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Une société avec moins de travail… mais plus de formation ?

27 janvier 2017; Le Monde.fr,

Forum Grande école du numérique - 29 septembre 2016 © Edfab

Nous dirigeons-nous vers une société avec moins de travail ? La question a agité, mercredi soir, le second débat de la primaire de gauche entre Benoît Hamon et Manuel Valls. Certes, nombre d’emplois vont certainement être détruits du fait de l’informatisation et de la robotisation. Parallèlement, d’autres devraient cependant être créés, si l’on en croit la théorie de la destruction créatrice de Schumpeter, maintes fois évoquées dans ce genre de situation. Dans tous les cas, une chose est sûre : la transformation numérique bouleverse profondément la nature des emplois.

Les entreprises du digital en ordre de marche

Face à ce changement, les universités et écoles tentent de s’adapter, en proposant de nouvelles formations, notamment autour du big data ou de la cybersécurité.
Les entreprises ne sont pas en reste, et il est significatif de relever que le pôle de compétitivité francilien Cap Digital, qui compte 1.000 adhérents dont 850 PME, a mis sur pied une structure dédiée à l’éducation : située à la Maison des sciences de l’homme Paris-Nord, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), en face du futur campus Condorcet, EdFab vise à « promouvoir l’innovation dans le domaine de la formation aux métiers du numérique et à fédérer les acteurs de cet écosystème, de la phase d’orientation jusqu’à l’emploi », explique son directeur Benjamin Gans.

Soutenue par la région Ile-de-France, qui lui assure un tiers de ses financements, et la Caisse des dépôts, EdFab rassemble 170 membres, principalement des entreprises et des start-up EdTech comme OpenClassrooms, mais aussi des écoles de codeurs (Simplon.co, 3W Academie, Wild code School) et du web comme la StreetSchool (journalisme digital) ou encore la plateforme de cours en ligne Ionis X, émanation du groupe privé d’enseignement supérieur Ionis.

Le pôle de compétitivité francilien Cap Digital a mis sur pied une structure dédiée à l’éducation

Vers une réelle formation tout au long de la vie ?

Après avoir notamment organisé le forum de la Grande école du numérique et accueillie une rencontre européenne sur les espaces d’apprentissage du futur, EdFab lance, au premier semestre 2017, une série d’événements sur le thème des métiers de demain, autour des fablabs et des makers, du e-sport, des drones, de l’Internet des objets…

A moyen terme, il s’agit aussi de construire des parcours de formation autour, par exemple, du machine learning (apprentissage automatique) ou de la datavisualisation, en valorisant les ressources pédagogiques que les membres d’Edfab ont déjà pu développer en interne, puisque certains salariés interviennent dans des écoles et universités ou donnent des conférences sur leur spécialité. Objectif de ces différentes initiatives : acculturer les salariés aux métiers de demain et les former à de nouvelles compétences numériques.

Une manière de marcher sur les platebandes de l’enseignement supérieur ? Edfab assure ne pas vouloir être en concurrence avec les universités et grandes écoles : « historiquement, nous avons de bonnes relations avec des établissements comme le Cnam ou l’UPMC », rappelle Benjamin Gans qui explique s’être « d’abord focalisé sur les entreprises. Mais l’enseignement supérieur constitue un chantier important sur lequel nous voulons travailler ».

Reste à identifier les besoins du secteur académique et la manière de collaborer. Pour faire en sorte que la formation tout au long de la vie, dont on nous rebat les oreilles depuis plusieurs années, devienne enfin une réalité.

APB : « Les conseils d’orientation donnés aux élèves varient selon leur milieu »

Le Monde.fr, 19/01/2017, Propos recueillis par Séverin Graveleau

La sociologue Agnès van Zanten analyse l’impact des lycées sur les vœux d’admission des élèves post-bac.

