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L’efficacité des interventions en résolution de problèmes pour des enfants ayant un trouble des apprentissages en mathématiques

De Anne Lafay,  Anne Lafay, chercheuse postdoctorale à l’Université Concordia, mars 2018

https://parlonsapprentissage.com/lefficacite-des-interventions-en-resolution-de-problemes-chez-des-enfants-ayant-un-trouble-des-apprentissages-en-mathematiques/

La résolution de problèmes mathématiques est sans conteste un défi pour tout enfant, mais elle l’est d’autant plus pour un enfant ayant un trouble des apprentissages en mathématiques ou un trouble du langage. En effet, résoudre un problème mathématique est une activité complexe qui dépend de facteurs inhérents à l’énoncé du problème lui-même (par exemple, le type de problème, la structure linguistique de l’énoncé, les nombres utilisés, etc.) et de facteurs inhérents aux capacités de l’enfant en situation de résolution (par exemple, ses capacités langagières, mnésiques, de raisonnement, etc.). Développer des interventions efficaces pour aider les enfants qui ont des difficultés mathématiques à résoudre des problèmes est donc un défi de taille.

Zheng, Flynn et Swanson (2012) ont réalisé une revue systématique de la littérature sur l’efficacité des interventions visant l’amélioration de la résolution de problèmes chez les enfants présentant des difficultés mathématiques. Les auteurs s’interrogeaient plus particulièrement sur les effets de telles interventions selon le profil des enfants (certains avaient un trouble des apprentissages en mathématiques isolé et d’autres présentaient ce trouble en cooccurrence avec des difficultés de lecture). Ils se sont aussi intéressés aux effets des interventions en fonction des « ingrédients actifs » qu’elles comportaient, c’est-à-dire leurs composantes et leurs modalités.

Après avoir effectué une recherche rigoureuse sur des bases de données scientifiques selon des critères précis, les auteurs de cette revue systématique ont sélectionné quinze études dont ils ont analysé les résultats. Alors que sept études étaient des études de groupe (quatre essais contrôlés randomisés et trois études quasi expérimentales), les huit autres étaient des études de cas uniques ou multiples regroupant un total de vingt-sept enfants.

Plus en détail, les études sélectionnées visaient des enfants et des jeunes âgés de 5 à 18 ans; l’âge moyen des participants aux études de groupe était de 9 à 10 ans tandis qu’il était de 12 à 13 ns pour les études de cas. Le contenu des interventions s’articulait principalement autour des problèmes à une étape pour les études de groupe et des problèmes à plusieurs étapes pour les études de cas. Toutes les interventions se consacraient à plus d’une opération arithmétique. La plupart mettait l’accent sur la compréhension conceptuelle des problèmes et la moitié impliquait l’utilisation d’objets de manipulation. Plusieurs « ingrédients actifs » y ont été identifiés. Les sept études de groupe incorporaient de l’instruction explicite. L’utilisation d’indices pour le rappel des stratégies modelées était aussi fréquente (89 % de ces études). Les autres moyens fortement employés dans les études de groupe (dans 70 % de ces études) comprenaient le séquençage des informations à fournir, l’annonce de l’organisation en avance, le questionnement des enfants, la demande d’élaboration des réponses des enfants et le modeling. Enfin, 50 % de ces études impliquaient une intervention en petits groupes, contrôlaient le niveau de difficultés de la tâche, découpaient les exercices en tâches plus simples et plus courtes et utilisaient les représentations picturales. Les études de cas s’appuyaient sur les mêmes modalités.

