Archives pour la catégorie pédagogie

Aménagements pour les élèves dyspraxiques au DNB : explications

Redonner de la confiance et de la motivation aux enfants en mathématiques grâce au jeu d’échecs

Blog « éduquer différemment »

Nous vous proposons aujourd’hui un article écrit par Pierre de apprendrelesechecs24h.com.
Des études ont démontrées que jouer aux échecs augmente les capacités de concentration, mémorisation et résolution de problèmes des enfants.
L’équipe de 24h pour apprendre les échecs a mis au point une pédagogie pour apprendre les échecs aux enfants à partir de 4 ans.


Les résultats des études sur le jeu d’échecs sont spectaculaires. En particulier, Michel Noir dans sa thèse (Lyon, 2002) a montré que les enfants ayant suivi des cours d’échecs augmentent leur capacité de concentration de 50%, leur capacité de mémorisation de 22% et leur capacité de résolution de problèmes de 32% (voir l’étude Jeu d’échec et réussite scolaire). À l’heure où les résultats des études Timss et Pisa sont décevants, voilà un outil qui pourrait nous être très utile !

Les études Timss et Pisa

Concernant l’étude Timss, elle est considérée par sa longévité et son ampleur comme l’une des plus significatives. Après vingt ans d’absences, la France y a de nouveau participé cette année et les résultats sont catastrophiques. Des élèves de 18 ans sortant de filières scientifiques ont été testés en mathématiques et répartis en 4 groupes : Très bons, bons, moyens et faibles. En vingt ans, la part des très bons est passé de 15% à 1% et la part des bons de 64% à 11%. L’étude Pisa de 2016, plus célèbre, a elle confirmé la baisse importante qu’elle avait constaté en mathématiques en 2013. Mais surtout, cette étude a montré que la France est malheureusement la championne des inégalités scolaires.

Pourquoi le jeu d’échecs ?

Pourquoi le jeu d’échecs ? Parce qu’un problème d’échecs s’aborde comme un problème de mathématiques : il faut analyser les données et structurer sa pensée pour élaborer un plan d’action. Comme dit Michel Noir :

« Observation – analyse – hypothèses – vérification – planification – probabilité et calcul des variantes – analyse des conséquences – toute la chaine méthodologique est présente dans ce jeu. »

De plus, par son aspect ludique, le jeu d’échecs met tous les élèves sur un même plan d’égalité. Qu’un enfant soit en situation de handicap, en difficultés scolaires ou simplement pense ne pas être capable de réussir en mathématiques, il va développer beaucoup de compétences sans même y penser. Voilà un bel outil pour atténuer les inégalités scolaires !

Comment apprendre à jouer aux échecs ?

Pour obtenir ces résultats, M. Noir précise bien que la pédagogie employée doit être pensée en terme de résolution de problèmes et ne pas se résumer qu’à des apprentissages échiquéens. C’est exactement la pédagogie employée par l’équipe d’apprendre les échecs en 24h qui alterne vidéos courtes et fiches d’exercices corrigées très soigneusement. Inscrivez-vous sur www.apprendrelesechecs24h.com pour découvrir gratuitement leur premier programme d’entraînement.

Reserrer les liens entre les générations

Les échecs sont un des rares sports où les enfants peuvent rivaliser très vite avec les adultes. Ainsi, il n’est pas du tout rare de voir des enfants très jeunes jouer contre des grands-parents lors des tournois. Chaque parent peut très facilement apprendre aux enfants à jouer aux échecs à partir de quatre ans et très vite proposer à leurs enfants de résoudre des exercices. Les enfants adorent chercher des échecs et mats !

Et ailleurs dans le monde ?

