud-Facchin.

En arrêt, lorsqu’il fixe son attention sur un minuscule détail, qui n’intéresse personne, mais qui lui semble d’une importance capitale. Il s’immobilise alors que les autres continuent à avancer. En retard, par rapport à des valeurs qui lui semblent bassement matérielles, telles que la réussite, l’argent, les biens matériels. Selon lui, certains accordent une importance démesurée à des valeurs qui lui semblent subsidiaires. Il a l’impression que de nombreuses personnes courent derrière elles, sans avoir de but véritable, sans donner de sens à leur vie et en omettant de se poser les questions essentielles : où vais-je à cette allure ? Pour quoi faire ? Qu’est-ce que je cherche à obtenir ? Quelles sont mes priorités ? Le surdoué progresse plus lentement, en s’efforçant de trouver des réponses à ces questions et de trouver un sens à sa vie en la mettant en perspective à l’échelle de l’univers. Cela correspond à l’impossibilité pour le surdoué de se détacher du contexte. Sa vie est reliée au sens du monde.

Ce sentiment d’être en décalage peut provoquer une sensation de solitude, à cause de cette distance entre soi et le monde, entre soi et les autres, et ce même au sein de sa propre famille.

Pour en avoir le cœur net : le bilan

Pour confirmer cette petite voix qui vous souffle combien ce portrait du surdoué vous ressemble, le seul moyen pour en avoir le cœur net est de faire un bilan. Le bilan se compose d’un ensemble de tests qui ont pour objectif une compréhension globale de la personne.

À quoi cela sert-il de faire un bilan ? Aux dires des surdoués testés, faire le bilan fait gagner en liberté. La vérité sur ce que l’on est vraiment est source de liberté, dans la mesure où on redevient le maître du jeu. C’est aussi la possibilité de s’autoriser à être qui on est vraiment, sans jouer les faux-semblants. C’est prendre conscience de ses ressources, mais aussi de ses faiblesses. C’est s’approprier une nouvelle force, une très grande force.

Odile Jacob

Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué, Jeanne Siaud-Facchin, éditions Odile Jacob, mars 2008, 320 pages, 23,50 euros.

Une hypersensibilité exacerbée

Tel un enfant, le surdoué conserve une capacité à s’émerveiller, et être envahi par une joie profonde pour un tout petit rien. Il est submergé par ses émotions, aussi bien positives que négatives. Il sera littéralement terrassé par la moindre injustice. Sa sensibilité étant extrême, ses réactions sont parfois démesurées. Il en est ainsi de sa susceptibilité, de son humiliation qui peuvent être démultipliées. Il est doué de beaucoup d’empathie. Il se sent concerné par tout, tout le temps. Il est capable de ressentir les émotions des autres, et cela lui crée des dilemmes : comment être heureux tandis que d’autres souffrent ? Cette compassion intense provoque chez lui un sentiment de culpabilité.

Une lucidité parfois douloureuse

Un surdoué possède une lucidité aiguë, de par son intelligence sans cesse en mouvement et de par son hyper réceptivité émotionnelle. Ces deux composantes engendrent une telle clairvoyance sur le monde qui l’entoure, qu’elles le déstabilisent, lui donnent le vertige, parfois au sens propre du terme. « Tous les adultes surdoués expliquent combien il est douloureux d’être envahis par cette perception grossie du monde », souligne Jeanne Siaud-Facchin.

Lucidité sur le monde, mais aussi sur lui-même. C’est pourquoi un surdoué perçoit très bien ses propres limites et ne sera jamais vraiment satisfait. D’où, parfois, un besoin de changer fréquemment de métiers par exemple. Le surdoué est souvent en proie aux regrets : regret de ce qu’il n’a pas entrepris, regret de ne pas pouvoir tout faire, regret de devoir choisir parmi tous les possibles et donc de renoncer.

