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DYS » : Un colloque à Bastia pour optimiser dépistage, diagnostic et accompagnement

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Rédigé par Philippe Jammes le Mercredi 30 Mai 2018 à 14:22 | Modifié le Mercredi 30 Mai 2018

Mercredi matin s’est tenu à Bastia, dans la salle des délibérations de l’Hôtel de la Collectivité de Corse le Colloque DYS 2018. Un colloque organisé par la Maison des personnes handicapées (MDPH) de la Collectivité de Corse, et présidé par Lauda Guidicelli, Conseillère exécutive de Corse, chargée du handicap et présidente de la MDPH.


 "DYS" : Un colloque à Bastia pour optimiser dépistage, diagnostic et accompagnement
Il s’agissait de la 3ème édition de ce colloque d’information sur les troubles spécifiques d’apprentissage à destination des professionnels de soins et de l’enseignement, ainsi que  pour les parents d’enfants atteints  de ces troubles.
L’objectif principal de ce colloque était d’informer et de sensibiliser les professionnels de santé  en  contact  avec  les  enfants  confrontés  aux  troubles  « DYS »  ainsi  que  de  faire  un  point  sur  les avancées  de  la  recherche  et  l’évolution  de  leur  prise  en  charge.

« Un  rendez-vous  régulier d’informations,  de  formations  et  d’échanges  sur  les  troubles  « DYS »  est  indispensable  afin d’optimiser le dépistage, le diagnostic et l’accompagnement des enfants concernés » soulignait Lauda.Guidicelli.
La Collectivité de Corse s’implique dans la prise en charge des enfants concernés par ces troubles DYS au travers de l’Unité de Bilans DYS qui a été créée en 2009 et qui est rattachée à la MDPH de la CdC. Elle constitue d’ailleurs actuellement le seul centre de bilans spécialisé dans les troubles des apprentissages en Corse. L’équipe de l’Unité de Bilans doit permettre à tous les enfants d’avoir accès à une évaluation pluridisciplinaire et à un diagnostic médical complet précisant la nature et l’intensité de ces troubles. Elle préconise aux familles les soins adaptés aux besoins de l’enfant et les aménagements à mettre en place dans le champ scolaire.

L’Unité est constituée d’une équipe de professionnels qui se compose d’un neuropédiatre, d’une neuropsychologue, d’une psychologue scolaire, d’une psychologue clinicienne, d’une psychomotricienne, d’une orthophoniste, d’un ergothérapeute, d’un ortoptiste, d’un enseignant-coordonnateur administratif et d’un secrétaire.
Plusieurs intervenants lors de ce colloque : les docteurs Marie-Pierre Le Gallais (MDPH), Michel Habib, Olivier Revol et le le professeur Josette Mancini. Cette dernière est notamment intervenue sur les bienfaits que pouvait éventuellement apporter le numérique…

 

Un enfant doué, c’est une richesse ! »

Le Journal des femmes Chronique d’Arielle Adda, 29 mai 2018

Une virtuosité verbale, un imaginaire débordant, une hypersensibilité… Au-delà du don intellectuel, la psychologie des enfants doués est riche et complexe. La psychologue Arielle Adda, auteur de nombreux ouvrages sur le sujet évoque les spécificités de leur personnalité et leur prise en charge.

"Un enfant doué, c'est une richesse !"

Arielle Adda est l’une des premières psychologues à s’être intéressée en France aux enfants doués, et en particulier à leurs spécificités psychiques, au-delà de leurs capacités intellectuelles. Auteur de nombreux ouvrages sur cette thématique, elle vient de publier « Psychologies des enfants très doués », aux éditions Odile Jacob. Le livre, constitué de textes issus de chroniques publiées sur le Journal des Femmes, s’applique à décrire et comprendre toute la richesse de la psychologie de l’enfant doué, tout en proposant aux parents des clés pour mieux accompagner ces enfants hors normes. De leurs relations au sein de la famille ou avec l’entourage, à leur scolarité, en passant par les tests de QI, elle aborde tous ces domaines avec précision et bienveillance.

Découvrir que son enfant est doué n’est pas toujours une fierté pour les parents, parfois c’est un choc qui engendre angoisses et culpabilité. Pourquoi ?

Oui effectivement, les parents sont souvent désarçonnés parce qu’ils se disent qu’ils ne sauront pas comment s’adresser à lui et comment élever cet enfant dont le QI est plus élevé que le leur. Au fond, ils craignent qu’il ne devienne plus intelligent qu’eux, cela remet en question leur rôle de parent. En outre, trimbalés de spécialistes en spécialistes, ils se retrouvent face à de nombreuses directives, parfois contradictoires et pas forcément adaptées, qui virent même parfois au catastrophisme. On leur dit : « Vous allez voir il n’aura pas d’amis, il ne s’adaptera pas… »

Que leur conseillez-vous ?

Je leur conseille d’abord de ne pas penser cela ! Leur enfant n’est pas forcément plus intelligent qu’eux puisqu’il arrive que les parents soient eux-mêmes doués. Mais surtout, je veux les rassurer : ils doivent se fier à leur intuition, plutôt qu’à ce qu’ils entendent à droite ou à gauche. Un enfant doué, c’est une richesse !

Dans vos écrits, vous dressez un portrait tout en nuance de ces enfants, qui ne se limite pas à leurs capacités intellectuelles, mais qui aborde d’autres traits de caractères moins connus. Lesquels par exemple ?

