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WISC V : pour un abandon progressif du Q.I. total

blog « Haut Potentiel, Surdoué

Pour en finir avec les mythes sur la douance »

Beaucoup de psychologues attendent avec impatience la nouvelle version du test d’intelligence pour enfants le plus utilisé dans nos frontières, le WISC V, prévu pour la mi-octobre 2016. Il est vrai que la version IV encore d’actualité aujourd’hui commence à être dépassée de par certains items verbaux qui ne sont plus du tout d’actualité pour les très jeunes enfants (j’ai moi-même une certaine appréhension lorsque je dois poser certaines questions de l’épreuve Compréhension) car ces questions ont été élaborées début des années 2000 dans un certain contexte culturel que les enfants de 6 ans aujourd’hui ignorent.
Cette nouvelle version comprend comme les précédentes 15 épreuves dont 7 seulement sont obligatoires pour avoir un Q.I. total ; les autres épreuves sont à administrer selon les hypothèses des psychologues.
15 épreuves donc à partir desquelles on peut calculer 5 indices principaux et 5 indices supplémentaires + un Q.I. total, soit 10 indices et un Q.I. qui est en soi également un indice (voir figure 1).

Dans la version IV, il y avait 4 indices : l’Indice de Compréhension Verbale (ICV), l’Indice de Raisonnement Perceptif (IRP), l’Indice de Mémoire de Travail (IMT) et l’Indice de Vitesse de Traitement (IVT). J’étais déjà embêtée par l’Indice de Raisonnement Perceptif qui incluait de l’analyse visuo-spatiale et visuo-constructive (Cubes) ainsi que du raisonnement sur du matériel visuel concret et abstrait (Identification de concepts et Matrices), ce qui n’est pas la même chose ; d’ailleurs, il n’était pas rare qu’à l’intérieur de cet indice, il y ait des différences justement parce qu’il ne s’agissait pas des mêmes capacités. Oh miracle, je ne fus pas la seule à m’en rendre compte et dans la nouvelle version, ils ont divisé cet indice en deux indices représentant bien les capacités sus-nommées, à savoir : l’Indice VisuoSpatial (IVS) et l’Indice de Raisonnement Fluide (IRF). Dans le WISC 5e du nom, il y a donc 5 indices : l’Indice de Compréhension Verbale (ICV), l’Indice VisuoSpatial (IVS), l’Indice de Raisonnement Fluide (IRF), l’Indice de Mémoire de Travail (IMT) et enfin l’Indice de Vitesse de Traitement (IVT).

Figure 1 : WISC V (ECPA)

Rentrons dans le détail des indices principaux :

  • L’Indice de Compréhension Verbale (ICV) est composé de Similitudes et de Vocabulaire que l’on connaît déjà.
  • L’Indice VisuoSpatial (IVS) est composé quant à lui de Cubes et de Puzzles visuels. Cubes est déjà connu. Quant à Puzzles visuels, il s’agit d’une nouvelle épreuve pour les enfants mais elle existe déjà pour les adultes. Il est question de réaliser une image à partir de 3 pièces d’un puzzle découpé de façon un peu arbitraire en choisissant parmi 6 pièces possibles, et ce, de manière mentale, c’est-à-dire sans manipuler de pièces. Cette épreuve nécessite beaucoup de rotation mentale.
  • L’Indice de Raisonnement Fluide (IRF) comprend Matrices, déjà connu, et Balances qui fait son apparition ici mais qui existe déjà pour les adultes. Balances consiste à équilibrer une balance avec des objets géométriques de formes et de couleurs différentes et en quantité différente. Moi qui utilise la Théorie des Cadres Relationnels (TCR ou RFT en anglais) dans ma pratique clinique, cette épreuve me parle énormément et j’y vois la relation d’équivalence entre les différents stimuli.
  • L’Indice de Mémoire de Travail (IMT) est composé de Mémoire des chiffres et de Mémoire des images. Dans Mémoire des chiffres, il faut comme d’habitude répéter une suite de chiffres dans l’ordre et dans le sens inverse, mais ici a été ajouté l’ordre croissant, comme pour la WAIS IV. Par ailleurs, le souci avec cet indice était qu’il utilisait que la mémoire de travail auditive et aucunement la mémoire de travail visuelle. Mémoire des images corrige donc ceci afin de fournir un Indice de Mémoire de Travail qui soit à la fois auditif et visuel.
  • Enfin, l’Indice de Vitesse de Traitement (IVT) ne change pas dans son contenu car il contient Code et Symboles. Toutefois, ces 2 dernières épreuves ont été revues et corrigées afin d’améliorer sa validité. Par exemple, les petites images de Code ont été modifiées pour être davantage uniques car dans les versions précédentes, certaines images se ressemblaient et se confondaient en mémoire, ce qui pouvait interférer avec les performances. Quant à Symboles, comme pour la version adulte, il faut maintenant barrer le symbole lorsqu’on l’a reconnu et non pas la case « oui » car il pouvait y avoir des items cotés justes alors qu’il s’agissait de faux positifs.

Entamons les 5 indices supplémentaires :