Ce vendredi 20 janvier marque l’ouverture des inscriptions sur le portail Admission post-bac (APB 2017), qui permet chaque année à quelque 800 000 élèves et étudiants en réorientation de faire leurs vœux d’études dans le supérieur. Quelles informations reçoivent les élèves au moment de faire leur choix d’orientation ? C’est la question que se pose depuis 2013 la sociologue Agnès van Zanten dans le cadre de plusieurs travaux sur les politiques d’orientation scolaire, les prescripteurs et les lieux d’orientation. Selon elle, les conseils donnés par les équipes éducatives au moment où les élèves doivent faire ce choix diffèrent du tout au tout, selon que l’on soit dans un lycée favorisé ou non. Un biais qui vient accentuer les inégalités sociales et scolaires. Entretien.

Au mois de janvier sont souvent organisées, dans les lycées, des réunions d’information sur Admission post-bac. Comment le paysage de l’enseignement supérieur y est-il présenté ?

Agnès van Zanten : Il est intéressant de constater que si tous les établissements s’appuient sur le même schéma de l’Onisep, très complet, pour présenter l’enseignement supérieur aux parents et aux élèves, chacun se focalise sur une partie bien précise de celui-ci. Dans les réunions des établissements très favorisés, le discours tourne quasi exclusivement autour des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), et un peu sur les filières sélectives de l’université (droit, médecine, etc.). Comme si l’espace de l’enseignement supérieur se résumait à ces filières. L’analyse des affiches ou des brochures des formations du supérieur présentes dans les établissements montre le même phénomène.

Alors que dans les lycées défavorisés, on parle surtout des sections de brevet de technicien supérieur (qui préparent au BTS) et des filières non sélectives de l’université. On évoque quelquefois seulement des prépas, lorsque le lycée est inscrit dans un dispositif d’égalité des chances de type « Cordées de la réussite ». Selon les milieux, les élèves baignent donc dans des environnements qui « canalisent » leur orientation. Et les jeunes qui font des choix différents sont, de fait, placés dans une position de marginalité.

Quels types de conseils sont donnés aux élèves dans ces différents lycées ?

Plus on est dans un établissement favorisé et plus les conseils arrivent tôt dans la scolarité – parfois dès la classe de seconde –, plus ils sont personnalisés et stratégiques. In fine, les élèves de ces lycées sont incités à faire des choix ambitieux, et surtout à optimiser leurs chances de les avoir sur l’outil APB. Ce sont des conseils du type : « Si tu veux faire ce genre d’études, voilà la meilleure formation dans le domaine. Mais elle est très sélective, alors tu dois la mettre en premier vœu, suivie de telle autre un peu moins sélective, etc. »

La situation est bien différente dans les lycées plus défavorisés, où les consignes données sont majoritairement d’ordre procédural : « Rappelez-vous que vous devez saisir vos vœux sur APB avant le 20 mars, que vous devez y entrer au moins un vœu, etc. » Ces rappels sont nécessaires, car les élèves des milieux populaires sont bien moins accompagnés par leur famille dans leur orientation, mais la démarche en devient presque bureaucratique. Pour les équipes pédagogiques, ce peut être une manière de répondre aux injonctions contradictoires. De participer à l’objectif national d’une augmentation du nombre de jeunes accédant au supérieur, sans prendre le risque d’orienter les élèves vers des filières inadéquates.

Sur qui s’appuient les élèves au moment de choisir leur orientation ?

Il y a d’abord, bien entendu, la famille. Mais une étude que nous avons réalisée auprès de 3 000 jeunes montre que les élèves issus des catégories socioprofessionnelles supérieures sont 60 % à discuter régulièrement de leur orientation avec leurs parents, alors que ce n’est le cas que de 20 % des jeunes de milieux populaires. De même, les élèves des milieux favorisés discutent plus que les autres de leur orientation avec leurs camarades de classe. En découle un peer effect (influence des pairs) qui conduit à une homogénéité des vœux au sein de l’établissement. Alors que les élèves des milieux défavorisés ont tendance à demander conseil auprès d’amis qui ne sont pas nécessairement scolarisés.