Au-delà de leur maturité intellectuelle, on retrouve chez ces enfants un désir d’explorer les voies de la connaissance, mais aussi une très grande imagination et une grande sensibilité qui renforcent leurs qualités, c’est-à-dire qu’ils perçoivent la nature des gens et ce qui n’est pas dit. Par exemple, ils sont capables de percevoir l’agressivité ou le malaise chez autrui. A l’inverse, cette hypersensibilité leur permet de capter les belles choses -une œuvre d’art, un paysage, etc.- et ainsi d’enjoliver leur vie, si bien qu’ils la vivent plus intensément.

Mais cette grande sensibilité ne nuit-elle pas à leurs relations humaines ?

Lorsqu’ils ont un fort charisme, bien au contraire, ils peuvent devenir leader d’un groupe et être parfaitement bien adaptés socialement. Mais, en effet, le plus souvent, ils ne peuvent avoir de vrais amis que parmi les enfants qui sont également doués parce qu’ils réagissent de la même façon, en somme, ils sont sur la même longueur d’onde. J’ajouterais qu’ils sont d’excellents amis, très fidèles, avec beaucoup de qualités humaines, même s’ils se sentent souvent trahis ou déçus. Il faut d’ailleurs savoir que certains enfants doués peuvent être harcelés en milieu scolaire. Sur ce point, il faut donc être vigilant parce que malheureusement l’École a tendance à fermer les yeux. Leurs qualités humaines, leur empathie, font qu’ils ne voient pas l’intérêt de se défendre. Ils sont davantage perturbés par ce comportement qu’ils n’arrivent pas à expliquer et qu’ils perçoivent comme incohérent, que par le besoin de rendre les coups en quelque sorte.

Comment se sentent les enfants doués ? Comment perçoivent-ils cette différence ?

Quand ils sont bien identifiés et reconnus, ils sont heureux, ils progressent rapidement et sont passionnés dans ce qu’ils entreprennent. Quand je les reçois, je leur explique les choses simplement. Je leur dit que leur cerveau fonctionne plus vite et qu’ils ne doivent pas être étonnés si de temps en temps, ils ont l’impression de fonctionner différemment. Je leur explique que c’est formidable, qu’ils vont faire des choses magnifiques ! Je les rassure, sans leur mettre la pression. Mais à l’inverse, cela ne va pas lorsqu’ils ne sont pas pris en charge et qu’on leur renvoie une mauvaise image. Finalement, l’enfant se sent différent des autres si la grille de lecture de cette différence n’existe pas et cela aggrave alors ses difficultés de relation. Par exemple un jeune enfant en avance du côté du langage pourra se renfermer s’il sent que le dialogue n’est pas possible, ou qu’il sent que sa maîtresse cherche à le faire taire et a tendance à nier ses capacités. Si elle est sensibilisée à cette problématique, cela se passe bien, mais sinon…

Vous êtes assez critique vis-à-vis de l’école… ?

Le problème, c’est que l’Éducation nationale ne prend pas en compte cette supériorité intellectuelle. Je dois me battre pour des passages de classe, on me rétorque que l’enfant n’est pas suffisamment mature. On considère que les enfants sont égaux, qu’ils soient extrêmement intelligents ou au contraire en difficulté. Je pense au contraire qu’il faut prendre en compte leurs différences. C’est aussi douloureux dans les deux cas, car ils ne peuvent pas travailler à leur rythme : les bons ralentissent donc décrochent et les mauvais dépriment. Résultat : les enfants s’endorment et perdent le sens de l’effort. Aujourd’hui, c’est beaucoup trop facile pour les enfants doués, donc ils réussissent sans avoir à fournir d’efforts. Il y a aussi un manque de méthode. C’est un grand drame car lorsqu’ils arrivent dans les études supérieures, et qu’il devient indispensable de fournir des efforts, en particulier pour mémoriser de grandes quantités d’informations, ils ne savent pas le faire et c’est la catastrophe. C’est dramatique car cela peut avoir des répercutions à long terme. Je vois des adultes qui ont arrêté leurs études à cause de cela.

Comment compenser cela et leur donner les clés pour qu’ils s’épanouissent ?

Il faut leur proposer des activités qui font fonctionner le sens de d’effort. La danse est une bonne idée, car elle demande de la rigueur et laisse toujours une marge de progression. Le sport en général est bénéfique car il implique un dépassement de soi. En ce qui concerne leur épanouissement, je conseille aux parents d’écouter leur intuition et de bien se documenter, c’est essentiel. Nul besoin de suivre des paroles en vogue ou les conseils des uns et des autres. Il est aussi indispensable de permettre aux enfants de se fréquenter entre eux sur des activités ponctuelles.

Certains parents hésitent à faire passer un test à leur enfant. Comment savoir ?

En effet certains hésitent, ils ont peur du résultat et de ce que cela implique ! Ils se disent qu’ils ne saurant pas s’en occuper. Je répondrais simplement que pour un enfant doué, ne pas être diagnostiqué revient à passer à côté de sa vie. Si les parents ont un doute, il ne faut pas hésiter et leur faire passer un test. Quel que soit le résultat, et au-delà des résultats, il donne une échelle globale et montre les points faibles et les points forts de l’enfant, donc ce sur quoi on peut s’appuyer pour travailler. Il m’arrive de voir des adultes qui, 30 ans après, continuent à lire leur compte rendu et à qui cela rend encore service !