  •  L’Indice de Raisonnement Quantitatif (IRQ) est composé de Balances et d’Arithmétique. Tiens donc ! Arithmétique était considéré avant comme étant de la mémoire de travail, et d’ailleurs il l’est toujours dans la WAIS IV. Aujourd’hui, il se trouve dans le raisonnement quantitatif et également dans le raisonnement fluide (en cas de substitution). En fait, les auteurs ont considéré que cette épreuve constituait du raisonnement et plus spécifiquement du raisonnement quantitatif. Mouai… Ce n’est pas que je suis entièrement en désaccord, juste que cela me pose quelques problèmes : le calcul mental n’est pas uniquement du raisonnement fluide mais est également basé sur quelque chose de cristallisée car il fait appel à des faits numériques. Des faits numériques sont des résultats stockés en mémoire à long terme pour éviter de réaliser le calcul comme par exemple toutes les tables de multiplication et les opérations de type 7 + 3 = 10 ou autres. Quant au côté quantitatif, je pense qu’on est tous d’accord. Pour Balances, il s’agit également de la même chose car on établit des relations d’équivalence (« ceci « vaut » cela… ») de manière quantitative.
  • L’Indice de Mémoire de Travail Auditive (IMTA) représente l’ancien Indice de mémoire de travail à savoir Mémoire des chiffres et Séquence Lettres-Chiffres afin d’apprécier si les éventuelles difficultés en mémoire de travail concernent la boucle phonologique par rapport au calepin visuo-spatial (voir l’Indice de Mémoire de Travail plus haut).
  • L’Indice Non-Verbal (INV) a été créé pour les personnes en difficulté avec le verbal, que ce soit les enfants dysphasiques ou éventuellement en dépression car il y a beaucoup d’inhibition verbale dans la dépression.
  • L’Indice d’Aptitude Générale (IAG) que j’utilise beaucoup chez les personnes à haut potentiel intellectuel car il est le plus représentatif de l’intelligence. Cet indice est composé dans cette version de l’Indice de Compréhension Verbale (ICV), de l’Indice VisuoSpatial (IVS) et de l’Indice de Raisonnement Fluide (IRF) qui contribuent au Q.I. total soit : Similitudes, Vocabulaire, Cubes, Matrices et Balances. Cet indice exclut donc les indices de Mémoire de Travail (IMT) et de Vitesse de Traitement (IVT) qui peuvent contenir beaucoup d’erreurs de mesure et donc ne pas représenter les capacités intellectuelles de l’enfant. C’est pour cela que je l’utilise beaucoup avec les personnes à haut potentiel intellectuel chez qui les indices de Mémoire de Travail et de Vitesse de Traitement sont souvent beaucoup plus bas que les autres.
  • L’Indice de Compétence Cognitive (ICC) contient ce que l’Indice d’Aptitude Générale (IAG) ne contenait pas c’est-à-dire l’Indice de Mémoire de Travail (IMT) et l’Indice de Vitesse de Traitement (IVT) à savoir ici Mémoire des chiffres, Mémoire des images, Code et Symboles. Comme dit ci-dessus, ces épreuves sont souvent plus basses que les autres chez les personnes à haut potentiel (voir figure 2). Il m’est même arrivé de voir chez des enfants comme chez des adultes que cet indice soit également très haut ; dans ce cas, on a l’impression de voir un processeur qui réalise le traitement de l’information extrêmement rapidement sans être entaché d’émotions ou d’autres perturbateurs.

profil des indices enfants

Ça fait beaucoup d’indices vous ne trouvez pas ?

5 indices principaux, 5 indices supplémentaires et un Q.I. total, qui est également un indice, basé uniquement cette fois-ci sur 7 épreuves parmi les 15 proposées !
J’ai comme l’impression que ce Q.I. total perd un peu de sa valeur, et j’en suis ravie. Pourquoi cela ?

L’être humain a à la base certaines capacités qu’il va plus ou moins investir. Il aura ainsi des forces et des faiblesses dans tel ou tel autre domaine ; c’est ce que Gardner appelle les intelligences multiples. Il est ainsi erroné de penser qu’une note globale peut représenter les capacités générales car rappelons que ce qui est mesuré par les tests, ce ne sont que les traits latents (l’expression) et non pas les capacités en elles-mêmes. De ce point de vue – et c’est ce qui apparaît dans la pratique – il est loin d’être rare que l’on observe une hétérogénéité à l’intérieur des domaines c’est-à-dire des indices. D’ailleurs, cette hétérogénéité est présente dans environ 95 % des personnes à haut potentiel intellectuel testées (voir figure 3), c’est pour dire que l’hétérogénéité est la norme ! Et qui dit hétérogénéité significative, dit impossibilité de calculer le Q.I. total. Je me souviens d’une prof à la fac qui utilisait cette métaphore que j’utilise encore aujourd’hui : « Imaginons un lycéen qui obtient une note de 18/20 aux 100 m et une note de 2/20 en natation… Peut-on dire qu’il est « moyen » (10/10) en sport ? ». Évidemment que non ! On dira sûrement que c’est un très bon sprinter et qu’il a peut-être une phobie de l’eau ou autre. Dans tous les cas, réunir ces 2 performances ne le représentera pas. Calculer un Q.I. total, même si cela est différent de calculer une moyenne, c’est un peu la même chose que ce lycéen. Ce qui est le plus juste, c’est de mettre en lumière les points forts, les points faibles, les points dans la norme. D’autant plus que 2 personnes qui ont par exemple 140 de Q.I. total ont très, très souvent des profils de notes complètement différents avec un fonctionnement cognitif également différent. Ainsi, se baser sur les indices et non plus sur un Q.I. total est plus « juste » et surtout plus aidant.

Figure 3 : empan des indices  < 15 en bleu WI4n120 (Morin, Aubertin, 2016)

En multipliant les indices et en étalonnant un Q.I. total uniquement basé sur 7 épreuves va dans ce sens et lui donne, selon moi, une moindre importance.

Je prends l’exemple d’un petit garçon de 4 ans et demi testé avec la WPPSI IV qui contient, comme le WISC V, 5 indices composés chacun de 2 épreuves et d’un Q.I. total calculé sur base de 6 épreuves seulement. Ce petit garçon obtient un Q.I. total de 136. Mais si j’additionne la somme des 10 notes standard et que j’utilise la table étalonnage du WISC IV (ce que je n’ai pas le droit car ce n’est pas le même test mais comme il n’y a pas de Q.I. Total basé sur 10 épreuves sur la WPPSI IV, et comme ces 2 batteries de tests sont plafonnées à 160 et décroissent de manière équivalente, j’ai voulu voir ce que cela donnait), il obtient alors un Q.I. total de 146. Entre 136 et 146 il y a une réelle différence ! Ce petit garçon a juste obtenu de meilleures notes en étant plus concentré sur les 4 dernières épreuves qui ne rentrent pas, elles, dans le calcul du Q.I. total.
Donc vive les indices et à bas le Q.I. total !
Pour le dépistage des personnes à haut potentiel, je prône l’abandon du Q.I. Total au profit de l’analyse des notes standard car certaines sont beaucoup plus représentatives que d’autres de cette population comme vous pourrez vous en rendre compte dans le graphique suivant (figure 4 et 5).

 

Figure 4 : profil endonormé enfants (Morin, Aubertin, 2016)

Figure 5 : profil endonormé adultes (Morin, Aubertin, 2016)

 

Sources

Figure 1 : graphique des ECPA, éditeur du test.