 

Les faits saillants de la recherche sont les suivants :

  • Les enfants ayant un trouble des apprentissages en mathématiques et bénéficiant d’une intervention sont avantagés (s’améliorent plus) par rapport aux enfants ayant un trouble des apprentissages en mathématiques qui n’en bénéficient pas.
  • Les enfants ayant un trouble des apprentissages en mathématiques associé à un trouble de la lecture et bénéficiant d’une intervention sont favorisés par rapport aux enfants dans la même situation, mais ne bénéficiant pas d’une intervention.
  • Les enfants ayant seulement un trouble des apprentissages en mathématiques sont avantagés par rapport aux enfants ayant un trouble des apprentissages en mathématiques associé à un trouble de la lecture.
  • Au regard de la résolution de calcul et de la compréhension conceptuelle du problème, c’est-à-dire de la capacité de trouver les données pertinentes et de choisir le bon calcul, les enfants ayant un trouble des apprentissages en mathématiques et bénéficiant d’une intervention sont avantagés par rapport aux enfants ayant un trouble des apprentissages en mathématiques mais ne bénéficiant pas d’une intervention. La même observation a été effectuée pour les enfants ayant un trouble des apprentissages en mathématiques associé à un trouble de la lecture.

 

À la lumière de ces données, les auteurs concluent que :

  • Les interventions auprès des enfants ayant un trouble des apprentissages en mathématiques sont efficaces pour améliorer la précision de réponse, la réalisation du calcul lors d’une résolution de problème de même que la compréhension conceptuelle d’un énoncé de problème.
  • Les enfants ayant un trouble des apprentissages en mathématiques font de meilleurs gains que les enfants présentant le même trouble associé à un trouble de la lecture.
  • La plupart des interventions met l’accent sur les problèmes à étapes et sur la compréhension conceptuelle des problèmes.
  • Les interventions étudiées partagent des modalités communes : l’instruction explicite, l’annonce de l’organisation en avance, le questionnement des enfants, la demande d’élaboration des réponses des enfants, l’utilisation d’indices pour le rappel des stratégies modelées, le modeling, le séquençage des informations à fournir, le découpage des exercices en tâches plus simples et plus courtes et le contrôle de la difficulté de la tâche.
  • Les interventions sont toutes menées en petits groupes ou en individuel.

 

 

Références

Zheng, X., Flynn, L. J., & Swanson, H. L. (2013). Experimental intervention studies on word problem solving and math disabilities: A selective analysis of the literature. Learning Disability Quarterly36(2), 97-111.

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Les neurosciences et le développement de l’enfant

Conférence du Dr Catherine Gueguen, pédiatre, au sujet de son livre « pour une enfance heureuse » qui explique l’apport des neurosciences affectives dans la compréhension du développement de l’enfant. Il s’agit d’une véritable révolution qui provient en majeure partie de chercheurs américains et qui est mise à la portée des parents français dans cette vidéo et ce livre époustouflant.

Démêler les fils du TDAH

La Presse+

Tout le monde a son avis sur ce qu’est le trouble du déficit de l’attention et sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour y remédier. Est-ce une simple différence ou un vrai problème ? Est-ce une bénédiction ou un handicap ? Y a-t-il trop de diagnostics ou de sous-traitements ? Nous avons posé 12 questions qui divisent la population à 5 spécialistes reconnus. Voici leurs réponses.

Un dossier d’Isabelle Audet ET de jean Siag

Le diagnostic

Y a-t-il plus de personnes avec un TDAH aujourd’hui ?

Les experts interrogés se montrent nuancés à ce sujet. Le fait que les professionnels de la santé arrivent désormais à mieux diagnostiquer ce trouble peut donner l’impression que davantage de personnes en sont atteintes. Cependant, elles ne sont pas plus nombreuses aujourd’hui qu’il y a 30 ou 40 ans, expliquent Ariane Hébert, psychologue, et la Dre Annick Vincent, psychiatre. De 5 à 7 % de la population serait touchée par un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité et ce pourcentage se maintient. « Il n’y en a pas plus, ils sont plus dysfonctionnels, précise la Dre Christiane Laberge. Aujourd’hui, on a des gens qui doivent performer de plus en plus, chez qui l’attention est primordiale. » Chez les enfants, il arrive toutefois que l’on suspecte trop vite la présence d’un TDAH, nuance Johanne Lévesque, neuropsychologue. « Il y a une forme d’intolérance, qui est peut-être bienveillante, pour les enfants qui ont de la difficulté », souligne-t-elle. D’où l’importance d’une évaluation rigoureuse qui viendra confirmer ou infirmer ces impressions. Pour sa part, le neuropsychologue Benoît Hammarrenger souligne qu’il serait pertinent de vérifier une hypothèse selon laquelle des polluants pourraient avoir des effets sur le développement du cerveau.