Retrouvez toutes les chroniques publiées par Arielle Ada sur le Journal des Femmes.

 

En France, la prévalence des enfants sur-doués est de 2 %, mais elle est sans doute sous-estimée, autour de 5 à 6 % selon Arielle Adda.

Article d’ Anne Xaillé

L’apparente impossibilité de passer un examen

Chronique publiée le 15/05/18, Journal des Femmes, chronique d’Arielle Adda

Le trou noir qui envahit l’esprit de certains enfants, à l’ordinaire bons élèves, au moment d’un contrôle désarçonne leurs professeurs, ainsi d’ailleurs que leurs parents qui ne savent plus à qui demander de l’aide.

Notre aux lecteurs : Arielle Adda vient de publier « Psychologies des enfants très doués », aux éditions Odile Jacob. Ce nouvel ouvrage, qui compile les chroniques publiées sur Journal des Femmes, s’applique à décrire et comprendre toute la richesse de la psychologie de l’enfant doué, tout en proposant aux parents des clés pour mieux accompagner ces enfants hors normes.

L’enfant lui-même est bien incapable d’expliquer ce qu’il lui est arrivé, quelles idées lui sont passées par la tête, effaçant connaissances et raisonnements,  à ce moment inopportun entre tous.  Il est profondément désolé d’avoir tant déçu ses parents et de donner de lui l’image d’un enfant tellement défaillant qu’il en perd toute crédibilité. Comment ensuite oser exprimer une demande ? Donner un avis ? Émettre une suggestion ? Malgré ce cataclysme,  les enfants doués conservent en toutes occasions, hors examen apparemment, leur finesse et leur perspicacité. Ils restent subtils et sages. Cet élève qui a basculé dans un gouffre quand il s’agissait de ressortir un cours qu’il savait pourtant par cœur leur est pratiquement étranger, ils ne se reconnaissent pas dans ce comportement  catastrophique.

Bien que honteux, ils aimeraient trouver une aide pour les extraire de ce marasme affreux et leurs parents désemparés sont tout prêts à rechercher cette aide. Ils se sentent impuissants face à ce trou noir. Même s’ils n’ont pas été des élèves parfaits, ils n’ont jamais connu ce vertige angoissant.

Toutes sortes d’approches sont accessibles : les thérapies courtes ou plus classiques, des traitements généralement homéopathiques, ou phytothérapiques.  Les effets peuvent tout aussi bien être spectaculaires, sans que le thérapeute en détecte exactement les raisons, ou totalement  décevants sans qu’on puisse incriminer l’enfant en le taxant de mauvaise volonté.

Peu à peu, à force d’essayer toutes les méthodes possibles, l’enfant doué qu’on pense simplement trop émotif passe quelques examens et parvient à les réussir, mais c’est au prix d’une souffrance insupportable.

Quand il est devenu adolescent, on a tenté de véritables médicaments, destinés à diminuer son stress.  Ils sont d’ailleurs souvent prescrits aux adultes qui reprennent des études avec  toute la cohorte d’émotions négatives et angoissantes que cette courageuse reprise entraîne. Ce sont des pis-aller, la menace d’une défaillance absolue persiste.

Pour ces élèves qui sombrent dans un tel état de panique, l’examen représenterait un jugement définitif, à l’image de ce que vit un  sportif lorsqu’il est  battu à un stade de la compétition : il quitte le lieu de tous ses espoirs, on ne parle plus de lui. Il suffirait d’un seul manquement pour que l’horizon s’obscurcisse, précédant un effondrement total.  L’examen représenterait le verdict de la société : pour un enfant qui s’est toujours senti un peu différent sans vouloir parfois le reconnaître, tant cette idée l’effrayait, l’échec confirme cette différence, il la valide, il ôte tout espoir de ressembler un jour aux autres, l’enfant doué avait su donner le change, faire semblant d’être comme les autres, mais il est démasqué, il est incapable de passer un examen, il n’a même pas compris les questions.

Cette idée reste en arrière-plan,  les quelques réussites atteintes ne suffisent pas pour les faire totalement disparaître.  C’est généralement grâce à sa bonne mémoire qu’il a réussi à emmagasiner toutes sortes de données.

Une fois qu’il a bien assimilé qu’il ne suffisait pas de comprendre pour savoir et qu’il fallait aussi apprendre à stoker toutes ces connaissances pour les utiliser, intactes, le jour de l’examen,  son ciel s’est éclaircit, sa scolarité s’est poursuivie de façon toujours un peu chaotique,  certes, avec des déceptions quand il se sentait plutôt satisfait d’un devoir où il avait pu exprimer des idées intéressantes, mais  sa note médiocre sanctionnait parfois trop d’originalité de pensée. Une fois passée  sa révolte teintée d’amertume, il s’était appliqué à rester aussi proche du cours qu’il le pouvait. Il s’essayait aussi à adopter l’attitude et le mode de raisonnement qu’on attend chez un enfant de son âge.

Cette stratégie devient beaucoup plus difficile à appliquer lorsque les examens sont plus complexes et font intervenir un plus grand nombre de facteurs.  Il ne suffit pas de mémoriser un nombre devenu considérable de données, il faut aussi se pénétrer de l’esprit du professeur et, parfois, il n’est plus possible de tenir compte de cet ensemble de contraintes.

