Archives pour la catégorie intelligences multiples

6 principes pour aider efficacement un enfant face au harcèlement scolaire

Blog « apprendre, réviser, mémoriser », 30 décembre 2016

aider enfant harcèlement scolaire

Une approche inhabituelle : “Te laisse pas faire” pour aider les enfants face au harcèlement scolaire

Emmanuelle Piquet, auteur du livre Te laisse pas faire : aider son enfant face au harcèlement scolaire, a une approche à contre-courant des idées reçues au sujet du harcèlement scolaire : ne pas surprotéger les enfants mais les aider à se défendre par eux-mêmes… J’avoue que j’ai beaucoup pensé à l’approche Montessori à la lecture de ce livre dans le sens “aide moi à faire tout seul”. Emmanuelle Piquet propose de donner des pistes aux enfants victimes de harcèlement scolaire : construire des outils avec l’enfant plutôt que tenter de résoudre le problème à leur place.

Emmanuelle Piquet voit dans cette posture “aide moi à me défendre tout seul” plusieurs avantages :

  • ancrer les apprentissages relationnels acquis par les enfants vulnérables à cette occasion,
  • généraliser ces apprentissages à d’autres situations similaires,
  • incarner une nouvelle posture corporelle (tête haute, corps déplié, yeux droits),
  • renforcer la confiance en soi comme moyen de prévention de nouvelles attaques (les harceleurs ne s’en prennent pas aux enfants qui ont confiance en eux),
  • doter l’enfant d’une posture solide (message et attitude) à laquelle il pourra se raccrocher.

 

te laisse pas faire aider son enfant face au harcèlement scolaire

 

6 principes pour aider efficacement un enfant face au harcèlement scolaire 

1. La bonne posture du parent ne consiste pas à se mettre entre nos enfants et le monde, mais à côté d’eux. 

En effet, lorsqu’on prend en charge une de leurs relations à leur place parce qu’elle est problématique, on prend le risque de la cristalliser

2. Quoi qu’il en soit, faire intervenir un adulte dans une relation problématique entre enfants est contraire au code de la cour de récréation.

3. Le plus efficace lorsqu’on tente de résoudre un problème relationnel, c’est de travailler avec celui qui souffre, pas avec celui qui agresse. 

Or, dans les interventions institutionnelles de l’Education Nationale actuelles, on fait systématiquement l’inverse.

4. Quand une émotion très négative nous submerge et que l’on essaie de tout faire pour ne pas y penser, cette émotion devient fréquemment de plus en plus submergeante. 

L’émotion désagréable continue de nous submerger tant qu’on n’a pas regardé précisément ce qu’elle voulait nous dire.

“Vas-y, pleure. Parce que franchement il y a de quoi pleurer. C’est vraiment horrible comme situation.”

“Je comprends que tu aies peur que cela ne s’arrête jamais.”

“Tu as honte et tu te demandes ce que les autres pensent de toi.”

J’apprécie ce point de vue car il consiste à accueillir, reconnaître et traverser les émotions (plutôt que les nier ou les mettre en doute – “ce n’est pas grave”, “ils ne doivent pas être si méchants que ça, “ça va passer tout seul”…). Il ne s’agit pas non plus de rassurer mais d’aider les enfants à accueillir leurs peurs pour leur permettre de voir les choses différemment : une fois notre pire cauchemar regardé dans les yeux, il devient moins épouvantable :-).

Une fois qu’on a traversé sa peur et qu’on est sur l’autre rive, on voit la situation sous un autre angle. – Emmanuelle Piquet

5. En poussant nos enfants à dénoncer ceux qui les embêtent, on leur fait prendre le risque à la fois de représailles et de pousser les agresseurs à être plus rusés pour ne pas se faire sanctionner les prochaines fois.

6. Conséquemment, lorsqu’un adulte aussi bienveillant, respectueux et intelligent soit-il intervient entre 2 enfants (ou plus), il prend le risque d’aggraver le problème alors qu’il vise évidemment l’inverse. 

 

Ce qui doit déclencher une action : la souffrance de l’enfant

Emmanuelle Piquet estime que seule la souffrance de l’enfant peut enclencher un processus efficace et réparateur face au harcèlement scolaire. On peut demander aux enfants comment ils se sentent, pratiquer l’écoute active avec eux mais il est inutile de souffrir à leur place.

Notre rôle est d’aider celui qui veut que ça change (le harcelé) à modifier l’interaction (avec le/les harceleur(s) ).

En général, les tentatives d’intervention se tournent vers le harceleur alors qu’il n’a aucun intérêt à ce que l’interaction change… et c’est la raison pour laquelle ces tentatives sont souvent inefficaces pour mettre un terme au harcèlement.

De même, le désintérêt et l’indifférence ne permettent pas à l’enfant vulnérable de se doter d’outils efficaces au niveau relationnel.

Emmanuelle Piquet écrit :

Nous ne soignons pas des personnes mais des relations. Nous n’allons donc pas modifier la personnalité du coupable ou de la victime mais bien modifier ce qui se passe entre eux.

Vous ne ferez rien avec quoi l’enfant victime ne soit absolument pas d’accord. Et évidemment tenez votre promesse, nous conseille Emmanuelle Piquet.

Il s’agit d’aller puiser dans les ressources des enfants victimes et les considérer comme compétents, comme ayant les ressources pour modifier la structure de la relation.

Emmanuelle Piquet propose d’abord d’aider l’enfant vulnérable à résoudre son problème d’un point de vue relationnel puis d’entamer d’éventuelles poursuites pour sanctions scolaires ou pénales. C’est à l’enfant de décider s’il souhaite des poursuites disciplinaires une fois que le harcèlement dont il a été victime a pris fin.

 

Un principe fort : “Tu as un impact sur la situation”

Emmanuelle Piquet propose un virage à 180° : passer de “tu ne peux rien y faire, je vais donc m’en occuper” (en demandant à l’école d’intervenir, en demandant aux parents de l’agresseur de le punir, en disant au camarade qu’il faut qu’il arrête, en changeant d’établissement… au risque d’être harcelé de nouveau car aucune nouvelle compétence relationnelle n’a été acquise) à “tu as un impact sur la situation“.

La posture parentale qu’Emmanuelle Piquet est la suivante : se mettre à côté de l’enfant pour l’aider à faire tout seul et l’aider à construire des “flèches de résistance“.

Pour opérer ce virage, elle insiste sur 2 aspects :

  • le contenu du message à adresser à l’agresseur par la victime (la “flèche”),
  • la posture physique (les yeux droits, la tête haute, le corps relevé, le sourire aux lèvres) qui envoie un nouveau signal.

 

Pour Emmanuelle Piquet, cette approche à contre courant comporte 2 grands avantages éducatifs :

  • pour l’enfant agressé (acquisition de nouvelles compétences et restauration de la confiance en soi),
  • pour l’enfant agresseur (expérience relationnelle correctrice : il est salutaire pour les harceleurs de subir une conséquences relationnelle négative au fait de harceler pour qu’ils ne soient pas maintenus dans une illusion de toute puissance et d’impunité).

 

Les flèches de résistance : un outil de défense et d’attaque contre la harcèlement scolaire

Le principe des flèches de résistance

Emmanuelle Piquet propose d’aider les enfants  à construire des flèches de résistance: ce sont des flèches d’arrêt à décocher seulement en cas d’agression, et non pas d’attaque (on ne répond à pas à la violence par la violence).

harcèlement scolaire

Elle parle de “judo verbal, souple et défensif, une forme d’auto défense”. Les flèches de résistance ont pour but de renvoyer sa propre violence à l’enfant ou au groupe qui harcèle.

Dans son livre, Emmanuelle Piquet dévoile plusieurs exemples de flèches de résistance qu’elle a élaborées conjointement avec des enfants lors de séances de thérapie. Elle y décrit également comment élaborer une flèche efficace et comment la décocher au bon moment. C’est en quelque sorte un jeu qui va à l’inverse de la manière dont l’enfant réagit habituellement.

 

Construire une flèche de résistance efficace

Elle explique par exemple qu’il est indispensable d’avoir tous les éléments en main et identifier tous les risques pour que la flèche soit la plus pertinente possible. Il est alors fondamental d’établir une relation de confiance avec l’enfant pour qu’il livre le plus de détails possibles sur la situation qu’il vit (depuis combien de temps est-il harcelé ? qui sont les harceleurs ? sur quels sujets appuient-ils ? est-ce que quelqu’un a déjà tenté d’intervenir ?…).

