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Monique de Kermadec : «Le saut de classe ne peut être l’unique réponse à la précocité »

Le Figaro.fr

Etudiant Par Sophie de Tarlé • Publié le

INTERVIEW – Comment doivent être scolarisés les enfants à haut potentiel ? Doivent-ils sauter une classe ? Que propose l’Éducation nationale ? La psychologue Monique de Kermadec répond à nos questions.

Ses ouvrages de vulgarisation scientifique font un tabac. Monique de Kermadec est la psychologue des surdoués. Elle est l’auteur entre autres de «L’adulte surdoué à la conquête du bonheur», et «L’enfant précoce aujourd’hui» (Albin Michel). Le 10 avril dernier, un colloque international* s’est tenu à la Sorbonne sur les enfants à hauts potentiels et leurs difficultés. Mais que propose le système éducatif français aujourd’hui? Un sujet délicat sur lequel Monique de Kermadec a accepté de répondre à nos questions.

* Enfants à haut potentiel: Compétences & difficultés


LE FIGARO- Pensez-vous que les jeunes surdoués ou précoces sont bien pris en compte dans le système éducatif français?

MONIQUE DE KERMADEC– Cela fait longtemps que l’Éducation nationale et les associations de parents d’élèves via l’AFEP et l’ANPEIP sont en contact, depuis 1995 environ. Une circulaire parue en 2007 a permis de faire avancer les choses en termes d’accueil mais aussi de formation des enseignants. Désormais, dans chaque académie, les parents peuvent avoir accès à un référent «élèves intellectuellement précoce», qui peut les orienter vers l’établissement qui sera à même de proposer un accueil spécifique. Mais c’est un travail de longue haleine.

Quels sont les établissements les plus en pointe?

Gerson, établissement privé à Paris, a été l’un des premiers à proposer un accueil spécifique au collège depuis 1995. Le Collège Stanislas à Paris a rejoint ce projet peu de temps après. Dans le public, le lycée de Janson de Sailly dans le 16 ème à Paris a un accueil pour les jeunes précoces. Les jeunes y sont répartis dans toutes les classes et regroupés pour certaines activités.

Nombreuses sont les écoles privées hors contrat à proposer une offre spécifique. Je pense en particulier au Cours Hattemer à Paris dans le 9 ème arrondissement qui s’y intéresse aussi depuis longtemps.


Malgré tout, les enseignants ont souvent une vision très partielle de la situation. Nous avons besoin de communiquer sur les spécificités de ces enfants.

La France est-elle en pointe sur ce sujet?

Certains pays sont bien plus avancés que nous. Je fais partie de l’association internationale World council for gifted ans talented children dont les réunions annuelles permettent de voir les meilleures initiatives à l’étranger. C’est le cas de pays comme Israël et les États-Unis. Ces pays n’ont pas de système éducatif aussi centralisé qu’en France et peuvent plus facilement proposer un programme spécialisé ou des accélérations de rythme dans certaines matières.

«Certains jeunes très intelligents se retrouvent en difficulté, car ils ont des facilités mais n’ont pas eu l’habitude de travailler»Monique de Kermadec, psychologue

Ainsi, les écoles américaines proposent plus facilement des groupes de niveau, ce qui permet par exemple aux jeunes en avance de suivre un cours de maths avancé sans forcément sauter de classe. Le saut de classe ne peut être l’unique réponse à la précocité. Je suis plus favorable à ce qu’on mette plus de souplesse dans l’enseignement traditionnel.

Alors qu’aux États-Unis, les écoliers sont testés très jeunes, la France restant frileuse sur ce point. On a beaucoup avancé en faveur des dyslexiques, mais moins pour ceux qui vont plus vite. On est à l’aube d’une évolution. Toutefois la réflexion ne devrait pas se limiter à une réponse pédagogique quelle que soit l’importance de celle-ci. C’est le fruit d’une alliance entre la famille, le jeune et l’école.


On considère le fait d’être surdoué comme une chance. Quel est le problème?

Des jeunes précoces peuvent avoir des problèmes relationnels. Cela ne veut pas dire que la précocité est la cause de tous leurs problèmes. Et certains jeunes très intelligents se retrouvent en difficulté car ils ont des facilités mais n’ont pas acquis de bonnes méthodes de travail.

Ils vont travailler une matière qui les passionne, l’histoire par exemple. Mais ils vont négliger les autres cours, les études. La réponse est à trouver dans une alliance entre la pédagogie et la psychologie. L’école peut beaucoup de choses, mais ne peut tout résoudre.