Revient alors l’idée d’un jugement terrible porté sur un étudiant persuadé de son incapacité totale à franchir cet obstacle : il est tellement sûr d’échouer qu’il finit par penser inutile de se présenter à cet examen, et s’il y parvient malgré son état d’angoisse indicible, il se sent si mal qu’il est prêt à s’effondrer au sens le plus dramatique, comme une construction qui s’affaisserait sur elle-même.

Il y voit la preuve irréfutable qu’il n’est pas fait pour vivre dans ce monde dont les clefs lui échapperont toujours : chaque tentative, forcément ratée, ne fera que le renforcer dans cette conviction, ce serait même son unique rôle puisque la réussite est totalement hors de sa portée. C’est un vertige qui entraîne celui qui n’ose même plus rêver à une quelconque réussite alors que, d’une façon objective, on le penserait capable de tous les succès.

On ne doit jamais oublier que l’idée d’imposture plane très tôt dans l’esprit des enfants doués, elle est prête à l’envahir à la plus petite hésitation dont elle amplifie la portée d’une façon totalement disproportionnée : une donnée oubliée signifierait que l’image de cet enfant en accusera si rudement le coup qu’elle sera modifiée à jamais, effaçant en une seconde toutes les qualités qu’on lui prêtait.  Cette perspective est à proprement parler paralysante.  Par la suite, il suffirait d’un infime rappel de ce premier choc pour que le processus se déroule dans son implacable parcours glaçant.

La situation est rendue encore plus compliquée lorsque ce premier choc, ce premier trou de mémoire n’a pas été vécu comme comme tel, il a été abordé comme une  distraction anodine sans grande portée, mais elle a fissuré une image un peu incertaine et le sentiment d’imposture s’est engouffré dans cette faille imperceptible au point qu’on ne parvient pas à en retrouver l’origine.

Dans ces conditions, très vite l’examen apparaît comme la porte d’entrée d’un univers rationnel, codifié,  contraignant, où l’adolescent doué s’imagine y trouver de plus en plus difficilement sa place. Tout examen devient alors un défi impossible à relever, comme si on demandait à un promeneur qui se contentait de quelques pas dans son jardin en rêvassant de gravir un haut sommet par sa face Nord.

Peut-être serait-il bon de tenter de retrouver le choc premier, trop infime pour avoir laissé un grand souvenir ; sinon on tente de subtiles thérapies.  Les personnes douées y réagissent assez bien.

Cet état de panique doit  se transformer en un souvenir  lointain un peu douloureux, mais la trace est cicatrisée.

Conseils : ne pas accepter cette situation désolante comme une faiblesse impossible à combattre. Tenter de se souvenir avec précision quand elle a commencé à exercer ses ravages et restaurer l’image malmenée de celui que se pense incapable d’avancer à cause du vertige qui le saisit  avec une telle violence qu’elle efface tout.  Les connaissances étouffées, dès lors bien utilisées, pourront prêter un éclat plus grand à ceux qui doutent d’eux au point de douter de leurs dons bien réels et d’une insondable richesse.

Psychologie des enfants doués

La Tête au carré, mercredi 9 mai 2018 par Mathieu Vidard

Comprendre les spécificités de leur fonctionnement, leur développement psychologique, pour mieux les accompagner au quotidien

Cours de robotique, un professeur aide ses élèves

Cours de robotique, un professeur aide ses élèves © Getty / Hero Images

Une compréhension de la nature profonde d’un enfant doué n’est pas automatique. 

Il a une pensée logique et d’une grande profondeur dont le cheminement et l’abstraction sont surprenantes. Ses réactions parfois surprenantes, ses émotions excessives face à un événement d’apparence anodine, ses remarques d’une maturité impressionnante doivent être expliquées et dédramatisées.

Nourri d’une connaissance approfondie des spécificités de leur personnalité, le travail d’Arielle Adda répond aux nombreuses questions que les parents se posent quand ils découvrent que leur enfant est doué.

Son comportement, ses relations au sein de la famille et avec les autres enfants, sa scolarité, les tests de personnalité et leurs résultats… tous ces domaines sont passés en revue, afin d’aider les parents à mieux accompagner ces enfants hors normes.

Pour réécouter: https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-09-mai-2018

A quoi reconnaît-on un enfant précoce ?

ENFANT PRECOCE

Être surdoué est une richesse, mais aussi une différence que les parents et les enseignants connaissent mal. Voici quelques pistes pour identifier ceux que la psychologue Jeanne Siaud-Facchin appelle les « Zèbres ».

Précoce, surdoué, zèbre, ou plus succinctement, « HP » (haut potentiel), « EIP » (enfant intellectuellement précoce), « HQI » (haut quotient intellectuel)… Les termes sont nombreux pour désigner ces enfants hautement performants ! Cependant, ils ne recouvrent pas tous la même réalité et n’ont pas le même sens. Qu’est-ce qu’un enfant précoce ? Quels sont les traits qui le caractérisent ?

Un Quotient Intellectuel (Q.I) supérieur à la moyenne

Le Q.I. est un indice psychométrique, nécessaire mais non suffisant, afin d’identifier un enfant surdoué. A l’origine, avec William Stern dès 1912, le Q.I. établissait le rapport entre l’âge mental et l’âge réel d’un enfant et permettait de conclure si un enfant était ou non en avance par rapport à sa classe d’âge. Si oui, on parlait de précocité intellectuelle. Avec Weschler, en 1939, ce Q.I. a été délaissé au profit d’un nouvel indice appelé Q.I. standard, permettant de classer les individus d’un même groupe d’âge les uns par rapport aux autres. Il ne permet plus de déterminer une avance ou un retard de développement, mais de classer les enfants par rangs en fonction de leurs performances intellectuelles.

