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Alexandre, surdoué: « La vivacité est essentielle pour s’épanouir en couple »

L’express, Par Leslie Rezzoug, publié le 27/02/2017

Etre surdoué, n'est pas forcément la garantie d'une vie sentimentale épanouie. Photo d'illustration.

Etre surdoué, n’est pas forcément la garantie d’une vie sentimentale épanouie. Photo d’illustration.

Getty Images

Il y a un peu plus d’un an, Alexandre a été diagnostiqué surdoué. Un bouleversement qui s’accompagne aujourd’hui d’une réflexion profonde sur sa vie sentimentale parfois mouvementée. Il nous raconte ici sa vision de l’amour et du couple.

D’aussi loin que je me souvienne, on a toujours loué mon intelligence. Pourtant, je n’ai été diagnostiqué « surdoué » qu’à 42 ans. C’est un psy rencontré dans mon milieu professionnel qui m’a conseillé de passer les tests. J’ai un QI de 149. Après cette rencontre, j’ai lu le livre Trop intelligent pour être heureux (éd. Odile Jacob) de la psychologue Jeanne Siaud-Facchin. A l’aune de ce texte, j’ai repensé mes échecs amicaux, professionnels et amoureux. Tout s’est éclairé. J’ai compris pourquoi certaines personnes me trouvaient fantasque, vif mais aussi parfois un peu effrayant.

« Je n’avais pas les clés pour comprendre »

Sentimentalement, j’ai eu l’impression de rouler de nuit en portant des lunettes de soleil pendant 40 ans. Je n’avais pas les clés pour comprendre ce qui m’arrivait, pour dénouer les fils de mes relations. J’oscillais en permanence entre l’impression d’être génial et celle d’être une imposture totale. Avec le diagnostic est arrivé une forme d’apaisement. Enfin j’ai pris la mesure de qui j’étais. J’ai réalisé que cette extravagance que certains voyaient en moi n’en était pas vraiment une. J’ai compris pourquoi je me lassais si vite.

Lorsque l’on est surdoué, la rencontre amoureuse est souvent biaisée par une forme de « prescience ». On comprend très rapidement à qui l’on a à faire, si la relation peut marcher ou non. Il m’est déjà arrivé de proposer le mariage à un homme que je connaissais depuis à peine une heure. A l’inverse, j’ai déjà vécu des histoires tout en sachant que cela ne fonctionnerait jamais. La lutte contre l’ennui est une composante essentielle de la vie des personnes surdouées.

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« Mon rêve serait d’être très beau »

S’il m’est souvent arrivé de ne pas rappeler après un rendez-vous amoureux, c’est que j’avais déjà l’impression d’avoir fait le tour de la personne que j’avais en face de moi. La séduction passe par une méthode que je déroule selon un scénario très écrit. Quand je cherche à plaire à quelqu’un, j’ai souvent l’impression de jouer aux échecs.

Si faire l’amour est aussi important pour moi, c’est justement parce qu’il s’agit du seul moment où je laisse mon cerveau en veille. Le sensoriel met la pensée au repos. Le monde organique se substitue au monde intellectuel.

Au fond, je trouve très triste d’être aimé pour son cerveau. Pour moi, ce n’est qu’un outil. Mon rêve serait d’être très beau, un véritable Apollon, et de plaire uniquement grâce à mon physique. On pense souvent que les surdoués ont une très haute opinion d’eux-mêmes. C’est faux. Dans ma vie sentimentale, j’ai très souvent ressenti un sentiment d’infériorité.

« Tout était motif à réflexion »

J’ai accumulé les rencontres, les rendez-vous et les histoires sans lendemain mais je méprisais souvent les hommes qui étaient attirés par moi. J’étais presque agressif. Comme avec Louis. Tout de suite, il m’a collé l’étiquette de surdoué, alors que j’étais bien loin de m’imaginer qu’il pouvait avoir raison. Cela m’a particulièrement irrité. Je ne pouvais pas supporter qu’il ait l’impression de lire en moi comme dans un livre ouvert, comme si j’étais un numéro.

J’ai néanmoins passé 12 ans en couple avec Gauthier, lui aussi surdoué. Nous nous sommes probablement reconnus. Notre relation était très forte, fusionnelle. Quand on est surdoué, on a besoin d’avoir une base de repli extrêmement solide, de trouver en l’autre un abri face à un monde extérieur perçu comme hostile.

Nos problèmes relationnels ont commencé car nous étions tous les deux persuadés d’avoir raison sur à peu près tout. Nous étions aussi très souvent dans la « sur-analyse » de tout ce que l’autre faisait. Tout était motif à réflexion, à examen, des idées les plus hautes aux petits tracas du quotidien. C’était épuisant, pour lui comme pour moi. Pourtant, je ne dirais pas que notre histoire a pris fin à cause de ce surdouement partagé. L’usure a simplement fait son oeuvre, comme cela arrive souvent.

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« L’intelligence c’est quand même particulièrement sexy »

Le fait d’être surdoué peut évidemment faire fuir certaines personnes. Ce n’est absolument pas la garantie d’une vie sentimentale réussie. J’ai connu des échecs comme tout le monde. Un homme avec lequel je suis sorti quelques temps m’a même dit que je prenais le fait d’être surdoué comme une excuse pour être insupportable. Le chemin de la compréhension de soi passe par cette réflexion où l’on cherche sa place en propre, sans se laisser définir par autrui.

Personnellement, je considère que quand on est surdoué, il est essentiel d’essayer d’être la meilleure personne possible, d’être bon, juste, d’avoir de l’empathie. Gauthier par exemple est un véritable humaniste selon moi. Je suis tombé amoureux de ses qualités morales, de sa bienveillance constante envers les autres. Quand on est surdoué, on se doit de mettre son intelligence au service de quelque chose de plus grand que son petit nombril.

Même si j’estime qu’une certaine rectitude morale est capitale, j’ai également besoin d’admirer mon conjoint. Je trouve que l’intelligence c’est quand même particulièrement sexy. Cela porte d’ailleurs un nom: être sapiophile! Il suffit de prendre l’exemple de Serge Gainsbourg qui a eu des relations avec Brigitte Bardot, Jane Birkin.

De mon côté, j’ai séduit certains de mes compagnons en deux phrases. L’humour, la vivacité sont essentiels pour s’épanouir dans un couple. Aujourd’hui, je suis célibataire. Mais j’ai tout de même envie d’y croire à nouveau. Après tout, chez les surdoués comme chez les autres, ce ne sont pas deux cerveaux qui se rencontrent mais deux personnes, à part entière.