En septembre 2017, les jeunes polonais apprendront à jouer aux échecs à l’école. Le but affiché : améliorer les résultats en maths ! Sachant qu’ils ont déjà de bien meilleurs résultats que les français dans la dernière étude Timss, ça promet ! Par ailleurs, les échecs sont déjà enseignés à l’école dans de nombreux pays et sont un sport national en Russie, en Inde, en Chine.
Et il n’y a pas qu’à l’école qu’on parle des échecs dans les autres pays du monde. Les journaux allemands, anglais et américains ont fait leur une sur le jeu d’échecs au mois de novembre pendant le championnat du monde. Le match a été retransmis à la télévision en Norvège et deux tiers des Norvégiens ont suivi le match en direct ! Pendant que les joueurs réfléchissent de nombreux intervenants (acteurs, sportifs, éducateurs) parlent jeux, enfants, éducation à l’antenne… La foule a été tellement importante à New-York pour voir les champions qu’il y avait des files d’attente pour entrer dans la salle…

Alors pourquoi pas nous ?

 

Révisez pour réussir, il faut y penser, La Maïf

Révisez pour réussir, il faut y penser

À l’approche des beaux jours, c’est aussi la saison des examens qui se dessine. Bac, brevet, concours, dans les dernières semaines, il n’est pas toujours facile de se concentrer sans trop céder au stress pour organiser ses révisions.

Afin de guider et d’accompagner les lycéens et les collégiens jusqu’au jour des épreuves, la MAIF et son partenaire rue des écoles mettent à leur disposition un large choix de solutions.
La plupart des solutions éducatives proposées ici sont disponibles gratuitement pour tous et sans conditions, y compris pour ceux qui ne sont pas assurés à la MAIF.

 

Préparez le brevet

 

Préparez le bac

Préparer les concours

Et aussi…

La MAIF s’engage à favoriser l’éducation pour tous. Elle développe des solutions éducatives adaptées et accessibles à tous. Apprentissage, prévention, handicap, développement durable, découvrez toutes nos solutions éducatives.

Comment aider les enfants à parler de leurs problèmes d’apprentissage?

Comment aider les enfants à parler de leurs problèmes d’apprentissage?

Se confier à propos de sa manière différente d’apprendre est parfois difficile. Pourtant, avec de l’exercice, on peut y arriver et en être vraiment récompensé.

Rae Jacobson

 

« J’apprends différemment. »

Ces trois petits mots peuvent faire un monde de différence pour des enfants qui, comme ce fut mon cas, grandissent en luttant contre des problèmes d’apprentissages.

 

Cela semble plutôt simple, non ? 

Non.

Si votre enfant présente un trouble de l’apprentissage, lui trouver de l’aide – en travaillant avec l’école pour obtenir un accompagnement efficace – constitue votre première préoccupation. Cependant, il est aussi important de l’aider à se sentir à l’aise pour en parler. Pour de nombreux enfants, se confier n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire.

 

Pourquoi votre enfant a-t-il besoin d’en parler ?

En dehors de tout contexte, les symptômes du trouble d’apprentissage peuvent ressembler à de la paresse ou à de la désobéissance, et il arrive souvent que l’on essaie de discipliner les enfants au lieu de les aider.

Je souffre de TDAH et de dyscalculie. Lorsque j’étais enfant, j’étais rêveuse, désordonnée et très (très !) mauvaise en mathématiques. Je griffonnais pendant les leçons et j’oubliais régulièrement mes devoirs. J’étais néanmoins intelligente, je participais et j’écrivais bien. Ce paradoxe laissait croire que mes faiblesses étaient volontaires.

« J’avais tout le temps des difficultés », approuve Kaitlin, 16 ans, atteinte de TDAH et de problèmes de traitement auditif. « J’avais peur de leur parler de mon problème, du coup ils pensaient que j’étais simplement une mauvaise élève. Je donnais l’impression de ne pas m’inquiéter de mes résultats, ce qui n’était pas vrai. »

La mère de Kaitlin travaillait avec l’école pour que sa fille bénéficie des adaptations nécessaires, mais Kaitlin ne se sentait toujours pas à l’aise lorsqu’elle devait parler de ses difficultés d’apprentissage.

« Il m’a fallu du temps pour exprimer mes problèmes, mais lors du deuxième semestre de ma neuvième année, j’ai commencé à parler à mes professeurs du fait que j’avais des difficultés d’apprentissage et, directement, les choses ont commencé à s’améliorer », dit-elle. « Pour la première fois, ils ont compris que je faisais vraiment des efforts, même si je n’en donnais pas toujours l’impression, et j’ai obtenu l’aide dont j’avais besoin. »

 

Comment aider les enfants à faire part de leurs problèmes ?