Au sein même de l’établissement, le nombre d’adultes qui se penchent sur l’orientation du jeune est plus important dans les lycées favorisés. Pour la raison simple que les conseillers principaux d’éducation, étant moins mobilisés sur les problèmes de discipline, moins nombreux, sont disponibles pour donner des conseils. Il en est de même pour les équipes de direction. Dans le lycée très favorisé que nous avons étudié, le chef d’établissement validait lui-même la liste et l’ordre des vœux des jeunes. Alors que dans les lycées moins favorisés, l’orientation est moins un sujet prioritaire pour les personnels, qui sont mobilisés avant tout sur la réussite au bac, la lutte contre le décrochage, etc.

Quelle place pour les conseillers d’orientation et les enseignants dans l’orientation ?

Depuis les années 2000, le choix politique a été fait de ne pas renouveler numériquement les conseillers d’orientation psychologues (COP). Ces derniers ne sont donc pas assez nombreux sur le terrain, travaillent sur plusieurs établissements et ont très peu de temps à accorder aux élèves.

La mission d’orientation finit souvent par retomber sur des enseignants qui n’y sont pas préparés. Trop occupés à essayer de « boucler le programme », ils résistent fortement à cette mission qui n’est pas leur cœur de métier, et qui est très peu valorisée. Et les lycées n’utilisent pas tous le temps d’accompagnement personnalisé, institué depuis 2010, de la même façon : ils décident soit de le consacrer au soutien scolaire des élèves, soit à l’orientation.

Il reste les salons d’orientation…

Ces salons étudiants sont une présentation du « marché » de l’enseignement supérieur. Et logiquement, les acteurs privés marchands du secteur y sont surreprésentés par rapport à la réalité. Contrairement aux universités, qui le sont très peu. Une fois encore, cela revient à « cadrer » l’image que les visiteurs s’y font de l’enseignement supérieur. Selon nos premières analyses, les élèves qui viennent dans les salons sont plutôt issus des classes moyennes. Ce qui explique que le privé puisse être une option pour eux.

Certains lycées populaires amènent aussi leurs élèves dans ces salons. C’est une manière, encore une fois, de déléguer une mission d’orientation qu’ils n’ont pas les moyens de mettre en place. Sauf que dans ces salons, marketing oblige, on est beaucoup plus dans le registre expressif : « L’ambiance est cool chez nous », « Avec ton diplôme, tu peux tout faire ». Décrypter ce marché pour connaître la valeur réelle de ce qui est présenté de manière attractive, cela demande un accompagnement.

Quels sont, alors, les leviers pour améliorer l’orientation des élèves ?

Que ce soit avec leur famille, dans les établissements au jour le jour ou sur ces salons, il faut réduire ces inégalités concernant le paysage scolaire présenté, ambitieux ou non. Mais aussi les différences de temps accordé à l’orientation scolaire dans les établissements, aux conseils et à la stratégie.

Cela suppose des ressources supplémentaires pour les acteurs, de réelles incitations, du temps en plus, de la formation, et pas seulement des discours ambitieux en la matière. On ne pourra pas réduire totalement les inégalités sociales et scolaires qui précèdent le moment de l’orientation. Mais l’institution peut aller vers une égalisation des conditions d’accompagnement de cette orientation.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/campus/article/2017/01/20/les-conseils-d-orientation-donnes-aux-eleves-varient-selon-leur-milieu_5065719_4401467.html#0rBovgAWYkQ0VaYx.99

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“Mes parents m’ont caché que j’étais surdouée”

Par Sophie N’Guyen
Publié le 17/01/2017 à 11:54, Journal Marie Claire
Matilda montage film fille surdouée

Alors que sa fille de 9 ans est diagnostiquée à « haut potentiel », Isabelle apprend que ses parents lui ont caché qu’elle-même était surdouée.

Quand sa fille de 9 ans est diagnostiquée à « haut potentiel », Isabelle fait un bond dans le passé et se rend compte que ses parents lui ont caché qu’elle-même était surdouée, pour ne pas faire de jaloux dans la fratrie et par économie. Bien des années plus tard, elle a tenu à livrer son témoignage.