Trait de caractère particulier, trouble ou pathologie: vous vivez une différence au quotidien, constitutive de votre personnalité? Si vous avez envie de me raconter votre histoire, n’hésitez pas à m’écrire à lrezzoug@lexpress.fr pour livrer votre témoignage sur le site de L’Express Styles.

Clément, lycéen et surdoué : « Ma différence est une force »

 // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
// © Olivier GUERRIN pour L’Étudiant

Clément a été diagnostiqué à haut potentiel intellectuel à 6 ans. Avec un an d’avance, et après un an passé dans un dispositif spécialisé au collège, il poursuit ses études, à 14 ans, en seconde au lycée Édouard-Branly, à Lyon, comme les autres. La seule différence ? Il va parfois plus vite… ou plus lentement !

« Il faut que je vous dise ce que j’ai. Cela nécessite une mise au point. J’en ai marre de lire des trucs du style : ‘Il est surdoué, il a des lunettes, il passe sa vie à lire, il est asocial, etc.’ Cette image de l’adolescent surdoué est un cliché. Les surdoués n’ont pas tous des lunettes, certains vivent cachés, d’autres ont de grosses difficultés parce qu’ils ne sont pas reconnus. Cette image est aussi véhiculée par les séries américaines : elles montrent des jeunes à haut potentiel qui portent des chemises à carreaux, croulent sous les cahiers… Ce n’est pas la vraie vie. On nous voit comme des bêtes de foire, pas comme des êtres normaux. La vraie vie, c’est différent. »

« Nous pensons trop vite, et cela crée une frustration chez les autres »

« Être surdoué, c’est un trouble. Mon cerveau fonctionne autrement. Nous, les surdoués, nous pensons trop vite, nous anticipons, nous sautons des étapes et cela crée une espèce de frustration chez la personne en face. Elle se demande : ‘Pourquoi il ne répond pas à ma question, pourquoi il ne réagit pas ?’ En réalité, elle ne va pas à la même vitesse. Ce décalage crée des difficultés de relation, une impatience, et de l’ennui. En cours, par exemple, le professeur de mathématiques explique un concept. Moi, on m’a donné l’information et ça y est, c’est bon, j’ai compris, je la range dans ma tête. À la limite, je vais m’entraîner avec un ou deux exercices d’application, pas plus. Les autres élèves ont besoin que le professeur leur réexplique et ils devront répéter des exercices. Il m’arrive donc de m’ennuyer. Et quand je m’ennuie, je parle à mes voisins, je me fais remarquer. C’est loin d’être simple. »

« J’ai souffert à l’école. Jusqu’en cinquième, je n’avais pas d’amis »

« Comme j’ai toujours été décalé, j’ai souffert à l’école, surtout en primaire. Et jusqu’en classe de cinquième, je n’avais pas d’amis. Les autres élèves me trouvaient différent, bizarre. Je me sentais rejeté. Et concrètement, j’étais rejeté… puisque personne ne voulait être avec moi. J’étais hypertriste. Cela n’allait pas du tout. Cette situation provoquait des problèmes importants. Le matin, au moment d’aller à l’école, j’avais mal au ventre. J’avais envie de vomir, parfois je vomissais vraiment ! Le soir, cela n’allait pas mieux parce que je commençais à penser au lendemain, moment où, invariablement, je n’aurais pas envie d’aller en cours. Vous imaginez le niveau de stress ? Dans la journée, j’avais des tas de problèmes, des disputes. Les élèves disaient carrément : ‘Ne traîne pas avec nous, reste tout seul !’ C’était compliqué. Non, ce n’était pas compliqué, c’était l’horreur ! »

« Ma vie a été bouleversée quand j’ai changé de collège »

« Une fois le diagnostic de ma précocité intellectuelle établie, ma mère a adhéré à une association pour les enfants surdoués. Elle avait quelques idées sur la question. Elle a trouvé comment me sortir de ce marasme. Et en fin de cinquième, je suis parti dans un collège spécialisé à Lyon. Celui-ci accueille des jeunes intellectuellement précoces et a mis en place un dispositif d’accompagnement pédagogique. Il s’appelle Les Battières. Et là, hourra ! Ma vie a été bouleversée. Je me suis senti mieux. Enfin, j’étais reconnu !

Les professeurs nous donnaient des exercices supplémentaires. Je pouvais prendre un livre, en plein cours. Au moins, je ne faisais pas semblant. Ce sont des détails, mais tellement importants. J’ai commencé l’année de quatrième, et, après un trimestre, en janvier, je suis passé directement en troisième. Je ne m’ennuyais plus du tout, les cours m’intéressaient et j’ai cessé de bavarder. Surtout je n’étais plus la bête curieuse ni celui que le groupe a envie de harceler.

Je voulais prendre le chinois en deuxième langue vivante mais, en troisième, les autres avaient fait trois ans de chinois. Je les ai rattrapés en quelques semaines à raison de 3 cours hebdomadaires de 2 heures. J’aime cette langue, parce que c’est une langue complexe avec des caractères et des traits précis. Si on dévie un petit trait, le mot change de sens, c’est passionnant. »

« Je me sens davantage à ma place avec des gens plus âgés »

« Maintenant, je suis en seconde, dans un lycée classique et public, sans prise en charge particulière. C’est bien parce que les professeurs sont au courant de mon haut potentiel. Nous sommes plusieurs surdoués venant du même collège. Socialement, ça va bien. Je me sens davantage à ma place avec des gens plus âgés, donc plus matures. On parle de choses intéressantes, de sujets politiques, de la société. Je suis curieux et, si un thème suscite mon intérêt, j’achète un journal ou un livre sur la question. Franchement, du côté des relations amicales, c’est vraiment bien. J’ai maintenant plein de copines. Je peux dire que je souffle. »

« J’ai du mal à exprimer ma pensée et mon raisonnement »

« Pour le côté purement scolaire, c’est moins évident. J’ai des difficultés dans certaines matières. En français, par exemple, parce qu’il faut argumenter. J’ai du mal à exprimer ma pensée et mon raisonnement. Quand on me pose une question, je ne réponds pas complètement. Je pense qu’une réponse courte suffira. Je me dis que je n’ai pas besoin de donner toute la démonstration puisque je connais le résultat. Or le professeur a vraiment besoin de savoir comment j’y suis parvenu ! Je dois apprendre à démontrer.