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Du bon usage des résultats au test de QI

Le Journal des femmes

Chronique d’Arielle Adda, 18 avril 2018

On a beau s’évertuer à répéter qu’un test constitue, en premier lieu, une grille de lecture, mais qu’il fournit aussi des indications essentielles sur la façon dont fonctionne un enfant, de nombreux parents ont encore tendance à se contenter du résultat global.

Au vu du chiffre,  leur enfant est considéré comme un « enfant doué », ils peuvent donc, en toute légitimité, s’inscrire dans les associations consacrées à ces enfants et lui permettre de fréquenter des semblables, comme il le leur a été recommandé. Le chiffre du QI leur sert de sésame et aussi parfois d’explications à toutes ses réactions.

Il serait alors normal qu’il refuse certaines activités : sa personnalité est déjà bien affirmée, ses goûts bien prononcés et son caractère, fort et déterminé, laissent penser que ses refus sont définitifs et  absolument irrévocables. Des arguments particulièrement convaincants, persuasifs et surtout étayés par une logique irréfutable, ne sont même pas toujours suffisants pour amener un enfant entêté à accepter de tenter une activité qu’il estime peu attrayante. Lui non plus ne manque pas d’arguments pour démontrer à ses parents que leur insistance est inutile et qu’ils perdent un temps précieux à vouloir l’inciter à se soumettre à leurs suggestions.

On pense en conséquence que toute tentative de persuasion serait vouée à l’échec et on fait confiance à l’enfant doué pour s’arranger avec ses quelques faiblesses qu’il sait si bien compenser en classe.

Persévérer dans des injonctions qu’il ne veut pas entendre  serait s’engager dans un affrontement vite transformé en guerre de tranchée gâchant la vie familiale : si un enfant refuse résolument de faire du judo, ou un sport quelconque, du dessin, du théâtre,ou  de la musique, il s’avère vite inutile de tenter d’infléchir cette attitude obstinée.  Il est plus sage de ne pas appliquer les préconisations du psychologue : après tout, il a vu leur enfant  une seule fois, il ne peut pas le connaître aussi bien que ses parents qui le pratiquent depuis des années. On ne va pas tenter de lui imposer des activités, peut-être utiles à son développement, mais qui ne lui plaisent pas.

Ces parents sont confortés dans ce repli pacificateur   par la conviction que cet enfant trouvera certainement au moment opportun les ressources nécessaires pour compenser une défaillance  sans doute passagère. Sa scolarité se déroule si bien !

La tentation est grande de reléguer au plus profond l’avertissement qui leur a pourtant été répété : quand un enfant doué, tellement habile dans bien des domaines, affirme d’un ton péremptoire qu’il n’aime pas l’activité qu’on lui propose, c’est simplement parce qu’il n’est pas du tout assuré de la réussir et il ne veut pas entamer son image par de piètres résultats qu’il sera bien incapable d’améliorer, même en s’y appliquant avec toute son énergie.  La perspective de se trouver dans cette situation honteuse lui fait horreur.

Ses parents ont oublié que les notes aux différents items du test n’étaient pas parfaitement homogènes, mais ce fléchissement pouvait s’expliquer par l’état émotionnel de leur enfant. Dans cette situation exceptionnelle il était bien naturel qu’il soit un peu perturbé. En état de stress, un enfant sensible réagit de façon amplifiée face à une difficulté imprévue surgie dans un « jeu » dont il ignore tout. Sa note moins bonne répercute une réaction émotive, peut-être encore accrue par sa crainte de décevoir ses parents en se montrant maladroit tandis qu’ils le croyaient plus habile.

Le psychologue avait pourtant insisté sur cette faiblesse ponctuelle, même si la note qui la révélait restait très convenable par rapport à l’ensemble des enfants de son âge et cette alerte avait fini par être totalement oubliée.

Quelques années plus tard, généralement au début du collège, cet enfant à la réussite tellement aisée commence à se déprimer, il répète qu’il est « nul », il perd le goût des choses  au point même parfois d’évoquer son utilité sur terre.  On ne le reconnaît plus. Certes,  ses résultats restent satisfaisants, cependant ils accusent une légère baisse, peu surprenante étant donné son état d’esprit.

L’explication est toute trouvée : cet enfant réussissait sans effort, désormais ils sont devenus nécessaires mais il ne sait pas comment procéder.  Il suffirait  qu’il se concentre davantage, qu’il réfléchisse un peu plus longtemps et tout rentrera dans l’ordre. Il ne tient donc qu’à lui, puisqu’il possède de bonnes capacités intellectuelles.

L’angoisse de cet enfant, pratiquement adolescent, est en réalité incommensurable et d’autant plus incompréhensible qu’elle submerge un enfant jusque-là plutôt détendu et heureux de vivre, persuadé qu’il était né sous une bonne étoile lui permettant de réussir facilement.