Lorsqu’on est enfant et que l’on éprouve de véritables difficultés à se maintenir à niveau, attirer l’attention sur soi peut sembler effrayant. Si votre enfant semble réticent à se confier à propos de ses besoins dans le domaine de l’apprentissage, un peu de travail de fond à la maison pourra l’aider à entamer la conversation.

Évaluez si l’enfant est prêt. Certains enfants, surtout les plus jeunes, peuvent ne pas se sentir prêts à parler de leur problème. Ce n’est pas grave ! Vous pouvez montrer l’exemple en discutant avec votre enfant des différences d’apprentissage (et en lui laissant voir que vous en parlez avec d’autres personnes) de manière franche et détendue.

Posez des questions et écoutez. Si votre enfant ne se sent pas à l’aise pour parler aux autres de ses difficultés d’apprentissage, discutez avec lui de ce qui le dérange. Il se peut qu’il se sente gêné ou honteux d’être « différent ». Considérez cela comme une occasion de le rassurer et parlez de ses craintes ou de ses doutes. Il se sentira mieux et vous obtiendrez les informations dont vous avez besoin pour l’aider aux niveaux psychologique et scolaire.

 

Que dire aux enseignants ?

Lorsque votre enfant se sentira plus confiant et que vous serez sûr qu’il comprend bien son problème d’apprentissage, aidez-le à informer ses enseignants de manière claire. Les quelques conseils qui suivent pourront vous aider.

Nommer le trouble d’apprentissage. Même si les enseignants connaissent normalement le problème, il est bon que l’enfant prenne l’habitude de nommer sa différence d’apprentissage – par exemple : « J’ai un trouble du traitement auditif » –, de manière éviter toute confusion.

Être précis. Les enfants qui souffrent de troubles d’apprentissage ne sont pas tous les mêmes. Dès lors, encouragez votre enfant à préciser les façons dont son trouble l’affecte personnellement : « C’est difficile pour moi d’entendre lorsqu’il y a beaucoup de bruit et donc, parfois, je manque certaines parties du cours. » Savoir ce qui a ou ce qui n’a pas fonctionné précédemment pour votre enfant, aidera les enseignants à lui procurer le meilleur soutien possible.

Parler aussi de ses points forts. Ne dites pas seulement à votre enfant de réciter une liste des domaines dans lesquels il est « mauvais », mais encouragez-le aussi à parler de ceux dans lesquels il est bon, ainsi que de ses intérêts. Cela améliorera son estime de lui, et aidera par ailleurs l’enseignant à le faire participer à des activités qui valoriseront ses qualités.

Exprimer de l’enthousiasme.Les difficultés d’apprentissage des enfants rendent parfois difficile de voir à quel point ils se préoccupent de leur réussite scolaire. Exprimer de l’enthousiasme et montrer son souci de bien travailler aidera votre enfant à faire de ses enseignants des alliés.

Expliquer son mode de fonctionnement. Si votre enfant a des habitudes ou des stratégies qui l’aident à gérer son trouble d’apprentissage, mais qui peuvent être mal interprétées, encouragez-le à en informer son enseignant. Par exemple, je suis plus attentive lorsque j’ai les mains occupées ; aussi avais-je l’habitude de dessiner pendant les cours. J’entendais tout, mais mes enseignants pensaient que je ne m’intéressais pas à ce qu’ils disaient et que je m’ennuyais. Lorsque j’ai appris à leur dire pourquoi je griffonnais, ils ont compris que j’étais attentive, même si je n’en donnais pas toujours l’impression.

S’entraîner. Lorsque votre enfant se sentira prêt à parler de son problème, entraînez-vous avec lui à la maison avant qu’il n’en informe effectivement ses enseignants. De cette manière, vous vous assurerez qu’il transmettra toutes les informations utiles, et vous lui donnerez une occasion de s’entraîner d’abord dans un contexte rassurant, où il ne se sentira pas jugé.