Figure 2 : Wi4n120, étude du WISC IV réalisée sur 120 enfants (Morin et Aubertin, 2016) ; Wi4n99PER, étude réalisée sur 99 sujets «le WISC-IV permet-il d’améliorer l’identification des enfants à haut potentiel » , Pereira-Fradin, Caroff et Jaquet in Enfance, 2010 ; Wi4 Li n50, étude réalisée sur 50 sujets, « enfants à haut potentiel intellectuel : aspects cognitifs et socio-adaptatifs » Liratni, thèse de doctorat, 2009 ; Wi4 étalon HP n20, groupe clinique se trouvant dans le manuel du WISC IV et basé sur 20 sujets.

Figure 3 : à partir de l’étude sur 120 sujets enfants, Morin et Aubertin ont regardé le pourcentage de protocoles dont la différence entre les indices étaient inférieure ou supérieure à 15 points. Ici, dans 95 % des cas il y a une différence inter-indice supérieure à 15 pounts, donc une hétérogénéité.

Figure 4 et 5 : le profil endonrmé selon Jacques Grégoire, est fabriqué selon la moyenne des notes standard. Cette moyenne des notes standard est prise comme référence interne afin de mettre en évidence les points forts et les points faibles du sujet. Ici il s’agit de la moyenne des notes standards de 120 sujets. Nous voyons bien que les épreuves verbales sont les plus largement réussies.

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Détection des enfants surdoués par les psychologues scolaires

Voici un article écrit par Alexandre du site « les tribulations d’un petit zèbre » qui  permet de faire un choix éclairé quand le bilan de QI semble nécessaire. Une fois de plus, il me paraît important de prendre des renseignements auprès des associations concernées et locales avant de choisir…

Les interrogations relatives aux psychologues scolaires sont nombreuses chez les parents d’enfants surdoués, tout comme les problèmes de récupération des résultats lorsque l’enfant a été diagnostiqué intellectuellement précoce par un psy scolaire :-|

Je reçois pas mal de messages de familles perdues face à l’attitude d’un psy scolaire refusant de communiquer le moindre élément sur la passation d’un test d’efficience intellectuelle sur leur petit.
Je lis aussi souvent sur le net (forums, groupes) les mêmes idées reçues, erreurs d’interprétation des textes ou confusion entre plusieurs principes du droit…

Voici donc quelques précisions à connaître avant d’accepter trop rapidement (& au risque de s’en mordre parfois les doigts :dots: ) de faire évaluer son enfant par un psychologue scolaire. Subsiste dans l’esprit de bon nombre de parents un flou artistique à propos des ces psychologues de l’Education Nationale, anciennement enseignants :!:

° Un psychologue scolaire a-t-il la même formation qu’un psychologue libéral ?
Non. Les psychologues scolaires n’ont en effet pas la même formation que les psychologues classiques (qu’ils soient ou non cliniciens). Ils sont exclusivement recrutés parmi les personnels d’enseignement du premier degré, & sont donc d’anciens enseignants du primaire (n’ayant pas nécessairement fait 5 années d’études en psychologie, comme tous les autres psychologues).
Ils restent statutairement liés à leur corps d’origine, c’est pourquoi ils dépendent d’un Inspecteur de l’Éducation nationale comme les « simples » professeurs des écoles, dont ils font toujours partie. La psychologie scolaire est considérée comme une spécialisation de la fonction enseignante.

° Un psychologue scolaire est-il tenu au secret professionnel par le Code Pénal ?
Non, contrairement aux médecins, avocats, assistants sociaux, etc. il n’existe aucune loi imposant un secret professionnel qui serait spécifique du psychologue. Dans le cas de psychologues non-fonctionnaires, un principe de protection est également assuré par l’article 9 du Code Civil selon lequel « chacun a droit au respect de sa vie privée ».
Un psychologue ayant un statut de fonctionnaire (d’état, territorial ou hospitalier), comme c’est le cas pour les psy scolaires, est tenu au secret professionnel prévu à l’article 26 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits & obligations des fonctionnaires (de TOUS les fonctionnaires). Les psychologues scolaires sont ainsi tenus au secret professionnel en leur qualité de fonctionnaires (& non en leur qualité de psychologues) !
Pour revenir au Code Pénal : son article 226-1 punit « d’un an d’emprisonnement & de 45 000€uros d’amende le fait, au moyen d’un procédé quelconque, volontairement de porter atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui […] ». Mais cette règle générale est applicable à tout individu, & rien dans le Code Pénal n’est spécifiquement prévu pour les psychologues, quels qu’ils soient.

° La loi impose aux psychologues le respect d’un Code de Déontologie !
C’est faux. Les Codes de Déontologie (il peut en exister différents) n’ont aucune valeur légale. Chacun reste libre, sous réserve qu’il respecte la loi commune, de faire ce qu’il veut de ces codes.
Par exemple, un Code de Déontologie signé le 22 mars 1996 par l’AEPU (Association des Enseignants de Psychologie des Universités), l’ANOP (Association Nationale des Organisations de Psychologues) & la SFP (Société Française de Psychologie) puis adopté par 28 organisations de psychologues, révisé en février 2012, se dit représenter un moment particulièrement fort de la structuration identitaire de la profession en France. Mais rien ne peut contraire des associations de psy à être signataires de ce Code, ni même tout psychologue à y adhérer & le respecter.

° Le psychologue scolaire est-il obligé de conserver une trace écrite d’un examen clinique &/ou psychométrique d’un élève ?
Oui, la circulaire n° 90-083 du 10 avril 1990 relative aux missions des psychologues scolaires prévoit que les examens cliniques & psychométriques « donnent lieu à la rédaction d’un document écrit ». Mais s’il lui est imposé de rédiger un écrit, rien ne contraint ou ne stipule quel type de document. Libre au psychologue de lui donner la forme qu’il choisira… & c’est ça qui importe finalement & qu’il est très important de comprendre ! :(
S’il est consciencieux, le psychologue scolaire prendra le temps de dresser un compte-rendu écrit détaillé. S’il ne l’est pas (ou s’il s’en lave un peu les mains, estime qu’il manque de temps, ou encore qu’il ne sait pas réellement quoi y mettre), il fera comme bon lui semble & sera en droit de le faire !
Absolument rien ne vient contredire cette totale liberté de présentation d’écrit…

° Le psychologue scolaire a-t-il une forme imposée de compte-rendu, un nombre de page obligatoire ?
Non, comme expliqué ci-dessus, il peut choisir la forme à donner à ce document écrit. Toujours selon la circulaire n° 90-083 du 10 avril 1990 portant sur les missions des psychologues scolaires, il est totalement libre du « choix de ses outils & de ses démarches, compte tenu des règles en usage dans l’exercice de sa profession ». La loi ne se prononce d’ailleurs pas non plus sur la validité scientifique des outils que le psychologue peut ou non choisir d’utiliser.
En clair, un psychologue scolaire fait comme bon lui semble. Le document écrit peut être très détaillé, précis, chiffré, comme il peut parfaitement être le plus sommaire possible. Personne ne pourra alors exiger de lui telle ou telle présentation du document écrit.