Par ailleurs, la préparation et l’entraînement sont très importants. Emmanuelle Piquet prend le temps de jouer les scènes avec les enfants qu’elle accompagne : quelles pourraient être les réactions des harceleurs ? que faire s’ils menacent de frapper ? Le fait d’envisager les scénarios possibles sécurisent les enfants et assurent l’efficacité des flèches de résistance.

La flèche est dans mon carquois et , quand j’y pense, je me sens plus forte. – une adolescente ex-victime

 

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..

Te laisse pas faire : aider son enfant face au harcèlement scolaire (éditions Payot)est disponible en médiathèque, chez votre libraire ou sur Amazon.

Commander Te laisse pas faire : aider son enfant face au harcèlement scolaire sur Amazon.

 

Le livre d’Emmanuelle Piquet donne des bases solides aux parents, aux enseignants, à tous les professionnels travaillant avec des enfants. Emmanuelle Piquet a ouvert des centres d’intervention en souffrance scolaire dans lesquels elle reçoit enfants, adolescents, parents et enseignants: les adresses à ce lien.

 

Les intelligences multiples en pratique (Partie 3)

Bruno HOURST / Méthodes et outils pédagogiquesapprendreaapprendre.com

 

 

2016_03_29_intelligence_multiples

Qu’est-ce que l’intelligence multiple ? Comment les mettre en pratique dans une classe ou dans une session de formation ?

Comment agir pour faire comprendre aux enseignants que cela répond à une véritable attente et qu’il y a un réel enjeu ?

L’échec scolaire de certains de leurs élèves est, pour beaucoup d’enseignants, une blessure permanente qu’ils doivent affronter tous les jours. La théorie des intelligences multiples explique bien que ces échecs viennent essentiellement de la non prise en compte d’intelligences fortes des élèves. A partir de là, ils peuvent changer leur regard, voir d’une manière plus positive leurs élèves, et mettre en place, en douceur, un changement dans leur pratique pour mieux prendre en compte cette diversité.

Et l’enjeu est immense : il s’agit de respecter les individus dans leur singularité et leur diversité, leur permettre d’utiliser et de développer leurs richesses propres. C’est l’une des clés d’une bonne estime de soi. Quant on sait que l’essentiel des problèmes psychologiques (relationnels, affectifs, comportementaux) ou de société (comme la violence des jeunes) prennent leur racine dans une mauvaise estime de soi, cela devient un problème de santé public.

Mais – car il y a un mais – nos sociétés sont fondées sur un système élite-masse (qu’entretient d’ailleurs le système scolaire), dans lequel une minorité de personnes a le pouvoir sur une majorité. Ce type de système n’aime pas trop qu’une majorité d’individus soit bien dans leurs baskets, car ils pourraient mettre à bas le pouvoir de la minorité : des exemples très récents le confirment.

Et donc il ne faut pas attendre que l’enjeu soit fixé au plus haut niveau. C’est chez ceux qui sont sur le terrain, souvent le dos au mur, que l’on trouvera le plus grand intérêt pour les intelligences multiples.

Peut-on solliciter facilement tous les types d’intelligences ou certaines sont plus délicates ?

Il y a effectivement des intelligences plus difficiles à solliciter, mais cette difficulté est essentiellement culturelle. Dans notre culture occidentale, le corps (et par ricochet l’intelligence corporelle/kinesthésique) n’a que peu ou pas de place dans l’enseignement, alors qu’il tient une part importante par exemple dans certains pays africains. Dans d’autres civilisations, la musique et la poésie étaient considérés comme des arts majeurs, et donc l’intelligence musicale/rythmique pouvait s’épanouir. Ce n’est plus le cas chez nous.

Pour utiliser d’autres formes d’intelligence, il faut donc « sortir du cadre » dans lequel nous sommes enfermés. Et ce cadre, auquel nous sommes si habitués, nous poussera souvent à dire que « c’est impossible », « c’est trop difficile ».

Les expérimentations dans des classes… Cela a-t-il était fructueux et pourquoi ?

Des écoles dans le monde entier introduisent peu ou prou les intelligences multiples dans leur enseignement. En France, c’est dans l’académie de Melun (région parisienne) que se sont développées le plus d’expérimentations.

Les résultats sont globalement très positifs, même si les résultats purement scolaires ne font pas des bons exceptionnels – en moyenne, environ 20% par rapport à un enseignement traditionnel.
Par contre, on voit des effets très positifs dans le comportement des élèves et dans la vie de classe. Et c’est souvent les élèves considérés comme « difficiles » qui tirent le meilleur parti d’un enseignement « intelligences multiples », même si les autres en profitent évidemment aussi. D’ailleurs Howard Gardner le constate avec un certain humour : pour repérer les intelligences fortes des élèves, il est souvent intéressant d’observer les comportements dérangeants : l’élève qui n’arrête pas de parler a peut-être une intelligence interpersonnelle qui a besoin d’être sollicitée ; un autre qui est « timide », « ne participe pas », « rêveur » a peut-être une intelligence intrapersonnelle forte ; un autre encore, qui n’arrête pas de bouger, semble dire à l’enseignant : « j’ai besoin de bouger pour apprendre ».

Est-il mieux de proposer une activité ‘ intelligences multiples ‘ ne sollicitant qu’une seule activité ou de proposer un choix entre environ 3 activités, chacune sollicitant 2/3 intelligences différentes ?

D’abord, toute activité met en général en œuvre plusieurs intelligences, même s’il y en a toujours une ou deux qui sont préférentielles.

Pour la mise en œuvre, toutes les manières de faire sont envisageables : soit toute la classe participe à la même activité « intelligences multiples », soit les élèves peuvent choisir telle ou telle activité, ou encore d’autres formes d’organisation. Dans le deuxième cas, les élèves choisiront en général l’activité correspondant à leur intelligence la plus forte. Il est alors intéressant de leur proposer ensuite, lorsqu’ils commencent à être à l’aise avec le sujet, de prendre une autre activité mettant en œuvre une intelligence qu’ils ont plus faible.

Comment et à quel moment présenter aux élèves cette théorie ?

Il faudrait présenter la théorie des intelligences multiples le plus tôt possible – et cela peut se faire dès la maternelle, bien entendu avec des mots adaptés : ceux qui aiment… être avec des copains et des copines (interpersonnelle) ; écouter de la musique et des chansons (musicale/rythmique) ; aller dans la nature, s’occuper d’animaux (naturaliste), etc.

On peut ainsi présenter les différentes intelligences de différentes façons, en particulier en fonction de l’âge des enfants. Cela permet en particulier aux enfants d’intégrer cette nouvelle manière de voir leur propre personnalité, donc de mieux se comprendre, de mieux comprendre leurs forces et leurs faiblesses.

Et en classe, cela peut devenir ensuite une culture, l’enseignant demandant par exemple à la fin d’un cours : Quelles intelligences avons-nous sollicitées aujourd’hui ?

Lorsque l’on présente cette théorie a des adolescents, il est surprenant de voir comme cela est souvent pour eux un grand soulagement : à travers cette théorie, ils découvrent qu’ils ne sont ni stupides, ni paresseux, ni nuls, mais qu’ils ont des formes d’intelligences qui ne sont pas reconnues à l’école.
Et ce soulagement est également souvent partagé par les parents…

Peut-on passer d’une intelligence à une autre : faire une activité dans son intelligence forte puis en arriver à la trace écrite (intelligence langagière faible) ?

C’est ce qui est souhaitable : le fait de commencer par son intelligence forte, au moins de temps en temps, permet d’aborder avec plus de sérénité le passage à une intelligence plus faible.
Cela peut d’ailleurs être une démarche pédagogique en soi : si un enfant a par exemple une intelligence verbale/linguistique faible, et si ses intelligences visuelle/spatiale et interpersonnelle sont fortes, l’enseignant pourra rechercher des activités utilisant à la fois les intelligences fortes et l’intelligence faible, par exemple en proposant un topogramme (mettant en œuvre à la fois des mots, des couleurs et des dessins), ou en demandant à l’enfant d’expliquer la leçon à quelqu’un (mise en mots).