Les quelques petites pointes d’inquiétude qui le tourmentaient brièvement quand il avait commis une erreur étaient vite apaisées par l’explication qui les justifiaient : les consignes n’étaient pas si claires, lui-même couvait une grippe ou bien il avait été secoué par un événement inattendu, ou attendu, mais bouleversant, comme l’arrivée d’un bébé au foyer par exemple, tout épisode qu’il fallait prendre en compte pour comprendre les raisons de cet accident.

Au fond de lui, l’élève qui se sent désormais en perdition, pense que le sentiment d’imposture qu’il refoulait soigneusement éclate aux yeux de tous, sa nullité apparaît crûment, tandis qu’il se sent incapable de la combattre.

Cet effondrement l’ébranle tant qu’il commence à douter de sa valeur : autant débarrasser la société d’un individu qui ne lui sera d’aucune utilité. Il se rend bien compte qu’il ne comprend plus certaines explications, que des énoncés de problèmes lui semblent opaques, il se sent perdu parmi tous ces nombres, lui qui savait donner instantanément un résultat exact parce qu’il lui était apparu sur le champ.

Si on lui dit qu’il suffirait d’un léger effort de sa part, il sombre dans un désarroi sans rémission : il a essayé de fournir des efforts, d’approfondir son raisonnement, en pure perte, il reste égaré dans cette jungle de nombres, comme certains de ses camarades qui l’étonnaient par leur incapacité à saisir un énoncé. Il est devenu l’un des leurs et son image ternie lui est insupportable. La faille la plus fréquente consiste en une difficulté à se former une représentation mentale exacte d’une situation, comme le démontre la note plus basse à l’épreuve des « cubes », mais ce peut être une utilisation maladroite de la mémoire ou un langage approximatif dû à une hypoacousie au moment où le jeune enfant doit être immergé dans un bain de langage. Dans tous les cas, le brillant verni de la facilité masque ces faiblesses.

Aidé de façon convenable, cet enfant en perdition retrouvera tout son éclat et saura utiliser ses belles qualités, restées intactes, pour parvenir à la  concrétisation de rêves qu’il pensait  désormais hors d’atteinte.

Conseils : ne jamais négliger les quelques faiblesses, encore discrètes et apparemment sans effet néfaste, révélées par le test.  Ces fêlures ténues, longtemps imperceptibles,   provoqueront plus tard de féroces chutes de résultats, entraînant des conséquences vécues de façon intensément dramatique comme les enfants doués en ont le secret. Surtout ne pas lui dire qu’il peut redresser la situation grâce à quelques efforts.  La faiblesse doit être identifiée et bien cernée à l’aide des résultats de tests et combattue  par des exercices  appropriés.

 

 

Enfant précoce : une étude démontre enfin leur spécificité cérébrale (Lyon)

Médecine, santé, forme et bien-être – ra-sante

Par le

Enfant précoce, pourquoi est-il différent ? Durant près de trois ans, une étude menée au CERMEP (Centre d’Imagerie du Vivant) de Lyon par Dominic Sappey-Marinier et Fanny Nusbaum a analysé l’anatomie et les spécificités fonctionnelles du cerveau des enfants dits à « haut potentiel ». Les résultats sont surprenants…

 

L'enfant précoce au cœur d'une étude au CERMEP de Lyon
Le cerveau de l’enfant précoce ou « HP » fonctionne plus vite et différemment selon l’étude du CERMEP à Lyon ©KTSdesign

 

Les enfants précoces ou à « haut potentiel » présentent un QI d’au moins 130. Mais leur cerveau fonctionne-t-il différemment ? Oui, selon une étude menée durant trois ans à Lyon, co-financée par la fondation APICIL. Décryptage avec Fanny Nusbaum, docteur en psychologie, chercheur en neurosciences et dirigeante du Centre PSYRENE, et Dominic Sappey-Marinier, chef du département IRM du CERMEP-Imagerie du Vivant, enseignant de biophysique à la Faculté de Médecine Lyon-Est, et chercheur en imagerie médicale à CREATIS de l’Université Claude Bernard-Lyon1.