Tous les mardis, je prends un cours au lycée avec la référente des élèves à haut potentiel. On fait des exercices sur l’argumentation. Je dois expliquer pourquoi j’énonce tel point de vue. Je m’entraîne à écrire pas à pas. C’est comme si le professeur était un enfant à qui on doit expliquer une idée. Cela m’énerve parce que je ne suis pas patient ! Mais je ne désespère pas, j’y arrive un peu mieux qu’auparavant. J’apprends également à contrôler mon impatience avec mes amis. »

« J’ai toujours suivi beaucoup d’activités extrascolaires »

« Depuis que je suis tout petit, j’ai besoin de bouger énormément. Jusqu’à récemment, je faisais de la danse de salon en compétition, je m’entraînais 8 heures par semaine. J’ai toujours suivi beaucoup d’activités extrascolaires. C’est fortement conseillé aux surdoués parce qu’ils sont tellement malheureux à l’école qu’on leur recommande de se passionner pour autre chose ! Actuellement, je pratique un sport collectif, le hand, et je suis un cours de théâtre une fois par semaine. Comme je me sens mieux au lycée, c’est suffisant. Et je garde du temps pour pratiquer l’amitié ! »

Précocité : pour en savoir plus

Le diagnostic. Quand un enfant est surdoué, les spécialistes conseillent d’abord de lui faire passer des tests de quotient intellectuel chez un professionnel.
Une scolarité adaptée. Dans chaque académie, un référent est nommé pour aider les élèves surdoués à s’orienter. À la demande des parents, il se charge de placer ceux dont la précocité entraîne un mal-être ou des troubles de l’apprentissage dans des établissements où l’équipe pédagogique est sensibilisée à leurs problèmes. Au collège Georges-Brassens à Paris, par exemple, ces élèves suivent la même scolarité que leurs camarades du même âge, mais ils se retrouvent entre eux pour certaines activités. Dans l’enseignement public, les parents peuvent prendre contact avec le chef d’établissement pour demander que leur enfant saute une classe.
Des établissements spécifiques de la primaire au lycée. Vous pouvez également vous tourner vers l’enseignement privé. Le plus connu est le lycée privé Michelet à Nice (06), où rien n’empêche un élève de quatrième de suivre un cours de terminale s’il a le niveau. Les collégiens peuvent y effectuer leur cursus en 2 ans au lieu de 4. Citons également Le Bon Sauveur, au Vésinet (78), qui propose des filières spécifiques de la sixième à la troisième.
Sites d’informations et d’accompagnements pour les surdoués et leurs parents :
Ministère de l’Éducation nationale pour les élèves intellectuellement précoces.
Association française pour les enfants précoces.
Association Zebra destinée aux enfants et adolescents intellectuellement précoces.
Prekos, association nationale d’établissements privés.

Les MOOC, concurrents des masters ?

Mieux reconnus aujourd’hui, certains cours en ligne valident des crédits universitaires.

LE MONDE | 26.01.2017 à 18h44, Par Sophie Blitman

Des Moocs certifiants existent désormais.

Qu’il s’agisse d’améliorer son anglais, de plonger dans la physique quantique ou de découvrir l’économie collaborative, les cours en ligne – communément désignés par l’acronyme MOOC, de l’anglais massive online open courses – permettent de se former aux ­domaines les plus divers.

Gratuits et ouverts à tous, ces derniers se sont largement développés depuis cinq ans. Offrant l’avantage de la flexibilité, ­puisqu’ils peuvent être suivis n’importe où et n’importe quand, les MOOC apparaissent à certains comme des concurrents potentiels des masters. Mais ­encore faut-il se motiver pour suivre la formation jusqu’au bout, ce qui n’est pas évident quand on se trouve seul face à son ordinateur…

Le fort taux d’abandons en ­témoigne : moins de 10 % des inscrits achèvent la formation, la plupart se contentant de grappiller des connaissances pour ­enrichir leur culture générale. D’où l’intérêt de valoriser l’investissement de ceux qui suivent le parcours jusqu’au bout.

De plus en plus de MOOC proposent désormais des attestations de suivi, le plus souvent gratuites. Quelques-uns vont plus loin en délivrant des certifications, payantes cette fois, attestant des compétences acquises au cours du MOOC.

La validation va du simple quiz à l’évaluation en salle d’examen, en passant par des travaux à rendre plus ou moins conséquents. Dès lors, « les certificats sont très hétérogènes », prévient Matthieu Cisel, jeune chercheur et auteur, en 2016, d’une thèse sur les MOOC.

En effet, chaque organisme de formation est libre de délivrer son attestation, contrairement aux masters, dont l’appellation est protégée et l’accréditation ­validée au niveau national.

Une reconnaissance peu formalisée

Quelques MOOC permettent d’obtenir des crédits ECTS (système d’équivalence européen). C’est le cas, par exemple, du cours sur la gestion de projet animé par Rémi Bachelet, enseignant-chercheur à l’Ecole centrale de Lille. Une dizaine de masters, à Strasbourg, à l’université Pierre-et-Marie-Curie, à ­Paris, ou Lille-I, ont noué un partenariat avec le MOOC qu’ils ­intègrent dans leur formation. Une pratique cependant assez rare aujourd’hui.

D’une manière générale, la ­reconnaissance académique des MOOC est peu formalisée. « Un certificat atteste avant tout d’une appétence pour un domaine », ­estime Matthieu Cisel. A moins de les accumuler, de manière à se construire un véritable parcours de formation. Mais avec un coût de production avoisinant les 50 000 euros, les MOOC doivent attirer un large public, et donc être relativement accessibles à tous. Conséquence : « 70 % des MOOC sont des cours introductifs », estime Matthieu Cisel. Difficile, dans ces conditions, de bâtir un cursus de ­master entier.

C’est toutefois ce que commencent à faire les plates-formes américaines en organisant « des séquences d’une dizaine de MOOC, combinés à des exercices et des évaluations, observe le chercheur. Leur coût, autour de 5 000 euros, est élevé mais pour les étudiants américains, cela permet de diviser par trois ou quatre le prix d’une formation ».

En France, la plate-forme OpenClassrooms propose également des parcours pour obtenir un titre ­reconnu au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). Après avoir expérimenté les niveaux bac + 2 à bac + 4, la start-up se lance sur le terrain du bac + 5 en ouvrant fin janvier 2017 une formation en partenariat avec le groupe privé Eductive pour ­devenir expert en ingénierie ­informatique. Trois autres ­devraient ­suivre en ressources humaines et marketing.

Au-delà du coût plus élevé qu’à l’université (entre 300 et 400 euros par mois), ces formations professionnalisantes n’entendent pas rivaliser avec les masters dont l’adossement à la ­recherche reste une dimension fondamentale.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/campus/article/2017/01/26/les-mooc-concurrents-des-masters_5069719_4401467.html#R8Jy6EGhiQr6HXr3.99

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Une société avec moins de travail… mais plus de formation ?