Opter pour la sécurité. Discutez avec votre enfant de la façon dont il va gérer des situations potentiellement difficiles. Convenez, s’il n’obtient pas les adaptations nécessaires, qu’il vous en parle tout de suite. Vous pourrez ainsi le réconforter, le soutenir, et prévoir une discussion avec l’enseignant et l’administration, le cas échéant.

Commencer doucement. Si votre enfant se sent nerveux, encouragez-le à choisir une personne en qui il a confiance – son enseignant préféré, un moniteur, ou encore un ami de la famille – à qui il parlera en premier lieu, comme « test ».

 

Aidez votre enfant à parler aussi avec ses condisciples

« Je n’ai pas vraiment appris à parler de mon TDAH avant l’enseignement supérieur », explique Lauren, qui a éprouvé des problèmes liés à son apprentissage durant toutes ses années de collège et de lycée. Lorsqu’elle repense à son parcours, elle se rend compte que ce qui l’a aidée à se confier est d’avoir finalement trouvé un groupe d’amis qui éprouvaient le même type de difficultés.

« J’ai abouti dans une école où les autres élèves avaient des problèmes d’apprentissage et en parlaient ! », dit-elle. « Pour la première fois, j’avais des amis qui parlaient ouvertement du fait d’avoir des troubles d’apprentissage. Découvrir que je n’étais pas seule m’a donné confiance pour parler de mon TDAH. Maintenant, je suis plus franche. C’est presque comme un avertissement :“Tu vas devoir accepter cette partie de moi si tu veux être mon ami.”  »

Pour beaucoup d’enfants qui se sentent stigmatisés à cause de leur apprentissage « différent » et qui en souffrent, découvrir que d’autres jeunes qu’ils apprécient et qu’ils respectent ont le même genre de problèmes améliore leur estime d’eux-mêmes et les aide à vaincre le sentiment de différence. Cela a vraiment été important pour moi.

Nous avons tous une série de choses que nous voudrions pouvoir nous dire à nous-mêmes lorsque nous étions jeunes. Ça va aller. Tu n’as pas besoin de changer pour t’intégrer. Tes cheveux sont superbes. Je t’assure !

Mais si je ne devais choisir qu’une seule chose à dire à la version plus jeune de moi-même, ce serait celle-ci :

Parle de tes problèmes d’apprentissage. Fais-le à voix haute et souvent. N’aie pas peur. Tu ne le regretteras pas.

Toutefois, en tant que parent, il ne vous est pas nécessaire de voyager dans le temps pour aider vos enfants à développer la confiance dont ils ont besoin pour plaider leur cause. Il vous suffit de leur transmettre le message. Vous leur donnerez ainsi des outils précieux pour un avenir meilleur et plus radieux.

Source : 

Jacobson Rae, « How to Help Kids Talk About Learning Disabilities », sur Child Mind Institute : http://childmind.org (dernière consultation le 9 novembre 2016).

 

Comment s’organiser efficacement et réussir ses examens sur table ?

Blog « Donnez du sens.fr », Hélène Weber

Voici un schéma qui synthétise les conseils que je donne à mes étudiants pour les aider à s’organiser efficacement au cours de leurs examens sur table.

La séance est organisée autour d’un jeu de questions/réponses qui conduit chacun à prendre conscience des stratégies qu’il met déjà en œuvre pour s’organiser, afin d’envisager des moyens de progresser.

Cliquez sur le schéma pour l’afficher en grand format :

http://donnezdusens.fr/comment-sorganiser-efficacement-et-reussir-ses-examens-sur-table/

 

 

« La confiance en soi est l’une des meilleures pistes pour réduire les inégalités à l’école »

7 mars 2017, Magazine Kaizen

C’est l’histoire d’Une idée folle. Celle d’un documentaire qui arpente les chemins de neuf écoles françaises publiques et privées. Coopération, créativité, solidarité, citoyenneté : le « bien-vivre ensemble » dans une classe, c’est possible ! Un voyage plein d’optimisme réalisé par la jeune et talentueuse Judith Grumbach. Rencontre.