 

Comment est née l’idée de cette étude sur les enfants précoces ?

en bleu et en rouge, les images de connectivité fonctionnelle montrant, par rapport aux contrôles, une baisse de connectivité (bleu) dans le cortex prefrontal des Complexes et dans le cortex orbite-frontal des Laminaires et une augmentation de connectivité dans le cortex occipital-temporal des Complexes.
IRM d’enfants Complexes et Laminaires ©CERMEP

DSM: Fanny Nusbaum avait déjà proposé depuis longtemps les deux profils Complexe et Laminaire. Les deux sont des « hauts potentiels« , c’est-à-dire qu’ils présentent des capacités intellectuelles de haut niveau. Le Complexe montre des capacités plutôt hétérogènes. Il est plus créatif, plus visionnaire, mais aussi plus sujet aux difficultés d’apprentissage et de relations sociales, ainsi qu’à la dyslexie ou la dyspraxie. Le Laminaire montre des capacités plutôt homogènes. Il est plus solide et adaptable, mais aussi plus sujet à l’anxiété de performance, au surmenage et à certaines addictions à partir de la fin de l’adolescence. Aucun modèle ne proposait cette distinction auparavant, mais elle nous paraissait concordante avec la clinique observée.

Avec Olivier Revol (Chef du service de troubles des apprentissages de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Femme-Mère-Enfant à Bron), nous nous sommes donc dit qu’il serait intéressant de voir si nos observations cliniques coïncidaient avec une réalité neuroscientifique. En 2010, nous avons donc décidé de mener cette étude par neuroimagerie pour mieux comprendre à la fois le fonctionnement cérébral des enfants dits « à haut potentiel », mais surtout les caractéristiques neuronales spécifiques à chacun des profils Complexe et Laminaire, en comparaison avec une population Contrôle (enfants au développement cognitif standard).

Avec l’aide du WISC (1), nous avons sélectionné trois populations composées chacune d’une vingtaine d’enfants : Complexes, Laminaires et Contrôles.

 

Enfant précoce, une activité cérébrale intense

Les IRM pratiquées ont-elle démontrées des différences majeures dans le fonctionnement du cerveau ?

 

en bleu les augmentations de connectiveté structurale (points bleus) des Complexes et des Laminaires par rapport aux Contrôles. On voit sur cette coupe que l’hémisphère droit des Laminaires présente plus de régions augmentées que les Complexes.
IRM avec connectivité cérébrale ©CERMEP

FN: Oui, l’IRM de diffusion réalisée par Dominic Sappey-Marinier a permis  d’étudier le mouvement des molécules d’eau dans le cerveau. Cette technique démontre clairement que les enfants à « haut potentiel » présentent une connectivité cérébrale bien plus importante que les enfants au QI standard dans plusieurs régions cérébrales comme le corps calleux qui relie les deux hémisphères et dans différents faisceaux intra-hémisphériques. Donc, le transfert d’information est plus rapide au sein d’un même hémisphère mais aussi d’un hémisphère à l’autre. Ce premier résultat confirme les résultats des études menées par le passé. De plus, l’étude montre pour la première fois, qu’il existe des différences cérébrales entre les enfants Complexes et Laminaires. Cette meilleure connectivité est plus importante dans l’hémisphère gauche des Complexes et dans l’hémisphère droit des Laminaires.

Par ailleurs, l’IRM fonctionnelle de repos, qui mesure la connectivité fonctionnelle du cerveau quand il est au repos, a montré une diminution de l’activité dans le cortex préfrontal des enfants Complexes et du cortex orbito-frontal des enfants Laminaires. En revanche, on observe une augmentation d’activité dans les cortex insulaire, temporal et pariétal qui correspond à une plus grande sensibilité émotionnelle, une meilleure perception et des capacités accrues de mémorisation et linguistiques.

 

Concrètement, cela signifie que le cerveau de l’enfant à « haut potentiel » tourne plus vite ?

DSM: Il dispose clairement de plus gros câbles, du « haut débit », autrement dit, un meilleur moteur sous le crâne, sans que ce moteur ne tourne forcément en surrégime.

 

Avec un effet turbo dans certains cas ?

DSM: Non, son cerveau tourne en permanence plus vite… Dans le cas des Complexes, il arrive plus souvent que ce moteur s’emballe et perde contrôle, en particulier sous l’effet des émotions.

 

Le Laminaire vit donc mieux sa surdouance ?

FN: Oui, même si son manque d’intériorité et de motivation intrinsèque, ne le met pas à l’abri du « burn-out » ou de la dépression car à force d’être sur-sollicité par son environnement, il finit parfois par se poser des questions identitaires, philosophiques, avec le sentiment d’être en décalage avec lui-même.

 

Enfant HP, « interpréteur » ou « explorateur »

D’autres constatations remarquables ?

DSM: Oui, on s’est aperçu que les Complexes avaient une connectivité plus élevée dans l’hémisphère gauche, l’hémisphère du langage, qui est capable de fonctionner a priori de manière autonome, en circuit fermé, alors que les Laminaires utilisent plus l’hémisphère droit, l’hémisphère qui contrôle les capacités visuo-spatiales et permet une analyse objective.