Y a t-il un pont entre les intelligences sur un même apprentissage ?

Là encore, c’est ce qui est souhaitable, pour plusieurs raisons :

– d’abord, comme nous l’avons vu à l’instant, pour s’appuyer sur les intelligences fortes de manière à aider au développement des intelligences plus faibles ;

– et également pour développer cette « connaissance globale » qui enrichit un apprentissage : on n’est plus dans la connaissance pré-mâchée, linéaire, analytique d’un système classique d’apprentissage, mais dans une connaissance plus intégrée, variée, diverse – qui correspond d’ailleurs en partie à ce que vivent les enfants avec internet.

Par exemple, on peut s’intéresser à la Première Guerre mondiale à travers des écrits (verbale/linguistique), des images et des films (visuelle/spatiale), des chansons et des musiques (musicale/rythmique), l’étude des relations entre les participants (interpersonnelle), les modifications du paysage (naturaliste), les causes et les conséquences (logique/mathématique), son propre rapport à cette guerre (intrapersonnelle), ce que vivaient physiquement les Poilus (corporelle/kinesthésique). La connaissance est ainsi beaucoup intéressante que le cours à apprendre par cœur !

Texte & dossier: Bruno Hourst

Les intelligences multiples en pratique (Partie 2)

Bruno HOURST / Méthodes et outils pédagogiquesapprendreaapprendre.com

2011_04_05_intelligence_multiples

Qu’est-ce que l’intelligence multiple ? Comment les mettre en pratique dans une classe ou dans une session de formation ?

Comment s’y prendre ?

Pour les enseignants, c’est d’abord d’être au clair avec leur propre bouquet d’intelligences, celles qu’ils ont fortes et celles qui sont faibles ou endormies. Pour 80% des enseignants, l’intelligence la plus forte chez eux sera l’intelligence verbale-linguistique. Et cela tombe bien : le système scolaire privilégie fortement cette intelligence.

Mais le problème, c’est qu’un certain nombre d’élèves (beaucoup, en fait) n’ont pas le même « bouquet d’intelligences » qu’eux, et donc auront plus ou moins de mal à assimiler ce que l’enseignant leur transmettra.

Ensuite, analyser leurs cours récents, qu’ils ont faits ou qu’ils vont faire, et de rechercher les intelligences qu’ils utilisent beaucoup, peu ou pas du tout dans ces cours.

Et puis voir que l’on peut introduire, par-ci, par-là, des activités leur permettant de transmettre ce qu’ils ont à transmettre, mais à travers d’autres intelligences qu’ils n’utilisent généralement pas.
Cela est plus ou moins facile selon les matières : par exemple cela sera plus facile en langues ou en histoire/géographie qu’en mathématiques, mais les utilisateurs des intelligences multiples ont eu beaucoup d’imagination pour trouver des activités adaptées, et cela permet d’introduire toutes les intelligences dans toutes les matières du programme.

Pour répondre à quel besoin ? En vue de quoi ?

Cela permet de répondre à un besoin qui commence à être admis (sauf peut-être par le ministère de l’Education Nationale, qui rêve d’une standardisation aussi poussée que possible) : les enfants n’apprennent ni de la même manière, ni au même moment, ni selon un enseignement standardisé. Accepter ce fait, c’est, donc, ce que l’on appelle faire de la « différenciation pédagogique ».

Mais, dans l’Education nationale, cette différenciation est conçue plus comme une remédiation : l’enfant a des difficultés en mathématiques, donc on va lui donner du soutien en mathématiques.

L’approche des intelligences multiples est radicalement différente : plutôt que de mettre l’accent sur les difficultés de l’enfant, on va s’appuyer sur ses forces (ses intelligences fortes), d’abord pour lui donner confiance en lui et lui permettre de réussir, ensuite pour lui permettre de développer progressivement les intelligences qu’il a plus faibles, et en particulier les verbale/linguistique et logique/mathématique sans lesquelles il n’y a point de salut dans le système éducatif.

Y aurait-il une place particulière pour une évaluation «intelligences multiples » ou pas ?

Enseigner avec les intelligences multiples sans envisager, au moins de temps en temps, d’évaluer également avec les intelligences multiples serait malhonnête, et mal vécu par les élèves : pourquoi, lorsque l’on enseigne, varier les approches pour toucher toutes les formes d’intelligences, et revenir lors des évaluations aux intelligences uniquement verbale/linguistique et logique/mathématique ?

Il est possible d’envisager des évaluations formatives (c’est-à-dire où l’élève montre ce qu’il sait et ce qu’il ne sait pas, à lui-même et à l’enseignant) en utilisant des intelligences autres que les verbale/linguistique et logique/mathématique, même si cette manière de faire semble surprenante dans un système classique d’enseignement. Par exemple, mettre en scène, en musique ou en danse un concept, réaliser un topogramme, préparer une interview d’expert peuvent se noter, à condition de fixer à l’avance les critères de notation qui seront pris en compte par l’enseignant.

À quel moment utiliser les intelligences multiples dans les apprentissages ?

Cela dépend de nombreux paramètres : primaire ou secondaire, matière, organisation de la classe, emploi du temps, programme…
Au départ, cela peut être d’une manière ponctuelle : présenter le sujet d’instruction selon une intelligence peu ou pas utilisée généralement par l’enseignant.

Progressivement, l’enseignant pourra varier ses manières d’introduire les différentes intelligences, d’une manière plus ou moins formelle. Par exemple, il pourra commencer l’étude d’un sujet en organisant une mise en scène (intelligence corporelle/kinesthésique), ou l’étude d’une chanson (intelligence musicale/rythmique), ou encore d’une image (intelligence visuelle/spatiale), et continuer son cours d’une manière plus habituelle – c’est d’ailleurs ce que font naturellement certains enseignants. Et progressivement il intégrera plus naturellement des approches « intelligences multiples » sans même s’en rendre compte.

En primaire et si l’organisation de la classe s’y prête, l’enseignant pourra aussi organiser – par exemple le vendredi après-midi ! – des « ateliers intelligences multiples », où les enfants sont invités à passer.
Je donne tout un tas de pistes pratiques pour cela dans mon livre « A l’école des intelligences multiples ».

Texte & dossier: Bruno Hourst

Les intelligences multiples en pratique (Partie 1)

Bruno HOURST / Méthodes et outils pédagogiquesapprendreaapprendre.com

2011_03_20_intelligence_

Qu’est-ce que l’intelligence multiple ? Comment les mettre en pratique dans une classe ou dans une session de formation ?

Qu’est-ce que l’intelligence?

Howard Gardner donne à l’intelligence la définition suivante, à la fois dynamique et tenant compte de la culture dans laquelle nous vivons. Au lieu de voir « l’intelligence humaine » en termes de score à une batterie de tests standardisés, Gardner la définit comme ayant trois composantes :

– un ensemble de compétences qui permettent à un individu de résoudre des problèmes rencontrés dans la vie courante.
« Résoudre un problème » peut signifier, par exemple, savoir faire une multiplication à deux chiffres ou savoir travailler en équipe sur un projet.

– la capacité à créer un produit réel ou offrir un service qui ait de la valeur dans une culture donnée. « Créer un produit » ou « offrir un service » peut signifier, par exemple, le fait de savoir écrire une lettre, être capable d’écouter une personne en difficulté, ou transformer de l’argile en statue.
Et « qui a de la valeur dans une culture donnée » signifie que les autres, selon la région du monde où se situe l’individu, peuvent tirer profit de ce produit ou de ce service.

– la capacité à se poser des problèmes et à trouver des solutions à ces problèmes, permettant en particulier à un individu d’acquérir de nouvelles connaissances.
On remarquera ici que le fait de « se poser des problèmes » et de « chercher des solutions » donne une vision très dynamique de l’intelligence et de son développement.

Pourquoi est-on passé de la définition de l’intelligence à «LES intelligences » ?

Reprenons la définition ci-dessus et posons-nous quelques questions.
Prenez Einstein : était-il intelligent ? Oui, sans doute, bien que ses professeurs en doutaient largement. Et Mozart, était-il intelligent ? Et Shakespeare ? Et Zidane sur un terrain de foot ? Et Darwin ? (là encore, ses enseignants n’étaient pas convaincus). Et Gandhi ? Et Tesla, qui s’inventait dans sa tête des machines qui fonctionnaient ensuite parfaitement ?