Une peur omniprésente

Beaucoup de peurs habitent le surdoué. Tout d’abord dans le quotidien : un surdoué anticipe de façon anxieuse tout ce qui pourrait arriver. Il voit tous les risques et les dangers qui guettent et il veut tout contrôler. La psychologue relate les propos d’une personne surdouée, assise dans une salle de cinéma : « Je n’arrive pas à être absorbée par le film. J’observe autour de moi et je pense à tout ce qui pourrait arriver de grave ou de moins grave : du feu dans la salle à un malaise que je pourrai avoir. Je construis tous les scénarios possibles. Où sont les issues de secours qui m’aideraient, comment se dégager si le plafond s’effondre et, en cas de bombe, quel est le matériau des fauteuils, qui faut-il d’abord prévenir, etc. »

Ensuite, le surdoué a peur de lui-même, de sa pensée qui peut l’entraîner dans des gouffres effrayants, de ses émotions qui l’envahissent de façon incontrôlable. Tout cet engrenage peut l’entraîner vers la peur de la folie : si tout le monde pense autrement, si personne n’est arrivé à ce point de réflexion, comment envisager autre chose que la folie ?

Monique de Kermadec : «Le saut de classe ne peut être l’unique réponse à la précocité »

Le Figaro.fr

Etudiant Par Sophie de Tarlé • Publié le

INTERVIEW – Comment doivent être scolarisés les enfants à haut potentiel ? Doivent-ils sauter une classe ? Que propose l’Éducation nationale ? La psychologue Monique de Kermadec répond à nos questions.

Ses ouvrages de vulgarisation scientifique font un tabac. Monique de Kermadec est la psychologue des surdoués. Elle est l’auteur entre autres de «L’adulte surdoué à la conquête du bonheur», et «L’enfant précoce aujourd’hui» (Albin Michel). Le 10 avril dernier, un colloque international* s’est tenu à la Sorbonne sur les enfants à hauts potentiels et leurs difficultés. Mais que propose le système éducatif français aujourd’hui? Un sujet délicat sur lequel Monique de Kermadec a accepté de répondre à nos questions.

* Enfants à haut potentiel: Compétences & difficultés


LE FIGARO- Pensez-vous que les jeunes surdoués ou précoces sont bien pris en compte dans le système éducatif français?

MONIQUE DE KERMADEC– Cela fait longtemps que l’Éducation nationale et les associations de parents d’élèves via l’AFEP et l’ANPEIP sont en contact, depuis 1995 environ. Une circulaire parue en 2007 a permis de faire avancer les choses en termes d’accueil mais aussi de formation des enseignants. Désormais, dans chaque académie, les parents peuvent avoir accès à un référent «élèves intellectuellement précoce», qui peut les orienter vers l’établissement qui sera à même de proposer un accueil spécifique. Mais c’est un travail de longue haleine.

Quels sont les établissements les plus en pointe?

Gerson, établissement privé à Paris, a été l’un des premiers à proposer un accueil spécifique au collège depuis 1995. Le Collège Stanislas à Paris a rejoint ce projet peu de temps après. Dans le public, le lycée de Janson de Sailly dans le 16 ème à Paris a un accueil pour les jeunes précoces. Les jeunes y sont répartis dans toutes les classes et regroupés pour certaines activités.

Nombreuses sont les écoles privées hors contrat à proposer une offre spécifique. Je pense en particulier au Cours Hattemer à Paris dans le 9 ème arrondissement qui s’y intéresse aussi depuis longtemps.


Malgré tout, les enseignants ont souvent une vision très partielle de la situation. Nous avons besoin de communiquer sur les spécificités de ces enfants.

La France est-elle en pointe sur ce sujet?

Certains pays sont bien plus avancés que nous. Je fais partie de l’association internationale World council for gifted ans talented children dont les réunions annuelles permettent de voir les meilleures initiatives à l’étranger. C’est le cas de pays comme Israël et les États-Unis. Ces pays n’ont pas de système éducatif aussi centralisé qu’en France et peuvent plus facilement proposer un programme spécialisé ou des accélérations de rythme dans certaines matières.

«Certains jeunes très intelligents se retrouvent en difficulté, car ils ont des facilités mais n’ont pas eu l’habitude de travailler»Monique de Kermadec, psychologue

Ainsi, les écoles américaines proposent plus facilement des groupes de niveau, ce qui permet par exemple aux jeunes en avance de suivre un cours de maths avancé sans forcément sauter de classe. Le saut de classe ne peut être l’unique réponse à la précocité. Je suis plus favorable à ce qu’on mette plus de souplesse dans l’enseignement traditionnel.

