EIP : J’ai pas besoin d’apprendre, j’ai compris

Dys moi, Valérie Duband

Mémoriser et comprendre, et surtout mémoriser sont deux gestes mentaux différents. « Je n’ai pas besoin d’apprendre, j’ai compris ». Combien de fois ai-je entendu cette phrase ?  Pourtant nombreux sont les hauts potentiels qui ne font pas la différence. Cette méconnaissance leur joue bien des tours.

 

Cas de coaching

 

Je rencontre Pauline ,13 ans, EIP[1], qui est en  3ème. Voici notre premier échange :

 

idee

 

Pourquoi viens-tu me voir ?

→ Parce que mes résultats chutent.

Tu penses savoir pourquoi tes résultats baissent ?

→ Non, quand je sors du cours, j’ai compris mais, je me plante à l’interro.

Tu as une idée de ce qui te fait rater ton interro ?

→ Je ne sais plus quoi répondre aux questions… alors que j’ai compris.

 

Que se passe-t-il pour Pauline ? 

 

comprendre1

 

« Comprendre » n’est pas « mémoriser ».

Les EIP sont rarement dans un geste de mémorisation.

Leur geste « phare » est la compréhension.

En gestion mentale, le geste de compréhension est réalisé par la  traduction rapide dans sa langue mentale. Dans cette compréhension, il y a une notion de tri… de ce qui est utile (ou non).

Pour les EIP, c’est bien sûr trier ce qui leur semble utile à eux. Avec ce tri, ils s’éloignent de la pensée « officielle » : ils n’ont pas les images ou les mots attendus. Ils ont leurs propres images et leurs propres mots. Ceux qui se sont traduits dans leur propre langue mentale.

Ils sont aussi dans cette notion « d’évidence ». Comme ils ont compris (et souvent rapidement), cela devient évident : évident pour qui ?

Leurs constructions mentales sont souvent rapides. Lorsqu’une construction se fait trop rapidement, souvent, elle n’est pas suffisamment solide et devient donc plus difficilement récupérable.

 

Pauline : Pourquoi ai-je besoin d’apprendre ça comme ça ?

 

L’une des premières choses est de mettre du sens sur cet apprentissage.

→ A quoi ça me sert de savoir Pythagore ou Thalès ? Tu t’en sers toi, dans ta vie ?

Ne jamais éluder la question, faute de renforcer leur impression d’inutilité de certains apprentissages scolaires.

… Non, depuis que je suis sortie du système scolaire, je ne me suis jamais resservie de Thalès.

 

Inutile de nier l’évidence. Thalès ne m’est d’aucune utilité dans ma vie quotidienne. Alors, pourquoi les apprendre ? Et quels intérêts peuvent y mettre nos jeunes ?

 

 

Mettre du sens.

Si mettre du sens sur les apprentissages apparaît comme une évidence encore plus importante pour ces jeunes EIP, elle peut être liée à leur notion de projet.

En effet, il est difficile de mettre un vrai sens concret dans certains apprentissages. Que ce soit Thalès, les dérivées des fonctions, le tableau périodique des éléments chimiques…

 

Mais quand je demande à Pauline :

Quel métier envisages-tu de faire ?

→ Je veux être magistrate… juge pour enfants pour pouvoir les aider.

 

Outre l’aspect « injustice » que l’on retrouve très souvent chez les EIP, Pauline a donc un vrai projet. Pour être magistrat (globalement), il faut passer un bac, valider des études de droit pour accéder à l’école de la magistrature.

 

 

Pauline a bien conscience qu’elle a encore un long chemin d’études à faire.

 

 

Une prise de conscience nécessaire.

Mettre du sens et notion de projet sont liés dans ce cas-là ai-je déjà dit. Il est important que Pauline en prenne conscience. Comment faire ?