Le simple bon sens montre que l’on peut être intelligent, jusqu’à un niveau exceptionnel, de très nombreuses façons, et qu’il est absurde de vouloir comparer l’intelligence des êtres humains selon un modèle unique, comme veulent le faire les tests de Quotient Intellectuel.

Cette première démarche étant faite, c’est tout le mérite d’Howard Gardner – psychologue, rappelons-le –, d’avoir théorisé cette idée et d’en avoir posé les bases scientifiques. Il a ainsi défini un certain nombre de critères pour qu’une « capacité à… » puisse devenir dans sa théorie une « intelligence ». Il en a ainsi défini huit, avec une neuvième dont il parle (l’intelligence existentielle) mais qui ne répond pas à tous les critères fixés, et donc qu’il n’a pas intégré dans sa théorie.

N’est-ce pas utopique de mettre cela en place dans une classe ?

Vous connaissez la phrase célèbre : « Ignorant que c’était impossible, il l’a réalisé » ? C’est peut-être un peu le cas pour les intelligences multiples. Des enseignants intègrent, peu ou prou, cet outil dans leur pédagogie, et cela marche. Des écoles – en France même – sont des écoles expérimentales « intelligences multiples », reconnues par l’institution scolaire. Et il y a des écoles dans le monde entier qui utilisent les intelligences multiples

Il faut bien comprendre que l’introduction des intelligences multiples dans son enseignement ne signifie pas pour l’enseignant de mettre à la poubelle toute sa pédagogie et ses manières de faire. On peut introduire, progressivement et en douceur, les intelligences multiples dans ses cours, avec parfois des résultats tout à fait surprenants – positivement. Par exemple, des enfants complètement éteints s’éveillent brusquement lorsque l’on sollicite leur intelligence forte.

Et peut-être l’apport le plus positif des intelligences multiples, c’est que cela change le regard de l’enseignant sur ses élèves. Il comprend que les élèves en difficulté ne sont pas « nuls », « paresseux », « stupides », mais que, le plus souvent, ces élèves ont des intelligences fortes qui ne sont jamais sollicitées.

Quelles sont les intelligences privilégiées dans notre système scolaire ?

Le système éducatif privilégie essentiellement l’intelligence verbale-linguistique et l’intelligence logique-mathématique. Mais alors : malheur à l’enfant pour qui ces intelligences sont faibles, il va beaucoup souffrir dans son parcours scolaire. Car le système ne s’intéressera jamais à ses intelligences fortes, par exemple visuelle/spatiale, interpersonnelle ou corporelle/kinesthésique. Certains spécialistes considèrent que 80% des échecs scolaires sont dus à des intelligences fortes jamais sollicitées à l’école…

 

 

Texte & dossier: Bruno Hourst

 

Bibliographie de Bruno Hourst

– Au bon plaisir d’apprendre. Bruno Hourst. InterEditions, 1997-2008.

– Former sans ennuyer : Concevoir et réaliser des projets de formation et d’enseignement. Bruno Hourst. Editions d’Organisation, (2007).

– Modèles de jeux de formation : Les jeux-cadres de Thiagi. Bruno Hourst et S.Thiagarajan. Editions d’Organisation, (2007).

– À l’école des intelligences multiples. Bruno Hourst. Hachette Education, juillet 2006.

– Aidez votre enfant à mieux apprendre. Bruno Hourst. Eyrolles, janvier 2008.

– Management et intelligences multiples : La théorie de Gardner appliquée à l’entreprise. Bruno Hourst. Dunod, octobre 2008

Pour voir le livre: Cliquez ici

Pour voir les formations :Cliquez ici

UNE définition de l’intelligence ?

PAR · 13 NOVEMBRE 2014*Apprendre à éduquer

Dans son livre L’Elément, Ken Robinson raconte qu’il a l’habitude de demander aux participants de ses conférences de noter leur intelligence. Il leur pose cette question : « Quel est votre niveau d’intelligence entre 1 et 10 ? »

Il s’étonne toujours de voir des gens répondre à cette question (la majorité s’évaluant entre 8 et 6) alors que selon lui cette question n’a aucun sens. Il faudrait répondre que la question n’est pas bonne et la remplacer par celle-ci :

Quelle est votre forme d’intelligence ? Comment êtes-vous intelligent ?

Cette question suggère qu’il existe diverses manières de faire preuve d’intelligence.

Commander L’Elément sur Amazon.

UNE définition de l’intelligence ?

Ken Robinson rappelle que les scientifiques n’ont jamais réussi à se mettre d’accord sur une définition unique et commune de l’intelligence. Isabelle Filliozat ajoute dans L’intelligence du coeur que les tests de QI évaluent seulement la maîtrise du langage et de la logique mathématiques. Or l’école met surtout en avant ces deux facultés mentales et c’est en ce sens que les tests de QI ont une valeur « prédictive » de la réussite scolaire. L’intelligence est devenue dans l’esprit commun synonyme de la capacité à répondre à un test verbal et logico-mathématiques. Pourtant, le QI ne mesure pas les différentes formes d’intelligence.

l'intelligence n'est pas synonyme d'aptitude scolaire

Plusieurs théories soutiennent que l’intelligence englobe bien plus que ce que les tests de QI peuvent évaluer.

Les intelligences multiples

Le psychologue américain Howard Gardner définit 8 types d’intelligence (en se gardant de déclarer cette liste ferme et définitive). Il définit l’intelligence comme :

« la capacité à résoudre des problèmes ou à produire des biens ayant une valeur dans un contexte culturel ou collectif précis. Les problèmes à résoudre vont de l’invention de la fin d’une histoire à l’anticipation d’un mat aux échecs, en passant par le raccommodage d’un édredon. Les biens vont des théories scientifiques aux compositions musicales en passant par les campagnes politiques victorieuses. »

Howard Gardner reconnaît les intelligences verbales et logico-mathématiques évaluées par les tests de QI mais il les place à égalité avec les autres. L’éducation devrait traiter chaque type d’intelligence à égalité afin que tous les enfants aient l’opportunité de développer leurs propres capacités et passions.

  • L’intelligence langagière

L’intelligence verbale linguistique est la capacité d’utiliser le langage pour s’exprimer et comprendre des idées. Cette sensibilité aux mots et au langage, aux échanges oraux, à la lecture et à l’écriture est utile aux écrivains mais aussi aux politiciens ou aux enseignants.

  • L’intelligence musicale

L’intelligence musicale repose sur l’acuité de l’oreille et la perception du rythme. Elle peut être utile à un garagiste qui va reconnaître un problème dans un moteur de voiture rien qu’en entendant le bruit qu’il fait !

  • L’intelligence logico-mathématiques

L’intelligence logico-mathématiques est la capacité à tenir un raisonnement logique, à calculer, à analyser.

  • L’intelligence spatiale

L’intelligence de l’espace est la capacité à à se représenter en 3 dimensions, à s’orienter, à avoir un bon sens de l’orientation. Elle est notamment utile aux marins, ingénieurs, chirurgiens, sculpteurs, peintres ou autres architectes. Cette intelligence est par exemple développée par les jeux vidéo :-).

  • L’intelligence kinesthésique

L’intelligence kinesthésique est l’intelligence du corps, la capacité à utiliser le corps pour exprimer des émotions, pour mémoriser une information, pour maîtriser un geste, pour créer. Pensons aux danseurs et aux athlètes mais aussi aux chirurgiens et aux artisans.

  • L’intelligence interpersonnelle

L »intelligence interpersonnelle définit notre relation aux autres : la capacité à comprendre les autres et à travailler avec eux. C’est être intelligent avec les autres !

  • L’intelligence intrapersonnelle

L’intelligence intrapersonnelle est la connaissance de soi-même. Gardner la définit comme « la faculté de se former une représentation de soi précise et fidèle, et de l’utiliser efficacement dans la vie. »

  • L’intelligence naturaliste

L’intelligence naturaliste est la capacité d’observation et de respect de la nature, de reconnaissance, identification et classement des animaux, des plantes, des minéraux.

intelligences multiples

Intelligence analytique, créative et pratique

Robert Sternberg, professeur de psychologie, définit trois types d’intelligence et reconnaît qu’elles sont complémentaires, se retrouvant à des degrés et des intégrations variables chez les individus.