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Le Q.I. standard moyen a pour valeur 100. Chaque niveau intellectuel est séparé par un écart-type d’une valeur de 15 points. Un enfant ayant un Q.I. supérieur ou égal à 130 est identifié comme un enfant surdoué, car son niveau de performance le situe à deux écart-types au-dessus du Q.I. moyen. A l’heure actuelle, en France, 2,3% des enfants sont définis comme étant surdoués.

Un enfant surdoué n’est pas uniquement un enfant affichant un QI supérieur à la moyenne. Il possède également une personnalité différente de celle des autres enfants, tant sur le plan intellectuel qu’affectif.

Un autre mode de pensée pour les enfants précoces

Très souvent, est fait l’amalgame entre les termes « intellectuellement précoce » et « surdoué ». Pourtant, ils n’ont pas le même sens. Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne, membre du Laboratoire de Recherche sur le Fonctionnement Cognitif de l’Hôpital de la Salpêtrière, et Présidente de Zebra (Centre pour les surdoués), affirme dans son livre L’enfant surdoué, l’aider à grandir, l’aider à réussir : « Un enfant précoce serait un enfant en avance sur son âge, les autres n’atteignant son niveau ou ses acquis que quelques années plus tard. (…) Or, ce n’est pas le fait d’être en avance sur les autres qui caractérise l’enfant surdoué mais bien ses particularités de fonctionnement intellectuel, son mode de pensée différent. »

La singularité du mode de pensée de l’enfant précoce est aujourd’hui mieux comprise grâce aux neurosciences. Un enfant surdoué ne perçoit pas les codes implicites de la pensée commune. Il pense autrement, interprète différemment les consignes, prend comme une non-réponse ce qui est pour lui une évidence. Jeanne Siaud-Facchin donne cet exemple d’une adolescente de 13 ans : A la question : « Qu’est-ce qui fait que le fer rouille ? », elle répond : « Je ne sais pas ». La psychologue demande : « Qu’est-ce que c’est que tu ne sais pas ? ». La jeune fille affirme : « Je ne connais pas le processus chimique qui permet d’expliquer l’oxydation ! ». La réponse « oxydation » était pour elle une telle évidence que ce ne pouvait pas être la réponse attendue.

L’enfant surdoué prend les mots au pied de la lettre. Le mot doit donc être employé dans son acceptation la plus précise. Il a besoin de tout comprendre, il enchaîne les pourquoi, comment, à quoi ça sert ? La quête de sens est au centre de son activité intellectuelle et le moteur de sa pensée. Tout doit avoir une logique. Car le moindre doute, la moindre incertitude, introduit un grain de sable, une variable, dans les rouages de sa logique interne. Il ne sait pas gérer l’incertitude : elle l’inquiète et le déstabilise. Et il peut parfois souffrir de ne pas réussir à faire place au doute, de ne pas réussir à lâcher-prise.

Un enfant surdoué possède un raisonnement logico-mathématique inhabituel. Il est très à l’aise avec le calcul mental. Étrangement, cette logique, très utile dans les petites classes, rencontre un obstacle avec l’apprentissage par cœur des tables de multiplication. Si l’enfant n’y arrive pas, ce n’est pas mauvaise volonté de sa part, mais c’est qu’il ne voit pas l’utilité de les apprendre par cœur alors qu’il obtient le bon résultat avec son propre calcul mental hyper-rapide qui utilise l’addition et la soustraction comme structure de calcul de base. Plus tard, il ne suit pas les modèles académiques, et ne sait pas expliquer comment il arrive au bon résultat. C’est pourquoi les mathématiques peuvent se corser au collège lorsqu’on l’oblige à développer son raisonnement et expliquer le résultat. Il a un fonctionnement logico-mathématiques intuitif.

La pensée, chez l’enfant surdoué, est foisonnante, toujours en marche. Elle s’organise en arborescence, chaque idée se divisant et se subdivisant en de nouvelles idées, associations d’idées, analogies… La pensée commune est linéaire, progressive, elle réduit à l’information pertinente chaque étape de la pensée, alors que la pensée de l’enfant surdoué est construite en réseaux, en ramification. Cette particularité, liée de surcroît à une mémoire exceptionnelle, ouvre la voie aux idées géniales, à la créativité, à l’invention. En revanche, cette pensée toujours foisonnante est difficile à organiser, à structurer. Elle s’exprime très difficilement. Car comment réussir à communiquer en quelques mots la multitude de connexions qui se font simultanément dans le cerveau ? L’enfant précoce a du mal à rassembler ses idées, à sélectionner l’information pertinente. Cette difficulté est au cœur de l’adaptation (ou l’inadaptation) aux exigences scolaires.

Une personnalité affective différente

Les enfants surdoués ont des particularités affectives bien repérables, sur lesquelles ils vont ensuite construire leur identité. Voici les 3 données « de base » identifiée par Jeanne Siaud-Facchin :

L’hypersensibilité. Les 5 sens sont exacerbés et il perçoit avec une acuité exceptionnelle tout ce qui se passe autour de lui. L’enfant est constamment bombardé d’informations sensorielles en provenance de l’environnement. Il est particulièrement sensible à l’injustice. Il est souvent confronté à des peurs diverses et souvent intenses, qu’elles proviennent d’un signal extérieur ou d’une expérience intime vécue depuis sa naissance.