27 janvier 2017; Le Monde.fr,

Forum Grande école du numérique - 29 septembre 2016 © Edfab

Nous dirigeons-nous vers une société avec moins de travail ? La question a agité, mercredi soir, le second débat de la primaire de gauche entre Benoît Hamon et Manuel Valls. Certes, nombre d’emplois vont certainement être détruits du fait de l’informatisation et de la robotisation. Parallèlement, d’autres devraient cependant être créés, si l’on en croit la théorie de la destruction créatrice de Schumpeter, maintes fois évoquées dans ce genre de situation. Dans tous les cas, une chose est sûre : la transformation numérique bouleverse profondément la nature des emplois.

Les entreprises du digital en ordre de marche

Face à ce changement, les universités et écoles tentent de s’adapter, en proposant de nouvelles formations, notamment autour du big data ou de la cybersécurité.
Les entreprises ne sont pas en reste, et il est significatif de relever que le pôle de compétitivité francilien Cap Digital, qui compte 1.000 adhérents dont 850 PME, a mis sur pied une structure dédiée à l’éducation : située à la Maison des sciences de l’homme Paris-Nord, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), en face du futur campus Condorcet, EdFab vise à « promouvoir l’innovation dans le domaine de la formation aux métiers du numérique et à fédérer les acteurs de cet écosystème, de la phase d’orientation jusqu’à l’emploi », explique son directeur Benjamin Gans.

Soutenue par la région Ile-de-France, qui lui assure un tiers de ses financements, et la Caisse des dépôts, EdFab rassemble 170 membres, principalement des entreprises et des start-up EdTech comme OpenClassrooms, mais aussi des écoles de codeurs (Simplon.co, 3W Academie, Wild code School) et du web comme la StreetSchool (journalisme digital) ou encore la plateforme de cours en ligne Ionis X, émanation du groupe privé d’enseignement supérieur Ionis.

Le pôle de compétitivité francilien Cap Digital a mis sur pied une structure dédiée à l’éducation

Vers une réelle formation tout au long de la vie ?

Après avoir notamment organisé le forum de la Grande école du numérique et accueillie une rencontre européenne sur les espaces d’apprentissage du futur, EdFab lance, au premier semestre 2017, une série d’événements sur le thème des métiers de demain, autour des fablabs et des makers, du e-sport, des drones, de l’Internet des objets…

A moyen terme, il s’agit aussi de construire des parcours de formation autour, par exemple, du machine learning (apprentissage automatique) ou de la datavisualisation, en valorisant les ressources pédagogiques que les membres d’Edfab ont déjà pu développer en interne, puisque certains salariés interviennent dans des écoles et universités ou donnent des conférences sur leur spécialité. Objectif de ces différentes initiatives : acculturer les salariés aux métiers de demain et les former à de nouvelles compétences numériques.

Une manière de marcher sur les platebandes de l’enseignement supérieur ? Edfab assure ne pas vouloir être en concurrence avec les universités et grandes écoles : « historiquement, nous avons de bonnes relations avec des établissements comme le Cnam ou l’UPMC », rappelle Benjamin Gans qui explique s’être « d’abord focalisé sur les entreprises. Mais l’enseignement supérieur constitue un chantier important sur lequel nous voulons travailler ».

Reste à identifier les besoins du secteur académique et la manière de collaborer. Pour faire en sorte que la formation tout au long de la vie, dont on nous rebat les oreilles depuis plusieurs années, devienne enfin une réalité.

APB : « Les conseils d’orientation donnés aux élèves varient selon leur milieu »

Le Monde.fr, 19/01/2017, Propos recueillis par Séverin Graveleau

La sociologue Agnès van Zanten analyse l’impact des lycées sur les vœux d’admission des élèves post-bac.

Ce vendredi 20 janvier marque l’ouverture des inscriptions sur le portail Admission post-bac (APB 2017), qui permet chaque année à quelque 800 000 élèves et étudiants en réorientation de faire leurs vœux d’études dans le supérieur. Quelles informations reçoivent les élèves au moment de faire leur choix d’orientation ? C’est la question que se pose depuis 2013 la sociologue Agnès van Zanten dans le cadre de plusieurs travaux sur les politiques d’orientation scolaire, les prescripteurs et les lieux d’orientation. Selon elle, les conseils donnés par les équipes éducatives au moment où les élèves doivent faire ce choix diffèrent du tout au tout, selon que l’on soit dans un lycée favorisé ou non. Un biais qui vient accentuer les inégalités sociales et scolaires. Entretien.

Au mois de janvier sont souvent organisées, dans les lycées, des réunions d’information sur Admission post-bac. Comment le paysage de l’enseignement supérieur y est-il présenté ?

Agnès van Zanten : Il est intéressant de constater que si tous les établissements s’appuient sur le même schéma de l’Onisep, très complet, pour présenter l’enseignement supérieur aux parents et aux élèves, chacun se focalise sur une partie bien précise de celui-ci. Dans les réunions des établissements très favorisés, le discours tourne quasi exclusivement autour des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), et un peu sur les filières sélectives de l’université (droit, médecine, etc.). Comme si l’espace de l’enseignement supérieur se résumait à ces filières. L’analyse des affiches ou des brochures des formations du supérieur présentes dans les établissements montre le même phénomène.

Alors que dans les lycées défavorisés, on parle surtout des sections de brevet de technicien supérieur (qui préparent au BTS) et des filières non sélectives de l’université. On évoque quelquefois seulement des prépas, lorsque le lycée est inscrit dans un dispositif d’égalité des chances de type « Cordées de la réussite ». Selon les milieux, les élèves baignent donc dans des environnements qui « canalisent » leur orientation. Et les jeunes qui font des choix différents sont, de fait, placés dans une position de marginalité.

Quels types de conseils sont donnés aux élèves dans ces différents lycées ?

Plus on est dans un établissement favorisé et plus les conseils arrivent tôt dans la scolarité – parfois dès la classe de seconde –, plus ils sont personnalisés et stratégiques. In fine, les élèves de ces lycées sont incités à faire des choix ambitieux, et surtout à optimiser leurs chances de les avoir sur l’outil APB. Ce sont des conseils du type : « Si tu veux faire ce genre d’études, voilà la meilleure formation dans le domaine. Mais elle est très sélective, alors tu dois la mettre en premier vœu, suivie de telle autre un peu moins sélective, etc. »

La situation est bien différente dans les lycées plus défavorisés, où les consignes données sont majoritairement d’ordre procédural : « Rappelez-vous que vous devez saisir vos vœux sur APB avant le 20 mars, que vous devez y entrer au moins un vœu, etc. » Ces rappels sont nécessaires, car les élèves des milieux populaires sont bien moins accompagnés par leur famille dans leur orientation, mais la démarche en devient presque bureaucratique. Pour les équipes pédagogiques, ce peut être une manière de répondre aux injonctions contradictoires. De participer à l’objectif national d’une augmentation du nombre de jeunes accédant au supérieur, sans prendre le risque d’orienter les élèves vers des filières inadéquates.