Le film prône l’invention de l’école du XXIe siècle. Qu’est-ce que c’est ?

L’école du XXIe siècle est une école qui forme des citoyens épanouis, responsables, autonomes et entreprenants, qui auront envie de transformer positivement le monde qui les entoure. Ce sont des enfants à qui l’on apprend – en plus de leur transmettre les savoirs fondamentaux – à avoir de l’empathie, à coopérer et à qui l’on permet de travailler sur la confiance et l’estime de soi.

L’État nous dit, surtout depuis les attentats, qu’il faut absolument que l’école forme des citoyens mais, le problème, c’est que pour être un citoyen, il faut pouvoir se déplacer dans une classe, prendre des décisions, faire des choix, créer, se tromper, s’exprimer, pour se sentir l’égal de l’autre, en ayant soi-même d’abord compris que l’on a de la valeur. Cette citoyenneté-là, c’est finalement mettre en pratique ce que prône notre devise républicaine : liberté, égalité, fraternité.

N’est-ce pas ce qui est déjà censé se pratiquer dans les écoles républicaines ?

C’est encore trop théorique dans la majorité des écoles ! Or dans les établissements que j’ai filmés, la démocratie est vraiment en actions ; les enfants apprennent à prendre eux-mêmes des décisions sur leur vie à l’école, sur leur vie en communauté ou encore à régler les conflits. Dès le plus jeune âge, on leur dispense des cours de philosophie qui leur permettent de prendre la parole et de respecter celle de l’autre. Ils vivent la solidarité ; ils comprennent ce concept le jour où ils ont un problème et que quelqu’un vient les aider. C’est quelque chose qui se travaille au quotidien, dans la réalité des choses.

Dans le film, on observe que les prises de parole de l’enfant sont fondamentales ; l’enfant est très écouté…

Oui, parce qu’il y a un respect de l’enfant pour ce qu’il est. L’enseignant est dans une posture de confiance face à l’enfant ; on croit en lui, en ses capacités, ses bonnes idées, ses réflexions, donc on lui laisse la place. Ce que j’ai vu dans ces écoles, c’est que plus on laisse de la place à l’enfant, plus il fait des choses incroyables. Ces enfants ont très peu peur de l’adulte, ils sont souvent très à l’aise et ont une grande facilité à discuter et à exprimer leurs idées, même s’ils ne vous connaissent pas. Lors de la toute première projection du film, deux élèves de l’école des Bosquets dans le Val-d’Oise, ont répondu avec aisance devant un public de cent cinquante personnes !

Moi, à leur âge, jamais je n’aurais osé faire ça. Et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie de faire ce film. Je me suis dit : « Qu’est-ce que j’aurais gagné comme temps si j’avais appris ça à l’école ! » J’ai été dans une école qui était très réputée, dans un milieu social pas compliqué, mais cela n’a jamais dérangé mes professeurs que je n’ouvre pas la bouche en classe durant quatorze ans ! Quand je vois ces enfants qui n’ont aucune difficulté à s’exprimer, avec cette confiance en eux, qui croient en leurs capacités, j’imagine qu’une société où tous les adultes seraient comme ça serait différente.

Pensez-vous que ces enfants seront des citoyens plus engagés dans la société à l’âge   adulte ?

Je pense que oui car, lorsqu’ils voient des choses qui ne leur conviennent pas, ils ont des idées pour les changer. Je me souviens d’une élève de 9 ans qui est arrivée avec une boîte en carton et qui a dit : « Je trouve que cette année on n’a rien fait avec Les Restos du cœur, alors j’ai apporté ce carton pour le mettre devant l’école et poser nos jouets dont on ne se sert plus. Et comme une amie de ma grand-mère travaille dans l’association, je lui donnerai. » On voit donc que lorsqu’on ouvre une porte, des actions se créent.

Là où l’école a tendance à favoriser la compétition, ces écoles valorisent pleinement la coopération. Comment cela s’incarne-t-il ?