  • L’intelligence analytique

Il s’agit de la capacité à résoudre des problèmes de manière académique et à réussir les tests de QI traditionnels. Ces types de tâches scolaires admettent une seule réponse correcte. Les personnes dont la forme d’intelligence prédominante est analytique sont peu enclins à trouver des idées nouvelles par eux-mêmes.

  • L’intelligence créative

Il s’agit de la capacité à affronter des situations nouvelles et à trouver des solutions originales. L’intelligence créative synthétise des connaissance et compétences existantes et ouvre la voie à des réponses divergentes. Les personnes  dont la forme d’intelligence prédominante est créative ont tendance à se fier à leur intuition mais peuvent obtenir des résultats faibles aux tests de QI standards car ceux-ci ne mesurent pas assez la créativité et l’intuition. Les personnes dont l’intelligence créative est dominante sont celles qui ont le plus de probabilité d’innover, de faire preuve de pensée divergente et de penser « en dehors de la boîte ».

  • L’intelligence pratique

Il s’agit de la capacité à résoudre les problèmes et défis de la vie quotidienne. Cette forme d’intelligence est pratique dans le sens où elle permet de comprendre ce qu’il faut faire dans une situation donnée et de le faire. Pour Sternberg, l’intelligence pratique consiste à appliquer les intelligences analytique et créative aux situations quotidiennes en s’adaptant soi-même ou en remodelant l’environnement.

Intelligence émotionnelle et sociale

Daniel Golemean, psychologue et auteur du best seller Emotional Intelligence, distingue intelligence émotionnelle et intelligence sociale. Elles permettent toutes deux de vivre en harmonie avec soi-même et le monde qui nous entoure.

  • L’intelligence sociale

Nous sommes des êtres sociaux : nous sommes conçus de telle manière que nous avons besoin de contacts, de parler avec les autres, de toucher et d’être touchés physiquement. Les neurosciences montret que nous existons avec, en fonction, grâce, par rapport aux autres. Golemean intègre dans la notion d’intelligence sociale le fait de comprendre l’autre et de faciliter les relations entre les personnes.

  • L’intelligence émotionnelle

Selon Golemean, l’intelligence émotionnelle recouvre des compétences telles que :

– la capacité de se motiver et de persévérer malgré l’adversité et les frustrations

– le contrôle de ses impulsions

– la capacité de différer une satisfaction

– la capacité de réguler son humeur et d’empêcher la détresse d’altérer les capacités de raisonnement

– l’empathie

– l’espoir

Elle englobe les intelligences intra et interpersonnelles de Gardner.

Cerveau du coeur et cerveau viscéral

Selon Robert Cooper, l’intelligence passe par trois cerveaux :

  • le cerveau du crâne

  • le cerveau du coeur

L’intelligence du cœur, chère à Isabelle Filliozat, fait accéder aux motivations profondes, aux émotions vraies chez soi et chez les autres, à l’autonomie. Selon Isabelle Filliozat, l’individu autonome est celui qui se forge ses propres règles de vie, celui qui écoute son cœur.

« L’intelligence du coeur repose sur les compétences à donner, recevoir,demander, refuser. Elle nous demande aussi de savoir écouter les autres, décoder leurs messages et régler nos conflits de manière non violente. »

  • le cerveau viscéral

Des neurones sont présents dans nos intestins . Le ventre est doté d’une intelligence qui lui est propre, bien qu’elle ne soit pas consciente. Or « ce sont surtout des processus inconscients qui sont aux commandes de notre vie – parce que la conscience a toujours une demie seconde de retard sur notre réalité » (source L’intelligence du ventre). Le ventre serait alors « gestionnaire de notre instinct, fournisseur d’informations inconscientes, et régulateur d’états d’âme ». Voilà pourquoi nous parlons de « réactions viscérales ».

L’intelligence des moyens

Dans le livre Réussir, ça s’apprend, Antoine de la Garanderie explique qu’enseigner la variété des moyens intellectuels (et notamment les procédures évocatives) aux élèves pour qu’ils les mettent en pratique leur permet de savoir ce qu’ils ont à faire pour apprendre et comprendre.

Selon lui, tous les enfants peuvent comprendre et apprendre à partir du moment où ils ont pris connaissance de leurs habitudes évocatives, c’est-à-dire de ce qui se passe dans leur tête et seulement dans la leur.

L’habitude évocative est une évocation mentale habituelle de ce qui a été perçue dans l’environnement : cette évocation peut bloquer certains apprentissages, d’autant plus si un enfant n’a pas la même habitude évocative que son/ ses enseignant(s) ou son/ses parent(s).

Selon Antoine de la Garanderie, l’habitude évocative est une structure soit visuelle soit auditive de réalités concrètes, de mots, d’opérations complexes, d’élaborations ou d’inventions.

Certains enfants n’utilisent que des images visuelles, d’autres que des images auditives pour penser. D’autres encore utilisent d’une façon plus ou moins large les deux espèces d’images. Il n’existe ni imbéciles ni incapables : si un enfant ne comprend pas, il faut lui parler dans sa langue.

Commander Réussir, ça s’apprend sur Amazon.

3 caractéristiques de l’intelligence humaine (ou plutôt DES intelligences humaines)

Dans son livre L’Elément, Ken Robinson écrit que l’intelligence humaine a eu moins trois caractéristiques principales :

1. La diversité

Les raisonnements verbaux et mathématiques sont seulement deux manières dont l’intelligence se manifeste :

« L’intelligence peut se manifester sous des formes qui ont peu ou rien à voir avec les nombres et les mots. Nous réfléchissons au monde de toutes les manières dont nous l’éprouvons, y compris les différentes manières dont nous utilisons nos sens. »

Ken Robinson indique par ailleurs que nous ne devrions pas nous contenter de solliciter nos cinq sens pour envisager le monde. Il compte quatre autres sens qui viennent enrichir notre impression de faire partie du monde et de pouvoir évoluer en son sein :

– la perception de la température

– la perception de la douleur

– le sens de l’équilibre

– le sens kinesthésique (connaître la position de nos membres et du reste de notre corps dans l’espace et les uns par rapport aux autres).

2. Le dynamisme

Les éclairs de génie surviennent quand on découvre de nouvelles relations entre les événements, les idées et les situations. Ken Robinson cite l’exemple d’Albert Einstein :

« Sa réussite ne vint non pas de la puissance de traitement de son cerveau, mais de son imagination et de sa créativité. »

« Il jouait souvent du violon tard le soir dans sa cuisine, improvisait des mélodies tout en réfléchissant à des problèmes complexes. Telle une inspiration soudaine, la solution lui venait avec la musique. »

3. La spécificité

Chaque individu possède sa propre forme d’intelligence : chaque personne est constituée d’une certaine combinaison d’intelligences dominantes et latentes différente de celle du voisin.

Comment aider les enfants à se servir de leurs intelligences ? Comment mettre en pratique ?

En tant que parents, enseignants, nous pouvons aider les enfants à trouver leurs talents et leurs passions en les encourageant à identifier et à développer leurs formes d’intelligence, en les aidant à répondre à la question :

Comment es-tu intelligent ?

Il s’agit à l’école et à la maison de :

  • identifier la/les forme(s) d’intelligence des enfants en leur faisant comprendre qu’ils sont intelligents chacun à leur manière

Il s’agit d’observer attentivement nos enfants au lieu de leur soumettre un modèle de ce qu’ils pourraient être, et d’essayer de comprendre ce qu’ils sont vraiment. Cela peut passer par des questions comme :

« Qu’est-ce qu’ils aimeraient faire le plus ? »

« Dans quelles activités ont-ils tendance à se lancer eux-mêmes ? »

« Quelles dispositions naturelles semblent-ils avoir ? »

« Qu’est-ce qui les absorbe le plus ? »

« Quels types de questions posent-ils ? »

« Quels types de remarques font-ils ? »

Pour plus de détails sur la manière d’identifier le profil d’intelligences multiples des enfants, voir cette vidéo à ce lien.