Alors qu’aux États-Unis, les écoliers sont testés très jeunes, la France restant frileuse sur ce point. On a beaucoup avancé en faveur des dyslexiques, mais moins pour ceux qui vont plus vite. On est à l’aube d’une évolution. Toutefois la réflexion ne devrait pas se limiter à une réponse pédagogique quelle que soit l’importance de celle-ci. C’est le fruit d’une alliance entre la famille, le jeune et l’école.


On considère le fait d’être surdoué comme une chance. Quel est le problème?

Des jeunes précoces peuvent avoir des problèmes relationnels. Cela ne veut pas dire que la précocité est la cause de tous leurs problèmes. Et certains jeunes très intelligents se retrouvent en difficulté car ils ont des facilités mais n’ont pas acquis de bonnes méthodes de travail.

Ils vont travailler une matière qui les passionne, l’histoire par exemple. Mais ils vont négliger les autres cours, les études. La réponse est à trouver dans une alliance entre la pédagogie et la psychologie. L’école peut beaucoup de choses, mais ne peut tout résoudre.

9 outils pour faciliter le quotidien d’un enfant dyspraxique

Capture20

La dyspraxie est un trouble du geste qui affecte le développement des habiletés motrices. Les personnes dyspraxiques ont des difficultés à planifier et réaliser des gestes du quotidien. Cela peut varier en fonction des tâches a priori simples à réaliser comme « dire au revoir » à des tâches plus complexes comme le brossage de dents. Cependant une personne atteinte de dyspraxie peut apprendre à fonctionner de façon indépendante grâce à la mise en place de méthodes d’apprentissage adaptées et à la pratique répétée de tâches de base. Il se peut également qu’il soit nécessaire de mettre en place une thérapie occupationnelle, physique ou de la parole. La dyspraxie est un trouble permanent, sa gravité et les symptômes peuvent varier d’une personne à l’autre et peut affecter les personnes différemment à différents stades de la vie.

Ci-dessous, découvrez les outils pour faciliter le quotidien des enfants dyspraxiques.

1 -Les repérages visuels de la vie quotidienne

Afin de l’accompagner quotidiennement dans les tâches les plus simples de la vie courante, le Time Timer plus est un outil idéal pour la prise de conscience du temps. Il permet à l’enfant de « matérialiser » le temps grâce à son système unique de représentation visuelle. Nouveautés 2015/2016, découvrez le Time Timer Mod avec des coques colorées de protection !

dv956_sit

2- Les aides à l’écriture

Pour l’aider dans la préhension des outils d’écriture, il existe des outils adaptés pour aider votre enfant dyspraxique dans son apprentissage de l’écriture. Le combi-pack de manchons permet, avec la diversité de manchons proposés, de trouver le manchon le mieux adapté à votre enfant et ainsi lui permettre une meilleure prise en main des stylos et crayons. On adore aussi, les manchons Bumpy Grip et les manchons lestés.

MANCHONS-JUMBO-x-5

3 – Les aides au découpage

Pour les personnes dyspraxiques, le découpage peut vite devenir très compliqué… Heureusement des outils adaptés tels que les ciseaux easy-grip (droitiers ou gauchers) sont parfaits pour palier au défaut de motricité fine. Pour accéder à la gamme complète de ciseaux adaptés Hop’Toys, cliquez ici.

EASY-GRIP

4 – Les aides au graphisme

Pour aider votre enfant dans le processus du dessin ou de l’écriture, découvrez toute une gamme de stylos et crayons ergonomiques adaptés pour les droitiers ou les gauchers. En photo, les crayons de couleurs easy, version droitier.

crayons-ok-de-couleurs-easy

5 – Les aides pour la posture

Le coussin Dynair rond ou premium offrent une surface d’assise stabilisée et plus droite grâce à sa surface ergonomique.

ba277_ok_-sit3

6 -Les aides pour s’habiller

Les lacets Xtenex, sont particulièrement utiles aux personnes ayant des troubles de la motricité fine comme les enfants dyspraxiques, ne pouvant nouer leurs lacets quotidiennement.