 

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

FN: Que les Complexes sont plus centrés sur eux-mêmes, plus indépendants, et donc moins adaptés socialement. En décalage avec la société, ils sont souvent adulés ou détestés. On les appelle les « interpréteurs » car ils interprètent en permanence la réalité pour la faire coller à leur modèle interne. Les Laminaires, au contraire, sont davantage ouverts sur les autres, davantage dans l’empathie. On les appelle les « explorateurs » car ils analysent les informations sans a priori, objectivement, avec une vraie faculté d’adaptation aux contraintes environnementales, qui leur permet de souvent faire l’unanimité. Bref, le Complexe est dans le subjectif, sans filtre émotionnel, sans inhibition, alors que le Laminaire est dans l’analyse objective, le contrôle intérieur.

 

Enfant précoce, artiste ou ingénieur

Les enfants précoces, un sujet passionnant pour Fanny Nusbaum et Dominic Sappey-Marinier
Dominic Sappey-Marinier et Fanny Nusbaum devant le CERMEP ©P.Auclair

L’IRM fonctionnelle en phase de repos cérébral de l’enfant HP ou de l’enfant précoce a-t-elle aussi été riche en enseignements pour les neuropsychiatres ?

DSM: Oui, on s’est aperçu que le cerveau du « Complexe » était moins actif dans la région préfrontale dédiée au raisonnement, à la planification temporelle, alors qu’il est augmenté sur la zone pariétale, celle de la perception, de l’analyse sensorielle. C’est aussi la zone de la pensée automatique. A l’inverse, le cortex orbito-frontal qui gère notamment la motivation est moins proéminant chez les Laminaires. Ils semblent donc moins en mesure d’être motivés sans sollicitation de l’environnement.

 

Comment se traduisent ces différences au quotidien ?

FN: Le Complexe passe rapidement en phase de pensée automatique, avec une faculté d’intégration plus grande mais parfois imparfaite. Le Laminaire, plus réaliste, plus cartésien, est moins centré sur l’émotion, moins à l’écoute de lui-même aussi. De manière caricaturale, le premier est un artiste, le second un ingénieur.

 

Quels sont les effets pervers de tels profils ?

FN: Le Complexe présente des troubles du comportement, de l’apprentissage, de la personnalité, une hyper-sensibilité qui sont essentiellement liés à un manque de contrôle de son attention et de son impulsivité. Le Laminaire, lui, sera davantage sujet à la somatisation, à l’hypocondrie, voire au « burn-out » en cas de sur-sollicitation. Il peut aussi être plus sujet aux addictions comme l’alcool ou la drogue pour suppléer le manque de sensations émotionnelles.

 

Les bienfaits de l’hypnose pour l’enfant précoce

Au final, quelle sera la valeur ajoutée de cette étude de longue haleine ?

FN: Elle permet de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau de l’enfant à « haut potentiel ». On a apporté la preuve tangible d’une spécificité du cerveau de l’enfant à « haut potentiel » avec, au sein de cette population, de vrais différences structurelles et fonctionnelles entre Laminaires et Complexes. En tenant compte des conclusions cliniques, comportementales et scientifiques, il sera possible d’affiner le suivi de ces enfants en fonction de leur profil, de l’intégrer aux techniques pédagogiques et le transmettre aux professeurs d’école. La neuroéducation offre ainsi de nouvelles pistes d’amélioration des méthodes d’apprentissage qui seront bénéfiques pour tous les enfants, et pas seulement ceux qui ont des difficultés !

 

C’est à dire ?

DSM: Si on voit, par exemple, qu’une partie du cerveau est en sous-activité, il sera possible de corriger cette déficience avec des exercices précis. Par exemple, un « Complexe » à l’imagination débordante sera plus sensible à l’hypnose, alors que celui qui souffre d’inhibition ou d’un déficit d’attention aura davantage intérêt à faire de la remédiation cognitive. A l’inverse, l’hypnose sera très utile au « Laminaire », pour développer l’imagination, le reconnecter avec son moi intérieur.

 

Est-ce que demain, avec les enseignements d’une telle étude, on pourra intervenir sur le cerveau de l’enfant précoce ?

FN: On travaille déjà avec le Neurofeedback ! Grâce à quelques électrodes disposées sur le crâne pour observer en temps réel l’activité encéphalographique, le sujet peut moduler lui-même son activité cérébrale, une technique notamment utilisée pour les enfants TDAH (Troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). L’avenir, c’est aussi la TDCS (Transcranial direct current stimulation), une stimulation transcrânienne pour améliorer les capacités cognitives grâce à un léger courant électrique traversant les régions cérébrales à développer. Certains s’en servent déjà pour doper le cerveau des sportifs de haut niveau ou réhabiliter les fonctions cérébrales endommagées par un accident vasculaire cérébral (AVC). Ces usages thérapeutiques sont en cours de développement.