L’empathie. L’enfant surdoué ressent avec une grande finesse l’état émotionnel de l’autre. Il arrive que l’enfant capte instinctivement une émotion pas encore consciente chez la personne concernée.

La lucidité. Avec des sens toujours à l’affût et des capacités intellectuelles performantes, l’enfant surdoué porte sur le monde un regard d’une lucidité implacable.

Voici quelques traits caractéristiques de la personnalité de ces « zèbres », « dont les rayures les distinguent des animaux de la savane, mais qui sont cependant uniques comme les empreintes digitales. Le zèbre, seul équidé que l’homme ne parvient pas à domestiquer et qui, lorsqu’il court, devient invisible par l’effet stroboscopique de ses rayures… » (Edito du site Association Zebra, Jeanne Siaud-Facchin, Octobre 2011).

Adultes : comment savoir si on est surdoué ?

Mathilde de Robien | 25 avril 2018    AleteiaBEAUTIFUL WOMAN WORKING

On parle beaucoup de la précocité des enfants. Moins de ces enfants qui deviennent un jour des adultes. Or, les adultes surdoués possèdent une grande force grâce à la richesse de leur personnalité, ce sont en même temps des êtres emplis de doutes, de peurs et de contradictions, qu’il est important de connaître afin de gagner en vérité et en liberté.

Comment savoir si on est surdoué ? Jeanne Siaud-Facchin, psychologue, spécialiste des surdoués, remarque, dans son ouvrage Trop intelligent pour être heureux ? (Odile Jacob), que finalement, rares sont les surdoués qui se posent la question car l’intelligence a comme premier effet de douter de sa propre intelligence. Par conséquent, les surdoués ne s’imaginent absolument pas être surdoués ! De plus, pour se penser surdoué à l’âge adulte, il faut avoir saisi toutes les nuances de la douance : être surdoué n’est pas seulement une histoire d’intelligence, c’est aussi une histoire de cœur, d’émotions, une façon particulière d’être au monde.

« Être surdoué, écrit Jeanne Siaud-Facchin, c’est une personnalité toujours marquée par ce double sceau : une intelligence puissante et une sensibilité intense qui imprègne chaque moment de vie ». Le surdoué ne peut pas arrêter sa pensée, puissante, incessante, qui scrute, analyse, intègre, associe, met en perspective, imagine… Il pense sur tout, tout le temps. Il ne fait pas de généralités ou de simplifications, il privilégie la précision et la dissection.

Une hypersensibilité exacerbée

Tel un enfant, le surdoué conserve une capacité à s’émerveiller, et être envahi par une joie profonde pour un tout petit rien. Il est submergé par ses émotions, aussi bien positives que négatives. Il sera littéralement terrassé par la moindre injustice. Sa sensibilité étant extrême, ses réactions sont parfois démesurées. Il en est ainsi de sa susceptibilité, de son humiliation qui peuvent être démultipliées. Il est doué de beaucoup d’empathie. Il se sent concerné par tout, tout le temps. Il est capable de ressentir les émotions des autres, et cela lui crée des dilemmes : comment être heureux tandis que d’autres souffrent ? Cette compassion intense provoque chez lui un sentiment de culpabilité.

Une lucidité parfois douloureuse

Un surdoué possède une lucidité aiguë, de par son intelligence sans cesse en mouvement et de par son hyper réceptivité émotionnelle. Ces deux composantes engendrent une telle clairvoyance sur le monde qui l’entoure, qu’elles le déstabilisent, lui donnent le vertige, parfois au sens propre du terme. « Tous les adultes surdoués expliquent combien il est douloureux d’être envahis par cette perception grossie du monde », souligne Jeanne Siaud-Facchin.

Lucidité sur le monde, mais aussi sur lui-même. C’est pourquoi un surdoué perçoit très bien ses propres limites et ne sera jamais vraiment satisfait. D’où, parfois, un besoin de changer fréquemment de métiers par exemple. Le surdoué est souvent en proie aux regrets : regret de ce qu’il n’a pas entrepris, regret de ne pas pouvoir tout faire, regret de devoir choisir parmi tous les possibles et donc de renoncer.

Une peur omniprésente

Beaucoup de peurs habitent le surdoué. Tout d’abord dans le quotidien : un surdoué anticipe de façon anxieuse tout ce qui pourrait arriver. Il voit tous les risques et les dangers qui guettent et il veut tout contrôler. La psychologue relate les propos d’une personne surdouée, assise dans une salle de cinéma : « Je n’arrive pas à être absorbée par le film. J’observe autour de moi et je pense à tout ce qui pourrait arriver de grave ou de moins grave : du feu dans la salle à un malaise que je pourrai avoir. Je construis tous les scénarios possibles. Où sont les issues de secours qui m’aideraient, comment se dégager si le plafond s’effondre et, en cas de bombe, quel est le matériau des fauteuils, qui faut-il d’abord prévenir, etc. »

Ensuite, le surdoué a peur de lui-même, de sa pensée qui peut l’entraîner dans des gouffres effrayants, de ses émotions qui l’envahissent de façon incontrôlable. Tout cet engrenage peut l’entraîner vers la peur de la folie : si tout le monde pense autrement, si personne n’est arrivé à ce point de réflexion, comment envisager autre chose que la folie ?