° Que permet la loi relative à la protection des données, notamment lorsqu’il est question de mineurs ?
La loi n° 78-17 du 06 janvier 1978 relative aux fichiers & aux libertés dispose que les parents (ou les tuteurs légaux s’il y a lieu) puissent exercer un droit d’accès & de rectification concernant le dossier psychologique de l’enfant, comme pour TOUTES les données relatives au mineur dont ils sont responsables. Mais cette loi n’oblige en rien le psychologue scolaire à établir un compte-rendu (chiffré, détaillé, faisant apparaître des conclusions quelconques).
L’accès aux données n’équivaut pas à l’accès à un compte-rendu écrit exigible du psy scolaire ! Il faut impérativement distinguer l’accès & la protection des données personnelles (garantis par cette loi) de l’obligation de rédaction d’un compte-rendu, qui elle, n’est pas du tout prévue par la loi & ne dépend que du bon-vouloir du psychologue.

° Qu’est-ce qui est garanti par la loi alors ?
C’est l’accès aux données & la rectification qui est permise. Aussi, si le compte-rendu espéré n’existe pas physiquement, rien ne peut légalement contraindre le psychologue scolaire à en rédiger un selon une modèle qui lui serait imposé. Les parents (pas plus qu’un Inspecteur d’Académie ou un enseignant) ne pourront pas exiger du psychologue scolaire qu’il dresse un document selon leur volonté.

° Le psychologue scolaire peut-il être contraint à communiquer un bilan écrit détaillé &/ou des chiffres de passation d’un test de QI ?
Non, encore une fois. La circulaire n° 90-083 prévoit que « lorsque les informations contenues dans ce document ou certaines seulement d’entre elles doivent être communiquées, le psychologue scolaire veille à ce que cette communication soit adaptée à son destinataire ».
Si par contre ce document de compte-rendu existe & que le psychologue estime ne pas devoir (pour une raison ou pour une autre, dont il reste seul juge) le faire connaître dans son intégralité, il peut tout à fait ajuster le contenu des infos transmises en fonction de la personne lui en fait la demande.
Il ne faut pas confondre ce que le Code Pénal prévoit par son article 441-4 & qui affirme que celui qui présenterait une version arrangée du compte-rendu d’un examen psychologique s’expose à des peines pouvant aller jusqu’à quinze ans de réclusion criminelle & 225000 euros d’amende & la liberté de communication du psychologue. Comme évoqué juste au dessus en début de réponse, la circulaire n° 90-083 permet au psychologue d’être libre de ne pas divulguer tous les éléments. Cela ne lui permet pas de biaiser un compte-rendu (ce qui tomberait alors sous le coup de l’article 441-4 du Code Pénal !), mais cela lui confère par contre le droit de ne porter à la connaissance de son interlocuteur qu’une partie des éléments de l’examen psychologue, afin d’adapter la transmission de ces informations.

° Un psychologue scolaire est-il habilité à procéder à la passation de test de QI & à déterminer si un enfant est ou non à haut potentiel intellectuel ?
La loi ne prévoit strictement rien quant aux pratiques du psychologue, que ce soit pour des examens cliniques, psychométriques, des entretiens, etc. Aucun diplôme n’est exigé ; un orthophoniste ou un enseignant peut sans problème s’amuser à faire passer un Wisc à un enfant. Tout le monde pourrait en fait faire passer un test de QI ou un test de personnalité (Rorschach, etc.), & même se faire payer pour cela, dès lors qu’il n’y a pas usurpation du titre de psychologue. Car c’est seulement cela que sanctionne la loi française (article 433-17 du Code Pénal relatif à « l’usage, sans droit, d’un titre attaché à une profession réglementée par l’autorité publique ») : l’usurpation du titre !
Il n’y a donc rien qui différencie légalement parlant quelqu’un en mesure de procéder à la passation d’un test d’efficience intellectuelle de quelqu’un n’étant pas capable de le faire. Un psychologue scolaire est parfaitement en droit de s’y atteler, comme tout autre psychologue du reste.
Par contre, outre l’aspect purement légal, il y a un aspect « compétences & connaissances nécessaires » extrêmement important, à prendre en considération :-o Dans le privé les psy spécialistes en matière de surdouement ne sont déjà pas légion… alors dites-vous bien qu’un psychologue scolaire est encore plus rarement compétent sur ces questions délicates.
Personnellement, je déconseille toujours vivement de passer par un psychologue scolaire en cas de suspicion de douance. Car s’il existe sans aucun doute des psy scolaires capables de bien analyser un Wppsi ou un Wisc, la plupart du temps les retours des familles sont catastrophique ! D’autant qu’une fois que le test est passé, s’il a mal été analysé l’enfant ne pourra pas le repasser avant 2 ans. Il n’est en outre pas rare de voir des psychologues scolaires procéder à la passation de tests obsolètes ds leur version (Wisc III au lieu de Wisc IV par exemple, car les versions les plus récentes sont très cher à acheter & certains psy scolaires n’en font pas l’investissement), ce qui n’a alors aucune valeur en terme de psychométrie.

° Les parents peuvent-ils exiger un compte-rendu écrit complet de plusieurs pages ou faisant clairement état de la précocité intellectuelle en cas de bilan psychométrique passé avec le psychologue scolaire ?
Pour pourvoir réclamer un compte-rendu &/ou des explications, il faut que ce document existe ! Or, le psychologue peut, tout à fait légalement, se borner à établir un document écrit de 2 lignes. Il peut aussi choisir de donner un compte-rendu aux parents, de faire état de données chiffrées, analysées, mais sachez que rien ne l’y oblige aux yeux de la loi. Il ne s’agit ds ce cas que d’un geste de sa part (un geste intelligent, certes, mais un geste tt à fait facultatif & soumis à sa seule volonté).