(1) Le WISC (Wechsler Intelligence Scale for Children) est un test standardisé dédié aux enfants de 6 à 16 ans et 11 mois. Ce test permet de situer un élève par rapport à un groupe d’autres élèves de son âge. Le WISC-IV comporte quatre indices (compréhension verbale, raisonnement perceptif, mémoire de travail, et vitesse de traitement) pour déterminer les différentes composantes de l’intelligence d’un enfant ou d’un adolescent.

 

A SAVOIR

L’étude du CERMEP a porté sur près de 80 enfants de 8 à 12 ans de la région Auvergne-Rhône-Alpes répartis en quatre groupes : enfants « Contrôles » au QI d’environ 105, « Laminaires » au QI moyen de 140, « Complexes » au QI moyen de 130 et enfants TDAH (troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) qui présentent des troubles proches des « Complexes ». Chaque enfant a passé une IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) de 50 minutes, technique à la fois non invasive, non irradiante et sans effet pour l’organisme pour étudier à la fois l’anatomie et le fonctionnement du cerveau.

Enfants surdoués: l’école française veut éviter le bonnet d’âne

Libérationle 16 avril 2018

Dans une classe d'un établissement pour élèves précoces, à Nice, le 30 mai 2017

Qualifiés d’intellectuellement précoces, de surdoués ou encore de «zèbres», ils ont un QI nettement supérieur à la moyenne mais leur parcours scolaire peut être chaotique. Malgré une récente prise de conscience, la France peine encore à accompagner ces élèves «hors norme».

La France en est au stade de «la prise de conscience» et n’a pas mis en œuvre des programmes adaptés à ces enfants à haut potentiel intellectuel, déclare la pédopsychiatre Sylvie Tordjman, qui organisait la semaine dernière à Paris un colloque international sur le sujet, à la Sorbonne.

La réflexion sur un enseignement adapté à ces élèves ne date que du début des années 2000 dans l’Hexagone, selon cette spécialiste des enfants précoces, chef de service à l’hôpital Guillaume-Régnier à Rennes. D’autres pays sont bien plus en pointe, souligne-t-elle.

Par exemple, «les Pays-Bas ont généralisé le décloisonnement: quand un enfant est très bon en maths, il reste dans sa classe mais va suivre les cours de maths dans la classe supérieure». Aux Etats-Unis, les enfants à haut potentiel bénéficient de plages horaires dédiées à des activités adaptées à leurs besoins, pendant leur journée de classe.

L’Organisation mondiale de la santé estime à 2,2% la part des élèves à haut potentiel au sein de la population scolarisée (entre 6 et 16 ans). Ces enfants possèdent un quotient intellectuel supérieur à 130 (pour une moyenne fixée à 100).

Au-delà des chiffres, ces jeunes se distinguent par «une façon d’être au monde, avec une intelligence bouillonnante, une émotion et une sensibilité très vives et une grande vitesse de traitement de l’information», décrit Jeanne Siaud-Facchin, psychologue. «Mais cette hyperconnectivité amène parfois l’enfant à dire +ça va trop vite+».

L’école est le «lieu de tous les possibles», selon cette psychologue. «Certains enfants ont des parcours exemplaires, mais d’autres peuvent être en décrochage scolaire».

Car ces enfants peuvent s’ennuyer en l’absence de stimulation intellectuelle suffisante. Ils peuvent aussi exaspérer les enseignants par un comportement perçu comme insolent (ils n’hésitent pas à argumenter avec les professeurs), voire se montrer agressifs quand ils ne comprennent pas tout tout de suite, contrairement à leur habitude.

«Comme tout est facile dans les premières années, les enfants à haut potentiel n’apprennent pas à apprendre», explique Sylvie Tordjman.

– «Passer à la vitesse supérieure» –

Et le décalage avec les autres élèves de la classe conduit parfois à l’isolement. Sans compter que la maturité de ces enfants sur le plan affectif ne suit pas toujours la courbe de leur développement intellectuel.

«Ma fille ne réussissait pas à s’intégrer. On lui reprochait d’utiliser des mots compliqués, elle a passé une année à tenir le mur à la récré. L’année suivante, elle s’est fait harceler», relate la mère de Suzanne, 11 ans et demi, passée par l’école publique puis privée. L’enfant a sauté le CM2 et ses parents l’ont inscrite à l’école (privée) Georges-Gusdorf à Paris, spécialisée dans l’accueil de ces enfants.