Les lacets Xtenex enfant

7- Les aides pour le protéger du bruit

Léger et très résistant, les casques anti-bruit permettent une réduction sonore de 22 dB. Idéal pour favoriser la concentration.

dv866_sit2-ok

8- Le protéger des distractions

La barrière pop-up  permet de créer instantanément un espace de travail délimité, facilitant ainsi la capacité de concentration en éliminant du champ de vision les stimuli « parasites ».

La barrière pop-up

9 – L’aider dans l’apprentissage de la parole

Les cartes Vocabular constitue un excellent support pour le développement du champ lexical, la narration et l’évocation de votre enfant.

Le vocabular shull

Du bon usage des résultats au test de QI

Le Journal des femmes

Chronique d’Arielle Adda, 18 avril 2018

On a beau s’évertuer à répéter qu’un test constitue, en premier lieu, une grille de lecture, mais qu’il fournit aussi des indications essentielles sur la façon dont fonctionne un enfant, de nombreux parents ont encore tendance à se contenter du résultat global.

Au vu du chiffre,  leur enfant est considéré comme un « enfant doué », ils peuvent donc, en toute légitimité, s’inscrire dans les associations consacrées à ces enfants et lui permettre de fréquenter des semblables, comme il le leur a été recommandé. Le chiffre du QI leur sert de sésame et aussi parfois d’explications à toutes ses réactions.

Il serait alors normal qu’il refuse certaines activités : sa personnalité est déjà bien affirmée, ses goûts bien prononcés et son caractère, fort et déterminé, laissent penser que ses refus sont définitifs et  absolument irrévocables. Des arguments particulièrement convaincants, persuasifs et surtout étayés par une logique irréfutable, ne sont même pas toujours suffisants pour amener un enfant entêté à accepter de tenter une activité qu’il estime peu attrayante. Lui non plus ne manque pas d’arguments pour démontrer à ses parents que leur insistance est inutile et qu’ils perdent un temps précieux à vouloir l’inciter à se soumettre à leurs suggestions.

On pense en conséquence que toute tentative de persuasion serait vouée à l’échec et on fait confiance à l’enfant doué pour s’arranger avec ses quelques faiblesses qu’il sait si bien compenser en classe.

Persévérer dans des injonctions qu’il ne veut pas entendre  serait s’engager dans un affrontement vite transformé en guerre de tranchée gâchant la vie familiale : si un enfant refuse résolument de faire du judo, ou un sport quelconque, du dessin, du théâtre,ou  de la musique, il s’avère vite inutile de tenter d’infléchir cette attitude obstinée.  Il est plus sage de ne pas appliquer les préconisations du psychologue : après tout, il a vu leur enfant  une seule fois, il ne peut pas le connaître aussi bien que ses parents qui le pratiquent depuis des années. On ne va pas tenter de lui imposer des activités, peut-être utiles à son développement, mais qui ne lui plaisent pas.

Ces parents sont confortés dans ce repli pacificateur   par la conviction que cet enfant trouvera certainement au moment opportun les ressources nécessaires pour compenser une défaillance  sans doute passagère. Sa scolarité se déroule si bien !

La tentation est grande de reléguer au plus profond l’avertissement qui leur a pourtant été répété : quand un enfant doué, tellement habile dans bien des domaines, affirme d’un ton péremptoire qu’il n’aime pas l’activité qu’on lui propose, c’est simplement parce qu’il n’est pas du tout assuré de la réussir et il ne veut pas entamer son image par de piètres résultats qu’il sera bien incapable d’améliorer, même en s’y appliquant avec toute son énergie.  La perspective de se trouver dans cette situation honteuse lui fait horreur.

Ses parents ont oublié que les notes aux différents items du test n’étaient pas parfaitement homogènes, mais ce fléchissement pouvait s’expliquer par l’état émotionnel de leur enfant. Dans cette situation exceptionnelle il était bien naturel qu’il soit un peu perturbé. En état de stress, un enfant sensible réagit de façon amplifiée face à une difficulté imprévue surgie dans un « jeu » dont il ignore tout. Sa note moins bonne répercute une réaction émotive, peut-être encore accrue par sa crainte de décevoir ses parents en se montrant maladroit tandis qu’ils le croyaient plus habile.