° Consulter un psychologue libéral est-il une garantie d’avoir à faire à quelqu’un de sérieux & d’obtenir un bilan complet stipulant clairement la précocité intellectuelle de l’enfant ?
Malheureusement non, il existe aussi des psy libéraux qui bâclent leur travail, ne donnent qu’un compte-rendu ultra épuré de quelques lignes, ne rendent aucune analyse ou se refusent à communiquer les chiffres (ou d’autres encore qui ne transmettent alors que des chiffres, sans plus d’explications…). Parmi les psychologues, comme dans tout domaine, on trouve des professionnels fiables, & d’autres nettement moins sérieux.
D’où l’importance de bien se renseigner au préalable, ce que l’on ne peut pas faire dès lors que l’enfant est pris en charge par un psychologue scolaire. C’est pourquoi je déconseille de passer par lui pour quelque chose d’aussi important & spécialisé qu’un bilan psychométrique.

° Un bilan effectué auprès d’un psychologue scolaire est-il payant ?
Non, il est gratuit. C’est aussi (malheureusement) un élément essentiel à prendre en compte dans les conflits qui opposent souvent les familles aux psychologues scolaires.
Non pas qu’un psychologue libéral soit soumis à de plus strictes obligations (les libertés & les contraintes sont en réalité les mêmes) ou que le fait de payer 200 ou 300€uros autorise la famille à imposer quoi que ce soit au professionnel. On n’achète pas un test mettant en évidence un haut quotient intellectuel, soyons bien clairs sur ce point :up:
Mais le choix d’un psychologue privé libéral & sa consultation en vue d’un bilan psychométrique se font généralement après demandes de renseignements téléphoniques. Il est donc possible de bien exposer ses attentes (compte-rendu complet, chiffré, etc.) & dans le cas où le psy privé ne corresponde pas à ce que l’on estime être en droit d’obtenir, il suffit de se tourner vers un confrère plus sérieux. Or, ce « choix » n’est pas possible en matière de psychologue scolaire.

° Un psychologue scolaire peut-il choisir de ne transmettre que certains éléments aux familles des élèves vus lors d’entretiens &/ou examens ?
Oui, il le peut comme je l’ai développé plus haut, mais par contre il ne peut pas biaiser un compte-rendu (le truquer, le rendre mensonger). Le psychologue (scolaire ou libéral) n’est pas tenu de révéler aux parents qui en feraient la demande la totalité des informations qu’il a collectées lors des entretiens avec un enfant. De même qu’un Inspecteur de l’Education Nationale n’a pas accès au dossier psychologique intégral de l’élève, les parents ne peuvent exiger la transmission de l’intégralité des éléments recueillis par le psychologue scolaire qui bénéficie d’une liberté garantie par la phrase « le psychologue scolaire veille à ce que cette communication soit adaptée à son destinataire » (circulaire n° 90-083).

° Peut-on s’opposer au refus de la part du psychologue scolaire de transmettre l’intégralité des éléments sur notre enfant ?
Non, il n’y a aucun recours possible dès lors que la circulaire affirme que c’est au psychologue scolaire de veiller à ce que la communication des pièces soit adaptée à son destinataire. Autant dire qu’il fera ce qu’il voudra & estimera (avec plus ou moins de bonne volonté) juste ! :( Il y a bien peu de chances pour qu’il juge de lui-même qu’il n’a pas correctement effectué son boulot n’est-ce pas, or il est celui qui doit y veiller…
Si la loi permet l’accès aux données & leur rectifications, elle trouve ses limites dans la liberté accordée aux psychologues dans le choix du type d’informations à transmettre aux différents interlocuteurs qui s’adresseront à lui. A noter que l’Inspecteur de l’Education Nationale lui-même ne peut rien imposer au psychologue scolaire (ni forme d’écrit, ni outil d’évaluation).

° Un enfant peut-il s’entretenir avec le psychologue scolaire sans l’accord des parents ou des tuteurs légaux ?
Oui ! Un entretien est parfaitement permis (dès lors qu’il ne s’agit que d’un entretien, sans constitution de dossier !) sans en avertir les parents. De même qu’un chef d’établissement peut tout à fait recevoir un élève sans consentement préalable des parents.

° Peut-il être examiné cliniquement &/ou psychologiquement toujours sans accord des responsables légaux ?
Non, tout examen doit faire l’objet d’un accord des parents. Cette obligation, rappelée dans la circulaire n° 90-083, résulte de l’article 6 de la loi du 06 janvier 1978 sur les traitements de données à caractère personnel.
La circulaire ordonne que « les examens individuels ne peuvent être entrepris sans l’autorisation des familles ».

° Les parents ou responsables légaux peuvent-ils refuser un examen qui serait réalisé par le psychologue scolaire ?
Bien sûr que oui !!!

° Lorsque des parents refusent l’examen clinique ou psychologique de leur enfant par un psychologue scolaire, ce dernier peut-il malgré ce refus monter un dossier à partir de simples observations réalisées en classe ?
Non. Un dossier constitué à partir d’observations faites de l’élève dans sa classe est un traitement de données à caractère personnel auquel s’appliquent toutes les règles prévues par la loi du 06 janvier 1978. Il s’agit donc d’un acte soumis à l’accord préalable des parents ou tuteurs légaux de l’enfant.

° Il est interdit au psychologue scolaire d’engager une évaluation ou un examen impliquant des enfants avec lesquels il aurait un lien.
C’est faux, cette interdiction n’existe que dans l’imaginaire collectif ! Même si ce peut être moralement contestable, rien dans la loi ne vient consacrer cette interdiction présumée. On peut très bien imaginer qu’un psychologue (scolaire ou autre) reçoive en entretien ou en examen individuel son neveu ou sa fille par exemple, rien ne l’interdit.

Le QI est-il cuit ?

À en juger par sa notoriété, on pourrait croire le fameux QI entré dans les mœurs et inoxydable. En réalité, pas du tout : les psychologues l’utilisent avec une prudence grandissante, quand ils ne préconisent pas de le supprimer. Mais que lui reproche-t-on ?

91 pour George W. Bush, 140 pour Madonna, paraît-il. Qui dit mieux ? Le grand public semble aujourd’hui friand du quotient intellectuel (QI), censé mesurer l’intelligence. Chacun étant curieux de connaître le sien, des magazines, des sites Internet et des émissions télévisées proposent de le calculer en quelques minutes pour le comparer à celui de personnalités du show-biz. On pourrait en sourire, si cette vogue n’avait des effets pervers : les psychologues sont de plus en plus souvent confrontés à des parents demandant qu’on leur fournisse le QI de leur enfant afin de savoir quel avenir lui est promis… Or le QI n’est ni un jeu ni un thème astral.
Le QI ne constitue pas une évidence mathématique : il a une longue histoire. Alfred Binet (1857-1911) et Théodore Simon (1873-1961) proposent en 1905 leur échelle métrique de l’intelligence, destinée à repérer les enfants promis aux plus grandes difficultés scolaires, afin de prévoir les aménagements pédagogiques qui leur seront dispensés.