Pour Nelly Dussausse, directrice de cet établissement, «les ressources mises à disposition par l’Éducation nationale ne correspondent pas aux besoins de ces élèves».

En 2002, une première étude (le rapport Delaubier) alertait les pouvoirs publics sur les besoins spécifiques de ces enfants à l’école. Des référents ont été nommés dans chaque académie à partir de 2009.

Jean-Marc Huart, directeur général de l’enseignement scolaire, assure que l’Éducation nationale «veut passer à la vitesse supérieure». Il faut notamment repérer plus tôt ces enfants et mieux les accompagner, déclare le numéro deux officieux du ministère.

La réponse de l’école a longtemps été de faire sauter une classe à ces élèves. Mais cette solution est moins prisée des parents et des enseignants qu’il y a quelques années.

Des établissements tentent d’autres pistes, note Mme Tordjman. Elle cite les classes à plusieurs niveaux, le «compactage» (un parcours scolaire où trois années de programmes sont effectuées sur deux ans par exemple). Ou encore le recours à des pédagogies différenciées, qui réclament cependant une formation pointue des enseignants.

Infrarouge Infrarouge – Le courage de grandir (Thème les enfants précoces)

diffusé le mar. 03.04.18 à 22h40, de : Marie Drucker

On estime à plus de 500 000 le nombre d’enfants surdoués en France. Des enfants qui rencontrent des difficultés à s’adapter au système scolaire classique et à « vivre comme les autres ».

C’est à Paris, à l’école Georges Gusdorf, que se raconte l’histoire de quelques-uns d’entre eux, âgés de 8 à 16 ans. Une école spécialisée qui leur permet de renouer avec eux-mêmes et de trouver le courage de grandir.

Quand Alice arrive à l’école Georges Gusdorf, elle a 11 ans. Elle débarque en cours d’année alors qu’elle poursuit une 6ème avec beaucoup de difficultés et d’ennuis relationnels dans une école privée. Ses parents ont essayé tous les systèmes possibles mais, alors qu’Alice est une petite fille extrêmement intelligente et vive, elle se sent mal partout, incomprise. Quelle voie va-t-elle pouvoir trouver cette année dans cet établissement qui propose un enseignement différent ?

Héloïse a 15 ans. Elle a toujours été dans les meilleurs de sa classe. Elle est très brillante. Mais elle a toujours dû faire énormément d’efforts pour s’adapter au « système ». Un système qui, selon elle, était trop normatif et ne lui permettait pas d’être elle-même, d’exprimer sa personnalité et ses idées. Un système dans lequel elle se sentait stigmatisée en permanence. Jusqu’au jour où elle a fait une dépression, « je ne pouvais plus fonctionner », nous dira-t-elle. Dans une école adaptée aux besoins individuels de chaque élève, elle a trouvé un univers où elle peut se permettre « d’exister » tout en conservant son exigence de réussite et sa singularité.

Octave a 12 ans quand il débute sa seconde. Il a beaucoup de facilités, il est très intelligent mais, pour la première fois, il est confronté à la difficulté et l’exigence du travail. Lui qui a déjà sauté deux classes sans difficulté, qui est populaire et a beaucoup d’amis va devoir se mettre au travail et accorder sa grande maturité intellectuelle à sa maturité affective.

Ellie a 12 ans, elle est en 5ème. Comme Léo, son frère de 8 ans, elle est extrêmement sensible et émotive et se sent très différente des autres. Tous les deux ont déjà vécu des situations douloureuses d’exclusion, de mise à l’écart. Elle a parfaitement conscience de ce qu’il lui reste à dépasser pour devenir une jeune fille épanouie. Et elle se donne les moyens de son ambition. A la maison, ils emmènent leurs parents dans des discussions de très haut niveau ! Une fratrie très attachante.

 

Pour visualiser le replay cliquez sur le lien suivant:

https://www.france.tv/france-2/infrarouge/453555-infrarouge-le-courage-de-grandir.html

Favoriser l’estime de soi des enfants précoces

Papa positive !

Dans leur livre « Avec lui c’est compliqué ! », Gabrielle Sebire et Cécile Stanilewicz partagent avec nous les bonnes pratiques relatives aux enfants précoces. Elles abordent notamment le thème de l’estime de soi. Les enfants à haut potentiel intellectuel, confrontés à l’expérience de la différence par rapport aux autres, a une estime de soi fragile.

 

Les auteures segmentent l’estime de soi des zèbres (enfants HPI) en 3 « pots » dont le remplissage est essentiel car ce sont des pots percés.