 

« … on parlera de mettre l’élève « en situation de projet », en lui faisant anticiper mentalement la situation de réutilisation de ce qu’il apprend (qui est, malheureusement, le plus souvent, la situation d’évaluation scolaire) ou en l’amenant à se représenter un résultat à long terme que l’on estime éminemment désirable pour lui et qui va, pense-t-on, le mobiliser… »

Philippe MEIRIEU[2]

 

Dans son projet personnel, Pauline envisage des études et le passage de diplôme. Avoir son baccalauréat, par exemple, veut dire que l’on a acquis les apprentissages du niveau attendu d’un bachelier. Cela veut dire aussi que l’on a acquis la méthode attendue.

Par exemple, en mathématiques, être bachelier sous-entend que l’on a compris et sait montrer que l’on a acquis la méthode démonstrative pour arriver au résultat. Il n’y a donc pas que le résultat qui compte, mais la méthode pour y arriver. Vous devez donc justifier vos résultats. L’objectif est d’avoir atteint une formation mathématique.

Il en va de même pour le français. Dans l’introduction, on attend d’un bachelier de savoir la rédiger suivant une méthode : phrases d’introduction générale, phrases d’introduction du document, problématique, annonce du plan. On ne lui demande pas si lui, il préférerait s’y prendre autrement, mais bien de suivre ce qui est attendu par le correcteur.

Ces méthodes rapportent des points et si l’objectif est l’obtention d’un diplôme, il est donc hautement stratégique de les suivre !

 

Notion de projet

 

Pour arriver au bout de son projet, Pauline va donc devoir apprendre à communiquer son savoir à son correcteur.

Combien de fois avez-vous entendu dire un EIP : « j »sais pas comment j’y suis arrivé mais j’ai le bon résultat. » ?

Admettre que leur pensée va plus vite ou que certaines choses « s’imposent » à eux est une chose. Admettre qu’ils ont le droit de se dédouaner de montrer qu’ils ont compris ce qui était attendu n’est pas un service à leur rendre.

 

 

Je me souviens par exemple d’Antoine qui était en 4ème et qui n’avait pas la moyenne en histoire géographie. Pourtant, Antoine adorait l’histoire et était même intarissable sur certains sujets (dont certains traités en classe !). A la question : qu’est-ce que le commerce triangulaire ? Antoine répond : Commerce des noirs entre Europe, l’Afrique et l’Amérique. A la question : Pourquoi les conditions les conditions de voyage sont-elles difficiles pour les esclaves ? Antoine s’épanche sur le sujet et écrit une réponse de plus d’une dizaine de lignes.

Or, la question « Qu’est-ce que le commerce triangulaire ? » vaut 4 points et celle sur les conditions de voyage des esclaves 2 points. Le correcteur attend donc une réponse qui vaut 4 points et la réponse d’Antoine (même juste) ne les vaut pas. Il n’a même pas pris la peine d’écrire une phrase, il a juste posé quelques mots sur sa feuille. Il est attendu qu’il en mette pour 4 points !

Inversement pour l’autre question. Bien sûr, Antoine a obtenu les deux points sur cette question, mais sa réponse est beaucoup trop longue. Il a surement perdu du temps au détriment d’autres réponses qui demandaient d’être plus étayées.

 

Antoine n’a pas été suffisamment stratégique… et il perd donc sa moyenne d’histoire- géographie.

 

En lui expliquant très concrètement ce qui est attendu, Antoine remontera rapidement ses notes.

 

 

Une fois que Pauline a compris qu’elle était dans un geste de compréhension et que cela ne suffisait pas (plus), nous avons vu ensemble comment faire pour bien mémoriser. Alors comment faire ?

 

Comme les EIP ne sont pas dans la mémorisation des informations, mais dans leur compréhension, il arrive fréquemment qu’ils n’aient pas mis en place de technique pour savoir comment apprendre une leçon, un schéma, une carte… et qu’ils se retrouvent alors en difficulté pour cette raison.

 

Comment mémoriser efficacement ?

 

Mémoriser veut dire faire exister quelque chose mentalement (quelle que soit la représentation mentale réalisée) pour le faire exister en dehors de la perception, pour pouvoir après l’utiliser (quelle que soit son utilisation : reproduction, répétition, dessin, …).