Est-ce vrai qu’il y a beaucoup de faux diagnostics ?

Depuis quelques années, les professionnels de la santé travaillent de plus en plus en équipe pour arriver au meilleur diagnostic possible, souligne Benoît Hammarrenger. Malgré tout, tous les spécialistes interrogés estiment que parfois, il peut y avoir des erreurs. « D’autres troubles peuvent imiter le TDAH », précise le neuropsychologue. La douance, l’anxiété, un trouble du langage ou la dyslexie, par exemple, présentent des symptômes qui ressemblent à ceux du TDAH. La Dre Laberge souligne le fait que la présence de facteurs de distraction beaucoup plus importants qu’avant – les appareils électroniques, notamment – et le niveau de performance intellectuelle exigé dans de nombreux domaines peuvent exacerber certains symptômes.

La Dre Annick Vincent pointe quant à elle un autre phénomène : le faux diagnostic à l’inverse. « Il y a des gens qui ont un TDAH et chez qui on ne l’a pas diagnostiqué. Il y a 20, 30, 40 ans, les drapeaux ne se sont pas levés parce qu’ils arrivaient à suivre à l’école, mais ils arrivent aujourd’hui épuisés, ils n’ont plus d’énergie pour arriver à la même vitesse que tout le monde. Ils arrivent avec un tableau anxieux, ou de dépression, et il n’est pas reconnu qu’en dessous, il y a un TDAH », explique-t-elle.

Est-ce que tout le monde n’a pas un peu un TDAH ?

« J’entends cette phrase tout plein de fois dans mon bureau ! », s’exclame spontanément Ariane Hébert. La psychologue souligne que si certains traits peuvent ressembler au TDAH, le vrai trouble se démarque par le nombre de symptômes, leur apparition en bas âge, leur chronicité et leur impact dans la vie de la personne atteinte. Benoît Hammarrenger renchérit : « Attention : dire que tout le monde est un peu TDAH vient banaliser ce trouble. Car il faut faire la différence entre une faiblesse et un trouble. Si on prend 100 personnes et qu’on leur fait courir le 100 m, certains vont être très bons, d’autres seront dans la moyenne et certains vont être moins rapides. Si on est moins rapide, on n’a pas un trouble de la course. On est juste moins bon là-dedans. Un trouble, c’est un handicap. C’est d’être incapable de faire quelque chose », nuance-t-il. La psychiatre Annick Vincent estime qu’il reste beaucoup d’éducation à faire au sujet du TDAH : « Vous pourriez mettre les symptômes du TDAH sur une échelle. Il y a toutes les nuances dans le nombre de symptômes sur cette échelle, mais à un moment donné, il y a un seuil. Et au-delà de ce seuil, il y a le diagnostic. »

Comment bien évaluer s’il y a présence ou non d’un TDAH ?

