Monique de Kermadec : «Le saut de classe ne peut être l’unique réponse à la précocité »

Le Figaro.fr

Etudiant Par Sophie de Tarlé • Publié le

INTERVIEW – Comment doivent être scolarisés les enfants à haut potentiel ? Doivent-ils sauter une classe ? Que propose l’Éducation nationale ? La psychologue Monique de Kermadec répond à nos questions.

Ses ouvrages de vulgarisation scientifique font un tabac. Monique de Kermadec est la psychologue des surdoués. Elle est l’auteur entre autres de «L’adulte surdoué à la conquête du bonheur», et «L’enfant précoce aujourd’hui» (Albin Michel). Le 10 avril dernier, un colloque international* s’est tenu à la Sorbonne sur les enfants à hauts potentiels et leurs difficultés. Mais que propose le système éducatif français aujourd’hui? Un sujet délicat sur lequel Monique de Kermadec a accepté de répondre à nos questions.

* Enfants à haut potentiel: Compétences & difficultés


LE FIGARO- Pensez-vous que les jeunes surdoués ou précoces sont bien pris en compte dans le système éducatif français?

MONIQUE DE KERMADEC– Cela fait longtemps que l’Éducation nationale et les associations de parents d’élèves via l’AFEP et l’ANPEIP sont en contact, depuis 1995 environ. Une circulaire parue en 2007 a permis de faire avancer les choses en termes d’accueil mais aussi de formation des enseignants. Désormais, dans chaque académie, les parents peuvent avoir accès à un référent «élèves intellectuellement précoce», qui peut les orienter vers l’établissement qui sera à même de proposer un accueil spécifique. Mais c’est un travail de longue haleine.

Quels sont les établissements les plus en pointe?

Gerson, établissement privé à Paris, a été l’un des premiers à proposer un accueil spécifique au collège depuis 1995. Le Collège Stanislas à Paris a rejoint ce projet peu de temps après. Dans le public, le lycée de Janson de Sailly dans le 16 ème à Paris a un accueil pour les jeunes précoces. Les jeunes y sont répartis dans toutes les classes et regroupés pour certaines activités.

Nombreuses sont les écoles privées hors contrat à proposer une offre spécifique. Je pense en particulier au Cours Hattemer à Paris dans le 9 ème arrondissement qui s’y intéresse aussi depuis longtemps.


Malgré tout, les enseignants ont souvent une vision très partielle de la situation. Nous avons besoin de communiquer sur les spécificités de ces enfants.

La France est-elle en pointe sur ce sujet?

Certains pays sont bien plus avancés que nous. Je fais partie de l’association internationale World council for gifted ans talented children dont les réunions annuelles permettent de voir les meilleures initiatives à l’étranger. C’est le cas de pays comme Israël et les États-Unis. Ces pays n’ont pas de système éducatif aussi centralisé qu’en France et peuvent plus facilement proposer un programme spécialisé ou des accélérations de rythme dans certaines matières.

«Certains jeunes très intelligents se retrouvent en difficulté, car ils ont des facilités mais n’ont pas eu l’habitude de travailler»Monique de Kermadec, psychologue

Ainsi, les écoles américaines proposent plus facilement des groupes de niveau, ce qui permet par exemple aux jeunes en avance de suivre un cours de maths avancé sans forcément sauter de classe. Le saut de classe ne peut être l’unique réponse à la précocité. Je suis plus favorable à ce qu’on mette plus de souplesse dans l’enseignement traditionnel.

Alors qu’aux États-Unis, les écoliers sont testés très jeunes, la France restant frileuse sur ce point. On a beaucoup avancé en faveur des dyslexiques, mais moins pour ceux qui vont plus vite. On est à l’aube d’une évolution. Toutefois la réflexion ne devrait pas se limiter à une réponse pédagogique quelle que soit l’importance de celle-ci. C’est le fruit d’une alliance entre la famille, le jeune et l’école.


On considère le fait d’être surdoué comme une chance. Quel est le problème?

Des jeunes précoces peuvent avoir des problèmes relationnels. Cela ne veut pas dire que la précocité est la cause de tous leurs problèmes. Et certains jeunes très intelligents se retrouvent en difficulté car ils ont des facilités mais n’ont pas acquis de bonnes méthodes de travail.

Ils vont travailler une matière qui les passionne, l’histoire par exemple. Mais ils vont négliger les autres cours, les études. La réponse est à trouver dans une alliance entre la pédagogie et la psychologie. L’école peut beaucoup de choses, mais ne peut tout résoudre.

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