Le psychologue avait pourtant insisté sur cette faiblesse ponctuelle, même si la note qui la révélait restait très convenable par rapport à l’ensemble des enfants de son âge et cette alerte avait fini par être totalement oubliée.

Quelques années plus tard, généralement au début du collège, cet enfant à la réussite tellement aisée commence à se déprimer, il répète qu’il est « nul », il perd le goût des choses  au point même parfois d’évoquer son utilité sur terre.  On ne le reconnaît plus. Certes,  ses résultats restent satisfaisants, cependant ils accusent une légère baisse, peu surprenante étant donné son état d’esprit.

L’explication est toute trouvée : cet enfant réussissait sans effort, désormais ils sont devenus nécessaires mais il ne sait pas comment procéder.  Il suffirait  qu’il se concentre davantage, qu’il réfléchisse un peu plus longtemps et tout rentrera dans l’ordre. Il ne tient donc qu’à lui, puisqu’il possède de bonnes capacités intellectuelles.

L’angoisse de cet enfant, pratiquement adolescent, est en réalité incommensurable et d’autant plus incompréhensible qu’elle submerge un enfant jusque-là plutôt détendu et heureux de vivre, persuadé qu’il était né sous une bonne étoile lui permettant de réussir facilement.

Les quelques petites pointes d’inquiétude qui le tourmentaient brièvement quand il avait commis une erreur étaient vite apaisées par l’explication qui les justifiaient : les consignes n’étaient pas si claires, lui-même couvait une grippe ou bien il avait été secoué par un événement inattendu, ou attendu, mais bouleversant, comme l’arrivée d’un bébé au foyer par exemple, tout épisode qu’il fallait prendre en compte pour comprendre les raisons de cet accident.

Au fond de lui, l’élève qui se sent désormais en perdition, pense que le sentiment d’imposture qu’il refoulait soigneusement éclate aux yeux de tous, sa nullité apparaît crûment, tandis qu’il se sent incapable de la combattre.

Cet effondrement l’ébranle tant qu’il commence à douter de sa valeur : autant débarrasser la société d’un individu qui ne lui sera d’aucune utilité. Il se rend bien compte qu’il ne comprend plus certaines explications, que des énoncés de problèmes lui semblent opaques, il se sent perdu parmi tous ces nombres, lui qui savait donner instantanément un résultat exact parce qu’il lui était apparu sur le champ.

Si on lui dit qu’il suffirait d’un léger effort de sa part, il sombre dans un désarroi sans rémission : il a essayé de fournir des efforts, d’approfondir son raisonnement, en pure perte, il reste égaré dans cette jungle de nombres, comme certains de ses camarades qui l’étonnaient par leur incapacité à saisir un énoncé. Il est devenu l’un des leurs et son image ternie lui est insupportable. La faille la plus fréquente consiste en une difficulté à se former une représentation mentale exacte d’une situation, comme le démontre la note plus basse à l’épreuve des « cubes », mais ce peut être une utilisation maladroite de la mémoire ou un langage approximatif dû à une hypoacousie au moment où le jeune enfant doit être immergé dans un bain de langage. Dans tous les cas, le brillant verni de la facilité masque ces faiblesses.

Aidé de façon convenable, cet enfant en perdition retrouvera tout son éclat et saura utiliser ses belles qualités, restées intactes, pour parvenir à la  concrétisation de rêves qu’il pensait  désormais hors d’atteinte.

Conseils : ne jamais négliger les quelques faiblesses, encore discrètes et apparemment sans effet néfaste, révélées par le test.  Ces fêlures ténues, longtemps imperceptibles,   provoqueront plus tard de féroces chutes de résultats, entraînant des conséquences vécues de façon intensément dramatique comme les enfants doués en ont le secret. Surtout ne pas lui dire qu’il peut redresser la situation grâce à quelques efforts.  La faiblesse doit être identifiée et bien cernée à l’aide des résultats de tests et combattue  par des exercices  appropriés.