« Il n’y a pas de test fiable à 100 % pour diagnostiquer un TDAH », précise d’emblée Benoît Hammarrenger, neuropsychologue. Les médecins peuvent diagnostiquer seuls un TDAH, mais certains optent maintenant pour une évaluation exhaustive en collaboration avec d’autres professionnels, comme des psychologues et des neuropsychologues. L’objectif : dresser le portrait le plus large possible de la vie du patient, afin de distinguer le TDAH d’une autre affection. Cette évaluation permet au professionnel de déterminer si suffisamment de symptômes d’inattention et d’hyperactivité sont présents chez le patient pour déterminer qu’il s’agit bel et bien d’un TDAH. Certains tests supplémentaires permettent aussi de détailler les atteintes dans le fonctionnement du cerveau. Les personnes qui présentent des symptômes de TDAH n’ont cependant pas accès à tout cet éventail de services, soulignent les experts consultés.  La Dre Annick Vincent ajoute que les mesures d’aide pour les enfants en difficulté ne devraient pas tourner uniquement autour du processus de diagnostic. Elle souligne qu’idéalement, une évaluation psychosociale devrait être faite d’abord pour accompagner les jeunes et leurs parents. « C’est quand tout ça ne fonctionne pas qu’on devrait se poser la question : est-ce qu’il y a un problème de santé derrière ? »

Au quotidien

Est-ce vrai que les personnes avec un TDAH sont plus créatives que les autres ?

C’est ce que laissent entendre Kim Rusk et Dominic Gagnon dans leur livre J’M les TDAH, dans lequel ils attribuent leur succès à leur TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). La majorité des spécialistes consultés ne voient pas de lien entre TDAH et créativité. « Le TDAH et la créativité, ça peut venir ensemble, mais on ne gagne pas en créativité parce qu’on a un TDAH », nous dit Benoît Hammarrenger. « Est-ce que les personnes sans TDAH sont moins créatives ? demande Ariane Hébert. Je ne pense pas. Oui, elles ont une façon différente de voir la réalité, mais ce n’est pas vrai que dans tous les cas, ça amène une plus grande créativité. Il y en a qui vont au contraire être extrêmement rigides dans leur pensée. » Pourquoi retrouve-t-on beaucoup de porteurs de TDAH dans le monde de la création ? « Parce que c’est un monde où tu peux bouger beaucoup, dit la Dre Christiane Laberge. C’est possible de se lever dans un remue-méninges. Pas sûre que tu peux te lâcher autant dans un conseil d’administration. Il y a des périodes où ils travaillent comme des malades et d’autres où ils ne travaillent pas. Ce rythme-là leur convient. »

On parle de plus en plus du TDAH comme d’un atout ou d’un avantage. Est-ce le cas ?

La question divise nos intervenants. Johanne Lévesque donne l’exemple d’un homme qui peut suivre les conversations aux tables dans un resto. « Sur le parquet de la Bourse, ça peut être intéressant. » Les autres experts refusent de considérer le TDAH comme un atout. « On fait avec. On vit avec. On tire le meilleur de chaque situation, nous dit la Dre Christiane Laberge, mais ce n’est pas l’fun. » « On ne réussit pas grâce au TDAH, on réussit malgré lui », insiste Benoît Hammarrenger. Ariane Hébert abonde dans ce sens en évoquant le cas des dirigeants d’entreprise. « On dit qu’ils prennent des risques que d’autres n’auraient pas pris – à cause de leur impulsivité. Mais c’est aussi vrai qu’ils vont prendre des risques et se planter. Ou qu’ils ne seront pas capables de plancher suffisamment longtemps sur un projet pour le mener à terme. » « Ceux qui ont un TDAH sévère ne vous diront jamais : “Oh wow ! C’est super d’avoir un TDAH !”, s’étonne la Dre Annick Vincent. Ceux qui ont cette créativité-là, ceux qui ont une énergie débordante, vont voir ça comme un avantage le jour où ils vont être capables de bien contrôler leur TDAH pour être capables d’attraper leurs idées. »

Les personnes avec un TDAH sont-elles toutes exubérantes ?