Sur qui s’appuient les élèves au moment de choisir leur orientation ?

Il y a d’abord, bien entendu, la famille. Mais une étude que nous avons réalisée auprès de 3 000 jeunes montre que les élèves issus des catégories socioprofessionnelles supérieures sont 60 % à discuter régulièrement de leur orientation avec leurs parents, alors que ce n’est le cas que de 20 % des jeunes de milieux populaires. De même, les élèves des milieux favorisés discutent plus que les autres de leur orientation avec leurs camarades de classe. En découle un peer effect (influence des pairs) qui conduit à une homogénéité des vœux au sein de l’établissement. Alors que les élèves des milieux défavorisés ont tendance à demander conseil auprès d’amis qui ne sont pas nécessairement scolarisés.

Au sein même de l’établissement, le nombre d’adultes qui se penchent sur l’orientation du jeune est plus important dans les lycées favorisés. Pour la raison simple que les conseillers principaux d’éducation, étant moins mobilisés sur les problèmes de discipline, moins nombreux, sont disponibles pour donner des conseils. Il en est de même pour les équipes de direction. Dans le lycée très favorisé que nous avons étudié, le chef d’établissement validait lui-même la liste et l’ordre des vœux des jeunes. Alors que dans les lycées moins favorisés, l’orientation est moins un sujet prioritaire pour les personnels, qui sont mobilisés avant tout sur la réussite au bac, la lutte contre le décrochage, etc.

Quelle place pour les conseillers d’orientation et les enseignants dans l’orientation ?

Depuis les années 2000, le choix politique a été fait de ne pas renouveler numériquement les conseillers d’orientation psychologues (COP). Ces derniers ne sont donc pas assez nombreux sur le terrain, travaillent sur plusieurs établissements et ont très peu de temps à accorder aux élèves.

La mission d’orientation finit souvent par retomber sur des enseignants qui n’y sont pas préparés. Trop occupés à essayer de « boucler le programme », ils résistent fortement à cette mission qui n’est pas leur cœur de métier, et qui est très peu valorisée. Et les lycées n’utilisent pas tous le temps d’accompagnement personnalisé, institué depuis 2010, de la même façon : ils décident soit de le consacrer au soutien scolaire des élèves, soit à l’orientation.

Il reste les salons d’orientation…

Ces salons étudiants sont une présentation du « marché » de l’enseignement supérieur. Et logiquement, les acteurs privés marchands du secteur y sont surreprésentés par rapport à la réalité. Contrairement aux universités, qui le sont très peu. Une fois encore, cela revient à « cadrer » l’image que les visiteurs s’y font de l’enseignement supérieur. Selon nos premières analyses, les élèves qui viennent dans les salons sont plutôt issus des classes moyennes. Ce qui explique que le privé puisse être une option pour eux.

Certains lycées populaires amènent aussi leurs élèves dans ces salons. C’est une manière, encore une fois, de déléguer une mission d’orientation qu’ils n’ont pas les moyens de mettre en place. Sauf que dans ces salons, marketing oblige, on est beaucoup plus dans le registre expressif : « L’ambiance est cool chez nous », « Avec ton diplôme, tu peux tout faire ». Décrypter ce marché pour connaître la valeur réelle de ce qui est présenté de manière attractive, cela demande un accompagnement.

Quels sont, alors, les leviers pour améliorer l’orientation des élèves ?

Que ce soit avec leur famille, dans les établissements au jour le jour ou sur ces salons, il faut réduire ces inégalités concernant le paysage scolaire présenté, ambitieux ou non. Mais aussi les différences de temps accordé à l’orientation scolaire dans les établissements, aux conseils et à la stratégie.

Cela suppose des ressources supplémentaires pour les acteurs, de réelles incitations, du temps en plus, de la formation, et pas seulement des discours ambitieux en la matière. On ne pourra pas réduire totalement les inégalités sociales et scolaires qui précèdent le moment de l’orientation. Mais l’institution peut aller vers une égalisation des conditions d’accompagnement de cette orientation.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/campus/article/2017/01/20/les-conseils-d-orientation-donnes-aux-eleves-varient-selon-leur-milieu_5065719_4401467.html#0rBovgAWYkQ0VaYx.99

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“Mes parents m’ont caché que j’étais surdouée”

Par Sophie N’Guyen
Publié le 17/01/2017 à 11:54, Journal Marie Claire
Matilda montage film fille surdouée

Alors que sa fille de 9 ans est diagnostiquée à « haut potentiel », Isabelle apprend que ses parents lui ont caché qu’elle-même était surdouée.

Quand sa fille de 9 ans est diagnostiquée à « haut potentiel », Isabelle fait un bond dans le passé et se rend compte que ses parents lui ont caché qu’elle-même était surdouée, pour ne pas faire de jaloux dans la fratrie et par économie. Bien des années plus tard, elle a tenu à livrer son témoignage.

Enfant, déjà, je m’ennuyais à l’école et décrochais facilement

« Hier encore, j’ai serré les dents et me suis forcée à sourire en recevant les compliments de ma cheffe pour mon travail, « toujours aussi soigné ». Un travail qui consiste à mettre à jour les tableaux organisant les fiches de paie des professeurs de mon département. Je suis cadre B dans l’administration. Un travail qui m’a toujours laissé un goût d’amertume. J’aurais pu vivre ma grande passion, les animaux, en devenant vétérinaire. Mais après mon bac scientifique, je ne me croyais pas capable de faire de « hautes études », comme disaient mes parents. « Avec un BTS on trouve toujours du travail » : c’est ce qu’ils m’ont répété pendant toute ma scolarité.

Comment les contredire ? Après tout, enfant, déjà, je m’ennuyais à l’école et décrochais facilement. J’étais souvent punie pour « manque de concentration » et aussi pour mon orthographe désastreuse. Je me souviens avoir écrit « un panié » au tableau et avoir déclenché le fou rire de la classe. Plusieurs fois, j’ai eu de mauvaises notes en mathématiques, pas parce que le résultat était faux mais parce que le raisonnement n’était pas celui que le professeur attendait. A la maison, l’ambiance n’était pas terrible. Pour fuir les disputes de mes parents et celles entre mon frère et ma sœur, je me réfugiais dans les livres sur les animaux. Chaque année, j’avais un engouement différent : les amphibiens, les fauves, les oiseaux… Ma mémoire ne m’a jamais fait défaut. C’est d’ailleurs grâce à elle que j’ai traversé facilement mes années de scolarité. Je lisais, je retenais.