  • les autoriser à accéder au monde avec tous leurs sens sans imposer une ou des manières

Ken Robinson insiste sur la connaissance de nos sens car ils affectent notre compréhension du monde et de nous-mêmes. Je trouve en ce sens qu’il rejoint les idées de Maria Montessori qui insiste sur l’ambiance et l’éducation sensorielle.

C’est en variant les expériences de toutes sortes, en apprenant comment se servir de leur corps, de leur sens, en touchant, en manipulant, en écoutant, en sentant, en parlant, en jouant, en regardant, en comptant que les enfants trouveront ce qui leur plait et ce qu’ils savent bien faire.

D’où l’importance de bouger avec les enfants, de faire travailler leurs mains, de leur faire aimer la lecture par eux-mêmes et de leur lire des histoires, de développer leur motricité, de les faire danser, chanter, créer, de leur faire découvrir le monde et la nature, de jouer avec les mots et les nombres de manière informelle, de leur apprendre à respecter leur corps et ceux des autres (par les massages, la sophrologie, le yoga, la méditation de pleine conscience par exemple), de les laisser jouer et de jouer avec eux, de les regarder, de leur parler.

  • les aider à « faire grossir » une forme d’intelligence dont ils ont besoin

La méthode des Octofun, basée sur la théorie des intelligences multiples de Gardner, rejoint cette idée. La famille des Octofuns est un outil à destination des enfants pour que chacun puisse découvrir ses différentes formes d’intelligence , qu’elles soient plus ou moins développées. La créatrices des Octofuns, Françoise Roemers-Poumay, explique aux enfants dès la maternelle qu’ils possèdent en eux des sortes de boules d’énergie et qu’ils peuvent toujours les faire grossir.

octofuns intelligences multiples

Je vous laisse découvrir le principe en vidéo et sur le site www.octofuns.fr

  • de les aider à comprendre ce qui se passe dans leur tête

Pour aider un enfant dans ses apprentissages, deux temps sont importants selon Antoine de la Garanderie :

  • celui de l’évocation mentale (comment je vois et/ou entends une information ?)
  • celui de la mise en projet (pourquoi j’apprends ? quelles valeur je donne à ce que j’apprends ?).

On peut demander aux enfants comment ils font pour se rappeler, s’ils apprennent mieux quand ils écrivent ou quand ils parlent. Il n’y a pas d’un côté celui qui est intelligent et celui qui ne l’est pas mais seulement celui qui connaît le meilleur moyen de saisir une information.

Le livre Réussir, ça s’apprend regorge d’exemples d’enfants qui se pensaient nuls : une jeune fille de 6 ans malentendante suite à un accident de voiture peinait beaucoup à l’école. Elle avait un profil auditif retenant et comprenant mieux les choses entendues que celles vues. Elle utilisait très peu les images mentales visuelles pour évoquer dans sa tête les informations qu’elle recevait. A partir du moment où elle a été capable de se faire des images visuelles, elle a pu progresser. Ses échecs n’étaient pas liés à une incapacité intellectuelle mais à une mauvaise utilisation des moyens intellectuels dont elle disposait. gestion mentale garanderie

Dans une classe où l’institutrice pratique la gestion mentale avec ses élèves, elle propose toujours deux procédures afin que tous les élèves quelque soit leur profil d’apprentissage puissent comprendre la consigne. Par exemple, pour retenir un itinéraire d’un point à un autre, les enfants écrivent, dessinent et lisent les mots correspondants. L’institutrice indique deux manières de procéder : pour les auditifs, elle verbalise les lieux d’étape sur le plan (en haut et à gauche le chateau, en bas et à gauche la boulangerie, à droite au milieu le moulin); pour les visuels, elle les invite à enregistrer visuellement l’image du plan et à mémoriser les mots écrits dessus en même temps.

  • de leur apprendre à faire travailler les différentes formes d’intelligence ensemble

Dans les apprentissages, il est intéressant d’associer plusieurs formes et moyens d’intelligence.

Par exemple, pour retenir une même poésie, des élèves pourront passer par :

  • Des éléments visuels : copier plusieurs fois des passages difficiles, souligner de la même couleur les répétitions de mots ou les rimes, mettre des flèches ou des barres pour identifier les pauses ou les enjambements, illustrer la poésie, faire une photo de la poésie ainsi « travaillée » et l’afficher dans la chambre, voir les mots ou les images d’illustration dans sa tête…
  • Des éléments verbaux : répéter mentalement ou à voix chuchotée les vers, réciter à un camarade ou à ses parents, écouter une autre personne réciter le poème (en direct ou en vidéo), réciter à deux voix (en même temps ou alternativement), chanter…
  • Des éléments gestuels : jouer la poésie comme une pièce de théâtre, mettre en scène l’histoire (avec des objets, des jouets, des peluches…), mimer les émotions ou sentiments évoqués avec les mains, les yeux, le corps, les intonations de la voix…

L’idée essentielle est d’augmenter ce qui se passe dans la tête et dans le corps.

  • de les inciter à créer chaque jour

Pour Ken Robinson, intelligence et créativité sont inextricables :

« On ne peut être créatif sans agir de manière intelligente. De même, la plus haute forme d’intelligence pense de manière créative. »

Pourquoi ne pas inciter tous les jours les enfants à créer une nouvelles chose, à trouver une solution inédite à un problème, à se poser de nouvelles questions ?

Et créer un album de créativité dans lequel consigner chaque soir la création de la journée ainsi que les idées et les sensations associées (sous forme d’écrit, de photo, de dessin, de collage…) ?

la créativité c'est l'intelligence qui s'amuse citation einstein

C’est une des raisons pour lesquelles je publie de nombreux articles sur la créativité chez les enfants et des idées d’activités. Un voici une sélection :

– Parce que stimuler la créativité, c’est stimuler l’intelligence

– 15 idées d’activités ludiques et créatives pour les enfants

– Le livre qui apprend à penser différemment et à faire preuve de créativité : Génie toi-même !

  •  les élever dans le respect de soi et des autres

Pour développer son intelligence du cœur, l’enfant a besoin de voir et d’apprendre l’empathie, l’universalité des émotions, la connaissance de lui-même (reconnaître ses besoins, ses émotions), la communication non violente, l’écoute, le respect, la bienveillance, la compassion, l’encouragement.

Vous trouverez sur le site des ressources qui vous donneront des pistes, des propositions, des idées pour cheminer vers une éducation aussi positive que possible, en sachant bien qu’il n’existe ni parents ni enseignants parfaits mais des adultes « suffisamment bons ».

 

La théorie des intelligences multiples : le futur de la pédagogie ?

16/06/16, Le Vif.be

Trop souvent limitée à sa mesure par le quotient intellectuel (QI), l’intelligence est pourtant un sujet très vaste et diversifié. En 1983, Howard Gardner, un psychologue du développement, énonçait sa théorie des intelligences multiples. Alors que traditionnellement, à l’école, seules deux types d’intelligence mesurant les capacités verbales et logico-mathématique étaient valorisées, il existerait six autres formes d’intelligence. Des intelligences multiples qui permettent à chaque individu d’être différent et de s’épanouir à sa manière.La théorie des intelligences multiples : le futur de la pédagogie ?

Tout au long du XXe siècle, le psychologue Piaget a défendu l’idée que l’intelligence est principalement logico-mathématique. Pour autant, certains réfutèrent cette manière de penser réductrice. Ainsi, en 1983, Howard Gardner remet en question les travaux de Piaget et propose une théorie moins unilatérale de l’intelligence. Selon lui, il existerait au total huit formes d’intelligence. On retrouverait donc les intelligences verbo-linguistique (la capacité de jouer avec les mots, savoir concevoir et créer des textes),logico-mathématique (raisonner logiquement, être habile avec les chiffres, résoudre des problèmes), spatiale (sollicitée lorsque l’on est dans l’espace, on est créatif, à l’aise avec la 3D, les jeux de construction…), intra-personnelle (la connaissance de soi, savoir cerner ses forces et ses faiblesses),interpersonnelle (aimer être en contact avec les autres, arriver à discerner les humeurs…), musico-rythmique(sentir le rythme, les sons, pratiquer un instrument), kinesthésique (valorisée quand on fait du sport) et enfin naturaliste (être sensible à la nature, l’environnement, les animaux…).