En dehors de la perception veut dire en dehors de la vue, de l’ouïe, du toucher, de l’odeur et du goût. Lorsqu’un élève est en cours, il est en perception : il écoute (ouïe) et voit (vue) son enseignant. Dans certaines matières comme en sciences ou en technologie, il peut manipuler. Il va donc faire appel, dans ces cas-là, à son sens du toucher et peut-être de son odorat.

 

Tant qu’il est dans cette perception (qui utilise nos 5 sens), « l’objet » qu’il doit mémoriser est présent. Donc, tant que l’élève est dans cette perception, il ne fait pas exister mentalement cet objet, car il le voit, l’entend, le touche… Il n’est dans pas dans la mémorisation.

 

Pour mémoriser, il va falloir quitter cette perception et faire exister cet « objet » en dehors de cette perception, autrement dit dans sa tête. Si je vous invite à regarder ce dessin (voir dessin plus bas). Tant que vous le regardez, vous êtes en perception, vous ne le mémorisez pas. Pour le mémoriser, il va falloir arrêter de le regarder (en fermant les yeux par exemple ou en regardant ailleurs) et vous demandez ce qu’il représente, autrement dit aller voir ce que vous avez construit dans votre tête.

Il va donc aussi falloir vous projeter dans le futur pour envisager d’utiliser la construction mentale que vous venez de réaliser.

 

« MEMORISER

C’est mettre quelque chose dans sa tête

à sa façon,

pour pouvoir le redire, le récrire, le redessiner, le refaire, le réutiliser

plus tard ,

dans certaines conditions. »

 

Antoine de La Garanderie

 

Faites le test suivant :

 

  1. Avant de démarrer lisez bien tout le protocole en entier et jusqu’au bout.
  2. Regardez le dessin pendant 2 minutes. Regardez dans l’objectif de pouvoir le reproduire par la suite.
  3. Essayez pendant ce temps d’analyser de quoi vous avez besoin pour pouvoir plus tard le reproduire à l’identique (je ne parle pas d’un papier et d’un stylo mais bien de ce qui se passe dans votre tête).
  4. Cachez l’image et essayez de la reproduire. Prenez votre temps, laissez le temps à vos constructions de revenir, éviter d’être impatient et faites-vous confiance.

 

Figure méthodo

 

Alors ?

 

Qu’avez-vous dans votre tête ? Avez-vous une image ? si oui, est-elle précise ? Si elle n’est pas précise, avez-vous regardé pendant les 2 minutes ce point précis qui vous manque ? Avez-vous des mots ? Si oui, vous permettent-ils d’avoir des détails ?

 

Généralement, nous nous  me rendons compte, nous n’avons pas  pu tout retenir du premier coup. Voici quelques hypothèses :

  • J’ai fait trop rapidement sur des détails qui me semblaient « évidents ».
  • Je n’ai pas eu le temps en deux minutes de prendre tous les détails pour réaliser une reproduction fidèle.
  • Je me suis arrêté avant les deux minutes parce que je pensais avoir tout « pris » dans ma tête mais certains points ne sont finalement pas précis.

→ On ne retient pas tout du premier coup.

Il faut souvent plusieurs passages pour mémoriser correctement et avec fidélité.

C’est l’une des impressions que les EIP ont très souvent : l’impression qu’une seule lecture suffit, qu’en moins de deux minutes, ils auront tous les détails… Avec ce genre de test, ils comprennent alors que c’est une fausse impression.

 

« On ne retient pas tout du premier coup. »

 

Alors comment faire pour mémoriser ?

 

On nous parle souvent de la mémoire, de son fonctionnement, des zones cérébrales qui pourraient l’abriter, ou encore de ses capacités, mais finalement on ne nous dit rarement comment faire pour la rendre plus efficace. La rendre plus efficace, cela voudrait dire quoi en fait ? Si je mémorise plus ou mieux dans le concret, cela voudrait dire quoi ? (dans le concret autrement dit dans la vraie vie… pas seulement en théorie)

 

Un jour, j’irai vivre en Théorie parce qu’en Théorie tout va bien.