Mathématiques ou philosophie, la structure du texte m’apparaissait aussi clairement qu’une lumière dans la nuit. Je croyais que tout le monde fonctionnait comme ça. Mais mon frère et ma sœur n’avaient pas du tout cette forme d’esprit et ces facilités. En raison de mon inattention et de mon orthographe, en quatrième on m’a fait rencontrer une psychologue scolaire. J’ai dû compléter des dessins, des phrases, et j’ai trouvé cela bêbête. Je ne me souviens pas de commentaires particuliers, à la maison, concernant ces tests. La vie a continué.

En terminale, j’avais déjà intégré le discours de mes parents

J’aimais la technologie, la chimie, je lisais des livres et des articles scientifiques, et j’adorais l’astronomie. Mon professeur de physique croyait en moi. Il m’encourageait à tenter une classe préparatoire aux grandes écoles mais, en terminale, j’avais déjà intégré le discours de mes parents qui n’avaient pas les moyens de me payer de « hautes études ». Alors j’ai obéi, et j’ai entrepris un BTS de gestion et de comptabilité – en m’ennuyant, sur fond de fumette avec mon copain de l’époque et de picole en douce à la maison. Mon frère est devenu mécanicien, il a pris la direction d’un garage, et ma sœur est devenue femme au foyer. Elle a maintenant quatre enfants, elle est heureuse. De mon côté, j’ai rencontré mon mari au sein de la direction départementale de l’Education nationale. Guillaume était marié et père de deux enfants. J’ai été sa maîtresse pendant quatre ans. La situation me convenait.

Personne ne se doutait de rien, jusqu’au jour où sa femme a reçu un appel anonyme pour lui dire que son mari la trompait. Une semaine plus tard, j’hébergeais Guillaume chez moi. Sa femme a vite demandé le divorce, et nous avons emménagé en dehors de la ville. Eliott est né quatre ans plus tard, suivi de Fiona, trois ans après. Cette vie représentait une réussite inespérée : un mari amoureux et deux enfants dans une grande maison avec piscine. Mes parents étaient fiers de moi, mais je sentais mon frère et ma sœur un peu aigres, comme si l’ex-vilain petit canard était devenu un cygne.

J’avais raconté à mon mari mes ambitions d’enfance et la réaction de mes parents. Pour lui, qui venait d’une famille ambitieuse pour ses enfants, un tel discours était criminel. Il me disait que j’aurais fait une super vétérinaire. Sa réaction m’a mis du baume au cœur. C’était la première fois, à part mon professeur de physique, que quelqu’un croyait en mes capacités. D’ailleurs, Guillaume m’a souvent poussée à passer des concours. Ça ne m’intéressait pas : je suis dans une équipe que j’apprécie et ne veux pas bouleverser mon équilibre. C’est trop tard pour moi.

Puis Fiona a commencé à nous causer des soucis. Depuis le CP, elle était bavarde, dissipée et très active. Elle a vite appris à lire et à compter, quasiment toute seule. Mais sa personnalité extravertie et son côté « clown » masquaient ses dons. Il y a deux ans, elle était en CM1 quand nous avons été convoqués par son institutrice. En prenant des pincettes, elle nous a dit qu’elle pensait que notre fille n’était pas seulement hyperactive… elle était très douée, voire « surdouée ». Bref, elle nous conseillait de consulter un psychologue spécialisé.

Les chats ne font pas des chiens

Fiona a donc passé plusieurs tests. Il est apparu qu’elle n’était pas hyperactive mais était à « haut potentiel » – surdouée, donc –, avec un quotient intellectuel de plus de 133. Le psychologue a été très pédagogue. Il a dit à Fiona qu’elle avait une excellente mémoire et un cerveau qui fonctionnait très vite et très bien, mais qu’elle allait devoir apprendre à écouter les autres, à ne pas perturber la classe car des élèves avaient besoin de plus de temps et de concentration pour comprendre. Nous avons décidé de ne pas utiliser les mots « surdouée » et « haut potentiel » devant elle ni devant son frère. De son côté, l’institutrice a adapté certains apprentissages pour elle.

Quand j’ai appris à ma mère, qui avait toujours trouvé Fiona « agitée » et « trop mûre dans ses raisonnements » pour son âge, que sa petite-fille était surdouée, elle m’a répondu : « Les chats ne font pas des chiens », et m’a avoué que la psychologue scolaire de l’époque lui avait annoncé la même chose à mon sujet, mais qu’elle et mon père avaient décidé de ne rien me dire, pour ne pas faire de jaloux dans la fratrie. « Et puis à quoi ça aurait servi ? a-t-elle ajouté. On n’avait pas les moyens de te payer de longues études qui ne donnent pas forcément du travail, alors que le BTS… » Je suis tombée des nues.

Je sens de temps en temps un malaise avec Guillaume

Ce n’est que lorsque je suis rentrée chez moi que ma colère a explosé. Passe encore qu’elle ne m’ait rien dit, mais me pousser vers un BTS de comptabilité alors que je voulais devenir vétérinaire. Je me rappelais toutes ses remontrances sur ma déconcentration, alors qu’elle en connaissait la raison. Dire que je me croyais anormale et pas très futée. J’en ai pleuré pendant deux heures. Tant de gâchis, de complexes, de honte.

Quand j’en ai parlé à Guillaume, le soir, sa réaction m’a déçue. Il a minimisé l’évènement, me disant que l’important c’était ce que nous avions construit, notre couple et notre famille, et que même si je n’étais pas devenue vétérinaire, la vie m’avait quand même gâtée. J’ai ressenti une sorte de jalousie, de rivalité, comme lorsque j’obtenais de meilleures notes que les garçons de ma classe en mathématiques. C’était comme si je volais quelque chose de masculin : la logique, l’esprit de synthèse… Cela dit, quelque temps plus tard, il a concédé qu’il avait remarqué que je pigeais tout « au quart de tour ». Ainsi, je voyais immédiatement les incohérences dans les scénarios des films et des séries télé, et il en était souvent bluffé. Je sens de temps en temps un malaise avec Guillaume : je prends sur moi pour ne pas relever les éléments illogiques ou contradictoires dans ce qu’il dit, et je vois qu’il perçoit mes réticences.