Le QI, source de bien des malentendus

L’échelle de Binet-Simon permet d’attribuer à chaque sujet son « âge mental », c’est-à-dire l’âge auquel des enfants « normaux » accomplissent des performances analogues aux siennes. Le retentissement de ces travaux sera immense aux États-Unis. En 1916, une version élaborée par Lewis M. Terman (1877-1956), inspirée du psychologue allemand William Stern (1871-1938), ajoute le QI, en l’occurrence le rapport entre l’âge mental et l’âge réel, multiplié par 100. Enfin, en 1939, pour faciliter l’utilisation de l’échelle sur les adultes, le psychologue américain David Wechsler (1896-1981) modifie le mode de calcul du QI, qui conserve son nom bien qu’il ne soit plus un quotient.
Le QI de type Wechsler, régulièrement actualisé, s’est imposé comme échelle d’évaluation de l’intelligence… mais constitue la source d’un premier malentendu. Le chiffre obtenu laisse croire que chacun disposerait d’une certaine dose de facultés intellectuelles. Or, le QI Wechsler ne mesure pas l’intelligence comme on mesure la taille ou le poids, mais classe (avec une marge d’erreur) un individu selon ses performances, par rapport à ses pairs de même âge. Le QI a donc une valeur statistique, et non pas métrique. Une autre idée reçue veut qu’il soit acquis une fois pour toutes dès 6 ans, ce qui signifie que malgré le développement de son intelligence, un individu occuperait toujours le même rang dans sa tranche d’âge. En fait, le QI n’est pas immuable : il peut varier considérablement si l’environnement socioculturel est lui-même modifié. Par exemple, une étude se penchant sur l’évolution intellectuelle des petits Américains a montré que le QI d’enfants pauvres peut chuter de 5 points entre 6 et 11 ans, tandis que celui d’enfants plus favorisés reste stable. Selon les chercheurs, aucun autre facteur que l’environnement ne semble expliquer ce chiffre (1). La valeur prédictive du QI est donc faible : un praticien ne peut se fonder sur un QI ancien pour apprécier l’intelligence actuelle ou future d’un patient.

Une mesure mise à mal par les intelligences multiples

Certes, nulle épreuve psychologique ne prétend être parfaite. Mais il existe un autre argument scientifique de taille contre le QI : il constitue l’héritage du début du xxe siècle, au temps où l’on définissait l’intelligence comme une faculté globale, unique, ou comme un ensemble d’aptitudes dotées d’un dénominateur commun (le « facteur g »). Or, cette conception est aujourd’hui battue en brèche : de nombreux psychologues considèrent plutôt l’intelligence comme un ensemble d’aptitudes indépendantes, inégalement exprimées dans chaque individu. Le QI ne serait un indicateur correct que pour les performances intellectuelles requises dans un contexte scolaire. La vie ne se résumant pas à l’école, plusieurs chercheurs jugent donc indispensable, depuis deux décennies, de considérer d’autres formes d’intelligences. C’est le cas de Howard Gardner, qui a proposé, en 1983, de prendre en compte sept types d’intelligences (les « intelligences multiples ») associées aussi bien aux aptitudes aux relations interpersonnelles qu’à la musique, à la kinesthésie qu’à la morale. Il en suppose huit aujourd’hui, voire neuf, bien qu’elles n’aient pas fait l’objet de validations scientifiques, H. Gardner étant opposé aux évaluations psychométriques traditionnelles. Robert Sternberg, pour sa part, défend depuis 1985 sa « théorie triarchique », fondée, elle, sur des mesures empiriques. Il distingue trois formes d’intelligences : une analytique (mesurée par le QI), mais aussi une intelligence pratique et une créative. Le QI n’a pas été prévu pour rendre compte d’une telle complexité.
D’ailleurs, D. Wechsler lui-même percevait les limites d’un QI prétendant rendre compte, par un seul chiffre, de compétences disparates. C’est pourquoi il défendait la division du QI global en deux autres, l’un verbal et l’autre non verbal. Aujourd’hui, la dernière version des épreuves pour enfants de type Wechsler, si elle maintient la possibilité de calculer un QI global, privilégie quatre indices différents (compréhension verbale, raisonnement perceptif, mémoire de travail, vitesse de traitement). D’autres batteries utilisées sur le terrain par les psychologues, comme le K-ABC, distinguent également plusieurs sous-échelles inspirées par les avancées de la psychologie cognitive, mais négligent le calcul du QI global. L’important, alors, n’est pas ce que l’enfant a acquis ou non, mais comment il le fait. L’évaluation de ses capacités d’apprentissage prime sur celle de ses connaissances.

Racisme biologique ou angélisme béat

Le QI est donc un instrument complexe, aussi bien dans son évaluation que dans son interprétation : tel est le message qu’a voulu faire passer une poignée de praticiens français réunis autour du psychologue Robert Voyazopoulos, en 2005, dans un article-pétition qui, depuis, s’est attiré le soutien de près de 700 confrères (2). Les auteurs rappellent qu’un psychologue ne se basera jamais sur le seul QI pour évaluer l’intelligence d’un enfant : le QI n’a pas de valeur en soi, mais doit s’insérer dans une évaluation globale incluant d’autres tests (et pas seulement d’intelligence), ainsi que des données qualitatives (cliniques, socioculturelles, biographiques…). Tout cela ne s’improvise pas, et nécessite un intervenant dûment formé. Celui-ci, d’ailleurs, devrait se réserver le droit de ne pas communiquer le QI à la famille ou à l’intéressé : les attentes sociales sont telles en matière d’intelligence que la stigmatisation pour un faible QI, par exemple, est un danger réel.
Le psychologue Jacques Lautrey va plus loin que ses collègues : trop peu informatif, trop vieux, voire pernicieux, le QI n’aurait plus de raison d’être. Autant le supprimer purement et simplement (3) ! Nous n’en sommes pas là, le QI étant solidement ancré dans la pratique des psychologues.
D’ailleurs, certains s’en satisfont tout à fait et ne voient pas l’intérêt de mettre en doute sa pertinence, surtout aux États-Unis, où il a toujours servi à classer les individus. Là-bas, les personnes au QI le plus bas ont souvent des profils opposés à celui des chercheurs : noires et pauvres. Pour peu que le QI soit considéré comme infaillible et suffisant pour expliquer les aptitudes intellectuelles et le destin d’un être humain, certaines conclusions radicales peuvent dès lors être avancées sous couvert d’objectivité statistique : tel ou tel groupe social, voire ethnique, sera par définition défavorisé puisque biologiquement déficient, quelle que soit la politique menée à son égard. Le débat revient ponctuellement, et les accusations de racisme biologique ou d’angélisme béat fusent de part et d’autre.
Le QI n’est décidément pas un instrument anodin : il ne constitue pas seulement une méthode de mesure d’une certaine intelligence, mais peut aussi véhiculer une idéologie lourde de conséquences pour notre représentation du corps social.
NOTES