La réponse est non. « C’est le côté hyperactif qui fait que ces personnes sont exubérantes, précise Johanne Lévesque. Ils parlent fort et vite, ils bougent beaucoup. Il ne faut pas oublier que c’est un trouble de l’inhibition. Quelqu’un qui a un TDA [sans hyperactivité] va passer sous le radar, parce qu’il est en général plus tranquille, plus effacé. » Ariane Hébert est d’accord. « Les TDA ont une lenteur dans l’exécution. On les oublie en classe. Je fais une généralité, mais ces gens-là ne feront pas de vagues. D’autres auront l’agitation motrice, mais ils n’auront pas nécessairement la parlote. Ce sont des particularités propres à chacun. » La Dre Christiane Laberge croit que cette exubérance se paie parfois chèrement. « Un comédien me disait qu’avant d’être traité, il passait sept heures dans son bain pour apprendre ses textes, parce que c’était le seul endroit où il n’y avait pas de distractions. » Il reste qu’à la base, le TDAH entraîne une difficulté à « s’automoduler », rappelle la Dre Annick Vincent. « À moduler ses idées, son niveau énergétique et son comportement. Celui qui a la bougeotte va avoir l’air beaucoup plus exubérant. Celui qui est inattentif va avoir l’air au contraire d’un timide, alors qu’il ne l’est pas. »

Faire de l’activité physique suffit-il à endiguer les symptômes du TDAH ?

Nos experts s’entendent. Oui, ça peut améliorer la concentration, mais ça ne guérira rien. Ils préfèrent parler d’une hygiène de vie globale. Bien dormir, bien se nourrir, faire de l’activité physique, tout ça aura un effet bénéfique chez les personnes avec un TDAH. Dans des cas légers, Johanne Lévesque croit que ça peut aider. Mais ce n’est pas toujours suffisant, estime Ariane Hébert. « On ne peut pas se contenter d’une demi-heure de jogging le matin pour que la journée à l’école ou au travail se passe bien tout le temps. Pour ceux qui en ont réellement besoin, ça ne peut pas remplacer la médication. » De son côté, Benoît Hammarrenger ne croit pas que le TDAH soit apparu « parce que nos jeunes bougent moins ou qu’ils sont davantage devant des jeux vidéo ». La Dre Christiane Laberge rappelle quant à elle que les adultes avec un TDAH ont aussi tendance à prendre du poids. « Vous savez pourquoi ? Parce qu’ils sont habitués à faire deux choses à la fois. Donc, quand ils mangent, ils pensent à autre chose. Ils ne sont pas là. Ils vont oublier qu’ils n’ont plus faim et ils vont continuer de manger. Dans ce contexte, oui, l’exercice physique peut aider. »

Le traitement

Donne-t-on trop vite des médicaments aux personnes qui ont un TDAH ?

« Ce qui commande l’introduction de la médication, c’est la qualité de vie de la personne qui a un TDAH, nous dit Ariane Hébert. Quand la qualité de vie est handicapée par les symptômes, c’est une avenue à considérer. » Johanne Lévesque n’est pas contre l’introduction de la médication, mais elle prône la mise en place de mesures d’accommodement d’abord. « Parce que les effets secondaires ne sont pas négligeables. Il ne faut pas croire que c’est une formule magique, ajoute-t-elle. Et si c’est seulement ça qui est fait, c’est encore moins vrai. » La Dre Annick Vincent a d’ailleurs consacré un chapitre imposant sur les stratégies « non pharmacologiques » dans la réédition de Mon cerveau a encore besoin de lunettes. « Il y a toutes sortes de choses qu’on peut faire en amont d’un diagnostic. Il est tout à fait adéquat de se poser la question si une personne qui prend une médication la prend pour les bonnes raisons. Il est important de continuer à se questionner. Est-ce que nos jeunes et nos moins jeunes qui ont des difficultés ont accès au bon diagnostic au bon âge ? Et est-ce qu’une fois qu’ils ont le diagnostic, ils ont accès au bon traitement ? »

Comment évaluer l’efficacité d’un médicament ?