Une soif d’absolu

Le surdoué a soif d’absolu et de perfection, aussi bien dans ses projets que dans ses actes. Tout doit être parfait, irréprochable, totalement abouti ou bien ce n’est pas la peine. C’est pourquoi son perfectionnisme peut tendre vers l’immobilisme, ou l’inertie, lorsque sa quête de perfection lui paraît vaine ou inatteignable.

Le surdoué a de grands idéaux. Pour lui, réussir, c’est faire avancer l’humanité, le monde. Il n’assimile pas l’idée de réussite à une simple réussite professionnelle ou familiale, même si cela y participe. Il a une vision plus transcendantale de la réussite. « Mon projet, vous allez sûrement vous moquer de moi, confie Julien, serait d’aider l’humanité à mieux vivre. »

Une éternelle sensation de décalage

Le surdoué a tout le temps l’impression de ne pas être au même rythme que les autres. Il est en avance, en arrêt ou en retard… En avance, parce qu’il perçoit, analyse, comprend et synthétise beaucoup plus vite que les autres. Résultat : « Il a abouti quand les autres démarrent, il a compris quand la formulation de la question n’est pas terminée, il sait quoi faire alors que chacun s’interroge », explique Jeanne Siaud-Facchin.

En arrêt, lorsqu’il fixe son attention sur un minuscule détail, qui n’intéresse personne, mais qui lui semble d’une importance capitale. Il s’immobilise alors que les autres continuent à avancer. En retard, par rapport à des valeurs qui lui semblent bassement matérielles, telles que la réussite, l’argent, les biens matériels. Selon lui, certains accordent une importance démesurée à des valeurs qui lui semblent subsidiaires. Il a l’impression que de nombreuses personnes courent derrière elles, sans avoir de but véritable, sans donner de sens à leur vie et en omettant de se poser les questions essentielles : où vais-je à cette allure ? Pour quoi faire ? Qu’est-ce que je cherche à obtenir ? Quelles sont mes priorités ? Le surdoué progresse plus lentement, en s’efforçant de trouver des réponses à ces questions et de trouver un sens à sa vie en la mettant en perspective à l’échelle de l’univers. Cela correspond à l’impossibilité pour le surdoué de se détacher du contexte. Sa vie est reliée au sens du monde.

Ce sentiment d’être en décalage peut provoquer une sensation de solitude, à cause de cette distance entre soi et le monde, entre soi et les autres, et ce même au sein de sa propre famille.

Pour en avoir le cœur net : le bilan

Pour confirmer cette petite voix qui vous souffle combien ce portrait du surdoué vous ressemble, le seul moyen pour en avoir le cœur net est de faire un bilan. Le bilan se compose d’un ensemble de tests qui ont pour objectif une compréhension globale de la personne.

À quoi cela sert-il de faire un bilan ? Aux dires des surdoués testés, faire le bilan fait gagner en liberté. La vérité sur ce que l’on est vraiment est source de liberté, dans la mesure où on redevient le maître du jeu. C’est aussi la possibilité de s’autoriser à être qui on est vraiment, sans jouer les faux-semblants. C’est prendre conscience de ses ressources, mais aussi de ses faiblesses. C’est s’approprier une nouvelle force, une très grande force.

Odile Jacob

Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué, Jeanne Siaud-Facchin, éditions Odile Jacob, mars 2008, 320 pages, 23,50 euros.

Une hypersensibilité exacerbée

Tel un enfant, le surdoué conserve une capacité à s’émerveiller, et être envahi par une joie profonde pour un tout petit rien. Il est submergé par ses émotions, aussi bien positives que négatives. Il sera littéralement terrassé par la moindre injustice. Sa sensibilité étant extrême, ses réactions sont parfois démesurées. Il en est ainsi de sa susceptibilité, de son humiliation qui peuvent être démultipliées. Il est doué de beaucoup d’empathie. Il se sent concerné par tout, tout le temps. Il est capable de ressentir les émotions des autres, et cela lui crée des dilemmes : comment être heureux tandis que d’autres souffrent ? Cette compassion intense provoque chez lui un sentiment de culpabilité.

Une lucidité parfois douloureuse

Un surdoué possède une lucidité aiguë, de par son intelligence sans cesse en mouvement et de par son hyper réceptivité émotionnelle. Ces deux composantes engendrent une telle clairvoyance sur le monde qui l’entoure, qu’elles le déstabilisent, lui donnent le vertige, parfois au sens propre du terme. « Tous les adultes surdoués expliquent combien il est douloureux d’être envahis par cette perception grossie du monde », souligne Jeanne Siaud-Facchin.

Lucidité sur le monde, mais aussi sur lui-même. C’est pourquoi un surdoué perçoit très bien ses propres limites et ne sera jamais vraiment satisfait. D’où, parfois, un besoin de changer fréquemment de métiers par exemple. Le surdoué est souvent en proie aux regrets : regret de ce qu’il n’a pas entrepris, regret de ne pas pouvoir tout faire, regret de devoir choisir parmi tous les possibles et donc de renoncer.