(1) Naomi Breslau et al., « Stability and change in children’s intelligence quotient scores: A comparison of two socioeconomically disparate communities », American Journal of Epidemiology, vol. CLIV, n° 8, 2001, cité par Jacques Grégoire, L’Examen clinique de l’intelligence de l’adulte, Mardaga, 2004.
(2) Collectif, « Des psychologues s’interrogent sur le QI et certains de ses usages », Journal des psychologues, n° 230, septembre 2005.
(3) Jacques Lautrey, « Pour l’abandon du QI : les raisons du succès d’un concept dépassé », in Marie Duru-Bellat et Martine Fournier, L’Intelligence de l’enfant. L’empreinte du social, Sciences Humaines Éditions, 2007.

Sciences Huumaines

les tests de QI: échelle de Wechsler et loi normale

wisc matrice

Lors de l’évaluation psychologique d’un enfant nous utilisons souvent ce qu’on appelle des tests d’efficience intellectuelle permettant de calculer un quotient intellectuel, le fameux QI. Il s’agit d’une mesure qui fait l’objet de nombreuses croyances et de nombreux fantasmes. Quelle est son utilité dans le cadre de l’évaluation et du suivi de l’enfant ? Cet article à pour but de répondre à ces  interrogations à travers l’exemple des échelles de Wechsler.


En effet, les tests  le plus souvent utilisés pour évaluer le niveau intellectuel sont les échelles de Wechsler, qui se déclinent en plusieurs tests adaptés à l’âge de la personne.

  • La WPPSI est utilisée pour les jeunes enfants (de 2 ans 8 mois à 7 ans 7mois)
  • La WISC est utilisée pour les enfants et adolescents (de 6 ans à 16 ans 11 mois)
  • La WAIS est utilisée pour les adultes.

Ces échelles sont diffusées par L’ECPA, qui est garante du sérieux et de la validité de ces tests.

Il existe cependant d’autres tests de QI comme K-ABC, l’EDEI-R ou les matrices de Raven. Ils peuvent être utilisé de manière indépendante ou pour réaliser des observations complémentaires.

« Comment savoir s’ils sont fiables ? »

Tous les tests utilisés par les psychologues font l’objet d’une standardisation et d’une validation scientifique. Cette obligation est clairement formulé dans le code de déontologie des psychologues.

Chapitre 3, Article 18 : Les techniques utilisées par le psychologue pour l’évaluation, à des fins directes de diagnostic, d’orientation ou de sélection, doivent avoir été scientifiquement validées.

Ils sont passés auprès de plusieurs centaines d’enfants avant d’être commercialisés, dans le but de définir une norme pour chaque épreuve. On obtient alors ce qu’on appelle un étalonnage, c’est à dire la distribution des résultats obtenus en fonction de l’âge de l’enfant. En psychologie, tout score n’a de sens que s’il est comparé à une norme. Les tests sont régulièrement ré-étalonnés pour correspondre au mieux à la norme actuelle.

« Que signifie le score obtenu (QI) ? »

Pour comprendre le concept de QI, il faut comprendre la loi normale. Comme beaucoup de données observables (taille, poids, moyenne scolaire, etc.) chez un ensemble d’individu l’intelligence est répartie dans la population de manière égale de part et d’autre de la moyenne, en suivant cette courbe :

loi normale

Il s’agit d’une courbe normale, ou courbe de Gauss, dans le sens où elle définit une norme à laquelle on peut se comparer. Le QI prend son sens par rapport à cette norme liée à l’âge de l’enfant. La moyenne est à 100, c’est le résultat le plus susceptible d’être obtenu par les enfants de cet âge.

Les écarts par rapport à la moyenne se comptent en écart-type ou déviation standard. Pour le QI, l’écart-type est de 15. Cela signifie qu’entre 85 et 115 (plus ou moins 1 écart-type, déviation standard ou DS), le résultat est dans la moyenne. On parle de score moyen. Entre 0 et -1 DS (entre  100 et 85) on est dans la moyenne faible et inversement entre 0 et +1 DS dans la moyenne forte. Au delà de -1 DS ou +1 DS, l’écart par rapport à la moyenne est important et on parle respectivement de score faible ou supérieur. On parle de déficience intellectuelle en dessous de 70 et de précocité intellectuelle au delà de 130.

Attention : un score moyen n’est pas une mauvaise chose. Cela peut être perçu ainsi dans le milieu scolaire (où un résultat « moyen » n’est pas suffisant), ici c’est tout le contraire, on attend en général que l’enfant soit dans la norme, et donc moyen !

« Quel est le rapport entre le QI et les rangs percentiles ? »

Les rangs percentiles sont une autre manière d’exprimer ce score. Un score à 100 correspond à un rang percentile 50, c’est à dire à la médiane (là ou le nombre de fois ou ce score à été obtenu est également réparti à gauche et à droite). Cela signifie qu’il y a 50% de la population qui a obtenu un score égal ou inférieur à celui là. Plus le rang percentile s’éloigne de 50, vers le haut ou vers le bas, plus il est rare. Plus le rang percentile augmente, moins il est fréquent de trouver des personnes ayant un résultat plus élevé, et inversement.

Exemple : Une personne avec un score supérieur à 130, se trouvera au rang percentile 98 ou plus et aura donc un score supérieur à 98% de la population de référence.

« Utiliser un seul chiffre pour définir l’intelligence d’un enfant, n’est-ce pas réducteur ? »

Oui, c’est absolument réducteur, et c’est pour cela que ce n’est pas ce que les psychologues font ! Le QI total n’a du sens que comme étant un aperçu de plusieurs indices.