 

 

Enfant précoce : une étude démontre enfin leur spécificité cérébrale (Lyon)

Médecine, santé, forme et bien-être – ra-sante

Par le

Enfant précoce, pourquoi est-il différent ? Durant près de trois ans, une étude menée au CERMEP (Centre d’Imagerie du Vivant) de Lyon par Dominic Sappey-Marinier et Fanny Nusbaum a analysé l’anatomie et les spécificités fonctionnelles du cerveau des enfants dits à « haut potentiel ». Les résultats sont surprenants…

 

L'enfant précoce au cœur d'une étude au CERMEP de Lyon
Le cerveau de l’enfant précoce ou « HP » fonctionne plus vite et différemment selon l’étude du CERMEP à Lyon ©KTSdesign

 

Les enfants précoces ou à « haut potentiel » présentent un QI d’au moins 130. Mais leur cerveau fonctionne-t-il différemment ? Oui, selon une étude menée durant trois ans à Lyon, co-financée par la fondation APICIL. Décryptage avec Fanny Nusbaum, docteur en psychologie, chercheur en neurosciences et dirigeante du Centre PSYRENE, et Dominic Sappey-Marinier, chef du département IRM du CERMEP-Imagerie du Vivant, enseignant de biophysique à la Faculté de Médecine Lyon-Est, et chercheur en imagerie médicale à CREATIS de l’Université Claude Bernard-Lyon1.

 

Comment est née l’idée de cette étude sur les enfants précoces ?

en bleu et en rouge, les images de connectivité fonctionnelle montrant, par rapport aux contrôles, une baisse de connectivité (bleu) dans le cortex prefrontal des Complexes et dans le cortex orbite-frontal des Laminaires et une augmentation de connectivité dans le cortex occipital-temporal des Complexes.
IRM d’enfants Complexes et Laminaires ©CERMEP

DSM: Fanny Nusbaum avait déjà proposé depuis longtemps les deux profils Complexe et Laminaire. Les deux sont des « hauts potentiels« , c’est-à-dire qu’ils présentent des capacités intellectuelles de haut niveau. Le Complexe montre des capacités plutôt hétérogènes. Il est plus créatif, plus visionnaire, mais aussi plus sujet aux difficultés d’apprentissage et de relations sociales, ainsi qu’à la dyslexie ou la dyspraxie. Le Laminaire montre des capacités plutôt homogènes. Il est plus solide et adaptable, mais aussi plus sujet à l’anxiété de performance, au surmenage et à certaines addictions à partir de la fin de l’adolescence. Aucun modèle ne proposait cette distinction auparavant, mais elle nous paraissait concordante avec la clinique observée.

Avec Olivier Revol (Chef du service de troubles des apprentissages de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Femme-Mère-Enfant à Bron), nous nous sommes donc dit qu’il serait intéressant de voir si nos observations cliniques coïncidaient avec une réalité neuroscientifique. En 2010, nous avons donc décidé de mener cette étude par neuroimagerie pour mieux comprendre à la fois le fonctionnement cérébral des enfants dits « à haut potentiel », mais surtout les caractéristiques neuronales spécifiques à chacun des profils Complexe et Laminaire, en comparaison avec une population Contrôle (enfants au développement cognitif standard).

Avec l’aide du WISC (1), nous avons sélectionné trois populations composées chacune d’une vingtaine d’enfants : Complexes, Laminaires et Contrôles.

 

Enfant précoce, une activité cérébrale intense

Les IRM pratiquées ont-elle démontrées des différences majeures dans le fonctionnement du cerveau ?

 

en bleu les augmentations de connectiveté structurale (points bleus) des Complexes et des Laminaires par rapport aux Contrôles. On voit sur cette coupe que l’hémisphère droit des Laminaires présente plus de régions augmentées que les Complexes.
IRM avec connectivité cérébrale ©CERMEP

FN: Oui, l’IRM de diffusion réalisée par Dominic Sappey-Marinier a permis  d’étudier le mouvement des molécules d’eau dans le cerveau. Cette technique démontre clairement que les enfants à « haut potentiel » présentent une connectivité cérébrale bien plus importante que les enfants au QI standard dans plusieurs régions cérébrales comme le corps calleux qui relie les deux hémisphères et dans différents faisceaux intra-hémisphériques. Donc, le transfert d’information est plus rapide au sein d’un même hémisphère mais aussi d’un hémisphère à l’autre. Ce premier résultat confirme les résultats des études menées par le passé. De plus, l’étude montre pour la première fois, qu’il existe des différences cérébrales entre les enfants Complexes et Laminaires. Cette meilleure connectivité est plus importante dans l’hémisphère gauche des Complexes et dans l’hémisphère droit des Laminaires.

