Du bon usage des résultats au test de QI

Le Journal des femmes

Chronique d’Arielle Adda, 18 avril 2018

On a beau s’évertuer à répéter qu’un test constitue, en premier lieu, une grille de lecture, mais qu’il fournit aussi des indications essentielles sur la façon dont fonctionne un enfant, de nombreux parents ont encore tendance à se contenter du résultat global.

Au vu du chiffre,  leur enfant est considéré comme un « enfant doué », ils peuvent donc, en toute légitimité, s’inscrire dans les associations consacrées à ces enfants et lui permettre de fréquenter des semblables, comme il le leur a été recommandé. Le chiffre du QI leur sert de sésame et aussi parfois d’explications à toutes ses réactions.

Il serait alors normal qu’il refuse certaines activités : sa personnalité est déjà bien affirmée, ses goûts bien prononcés et son caractère, fort et déterminé, laissent penser que ses refus sont définitifs et  absolument irrévocables. Des arguments particulièrement convaincants, persuasifs et surtout étayés par une logique irréfutable, ne sont même pas toujours suffisants pour amener un enfant entêté à accepter de tenter une activité qu’il estime peu attrayante. Lui non plus ne manque pas d’arguments pour démontrer à ses parents que leur insistance est inutile et qu’ils perdent un temps précieux à vouloir l’inciter à se soumettre à leurs suggestions.

On pense en conséquence que toute tentative de persuasion serait vouée à l’échec et on fait confiance à l’enfant doué pour s’arranger avec ses quelques faiblesses qu’il sait si bien compenser en classe.

Persévérer dans des injonctions qu’il ne veut pas entendre  serait s’engager dans un affrontement vite transformé en guerre de tranchée gâchant la vie familiale : si un enfant refuse résolument de faire du judo, ou un sport quelconque, du dessin, du théâtre,ou  de la musique, il s’avère vite inutile de tenter d’infléchir cette attitude obstinée.  Il est plus sage de ne pas appliquer les préconisations du psychologue : après tout, il a vu leur enfant  une seule fois, il ne peut pas le connaître aussi bien que ses parents qui le pratiquent depuis des années. On ne va pas tenter de lui imposer des activités, peut-être utiles à son développement, mais qui ne lui plaisent pas.

Ces parents sont confortés dans ce repli pacificateur   par la conviction que cet enfant trouvera certainement au moment opportun les ressources nécessaires pour compenser une défaillance  sans doute passagère. Sa scolarité se déroule si bien !

La tentation est grande de reléguer au plus profond l’avertissement qui leur a pourtant été répété : quand un enfant doué, tellement habile dans bien des domaines, affirme d’un ton péremptoire qu’il n’aime pas l’activité qu’on lui propose, c’est simplement parce qu’il n’est pas du tout assuré de la réussir et il ne veut pas entamer son image par de piètres résultats qu’il sera bien incapable d’améliorer, même en s’y appliquant avec toute son énergie.  La perspective de se trouver dans cette situation honteuse lui fait horreur.

Ses parents ont oublié que les notes aux différents items du test n’étaient pas parfaitement homogènes, mais ce fléchissement pouvait s’expliquer par l’état émotionnel de leur enfant. Dans cette situation exceptionnelle il était bien naturel qu’il soit un peu perturbé. En état de stress, un enfant sensible réagit de façon amplifiée face à une difficulté imprévue surgie dans un « jeu » dont il ignore tout. Sa note moins bonne répercute une réaction émotive, peut-être encore accrue par sa crainte de décevoir ses parents en se montrant maladroit tandis qu’ils le croyaient plus habile.

Le psychologue avait pourtant insisté sur cette faiblesse ponctuelle, même si la note qui la révélait restait très convenable par rapport à l’ensemble des enfants de son âge et cette alerte avait fini par être totalement oubliée.

Quelques années plus tard, généralement au début du collège, cet enfant à la réussite tellement aisée commence à se déprimer, il répète qu’il est « nul », il perd le goût des choses  au point même parfois d’évoquer son utilité sur terre.  On ne le reconnaît plus. Certes,  ses résultats restent satisfaisants, cependant ils accusent une légère baisse, peu surprenante étant donné son état d’esprit.

L’explication est toute trouvée : cet enfant réussissait sans effort, désormais ils sont devenus nécessaires mais il ne sait pas comment procéder.  Il suffirait  qu’il se concentre davantage, qu’il réfléchisse un peu plus longtemps et tout rentrera dans l’ordre. Il ne tient donc qu’à lui, puisqu’il possède de bonnes capacités intellectuelles.

L’angoisse de cet enfant, pratiquement adolescent, est en réalité incommensurable et d’autant plus incompréhensible qu’elle submerge un enfant jusque-là plutôt détendu et heureux de vivre, persuadé qu’il était né sous une bonne étoile lui permettant de réussir facilement.

Les quelques petites pointes d’inquiétude qui le tourmentaient brièvement quand il avait commis une erreur étaient vite apaisées par l’explication qui les justifiaient : les consignes n’étaient pas si claires, lui-même couvait une grippe ou bien il avait été secoué par un événement inattendu, ou attendu, mais bouleversant, comme l’arrivée d’un bébé au foyer par exemple, tout épisode qu’il fallait prendre en compte pour comprendre les raisons de cet accident.

Au fond de lui, l’élève qui se sent désormais en perdition, pense que le sentiment d’imposture qu’il refoulait soigneusement éclate aux yeux de tous, sa nullité apparaît crûment, tandis qu’il se sent incapable de la combattre.

Cet effondrement l’ébranle tant qu’il commence à douter de sa valeur : autant débarrasser la société d’un individu qui ne lui sera d’aucune utilité. Il se rend bien compte qu’il ne comprend plus certaines explications, que des énoncés de problèmes lui semblent opaques, il se sent perdu parmi tous ces nombres, lui qui savait donner instantanément un résultat exact parce qu’il lui était apparu sur le champ.

Si on lui dit qu’il suffirait d’un léger effort de sa part, il sombre dans un désarroi sans rémission : il a essayé de fournir des efforts, d’approfondir son raisonnement, en pure perte, il reste égaré dans cette jungle de nombres, comme certains de ses camarades qui l’étonnaient par leur incapacité à saisir un énoncé. Il est devenu l’un des leurs et son image ternie lui est insupportable. La faille la plus fréquente consiste en une difficulté à se former une représentation mentale exacte d’une situation, comme le démontre la note plus basse à l’épreuve des « cubes », mais ce peut être une utilisation maladroite de la mémoire ou un langage approximatif dû à une hypoacousie au moment où le jeune enfant doit être immergé dans un bain de langage. Dans tous les cas, le brillant verni de la facilité masque ces faiblesses.

Aidé de façon convenable, cet enfant en perdition retrouvera tout son éclat et saura utiliser ses belles qualités, restées intactes, pour parvenir à la  concrétisation de rêves qu’il pensait  désormais hors d’atteinte.

Conseils : ne jamais négliger les quelques faiblesses, encore discrètes et apparemment sans effet néfaste, révélées par le test.  Ces fêlures ténues, longtemps imperceptibles,   provoqueront plus tard de féroces chutes de résultats, entraînant des conséquences vécues de façon intensément dramatique comme les enfants doués en ont le secret. Surtout ne pas lui dire qu’il peut redresser la situation grâce à quelques efforts.  La faiblesse doit être identifiée et bien cernée à l’aide des résultats de tests et combattue  par des exercices  appropriés.

 

 

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