C’est LA question que se posent les parents de jeunes qui ont un TDAH et qui cherchent la bonne médication et le bon dosage. « Il faut que les effets bénéfiques du médicament soient plus importants que les effets secondaires associés, résume bien Johanne Lévesque. Personnellement, j’ai de la difficulté à accepter qu’un enfant ne dîne pas au profit d’une performance académique. » Malheureusement, on ne peut pas prédire quel médicament conviendra à notre enfant. « Est-ce qu’on a bien identifié les cibles de traitement avant ? demande Annick Vincent. Vouloir que les notes de notre enfant montent, ce n’est pas une bonne raison. Vouloir que l’attention soutenue s’améliore, c’est une bonne cible de traitement. Mais parfois, selon les périodes de vie, nos stratégies d’adaptation vont être efficaces et vont suffire. D’autres fois, par contre, la médication devra être ajustée. » La Dre Christiane Laberge demeure pragmatique. « Nous, on se fie au “questionnaire Pierre Poulin” pour les suivis, confie-t-elle. C’est un questionnaire validé avec une série de questions aléatoires sur l’impulsivité, l’inattention, les effets secondaires de la médication, la fatigue, etc. Un questionnaire qui devrait être rempli par la personne avec un TDAH, un parent et un enseignant. En fonction du résultat, on mesure l’efficacité d’un médicament. »

Quelles sont les stratégies les plus efficaces (hors médication) ?

On revient ici à la notion d’hygiène de vie globale. Alimentation, activité physique, sommeil. « La préservation du sommeil est une priorité, nous dit la Dre Christiane Laberge. Au secondaire, les jeunes devraient dormir entre 9 heures et 10 heures par nuit. Les journées d’école devraient commencer une heure plus tard le matin. La limitation du temps passé devant les écrans est aussi importante. Il faut limiter le bruit, permettre aux jeunes de se dégourdir, de courir, de jouer. Il faut diminuer leur anxiété. » Benoît Hammarrenger met l’accent sur le côté pratique. « Il ne faut pas travailler contre le besoin de bouger, il faut travailler avec [balle de stress, élastique entre les pattes de la chaise, travail debout, etc.]. » La Dre Vincent, elle, croit que la clé est dans la connaissance de soi. « Tu n’es pas responsable d’avoir un TDAH, mais tu es responsable de ce que tu en fais. Peut-être que ton chemin va être différent, mais tu dois apprendre à apprivoiser ton TDAH. » Johanne Lévesque a un autre point de vue : « Pour moi, c’est le neurofeedback, dit-elle. C’est une méthode critiquée parce qu’il n’y a pas des centaines d’études là-dessus, convient-elle, mais ça permet à quelqu’un de corriger les anomalies neuroélectriques de son cerveau associées aux symptômes du TDAH. »

Y a-t-il une « explosion » du nombre de prescriptions de médicaments ?

« La médication effraie beaucoup les gens. Si on traitait le TDAH avec de la vitamine C, je ne pense pas qu’on ferait la une des journaux », souligne la Dre Annick Vincent. Au cours des dernières années, on a en effet vu une augmentation des prescriptions. Or, cette hausse s’explique notamment par le fait que les médicaments sont aujourd’hui plus efficaces et mieux tolérés. « Ceux qui prenaient une médication avant la prenaient de façon très ponctuelle. Ils choisissent maintenant de la prendre de façon plus régulière », précise la Dre Vincent. De plus, une même personne peut désormais se voir offrir un traitement à action prolongée pendant le jour et un médicament à courte action en soirée. Ainsi, une même personne peut avoir deux prescriptions. Compter le nombre de prescriptions pour estimer le nombre de personnes traitées, c’est faire fausse route, donc. Surtout que certains médicaments pour traiter le TDAH sont aussi utilisés pour soigner d’autres problèmes de santé. Tous les experts interrogés insistent toutefois sur l’importance des adaptations et des stratégies non pharmacologiques pour traiter le TDAH. « Il faut se rappeler que le traitement pour le TDAH est multimodal, affirme pour sa part la Dre Christiane Laberge. Il faut commencer par la psychoéducation. »

Qui sont nos experts ?