 

Si je mémorise plus efficacement, c’est que j’ai retenu plus d’informations… donc que j’ai moins oublié d’éléments !

Dans l’article « Mémorisation et oubli : comment retenir efficacement une leçon ? », je vous ai expliqué ce qu’était la courbe de l’oubli et surtout comment y remédier.

 

 

Sur cette courbe, nous avons pu voir que nous perdons rapidement les informations que nous n’avons pas ré-évoquées. En effet, au bout de 24 heures, nous avons oublié environ la moitié des informations que nous avions initialement retenues.

Lorsque nous ne réalisons aucune action pour essayer de mémoriser ces informations, dans le cas de nos écoliers, collégiens, lycéens ou encore étudiants, une leçon, nous en avons oublié la moitié en 24 heures.

Pour y pallier, je vous avais expliqué qu’il fallait alors ré-évoquer régulièrement.

 

Ré-évoquer, ça veut dire quoi ?

Évoquer, c’est construire quelque chose dans sa tête à sa manière. Ré-évoquer veut donc dire faire revenir (dans sa tête) les constructions qui ont été réalisées.

Pour nos jeunes, ré-évoquer, veut dire « réviser ». Souvent ils se posent la question suivante : « Réviser… oui, j’ai relu ma leçon mais ça ne suffit pas alors comment réviser vraiment ?  »

Ré-évoquer, ça veut dire quoi ?

 

reviser1

 

 

Évoquer, c’est construire quelque chose dans sa tête à sa manière. Ré-évoquer veut donc dire faire revenir (dans sa tête) les constructions qui ont été réalisées.

Pour nos jeunes, ré-évoquer, veut dire « réviser ». Souvent, ils se posent la question suivante : « Réviser… oui, j’ai relu ma leçon mais ça ne suffit pas alors, comment réviser vraiment ?  »

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Lorsque je suis en classe, je suis en perception. En effet, j’écoute et je vois mon enseignant (le tableau, mon cahier…). Comme généralement au bout d’un certain temps de cours, mon enseignant donne un exercice ou pose une question, je suis obligé(e) d’évoquer (de regarder ce que j’ai dans ma tête) pour pouvoir lui répondre.

 

 

Lorsque je rentre à la maison pour faire mes devoirs, je dois chercher à savoir ce que j’ai construit en classe. Je peux me poser des questions :

De quoi le cours parlait ?

Quel était son titre ?

Y avait-il des mots importants ?

A-t-on fait un schéma ? une carte ? un dessin ?

 

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Lorsque je rentre, la première chose que je fais… n’est pas d’ouvrir mon cahier ! La première chose que je fais, c’est d’aller voir dans ma tête ce que j’ai retenu.

Donc pour commencer à réviser, je n’ouvre pas mon cahier.

Pour commencer à réviser, je prends mon temps pour laisser les informations revenir.

En effet, en classe, j’ai déjà retenu des informations. Si je commence par ouvrir mon cahier, c’est comme si je ne tenais pas compte du travail que j’avais déjà fait (« Quelle arnaque » ! me dira Lucas ).

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De plus, je gagne du temps parce que je ne pars pas de 0. J’ai déjà des « choses » dans ma tête.

Une fois que j’ai laissé toutes les informations que j’avais, revenir, j’ouvre mon cahier pour compléter.

Lorsque je pense savoir ma leçon, je peux réaliser une fiche de synthèse ou une carte mentale.

 

 

 

Donc pour apprendre ma leçon :

1°) Je commence « cahier fermé » en allant voir ce que j’ai dans ma tête

2°) J’ouvre mon cahier pour compléter les informations manquantes.

3°) Je ferme mon cahier et je me demande ce que je vais de retenir.

4°) Je peux recommencer l’étape 2 et 4 jusqu’à ce que je sache ma leçon.

5°) Lorsque, je pense savoir ma leçon, je peux réaliser une fiche de synthèse ou une carte mentale.

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