Après la révélation de ma mère, j’ai passé des semaines à ressasser mon mal-être et ma vie professionnelle ratée. Puis je me suis concentrée sur Fiona. Après tout, si une personne est en mesure de l’accompagner, c’est bien moi. Aujourd’hui, Fiona a sauté le CM2 puis la cinquième. A 12 ans, elle est en quatrième, ses notes sont excellentes… Mais, surtout, elle a canalisé son énergie et a, en plus, une vie sociale riche et joyeuse. C’est l’essentiel. L’important n’est pas le QI, mais la possibilité de faire ce que l’on désire, en fonction de ses capacités. C’est ce que je veux pour mes enfants, et je les soutiendrai du mieux que je le peux. Ce sera aussi ma façon de me « réparer ». « 

Propos recueillis par Sophie N’Guyen

Les 10 traits de caractères qui empoisonnent la vie des adultes surdoués

The Huffington Post

Les adultes surdoués ont un mode de fonctionnement bien différent et ignoré des autres adultes. Cette ignorance est à l’origine de leur mal

17/01/2017, Valérie Foussier,Médecin endocrinologue

Les adultes surdoués ou à Haut potentiel (HP) ont un mode de fonctionnement bien différent et ignoré des autres adultes voire des HP eux-mêmes. Cette ignorance est à l’origine de leur mal être créant un gouffre incompréhensif avec les autres, un décalage invivable. C’est aussi leur mode d’emploi qui fait leur force et qui est tant jalousé. Oui vous souffrez de vos capacités qui vous occasionnent tant de douleur. Voici dix fonctionnalités ou dix traits de caractère qui font qu’on vous recherche d’abord et qu’on vous malmène ensuite.

1 – Empathique et gentil

Vous avez un don indiscutable, l’empathie et la gentillesse extrême. Vous devinez les besoins des autres avant les vôtres que vous avez tendance à ignorer. Vous percevez ce que les autres ressentent et même de façon bien plus marquée. Vous vous perdez en vous adaptant de façon démesurée à l’autre. C’est justement pour votre altruisme sans limite que les manipulateurs viennent vous chercher. La face fragile qu’ils montrent de prime abord, vous touche et vous tombez dans leurs griffes. Cessez d’être gentils, soyez vrais. Bien sûr il existe des personnes bien intentionnées qui apprécient votre empathie et gentillesse à sa juste valeur, deux qualités qui font le lit du charisme, tant convoité.

2 – Résilient

Vous avez cette capacité à encaisser l’insupportable en vous relevant illico presto, à conserver le sourire malgré l’orage, à trouver des solutions constructives face à l’adversité de la vie. Cette force peut aussi effrayer ou vous apporter un lot d’injustice. On vous considère comme un affabulateur ou une affabulatrice hors pair ce qui accentue votre tendance naturelle au débordement émotionnel qui a pour effet de vous mettre tout le monde à dos, alors que vous êtes juste résilient. Cela fait l’effet d’une bombe en plein cœur. Pourtant on vous choisit, on vient vous chercher même pour ce pouvoir surnaturel, votre résilience. Ce sont des personnalités manipulatrices qui abuseront de votre capacité à vous remettre debout immédiatement après une agression. Vous êtes encore trop à être malmenés par votre potentiel: vivre l’intolérable sans être cru, terrassés par une cascade d’injustice.

3 – Passionné

Quand vous êtes motivés, plus rien ne vous arrête pour arriver à votre objectif. Malgré un enchainement d’embuscades, vous franchissez sans mollir les obstacles en continuant votre route jusqu’au sommet, animés par votre passion imperturbable, jusqu’à l’épuisement, souvent à votre insu. Attention, vous n’êtes pas toujours récompensés et indemnisés de vos efforts surhumains. En d’autres termes, on vient vous chercher pour faire du chiffre d’affaire sur votre dos, en vous faisant miroiter monts et merveilles. Quand vous le comprenez, vous chutez dans la déception et l’incompréhension jusqu’à la dépression.

4 – Vitesse éclair

Vous faites tout dix fois plus vite que les autres, en dehors de l’absence de motivation qui vous expose à l’inaction et à la procrastination. Votre rapidité d’exécution, de compréhension est une mine d’or pour les chefs d’entreprise, pour le milieu scientifique, pour la hiérarchie car encore une fois vous générez des gains. Le temps c’est de l’argent. Votre vitesse d’exécution déconcertante peut aussi être vécue comme un affront pour vos collègues qui se sentent consciemment ou inconsciemment dévalorisés. Ils chercheront alors à vous nuire de n’importe quelle façon fallacieuse pour se mettre en avant, en n’omettant pas de vous rabaisser par des mensonges difficiles à réfuter. Un beau tissu d’injustices. Cela peut vous conduire à des licenciements pour faute qui vous conduiront tout droit à la dépression car vos valeurs humaines fondamentales sont bafouées.

5 – Créatif

Vous avez un potentiel de créativité exprimé ou enfoui. Il peut être au premier plan et vous conduire dans des institutions d’innovation dans lesquelles vous vous sentez en harmonie. Vous êtes alors chassés et recrutés pour cela. C’est une plus-value pour l’entreprise que vous élevez par votre originalité créative. Il arrive aussi que votre potentiel de créativité se révèle au sein de votre milieu professionnel ou personnel. Vous voulez tout naturellement la faire éclore et vous vous exprimez sur ce sujet. Sauf que vous n’êtes pas dans le bon environnement. Vous allez déranger et vous aurez l’étiquette de farfelu. On ne vous écoutera pas dans ce domaine. On prendra soin même de vous mettre des bâtons dans les roues pour faire avorter vos projets créatifs quand vous oserez vous aventurer sur ce chemin. Toucher à votre créativité, c’est une violente agression qui a des conséquences sur votre confiance en vous, votre estime de soi.

6 – Multi action

Vous avez cette capacité à pouvoir faire plusieurs choses à la fois ce qui vous vaut d’être qualifié de dispersé, touche à tout et autre surnom dévalorisant. C’est pourtant une réalité qui a été tout récemment mise en évidence par l’imagerie fonctionnelle. Une étude comparative chez des adultes HP et non HP a permis de visualiser la fameuse arborescence des HP. Plusieurs zones cérébrales s’activent en même temps après l’exécution d’une tache, versus une seule chez les adultes non surdoués. Ceci explique le fait que penser à une chose engendre des pensées anticipatrices ou des idées paraissant hors sujet. Oui on peut faire sa compta devant la télé sans faire d’erreurs. Le fait de faire deux choses à la fois renforce la concentration et améliore le rendement au prix peut être d’une dépense d’énergie bien plus grande. C’est un atout considérable cette capacité multi tâche, pouvoir faire avec qualité plusieurs choses à la fois en allant jusqu’au bout, sans être dispersé pour autant. Connaitre cela permet de faire attention au coup de pompe et de prendre le temps nécessaire pour se ressourcer.