La Dre Annick Vincent

La Dre Annick Vincent est médecin psychiatre. Elle est l’auteure de Mon cerveau a besoin de lunettes et de Mon cerveau a encore besoin de lunettes, des livres pour accompagner les enfants, les adolescents et les adultes atteints de TDAH. Elle a cofondé la clinique Focus, spécialisée dans le TDAH et elle a créé le site http://www.attentiondeficit-info.com.

En résumé, le TDAH, c’est…

« Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental qui entraîne des symptômes dans la lignée de la gestion de l’attention, des mouvements et des comportements. Pour avoir un diagnostic de TDAH, il faut que l’on retrouve un certain nombre de symptômes d’inattention et un certain nombre de symptômes d’hyperactivité et d’impulsivité. Ce tableau-là doit être au long cours, donc depuis l’enfance, et il ne doit pas être expliqué par une autre problématique. Enfin, ces symptômes doivent entraîner un impact fonctionnel important. Certaines personnes font une nuance entre le TDA [avec inattention prédominante] et le TDAH [avec hyperactivité], mais on appelle ce trouble le TDAH. »

Ariane Hébert

Ariane Hébert est psychologue et auteure du guide TDA/H – La boîte à outils et du livre Le TDA/H raconté aux enfants. Elle a fondé La boîte à psy, une clinique privée pour les adultes et les enfants. Si elle s’intéresse de près au TDAH, elle oriente sa pratique vers l’évaluation de la santé mentale et le soutien parental.

En résumé, le TDAH, c’est…

« Les critères diagnostiques du TDAH sont très bien définis », affirme d’emblée Ariane Hébert. N’empêche, la psychologue souligne qu’il est par la suite hasardeux de dégager de grandes généralités dans les manifestations de ce trouble : « C’est très hasardeux de dire : “Tu as un TDAH, donc tu as cette couleur-là.” En plaçant le TDAH dans une case, en disant que ces personnes bougent beaucoup ou qu’elles ont la parlotte, on a l’impression qu’on sait à quoi on a affaire, mais ce n’est pas vrai. Il y a beaucoup de distinctions à faire. »

Benoît Hammarrenger

Benoît Hammarrenger est neuropsychologue et auteur du récent livre 10 questions sur le TDAH chez l’enfant et l’adolescent, ainsi que du livre L’opposition – Ces enfants qui vous en font voir de toutes les couleurs. Il est aussi le fondateur des Cliniques d’évaluation et de réadaptation cognitive (CERC).

En résumé, le TDAH, c’est…

« C’est un trouble affectant la capacité d’inhibition de l’enfant ou de l’adulte ainsi que la capacité à contrôler ses pulsions pour avoir un comportement plus adapté à l’environnement. Également, ce trouble affecte la capacité à filtrer ce qui n’est pas pertinent autour de soi pour rester concentré sur seulement ce qui est pertinent. Ce trouble devrait être présent avant 12 ans. Le TDAH a des répercussions sur la réussite à l’école ou au travail, sur les relations sociales et les relations familiales. C’est un problème, un TDAH. »

Johanne Lévesque

Johanne Lévesque est neuropsychologue. Elle défend notamment la technique du neurofeedback. Elle vient de publier le livre TDAH – Pourquoi être ordinaire quand on peut être spécial ?, coécrit avec Sylvain Guimond.

En résumé, le TDAH, c’est…

« Pour moi, le TDAH, c’est quelqu’un qui a de la difficulté à porter attention ou à ne pas bouger ou ne pas parler à un moment où il souhaiterait porter attention ou faire preuve d’inhibition. »

La Dre Christiane Laberge

La Dre Christiane Laberge est médecin de famille et chroniqueuse santé. Elle a notamment travaillé au CLSC de Dorval-Lachine, où elle a mis sur pied un programme de gestion intégrée du TDAH dans six écoles.