Une peur omniprésente

Beaucoup de peurs habitent le surdoué. Tout d’abord dans le quotidien : un surdoué anticipe de façon anxieuse tout ce qui pourrait arriver. Il voit tous les risques et les dangers qui guettent et il veut tout contrôler. La psychologue relate les propos d’une personne surdouée, assise dans une salle de cinéma : « Je n’arrive pas à être absorbée par le film. J’observe autour de moi et je pense à tout ce qui pourrait arriver de grave ou de moins grave : du feu dans la salle à un malaise que je pourrai avoir. Je construis tous les scénarios possibles. Où sont les issues de secours qui m’aideraient, comment se dégager si le plafond s’effondre et, en cas de bombe, quel est le matériau des fauteuils, qui faut-il d’abord prévenir, etc. »

Ensuite, le surdoué a peur de lui-même, de sa pensée qui peut l’entraîner dans des gouffres effrayants, de ses émotions qui l’envahissent de façon incontrôlable. Tout cet engrenage peut l’entraîner vers la peur de la folie : si tout le monde pense autrement, si personne n’est arrivé à ce point de réflexion, comment envisager autre chose que la folie ?

Monique de Kermadec : «Le saut de classe ne peut être l’unique réponse à la précocité »

Le Figaro.fr

Etudiant Par Sophie de Tarlé • Publié le

INTERVIEW – Comment doivent être scolarisés les enfants à haut potentiel ? Doivent-ils sauter une classe ? Que propose l’Éducation nationale ? La psychologue Monique de Kermadec répond à nos questions.

Ses ouvrages de vulgarisation scientifique font un tabac. Monique de Kermadec est la psychologue des surdoués. Elle est l’auteur entre autres de «L’adulte surdoué à la conquête du bonheur», et «L’enfant précoce aujourd’hui» (Albin Michel). Le 10 avril dernier, un colloque international* s’est tenu à la Sorbonne sur les enfants à hauts potentiels et leurs difficultés. Mais que propose le système éducatif français aujourd’hui? Un sujet délicat sur lequel Monique de Kermadec a accepté de répondre à nos questions.

* Enfants à haut potentiel: Compétences & difficultés


LE FIGARO- Pensez-vous que les jeunes surdoués ou précoces sont bien pris en compte dans le système éducatif français?

MONIQUE DE KERMADEC– Cela fait longtemps que l’Éducation nationale et les associations de parents d’élèves via l’AFEP et l’ANPEIP sont en contact, depuis 1995 environ. Une circulaire parue en 2007 a permis de faire avancer les choses en termes d’accueil mais aussi de formation des enseignants. Désormais, dans chaque académie, les parents peuvent avoir accès à un référent «élèves intellectuellement précoce», qui peut les orienter vers l’établissement qui sera à même de proposer un accueil spécifique. Mais c’est un travail de longue haleine.

Quels sont les établissements les plus en pointe?

Gerson, établissement privé à Paris, a été l’un des premiers à proposer un accueil spécifique au collège depuis 1995. Le Collège Stanislas à Paris a rejoint ce projet peu de temps après. Dans le public, le lycée de Janson de Sailly dans le 16 ème à Paris a un accueil pour les jeunes précoces. Les jeunes y sont répartis dans toutes les classes et regroupés pour certaines activités.

Nombreuses sont les écoles privées hors contrat à proposer une offre spécifique. Je pense en particulier au Cours Hattemer à Paris dans le 9 ème arrondissement qui s’y intéresse aussi depuis longtemps.


Malgré tout, les enseignants ont souvent une vision très partielle de la situation. Nous avons besoin de communiquer sur les spécificités de ces enfants.

La France est-elle en pointe sur ce sujet?

Certains pays sont bien plus avancés que nous. Je fais partie de l’association internationale World council for gifted ans talented children dont les réunions annuelles permettent de voir les meilleures initiatives à l’étranger. C’est le cas de pays comme Israël et les États-Unis. Ces pays n’ont pas de système éducatif aussi centralisé qu’en France et peuvent plus facilement proposer un programme spécialisé ou des accélérations de rythme dans certaines matières.

«Certains jeunes très intelligents se retrouvent en difficulté, car ils ont des facilités mais n’ont pas eu l’habitude de travailler»Monique de Kermadec, psychologue

Ainsi, les écoles américaines proposent plus facilement des groupes de niveau, ce qui permet par exemple aux jeunes en avance de suivre un cours de maths avancé sans forcément sauter de classe. Le saut de classe ne peut être l’unique réponse à la précocité. Je suis plus favorable à ce qu’on mette plus de souplesse dans l’enseignement traditionnel.

Alors qu’aux États-Unis, les écoliers sont testés très jeunes, la France restant frileuse sur ce point. On a beaucoup avancé en faveur des dyslexiques, mais moins pour ceux qui vont plus vite. On est à l’aube d’une évolution. Toutefois la réflexion ne devrait pas se limiter à une réponse pédagogique quelle que soit l’importance de celle-ci. C’est le fruit d’une alliance entre la famille, le jeune et l’école.


On considère le fait d’être surdoué comme une chance. Quel est le problème?

Des jeunes précoces peuvent avoir des problèmes relationnels. Cela ne veut pas dire que la précocité est la cause de tous leurs problèmes. Et certains jeunes très intelligents se retrouvent en difficulté car ils ont des facilités mais n’ont pas acquis de bonnes méthodes de travail.

Ils vont travailler une matière qui les passionne, l’histoire par exemple. Mais ils vont négliger les autres cours, les études. La réponse est à trouver dans une alliance entre la pédagogie et la psychologie. L’école peut beaucoup de choses, mais ne peut tout résoudre.