Pour la WPPSI IV par exemple, il s’agit des indices suivants :

  • Indice de compréhension verbale : il mesure l’intelligence cristallisée (c’est à dire les connaissances apprises du monde extérieur, qui comprennent le savoir académique, le vocabulaire, la compréhension que l’on a du monde dans lequel on vit) ;
  • Indice de raisonnement fluide : cela mesure les capacités de raisonnement logique sur la base d’indices visuels, mais aussi la catégorisation et l’abstraction ;
  • Indice de raisonnement visuospatial : il appréhende la capacité de l’enfant à manipuler mentalement une image, à établir des relation entre les objets.
  • Indice de mémoire de travail : il s’agit d’observer le nombre d’informations que l’enfant peut retenir et manipuler.
  • Indice de vitesse de traitement : il permet d’observer une éventuelle lenteur dans l’exécution, la compréhension d’une consigne ainsi que les stratégies mises en place pour effectuer une tâche.

Chacun de ces indices est divisé en subtests mesurant des habiletés différentes. Les subtests utilisés sont décrits dans le bilan de l’enfant.

C’est sur la base de ces indices que nous faisons un bilan intellectuel, et le QI n’a du sens que si les scores sont à peu près équivalent (on dit alors que l’enfant à un niveau homogène). Si ce n’est pas le cas, c’est l’analyse de tous les indices qui nous indiquera le fonctionnement de l’enfant, qui est dit hétérogène.

Attention : Le QI n’est pas la moyenne des indices ! Il s’agit d’un score indépendant basé sur les résultats aux subtests principaux, qui recoupent tous les indices.

Lorsque le QI et les scores d’indice sont calculé, il est fréquent que des examens complémentaires soient proposés pour explorer les points sensibles qui ont été dégagés : la mémoire, l’attention ou les fonctions exécutives par exemple font l’objets de tests dédiés et permettent de nuancer et d’approfondir le score de l’enfant.

Les résultats obtenus ne sont jamais une fin en soi. Il s’agit d’une base qui servira à construire un programme éducatif adapté aux compétences et besoins spécifiques de l’enfant. Le but est de comprendre le fonctionnement de l’enfant pour respecter au mieux sa spécificité et l’aider à développer son potentiel !

site « classes ouvertes de neuropsychologie »

INVENTAIRE D’IDENTIFICATION à partir de 6 ans, Jean Charles TERRASSIER

Pour avoir une première idée…

Attention : Certains enfants précoces automutilés (voir dictionnaire) peuvent avoir des mauvais résultats à ce test.
Extrait de : Jean-Charles TERRASSIER « Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante » – 3° Ed 1995 – ESF Editeur – pp 59-60

INVENTAIRE D’IDENTIFICATION
« L’inventaire d’identification des enfants précoces que je propose ci-après, peut aider aussi bien les parents que les enseignants à poser l’hypothèse de la précocité chez des enfants de 6 à 12 ans.
Tous les comportements n’ayant pas la même valeur diagnostique, chacun des 21 items est pondéré par un coefficient.
A partir d’un score de 13 à 14 points, l’hypothèse de la précocité a plus d’une chance sur deux de s’avérer exacte.
Cet inventaire est également utilisable pour identifier les enfants surdoués qui ont des difficultés scolaires. Il convient alors de ne retenir que les items marqués d’un astérisque (*). Au dessus d’un score de 10 points, l’hypothèse de la précocité est à vérifier par des tests d’intelligence. »

L’enfant …

1 … a été capable d’apprendre à lire avant le cours préparatoire (6 ans ) :
– Seul ou presque : 7 points
– Aidé : 5 points
– Non : 0 point

2 … lit beaucoup et rapidement des livres (les illustrés n’ont pas à être pris en compte) :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

3 … manifeste un grand intérêt pour les encyclopédies et les dictionnaires :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

4 … a appris rapidement à lire mais a eu des difficultés pour l’écriture (valable surtout pour les
garçons) :
– Oui : 1 point
– Non : 0 point

5 *… choisit des camarades plus âgés que lui pour les activités d’intérieur :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

6 * … aime beaucoup dialoguer avec les adultes :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

7 * … pose beaucoup de questions variées et originales :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

8 * … veut toujours savoir le « pourquoi » de tout :
– Oui : 1 point
– Non : 0 point

9 * … quoique parfois distrait, est capable, quand quelque chose ou quelqu’un l’intéresse (un film, la
télévision, une personne) de faire des observations d’une étonnante perspicacité :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

10 * … juge volontiers les gens :
– Oui : 1 point
– Non : 0 point

11 * … est ennuyé par les activités de routine (tout ce qu’il faut recommencer indéfiniment de la même
façon : la toilette quotidienne, par exemple, mais aussi les exercices scolaires qui lui paraissent
faciles et dépourvus de variété) :
– Oui : 1 point
– Non : 0 point

12 * … est très sensible à l’injustice, même s’il n’en est pas lui-même la victime :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

13 * … a le sens de l’humour :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

14 … a souvent un très large vocabulaire, mais c’est surtout le niveau de ses réflexions qui étonne :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

15 * … aime les jeux compliqués (échecs, « mastermind », jeux de stratégie en général) et y réussit :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

16 … s’il est déjà au collège, a été populaire auprès de ses camarades à l’école, mais l’est moins
maintenant auprès de ses condisciples collégiens :
– Oui : 1 point
– Non : 0 point

17 * … préfère travailler seul
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

18 * … est intéressé par l’univers, par le problème de l’origine de l’homme, et par la préhistoire :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

19 … est en tête de classe sans effort apparent :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

20 * … a un sens esthétique développé (musique, arts plastiques, mais aussi environnement), il est
sensible à l’harmonie de ce qui l’entoure :
– Oui : 2 points
– Non : 0 point

21 * … il est passionné par un ou plusieurs hobbies et il en change assez souvent :
– Oui : 1 point
– Non : 0 point

Calcul: …… points dont …… points hors scolaire
A partir d’un score de 13 à 14 points (ou 10 en hors scolaire), l’hypothèse de la précocité (Haut Potentiel) a plus d’une chance sur deux de s’avérer exacte, les tests s’imposent.

Pour faire ces tests deux possibilités:
– la psychologue scolaire (par le biais du médecin scolaire) mais la démarche est longue
– une psychologue en libéral (coût 150 à 250€), vous pouvez vous rapprocher d’une association (l’AFEP par exemple) afin d’avoir l’adresse d’une psychologue sensibilisée au haut potentiel.
site Douance