Cela s’incarne assez simplement dans l’école en faisant travailler des élèves ensemble sur des projets précis. Par exemple à l’école de Lorgues, dans le Var, les enfants ont eu envie d’avoir un poulailler qu’ils ont pensé et mis en place. À l’école de Trébédan, dans les Côtes-d’Armor, les enfants ont quant à eux beaucoup participé au nouveau design de l’école et exprimé ce qu’ils voulaient dans les classes, la bibliothèque, la cour de récréation, etc.

Lorsqu’on fait comprendre à un enfant de 5 ans qu’il a le pouvoir de faire évoluer les choses dans son environnement, sa classe et sa famille par exemple, on lui montre que les règles peuvent évoluer dans ces cadres-là. L’enfant comprend ainsi que lorsqu’il sera plus grand, il pourra faire évoluer les choses dans son environnement et, à terme, dans la société. On ne devient pas citoyen par magie à 18 ans parce que tout à coup on a le droit de vote. C’est une habitude à prendre dès le plus jeune âge.

Dans le film, on constate qu’il y a un travail important sur les émotions des enfants et la confiance en soi. Comment cela s’exprime-t-il ?

C’est immédiat ! On le voit dans l’interaction des enfants entre eux, la façon dont ils se comportent. Globalement, ils ont pas mal de liberté dans les classes, ils se déplacent facilement et ce n’est pas du tout le bazar. Tout se passe sans cris et on se rend bien compte qu’il y a un travail sur la gestion des émotions des enfants les uns par rapport aux autres, dans le groupe, etc.

Cela passe aussi par une autovalorisation et valorisation par le groupe avec beaucoup de bienveillance de la part du groupe et de l’enseignant. À travers des outils comme le cahier de réussite, qui est une occasion pour les enfants d’écrire ce qu’ils ont réussi à faire, à l’école et à la maison – une lecture, du vélo, une activité…

L’enseignant réfractaire pourrait dire qu’il n’est pas là pour faire le psy…

L’idée que l’enseignement et la transmission de savoirs puissent se faire sans affect est un mythe ! Et tous les enseignants du monde le savent. On ne peut pas apprendre à lire et écouter à un enfant qui pense qu’il est nul et qu’il n’y arrivera jamais. On sait que la psychologie de l’enfant a un impact. Celui-là vient avec toute son histoire, ce qu’il se passe chez lui, et certains enfants évoluent dans des conditions matérielles et sociales très difficiles qui ne favorisent pas l’apprentissage.

Il n’y a pas d’opposition entre l’instruction et l’éducation, le savoir et les compétences. La psychologie est un facteur évident parce qu’on ne peut pas avoir trente élèves dans une classe sans s’intéresser à ce qui se passe dans la tête de chacun.

Les enseignants sont-ils formés pour cela ?

Dans la majorité des écoles en France, les enseignants ne sont pas formés pour pratiquer cette pédagogie. Ce n’est pas systémique, ni spécialement valorisé. Mais le film montre qu’il y a des outils pratiques qui existent. Je pense qu’en France, les enseignants font comme ils peuvent avec ce qu’ils ont, et certains travaillent dans des conditions très difficiles sans être toujours aidés. Il y a parfois le sentiment que leur pratique professionnelle n’est pas forcément en accord avec ce qu’ils sont ou ce qu’ils ressentent comme étant la nécessité.

C’est fondamentalement une question de formation. Cette dernière se fonde d’abord sur les compétences disciplinaires, certes importantes, mais ne devrait-on pas commencer par la pédagogie et la capacité à transmettre son savoir ? De plus, on ne peut pas demander à des enseignants qui se sentent seuls et qui sont mal dans leurs baskets d’apprendre aux enfants à avoir confiance en eux. C’est impossible, c’est pourquoi il faut s’occuper aussi des enseignants et de leur bien-être.