En résumé, le TDAH, c’est…

« Le TDAH est un trouble neurobiologique. Les gens qui en souffrent consomment énormément d’énergie à freiner l’action avant de la faire. C’est pour ça qu’ils manifestent une forme d’impulsivité, d’inattention et parfois d’hyperactivité. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.

Des trucs et astuces pour les troubles de DYS, Emission avec Françoise Chée du 2 mars 2018

Des trucs et astuces pour les troubles de DYS

Quoi de neuf?

Selon, l’Association belge de Parents et Professionnels pour les Enfants en Difficulté d’Apprentissage (APEDA), plus de 400 000 enfants et adultes en Belgique francophone présentent un ou plusieurs troubles d’apprentissage. De plus en plus d’aides pour l’apprentissages voient le jour, mais ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver. Voici un répertoire de conseils spécialement conçu pour les DYS.

Françoise Chée fait partie de ces 10% de Français atteint de troubles cognitifs et troubles de l’apprentissage. Lorsqu’elle apprend que son fils aîné est, lui aussi touché, elle essaye de trouver des trucs et astuces qui pourraient l’aider dans son apprentissage. Ce qui n’est pas toujours évident…

Elle décide alors de créer une page Facebook qui reprendrait tous les trucs et astuces de chacun, professeurs, instituteurs, parents d’enfants DYS,… Chaque jour, elle délivre des conseils à près de 62.000 personnes venant de 45 territoires différents, Belgique, France, Canada… Ces différents followers ont un point commun: ils s’intéressent aux troubles DYS. DYS, ce sont trois lettres pour désigner tant la dyslexie, que la dysgraphie, la dysorthographie, la dyspraxie ou encore la dyscalculie… Des troubles de l’apprentissage.

Trouble ou difficulté d’apprentissage ?

Comme l’explique l’APEDA, cela fait des années, que l’on parle de « difficultés d’apprentissage ». Pourtant, selon l’association, il est important de nuancer les termes et de faire la distinction entre troubles et difficultés d’apprentissage…

Selon l’association, les difficultés d’apprentissage « sont généralement passagères et dues à des facteurs externes. Elles peuvent aboutir à un échec scolaire si elles ne sont pas prises en compte et si aucune intervention adéquate n’est mise en place. »

Les troubles d’apprentissage sont eux, malheureusement permanents, leur origine est « neurologique et ces troubles sont caractérisés par des difficultés persistantes touchant le langage, la lecture, l’attention, l’écriture, l’automatisation du geste, la pensée mathématique… Ils sont un frein dans l’acquisition des bases fondamentales et nécessaires aux apprentissages et ce, malgré une intelligence normale, voire supérieure à la moyenne. Ces troubles d’apprentissages amènent souvent l’enfant à fournir des efforts inversement proportionnels aux résultats obtenus et peuvent aboutir à des échecs répétitifs accompagnés d’une diminution de l’estime de soi. »

En fonction des affinités de chacun

Chaque astuce est regroupée dans un album, en fonction de la thématique de base, que ce soi, la grammaire, les mathématiques ou l’apprentissage d’une poésie. Un conseil qui fonctionne pour l’un ne fonctionnera pas nécessairement pour l’autre. Pour trouver ce qui convient à chacun, c’est donc un véritable parcours du combattant.

Aujourd’hui, la société prend conscience de ces troubles, mais pour Françoise, ce n’est pas assez. Par exemple, il lui arrive de tourner plusieurs fois dans un rond-point, non, parce qu’elle ne sait pas conduire, mais parce qu’il lui faut plus de temps pour lire les panneaux au bord de la route.

Françoise Chée était l’invitée dans Quoi de neuf? (Ré)écoutez l’intégralité de son histoire et de son parcours dans l’interview ci-dessous.