Par ailleurs, l’IRM fonctionnelle de repos, qui mesure la connectivité fonctionnelle du cerveau quand il est au repos, a montré une diminution de l’activité dans le cortex préfrontal des enfants Complexes et du cortex orbito-frontal des enfants Laminaires. En revanche, on observe une augmentation d’activité dans les cortex insulaire, temporal et pariétal qui correspond à une plus grande sensibilité émotionnelle, une meilleure perception et des capacités accrues de mémorisation et linguistiques.

 

Concrètement, cela signifie que le cerveau de l’enfant à « haut potentiel » tourne plus vite ?

DSM: Il dispose clairement de plus gros câbles, du « haut débit », autrement dit, un meilleur moteur sous le crâne, sans que ce moteur ne tourne forcément en surrégime.

 

Avec un effet turbo dans certains cas ?

DSM: Non, son cerveau tourne en permanence plus vite… Dans le cas des Complexes, il arrive plus souvent que ce moteur s’emballe et perde contrôle, en particulier sous l’effet des émotions.

 

Le Laminaire vit donc mieux sa surdouance ?

FN: Oui, même si son manque d’intériorité et de motivation intrinsèque, ne le met pas à l’abri du « burn-out » ou de la dépression car à force d’être sur-sollicité par son environnement, il finit parfois par se poser des questions identitaires, philosophiques, avec le sentiment d’être en décalage avec lui-même.

 

Enfant HP, « interpréteur » ou « explorateur »

D’autres constatations remarquables ?

DSM: Oui, on s’est aperçu que les Complexes avaient une connectivité plus élevée dans l’hémisphère gauche, l’hémisphère du langage, qui est capable de fonctionner a priori de manière autonome, en circuit fermé, alors que les Laminaires utilisent plus l’hémisphère droit, l’hémisphère qui contrôle les capacités visuo-spatiales et permet une analyse objective.

 

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

FN: Que les Complexes sont plus centrés sur eux-mêmes, plus indépendants, et donc moins adaptés socialement. En décalage avec la société, ils sont souvent adulés ou détestés. On les appelle les « interpréteurs » car ils interprètent en permanence la réalité pour la faire coller à leur modèle interne. Les Laminaires, au contraire, sont davantage ouverts sur les autres, davantage dans l’empathie. On les appelle les « explorateurs » car ils analysent les informations sans a priori, objectivement, avec une vraie faculté d’adaptation aux contraintes environnementales, qui leur permet de souvent faire l’unanimité. Bref, le Complexe est dans le subjectif, sans filtre émotionnel, sans inhibition, alors que le Laminaire est dans l’analyse objective, le contrôle intérieur.

 

Enfant précoce, artiste ou ingénieur

Les enfants précoces, un sujet passionnant pour Fanny Nusbaum et Dominic Sappey-Marinier
Dominic Sappey-Marinier et Fanny Nusbaum devant le CERMEP ©P.Auclair

L’IRM fonctionnelle en phase de repos cérébral de l’enfant HP ou de l’enfant précoce a-t-elle aussi été riche en enseignements pour les neuropsychiatres ?

DSM: Oui, on s’est aperçu que le cerveau du « Complexe » était moins actif dans la région préfrontale dédiée au raisonnement, à la planification temporelle, alors qu’il est augmenté sur la zone pariétale, celle de la perception, de l’analyse sensorielle. C’est aussi la zone de la pensée automatique. A l’inverse, le cortex orbito-frontal qui gère notamment la motivation est moins proéminant chez les Laminaires. Ils semblent donc moins en mesure d’être motivés sans sollicitation de l’environnement.

 

Comment se traduisent ces différences au quotidien ?