Huit intelligences liées entre elles

« On a toutes ces formes d’intelligence en nous« , explique Laurence Nicolaï, psychopédagogue et directrice du Centre pour la valorisation des intelligences multiples(CVIM). « Elles se développent différemment en fonction de l’individu. On a tous des intelligences dominantes et des intelligences moins sollicitées. Pour arriver à un épanouissement personnel, il faut valoriser ses points forts, mais aussi travailler les points faibles. Cela permet de se structurer, d’apprendre le goût à l’effort…« , ajoute-t-elle. Toutes ces intelligences sont, par ailleurs, liées entre elles, elles sont interconnectées. Lorsque l’on pratique une activité, ce sont donc plusieurs formes d’intelligence qui sont mises à contribution. Par exemple, faire du sport dans un club, avec d’autres personnes, permettra d’exploiter aussi bien l’intelligence kinesthésique que l’intelligence interpersonnelle.

Cette théorie des intelligences multiples permet aussi d’avoir une vision plus juste et moins réductrice que celle exprimée par le seul test du QI. « Ces tests ne reprennent que deux intelligences, logico-mathématique et verbale, et font un peu appel à la spatiale. Il ne prend donc pas en compte les autres formes d’intelligences. De plus, pour des personnes dyslexiques ou atteintes d’autres troubles d’apprentissage, par exemple, le test peut montrer des résultats en sous-performance« , indique la directrice du CVIM . « Mais cela reste toujours un test utile, car il permet de croiser les données quantitatives aux données qualitatives récoltées lors des divers tests« .

Comprendre les huit intelligences grâce à des boules d’énergie

Au-delà de la simple théorie, ces intelligences multiples peuvent être applicables dans certains domaines et notamment au niveau de la pédagogie, et ce dès le plus jeune âge. Alors qu’aux Etats-Unis ou au Canada, notamment, des méthodes et des outils liés aux intelligences multiples ont été développés depuis plusieurs années dans les écoles, en Europe seules quelques démarches du genre ont été entreprises. « Il existait un néant européen dans ce domaine. Tout était trop théorique, il manquait des maillons entre la théorie et les gens de terrains. Il fallait quelque chose d’applicable et compréhensible pour les enfants« , » estime François Roemers-Poumay, une ancienne institutrice qui a créé la pédagogie Octofun en 2013. Une pédagogie applicable à l’école ou à la maison, et qui permet aux enfants de prendre conscience des différentes formes d’intelligences qu’ils possèdent. Les huit intelligences sont matérialisées par des boules d’énergie et grâce à différents outils (jeux de cartes, manuels, CD, carnets…), l’enfant exploite au quotidien ses différentes intelligences. « Il y a des outils plus ou moins similaires au Canada, mais les intelligences sont représentées par des personnes. Or, il est difficile pour l’enfant d’imaginer qu’il y ait des personnes en lui. C’est pourquoi, avec Octofun, les intelligences sont des boules d’énergie. Chaque enfant a en lui des boules d’énergies dominantes et d’autres, moins importantes. Le but est de faire comprendre à l’enfant qu’il faut toutes les stimuler, c’est très important de mettre les huit intelligences à contribution dès le plus jeune âge, cela permet aussi à l’enfant de prendre conscience de son potentiel« , analyse-t-elle.

8 bulles d'énergie qui représentent les intelligences mutliples

8 bulles d’énergie qui représentent les intelligences mutliples © Octofun

Cet outil permet à l’enfant d’apprendre différemment, d’exploiter ses points forts et optimiser son travail tout en essayant de combler ses points faibles. « Grâce à cette méthode, l’enfant stimule son potentiel dans la joie« , ajoute l’ancienne institutrice. Ainsi, un enfant plus Mélofun (la boule d’énergie liée à l’intelligence musico-ryhtmique), aura plus de facilité à retenir ses tables de multiplication ou la conjugaison en chantant, alors que pour un enfant plus 3DFun (la boule d’énergie liée à l’intelligence spatiale), faire une belle carte conceptuelle l’aidera dans ses révisions.

Dans les écoles belges ayant recours à cette méthodologie, les enfants sont groupés (quelques heures par semaine) selon leurs intelligences dominantes, et les institutrices adaptent les méthodes de travail fonction de ces groupes. En somme, une manière d’aborder différemment et avec moins d’appréhension les matières jugées « difficiles » pour l’enfant.

Des intelligences qui évoluent avec le temps

Au CVIM, plusieurs ateliers sont proposés, chacun en lien avec une intelligence. Et ce, pour tous les âges, que la personne soit un enfant, un adolescent ou même un adulte.« Les intelligences multiples ne sont pas figées. Il y en a souvent deux, trois formes d’intelligences dominantes, mais elles évoluent en fonction de notre environnement, de ce que l’on fait, des personnes avec lesquelles ont interagi« , précise Laurence Nicolaï. « Au CVIM, on part des forces et on propose un parcours pour que la personne puisse trouver un équilibre psychique, émotif, cognitif…« , ajoute-t-elle. Ainsi, le but sera d’exploiter au maximum le potentiel d’une personne, via ses intelligences dominantes, afin de réaliser un projet, le tout encadré par des accompagnateurs pluridisciplinaires. Histoire de ne pas se limiter à une seule forme d’intelligence, mais essayer d’en solliciter le maximum.

Oeuvre sur le thème d'Harry Potter qui résulte d'un travail sur les intelligences visuospatiale, verbolinguistique et kinesthésique !

Oeuvre sur le thème d’Harry Potter qui résulte d’un travail sur les intelligences visuospatiale, verbolinguistique et kinesthésique ! © CVIM

La théorie des intelligences multiples et les outils associés commencent donc à être de plus en plus pris en considération en Belgique, mais son application reste minoritaire dans les établissements scolaires. « Il y a pourtant un réel besoin de prendre un nouveau tournant dans la pédagogie en Belgique. Il faut vraiment initier l’enfant à de nouvelles choses, le tout de manière ludique« , conclut François Roemers-Poumay.

Outre dans l’éducation, il ne serait pas surprenant de voir la théorie des intelligences multiples être exploitée à d’autres niveaux…comme au travail. En effet, au Québec, comme le rapporte le journal de Montréal, les huit intelligences sont de plus en plus considérées par les employeurs. Un moyen de voir si le candidat possède toutes les aptitudes exigées par la profession donnée.

Par François Cahour

L’INTELLIGENCE DES ENFANTS NE SE RÉSUME PAS AU QI : LUMIÈRE SUR LES INTELLIGENCES MULTIPLES

| octobre 29, 2015, site « papa positive! »

Commençons par cette présentation de Bruno Hourst, auteur du livre « à l’école des intelligences multiples » pour poser le cadre du sujet du jour:

LE QI NE SUFFIT PAS…

Comme l’écrit Isabelle Filliozat, pour réussir, le QI ne suffit pas. Ce qui fait la différence, ce ne sont pas seulement nos compétences techniques, mais nos capacités à gérer nos affects et à communiquer.

En 1905 à Paris, fut présentée la première échelle métrique de mesure de l’intelligence : l’échelle de Binet-Simon, du nom de leurs créateurs Alfred Binet et Théodore Simon.

Cette échelle avait pour but de mesurer le développement de l’intelligence (au sens de cognition) des enfants en fonction de l’âge (âge mental). Dans les années suivantes, Alfred Binet proposera des améliorations. Ce travail sera le point de départ de nombreux autres tests, en particulier le QI.

En 1912, William Stern, inspiré par les travaux de Binet, présente la notion de Quotient Intellectuel aux Etats Unis.

Il est calculé ainsi : âge mental/âge réel X 100 .

Les tests de QI sont des exercices scolaires et arbitraires. Ils évaluent la maitrise du langage et la logique mathématique, sur lesquels les examens scolaires portent eux aussi comme l’indique Isabelle Filliozat.

De plus, les tests sont biaisés socialement. Le QI ne mesure pas l’intelligence mais le conformisme social.

 

Nous faisons donc fausse route en réduisant l’intelligence à un test verbal et logico-mathématique. 

LA VÉRITÉ SE SITUE DANS L’INTELLIGENCE MULTIPLE

En 1983, Howard Gardner publia son livre Frames of Mind : the theory of multiple intelligence (Les formes de l’intelligence aux éditions Odile Jacob).