7 – Recherche de vérité et souci de justice

Vous avez une ligne de conduite, la vérité et vous agissez toujours en filigrane avec le souci de justice. Vous êtes une personne sur qui on peut compter qui évitera au maximum de malmener autrui par la manipulation, l’abaissement. On vient vous chercher pour votre droiture. Cependant votre leitmotiv, recherche de vérité, et votre pugnacité vous fera parfois faire des actes outrepassant vos fonctions, piétinant votre hiérarchie qui auront un effet boomerang. Votre vérité n’est pas toujours celles des autres. Vous avez l’art de vous compliquer la vie et vous torturer pour un fait banal pour les autres, de vous auto détruire en prenant des décisions qui peuvent vous emmener dans l’impécuniosité, consciemment ou inconsciemment. Vous vous épuisez en salive et en énergie à vouloir tout expliquer et tout justifier sans cesse et sans fin. Apprenez à répondre à un besoin, Evitez d’aller au-devant des ennuis sans qu’on vous le demande par souci d’équité que vous soyez impliqués ou non. Cela vous épargnera des remarques acerbes incomprises. Patientez et laisser passer l’ouragan sans agir.

8 – Hyperactivité cérébrale

Vos neurones sont en permanence en ébullition. Rien ne vous échappe et surtout pas le plus futile détail qui a pour vous son importance. Cette vigilance constance vous permet de trouver des solutions quand d’autres dorment ou baissent leur garde. On vient vous chercher pour votre incapacité de vous arrêter de penser. Cependant sans bouton stop, un bruit de fond mental mêlé à une imagination débordante vous empêche de trouver le calme et projette une ombre de peur, de souffrance. Le simple fait d’imaginer une situation peut déclencher la tempête dans les profondeurs. Vous la vivez comme si elle était réelle. L’absence de contrôle des pensées, génère des sensations physiques : palpitations, douleurs thoraciques, sueurs, tremblement, malaise, gestes incontrôlés, casse. Cette impossibilité à dompter les pensées négatives fait le lit des obsessions. Une spirale infernale. L’angoisse monte, les pensées morbides fusent et deviennent de plus en plus destructrices avec une tendance à l’inaction. L’angoisse bloque l’action qui canaliserait justement cette angoisse folle. Ce cercle vicieux peut être coupé net en insérant ce bouton off, qui permet de capter l’attention ce qui refrène les idées noires. Ce peut être un support visuel doux ou une œuvre dérivative comme une activité physique ou artistique, un rangement minutieux. En vous dissociant du mental dans la simplicité un cours instant votre cerveau sera bien plus performant sans parasite.

9 – Oscillations émotionnelles

Votre hyper rapidité à tout faire est prise pour du mépris car ce n’est pas possible que vous ayez lu ce document en 30 secondes, que vous ayez lu ce livre de 1000 pages en un weekend. Vous êtes considéré comme un usurpateur, insulte suprême qui presse sur votre touche volcan. En une fraction de seconde, une phrase anodine interprétée avec votre prisme émotionnel vous plonge dans le plus profond d’une déferlante négative. En un temps aussi record, après un évènement positif, vous êtes propulsés en miroir au sommet d’une déferlante émotionnelle positive alors que les autres ne sont qu’à la naissance de leur vague. Vous êtes jugé comme exubérant voire hystérique. Cette possibilité de passer du positif au négatif en une fraction de seconde est parfaitement incompréhensible, en dehors d’une maladie. C’est cette amplitude normale pour vous, entre les + et les -, votre thermostat émotionnel qui crée un puits sans fond de souffrance, responsable de décalage de lecture dans la teinte du raisonnement. Vous utilisez des mots inappropriés. Votre potentiel est gelé. Vous êtes gagnés par la procrastination qui vous fait des occasions. Vous êtes dans le déni qui vous conduit à des mauvaises décisions entretenant votre mal être. Puis comme par enchantement une phrase tout aussi anodine prend une valeur positive. Au sommet de votre art, vous déplacez des montagnes, vous criez EUREKA, vous exprimez votre substantifique moelle innovante créatrice empathique. Vous déroutez et on ne vous croit pas être l’auteur de tel acte, de telle opération. C’est ce passage de la lumière à l’obscurité et de l’obscurité à la lumière que les autres n’intègrent pas. Pire, ils traduisent en formatant vos intentions bienveillantes dans leur schéma de pensées ce qui transforme complètement les données à votre désavantage, majorant votre désarroi. Ce sont souvent ceux qui ne sont pas prêts à changer leur paradigme qui vous causent le plus de préjudices. Les réfractaires au changement.

Ces déferlantes positives et négatives peuvent être expliquées par ces zones multiples stimulées en même temps décrite à l’imagerie cérébrale. Une phrase va stimuler chez vous plusieurs zones émotionnelles décuplant le phénomène, expliquant vos débordements émotionnels. Vous pouvez dompter votre cerveau en apprenant à éteindre toutes les zones allumées, une par une. C’est un moyen de réduire l’amplitude de vos ondes négatives.

10 – Effet cocktail

Tous ces traits de caractère se potentialisent et font que votre mode de fonctionnement est recherché dans bien des domaines. Voici une anecdote pour illustrer cet effet cocktail dans la vraie vie.

« On a demandé à Mélodie, pianiste amateur, de jouer en public pour récolter des fonds pour une œuvre humanitaire. Avec une immense joie, elle a accepté. Contre toute attente, elle a dû escalader dans son travail préparatoire de nombreux à pic épineux émotionnels jusqu’au jour J heure H. L’intensité de sa motivation, sa résilience et sa capacité multitâche lui ont permis de gravir les derniers mètres de passages délicats. Elle était prête juste à temps, maitrisant tous mes morceaux. Un imprévu anodin est arrivé en pleine représentation. Son tourneur de page a tourné toutes ses pages à chaque fois trop tôt et sa présence à ses côtés trop près l’a bridée physiquement. Elle a été très déstabilisée par ces incidents qui ont décuplé son trac. Elle a saboté ses heures de travail antérieur. Elle a brillé dans les couacs devant une salle comble. Sa pugnacité démesurée à toute épreuve a eu raison de cette vexation vécue et elle a exprimé tout son talent musical dans le dernier morceau, laissant ainsi une empreinte positive. Elle a mis plusieurs jours pour éteindre ses dizaines de zones émotionnelles négatives allumées durant cette soirée, bien plus nombreuses que les zones émotionnelles positives. Un gout d’humiliation, une odeur d’atteinte de l’égo, a persisté longtemps malgré sa vraie satisfaction finale.»

Le monde tourne grâce à vous. Alors évitons de vous malmener par ignorance.

Valérie Foussier est l’auteure de « Adultes surdoués cadeau ou fardeau ? » aux éditions Josette Lyon