FN: Le Complexe passe rapidement en phase de pensée automatique, avec une faculté d’intégration plus grande mais parfois imparfaite. Le Laminaire, plus réaliste, plus cartésien, est moins centré sur l’émotion, moins à l’écoute de lui-même aussi. De manière caricaturale, le premier est un artiste, le second un ingénieur.

 

Quels sont les effets pervers de tels profils ?

FN: Le Complexe présente des troubles du comportement, de l’apprentissage, de la personnalité, une hyper-sensibilité qui sont essentiellement liés à un manque de contrôle de son attention et de son impulsivité. Le Laminaire, lui, sera davantage sujet à la somatisation, à l’hypocondrie, voire au « burn-out » en cas de sur-sollicitation. Il peut aussi être plus sujet aux addictions comme l’alcool ou la drogue pour suppléer le manque de sensations émotionnelles.

 

Les bienfaits de l’hypnose pour l’enfant précoce

Au final, quelle sera la valeur ajoutée de cette étude de longue haleine ?

FN: Elle permet de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau de l’enfant à « haut potentiel ». On a apporté la preuve tangible d’une spécificité du cerveau de l’enfant à « haut potentiel » avec, au sein de cette population, de vrais différences structurelles et fonctionnelles entre Laminaires et Complexes. En tenant compte des conclusions cliniques, comportementales et scientifiques, il sera possible d’affiner le suivi de ces enfants en fonction de leur profil, de l’intégrer aux techniques pédagogiques et le transmettre aux professeurs d’école. La neuroéducation offre ainsi de nouvelles pistes d’amélioration des méthodes d’apprentissage qui seront bénéfiques pour tous les enfants, et pas seulement ceux qui ont des difficultés !

 

C’est à dire ?

DSM: Si on voit, par exemple, qu’une partie du cerveau est en sous-activité, il sera possible de corriger cette déficience avec des exercices précis. Par exemple, un « Complexe » à l’imagination débordante sera plus sensible à l’hypnose, alors que celui qui souffre d’inhibition ou d’un déficit d’attention aura davantage intérêt à faire de la remédiation cognitive. A l’inverse, l’hypnose sera très utile au « Laminaire », pour développer l’imagination, le reconnecter avec son moi intérieur.

 

Est-ce que demain, avec les enseignements d’une telle étude, on pourra intervenir sur le cerveau de l’enfant précoce ?

FN: On travaille déjà avec le Neurofeedback ! Grâce à quelques électrodes disposées sur le crâne pour observer en temps réel l’activité encéphalographique, le sujet peut moduler lui-même son activité cérébrale, une technique notamment utilisée pour les enfants TDAH (Troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). L’avenir, c’est aussi la TDCS (Transcranial direct current stimulation), une stimulation transcrânienne pour améliorer les capacités cognitives grâce à un léger courant électrique traversant les régions cérébrales à développer. Certains s’en servent déjà pour doper le cerveau des sportifs de haut niveau ou réhabiliter les fonctions cérébrales endommagées par un accident vasculaire cérébral (AVC). Ces usages thérapeutiques sont en cours de développement.

(1) Le WISC (Wechsler Intelligence Scale for Children) est un test standardisé dédié aux enfants de 6 à 16 ans et 11 mois. Ce test permet de situer un élève par rapport à un groupe d’autres élèves de son âge. Le WISC-IV comporte quatre indices (compréhension verbale, raisonnement perceptif, mémoire de travail, et vitesse de traitement) pour déterminer les différentes composantes de l’intelligence d’un enfant ou d’un adolescent.

 

A SAVOIR

L’étude du CERMEP a porté sur près de 80 enfants de 8 à 12 ans de la région Auvergne-Rhône-Alpes répartis en quatre groupes : enfants « Contrôles » au QI d’environ 105, « Laminaires » au QI moyen de 140, « Complexes » au QI moyen de 130 et enfants TDAH (troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) qui présentent des troubles proches des « Complexes ». Chaque enfant a passé une IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) de 50 minutes, technique à la fois non invasive, non irradiante et sans effet pour l’organisme pour étudier à la fois l’anatomie et le fonctionnement du cerveau.