  • l’amour de soi : j’aime ma personne propre/ je m’aime car on m’aime
  • la vision positive de soi : je suis à ma place, j’ai le droit d’être là / je m’accepte tel que je suis, je suis bienveillant envers moi-même
  • la confiance en soi : je me sens compétent, je suis capable

Ces pots sont considérés comme percés du fait de leur niveau fluctuant. Un enfant HPI peut ressentir une confiance extrême ou ne pas oser s’affirmer, être influençable et se dévaloriser. Il est aussi souvent aux prises avec la peur de décevoir ou la peur de l’échec. Son esprit critique le mène également à s’auto-dévaloriser et à se focaliser sur ses défauts plutôt que sur ses qualités.

Notons aussi que leur hypersensibilité et leur anxiété surdéveloppées les rendent vulnérables aux critiques.

La fragilité vient aussi et surtout du fait que l’enfant HPI a conscience de son décalage vis à vis des autres. Il peut donc facilement nourrir un sentiment d’exclusion qui se traduira par des comportements qui justifieront cette croyance de mise à l’écart. Comme un cercle vicieux, alimenté par de l’agressivité, de l’opposition, du dénigrement d’autrui, des tentatives de domination et/ou, à l’inverse, un repli exacerbé.

Gabrielle Sebire et Cécile Stanilewicz dressent même plusieurs profils que peut endosser l’enfant HPI avec un risque certain de trouble de la personnalité qui le poursuivra jusqu’à l’âge adulte :

  • Le syndrome de Kirikou : l’enfant cherche à se débrouiller tout seul coûte que coûte. Il n’accepte pas l’échec et ne demande jamais d’aide.
  • Le complexe de l’imposteur : l’enfant ne se sent pas « surdoué » malgré le jugement des personnes qui l’entourent (enseignants, parents,…). Il n’ose cependant pas démentir ouvertement.
  • Le complexe de l’albatros : l’enfant renonce à son intelligence pour se sentir comme les autres.
  • « Le faux-self » : l’enfant joue les caméléons et fait semblant d’être quelqu’un de « normal » pour être accepté.
  • Le « fou du roi » : l’enfant grossit le trait de sa différence et s’oriente vers des comportements excentriques et décalés.
  • L’effet Pygmalion : l’enfant se conforme aux étiquetages et croyances inconscientes de son entourage qu’ils soient négatifs ou positifs.
  • Le triangle dramatique : L’enfant adopte une posture de sauveur, victime ou persécuteur (voir triangle de Karpman)

Actions concrètes pour favoriser l’estime de soi et veiller au remplissage des 3 pots

Revenons maintenant sur la notion de pots percés et la nécessité pour l’équilibre de l’enfant de maintenir leur niveau de remplissage élevé.

Voici des actions concrètes pour y parvenir :

Favoriser l’amour de soi

Favoriser l’image positive 

  • réaffirmer le droit d’être là : « tu as le droit d’être là » « Tu as ta place »
  • accueillir ses émotions (voir cet article)
  • ne pas le juger mais décrire ce que l’on voit. Ce sont les marques d’attention qui encouragent. (voir cet article)
  • éviter les étiquettes personnelles (« tu es… »)
  • l’aider à voir ses qualités comme ses défauts (ou ses forces)
  • Les auteures suggèrent le rituel suivant avant le coucher :

Développer sa confiance en soi

Source :

« Avec lui c’est compliqué ! »de Gabrielle Sebire et Cécile Stanilewicz

« Avec lui c’est compliqué », un livre sur la précocité

Avec lui c'est compliqué

Vivre avec un enfant précoce, l’aider à grandir et réussir de  Gabrielle Sebire (Auteur)  et C. Stanilewicz

Paru le 15 février 2018

L’enfant précoce, dit HPI (à haut potentiel intellectuel) ou zèbre, met souvent à mal l’organisation familiale. Il refuse de se lever le matin, de se laver, de s’habiller, de faire ses devoirs… et c’est la crise à chaque fois. Il a tendance à ne pas terminer une tâche commencée, ne nous semble pas persévérant devant la première difficulté rencontrée. Il ne respecte pas les règles de vie à la maison (en fait, il semble ne pas les connaître). Il argumente en permanence pour pouvoir mieux se soustraire aux tâches qui l’ennuient… Les auteures, elles-mêmes mamans d’enfants précoces, ont recueilli les bonnes pratiques de nombreux parents confrontés à des petits zèbres ingérables au quotidien. Qu’il s’agisse de faire face à des émotions exacerbées, de poser un cadre et des limites, de gérer les conflits dans la fratrie, de développer l’autonomie de l’enfant, d’accompagner ses apprentissages, de l’aider à aller vers les autres et à exprimer le meilleur de lui-même, ce livre recense une série d’outils éducatifs testés et approuvés par d’autres parents, efficaces et faciles à mettre en œuvre au quotidien.