Il y présenta non pas une mais 7 formes d’intelligence (d’autres ont fait leur apparition depuis).

 

1) L’intelligence logico-mathématique : c’est ce que nous appelons QI

Les personnes qui ont une intelligence logico-mathématique développée possèdent la capacité de calculer, de mesurer, de faire preuve de logique et de résoudre des problèmes mathématiques et scientifiques. Elles analysent les causes et les conséquences d’un phénomène ou d’une action et sont capables d’expliquer le pourquoi des choses. Elles ont aussi tendance à catégoriser et à ordonner les objets. Elles aiment les chiffres, l’analyse et le raisonnement.

Il existe une dimension non verbale et abstraite dans cette intelligence car des solutions peuvent être anticipées avant d’être démontrées.

Plusieurs moyens existent pour tester et développer ce type d’intelligence, généralement qualifiée de quotient intellectuel :

mots croisés, casse-tête, puzzles, jeux de stratégie (exemple : Monopoly, échecs), jeux de cartes demandant une logique précise, jeux de déduction (exemple : Cluedo), etc..

 

2) L’intelligence spatiale

L’intelligence spatiale permet à la personne d’utiliser des capacités intellectuelles spécifiques pour avoir mentalement une représentation spatiale du monde. Les Amérindiens voyagent en forêt à l’aide de leur représentation mentale du terrain. Ils visualisent des points de repère : cours d’eau, lacs, types de végétation, montagnes… et s’en servent pour progresser ; des navigateurs autochtones font de même et naviguent sans instrument dans certaines îles du Pacifique.

Toute activité qui demande de résoudre des problèmes et de créer dans le domaine visio-spatial exige l’utilisation de ce type de capacités intellectuelles. Les géographes, les peintres, les dessinateurs de mode, les architectes, les dessinateurs industriels, les pilotes d’aéronefs (avions, hélicoptères) pilotes d’engins mécaniques (Moto, F1, rallye, karting), les photographes, les caméramans, les adeptes de courses d’orientations, chirurgiens, dentistes, radiologues mettent à profit ce potentiel intellectuel.

 

3) L’intelligence interpersonnelle  

L’intelligence interpersonnelle (ou sociale) permet à l’individu d’agir et de réagir avec les autres de façon correcte et adaptée. Elle l’amène à constater les différences et nuances de tempérament, de caractère, de motifs d’action entre les personnes. Elle permet l’empathie, la coopération, la tolérance. Elle permet de détecter les intentions de quelqu’un sans qu’elles soient avouées. Cette intelligence permet de résoudre des problèmes liés à nos relations avec les autres ; elle nous permet de comprendre et de générer des solutions valables pour les aider. Les personnalités charismatiques ont toutes une intelligence interpersonnelle très élevé.

Dans les sociétés primitives, l’organisation sociale était importante, la chasse nécessitait la collaboration et la participation du clan. Les groupes gravitaient autour d’un chef qui en assurait la solidarité et la cohésion. Actuellement, cette aptitude à comprendre les autres de façon correcte est propre aux professions de politicien, commerçant, enseignant, manager d’équipe et guide spirituel.

 

4) L’intelligence corporelle-kinesthésique

L’intelligence kinesthésique est la capacité d’utiliser son corps pour exprimer une idée ou un sentiment ou réaliser une activité physique donnée. Elle est particulièrement utilisée par les professions de danseur, d’athlète, de chirurgien et d’artisan. L’ancien joueur de hockey Mario Lemieux en était un bon exemple; on disait de lui qu’il faisait des feintes et des passes intelligentes. Il existe donc un potentiel intellectuel, qui permet par exemple, au joueur de basket-ball de calculer la hauteur, la force et l’effet du lancer au panier. Le cerveau anticipe le point d’arrivée du ballon et met en branle une série de mouvements pour résoudre le problème. Les possibilités de création et d’expression de ses émotions par le corps montrent la présence d’un potentiel intellectuel à ce niveau.

 

5) L’intelligence verbo-linguistique

C’est l’aptitude à penser avec des mots et à employer le langage pour exprimer ou saisir des idées complexes. On la retrouve chez les écrivains et les poètes, les traducteurs et les interprètes. C’est l’intelligence la plus mise en avant et utilisée à l’école (avec l’intelligence logico-mathématique).

L’intelligence verbo-linguistique (ou verbale) consiste à utiliser le langage pour comprendre les autres et pour exprimer ce que l’on pense. Tout comme l’intelligence logico-mathématique, on la mesure dans les tests de QI. Elle permet l’utilisation de la langue maternelle, mais aussi d’autres langues. C’est aussi l’intelligence des sons, car les mots sont des ensembles de sons. Les personnes auditives ont ainsi beaucoup plus de facilité à entendre des mots que de voir et de retenir des images. Tous les individus qui manipulent le langage à l’écrit ou à l’oral utilisent l’intelligence linguistique : orateurs, avocats, poètes, écrivains, mais aussi les personnes qui ont à lire et à parler dans leur domaine respectif pour résoudre des problèmes, créer et comprendre. Victor Hugo maîtrisait à merveille ce type d’intelligence.

 

6) L’intelligence intra-personnelle

L’intelligence intrapersonnelle permet de se former une représentation de soi précise et fidèle et de l’utiliser efficacement dans la vie. Elle sollicite plus le champ des représentations et des images que celui du langage. Il s’agit de la capacité à décrypter ses propres émotions, à rester ouvert à ses besoins et à ses désirs. C’est l’intelligence de l’introspection, de la psychologie analytique. Elle permet d’anticiper sur ses comportements en fonction de la bonne connaissance de soi. Il est possible mais pas systématique, qu’une personne ayant une grande intelligence intrapersonnelle, soit qualifiée par son entourage de personne égocentrique.

Ces personnes sont intuitives, elles ont le sens de l’auto critique, aiment apprendre et s’améliorer.

 

7) L’intelligence musicale-rythmique

L’intelligence musicale constitue l’aptitude à penser en rythme et en mélodies, de reconnaître des modèles musicaux, de les interpréter et d’en créer.

Les musiciens possède celle-ci, plus ou moins développée, selon les études musicales. Il reste cependant des exceptions, des personnes ayant développé cette intelligence musicale-rythmique sans aucune aide, souvent suite à une enfance aux côtés de personnes douées musicalement.

 

8) L’intelligence naturaliste-écologiste

« L’intelligence naturaliste, qui permet de classer les objets, et de les différencier en catégories. Très sollicitée chez les zoologistes, botanistes, archéologues » tel Darwin. « C’est l’intelligence qui permet d’être sensible à ce qui est vivant ou de comprendre l’environnement dans lequel l’homme évolue. C’est la capacité d’apprécier, de reconnaître et de classer la faune, la flore et le monde minéral Cette capacité s’applique aussi, par extension, à l’univers culturel qu’il permet d’interpréter ».

 

9) L’intelligence existentielle

L’intelligence existentielle, ou intelligence spirituelle, chez Howard Gardner, se définit par l’aptitude à se questionner sur le sens et l’origine des choses (Winston Churchill). C’est la capacité à penser nos origines et notre destinée. Cette intelligence spirituelle, existentielle ou morale est encore définie comme l’aptitude à se situer par rapport aux limites cosmiques (l’infiniment grand et l’infiniment petit) ou à édicter des règles ou des comportements en rapport aux domaines de la vie.

Il est à noter que Howard Gardner ne définit celle-ci que comme la « huitième et demi », et non comme une intelligence à part entière.

 

L’INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE

L’intelligence émotionnelle a été introduite par Daniel Goleman. Il s’agit de la somme de l’intelligence interpersonnelle et intrapersonnelle.

Elle est beaucoup plus importante pour la société que le simple QI car elle est profondément humaine.

Elle comprend les compétences telles que :

La capacité à se motiver et de persévérer malgré l’adversité et les frustrations ; le contrôle de ses impulsions, et la capacité de différer une satisfaction ; la capacité de de réguler son humeur et d’empêcher la détresse d’altérer ses facultés de raisonnement ; l’empathie ; l’espoir.

 

MISE EN APPLICATION : LES INTELLIGENCES MULTIPLES AU SEIN DE L’ÉCOLE.