L’institutrice Isabelle Peloux [auteur du livre L’École du Colibri, La Pédagogie de la coopération, Actes Sud] dit dans le film que le rôle de l’enseignant est différent dans ces écoles : il n’est pas le sachant qui impose, mais celui qui organise, observe, celui que l’on peut consulter…

Oui, les enseignants de ces écoles sont surtout différents par leur posture. Ils ont une posture de chercheurs, c’est-à-dire qu’ils se remettent en question tous les jours en se disant par exemple : « Je sais déjà beaucoup de choses, mais tout est à réapprendre, comment puis-je tous les jours faire évoluer ma pratique pédagogique ? »

De plus, ils pratiquent leur métier en accord avec leurs valeurs en respectant l’enfant dans tout ce qu’il est, car l’enfant n’est pas juste un élève, c’est un individu. Ils aident l’enfant à comprendre qui il est, à comprendre ses émotions pour pouvoir trouver sa place dans le groupe. Et là on peut parler de vivre-ensemble.

Ces pédagogies peuvent-elles réduire les inégalités scolaires et sociales ?

On ne peut pas demander à l’école de régler les inégalités à elle toute seule. Beaucoup de facteurs sont en jeu, notamment la politique de la ville, la mixité sociale… Mais le travail sur la confiance en soi est peut-être une des meilleures pistes pour réduire ces inégalités. Par exemple dans le collège de Bordeaux, ces méthodes ont permis de repêcher des élèves et de lutter contre le décrochage.

Le système de l’Éducation nationale en France est vertical, la prise d’initiatives n’est pas très valorisée et les enseignants n’ont pas forcément les moyens de changer les choses. Comment faire pour diffuser ces expériences ?

Au lieu d’attendre qu’une réforme providentielle ne tombe du ciel par une directive magique de l’Éducation nationale et ne plaise à tout le monde – ce qui est impossible ! –, je pense qu’il faut dire aux enseignants qu’il existe des choses qu’ils peuvent mettre en place à l’échelle locale. Des initiatives qui rendraient leur pratique beaucoup plus agréable pour eux-mêmes et beaucoup plus efficace pour les enfants.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des décisions qui doivent être prises au niveau des ministères sur la mixité sociale ou sur les moyens donnés aux établissements. Ce film ne parle pas de tous les problèmes de l’école, il montre des solutions à certaines choses et souhaite donner une autre vision de l’éducation.

Pourquoi est-ce « une idée folle » ?

C’est ironique ! Parce qu’elle n’est pas folle du tout, c’est une petite blague et une posture d’humilité. Nous ne sommes pas là pour dire aux gens comment faire leur travail, mais pour poser des questions, montrer, valoriser des enseignants. Ce film est aussi une déclaration d’amour, une façon de dire “arrêtons” ! Revalorisons ce métier qui est magnifique et très important.

 

Propos recueillis par Sabah Rahmani.

© Kaizen, construire un autre monde, pas à pas

Une idée folle, 2016, réalisé par Judith Grumbach

Coproduit par Ashoka et Horizons Productions

Documentaire, 80 min, France

 


Pour en savoir plus

Organiser des projections citoyennes dans toute la France

Pour que les citoyens puissent s’emparer du film comme un outil de discussion et de questionnement collectif, Judith Grumbach a fait le choix d’une diffusion citoyenne. Avec l’aide de l’équipe du film, toute personne peut ainsi organiser une projection dans une classe, un cinéma, une institution, autour d’un événement, d’une rencontre, etc. La demande se fait par les réseaux sociaux. Lancement des projections citoyennes : le 7 mars à Paris au Forum des images.


Liens

Site : http://www.uneideefolle-lefilm.com

Facebook : https://www.facebook.com/uneideefollelefilm/?fref=ts

Twitter : @uneideefolle

Votre enfant passe le Brevet : 4 pages pour tout comprendre !

Capture1.PNG

Paca – Aix-Marseille / publication : 27 février 2017

Votre enfant passe le brevet cette année et vous souhaitez être incollable sur les épreuves et les modalités d’organisation ? L’Onisep met gratuitement à votre disposition une brochure de quatre pages avec toutes les informations utiles.

Votre enfant est en classe de 3e. À la fin de l’année, une étape importante de sa scolarité l’attend : le diplôme nationale du brevet. Son obtention repose sur les points cumulés au contrôle continu et aux épreuves du contrôle final. En voici le détail :

http://www.calameo.com/read/00003754739dd813edae2