Enfant, déjà, je m’ennuyais à l’école et décrochais facilement

« Hier encore, j’ai serré les dents et me suis forcée à sourire en recevant les compliments de ma cheffe pour mon travail, « toujours aussi soigné ». Un travail qui consiste à mettre à jour les tableaux organisant les fiches de paie des professeurs de mon département. Je suis cadre B dans l’administration. Un travail qui m’a toujours laissé un goût d’amertume. J’aurais pu vivre ma grande passion, les animaux, en devenant vétérinaire. Mais après mon bac scientifique, je ne me croyais pas capable de faire de « hautes études », comme disaient mes parents. « Avec un BTS on trouve toujours du travail » : c’est ce qu’ils m’ont répété pendant toute ma scolarité.

Comment les contredire ? Après tout, enfant, déjà, je m’ennuyais à l’école et décrochais facilement. J’étais souvent punie pour « manque de concentration » et aussi pour mon orthographe désastreuse. Je me souviens avoir écrit « un panié » au tableau et avoir déclenché le fou rire de la classe. Plusieurs fois, j’ai eu de mauvaises notes en mathématiques, pas parce que le résultat était faux mais parce que le raisonnement n’était pas celui que le professeur attendait. A la maison, l’ambiance n’était pas terrible. Pour fuir les disputes de mes parents et celles entre mon frère et ma sœur, je me réfugiais dans les livres sur les animaux. Chaque année, j’avais un engouement différent : les amphibiens, les fauves, les oiseaux… Ma mémoire ne m’a jamais fait défaut. C’est d’ailleurs grâce à elle que j’ai traversé facilement mes années de scolarité. Je lisais, je retenais.

Mathématiques ou philosophie, la structure du texte m’apparaissait aussi clairement qu’une lumière dans la nuit. Je croyais que tout le monde fonctionnait comme ça. Mais mon frère et ma sœur n’avaient pas du tout cette forme d’esprit et ces facilités. En raison de mon inattention et de mon orthographe, en quatrième on m’a fait rencontrer une psychologue scolaire. J’ai dû compléter des dessins, des phrases, et j’ai trouvé cela bêbête. Je ne me souviens pas de commentaires particuliers, à la maison, concernant ces tests. La vie a continué.

En terminale, j’avais déjà intégré le discours de mes parents

J’aimais la technologie, la chimie, je lisais des livres et des articles scientifiques, et j’adorais l’astronomie. Mon professeur de physique croyait en moi. Il m’encourageait à tenter une classe préparatoire aux grandes écoles mais, en terminale, j’avais déjà intégré le discours de mes parents qui n’avaient pas les moyens de me payer de « hautes études ». Alors j’ai obéi, et j’ai entrepris un BTS de gestion et de comptabilité – en m’ennuyant, sur fond de fumette avec mon copain de l’époque et de picole en douce à la maison. Mon frère est devenu mécanicien, il a pris la direction d’un garage, et ma sœur est devenue femme au foyer. Elle a maintenant quatre enfants, elle est heureuse. De mon côté, j’ai rencontré mon mari au sein de la direction départementale de l’Education nationale. Guillaume était marié et père de deux enfants. J’ai été sa maîtresse pendant quatre ans. La situation me convenait.

Personne ne se doutait de rien, jusqu’au jour où sa femme a reçu un appel anonyme pour lui dire que son mari la trompait. Une semaine plus tard, j’hébergeais Guillaume chez moi. Sa femme a vite demandé le divorce, et nous avons emménagé en dehors de la ville. Eliott est né quatre ans plus tard, suivi de Fiona, trois ans après. Cette vie représentait une réussite inespérée : un mari amoureux et deux enfants dans une grande maison avec piscine. Mes parents étaient fiers de moi, mais je sentais mon frère et ma sœur un peu aigres, comme si l’ex-vilain petit canard était devenu un cygne.

J’avais raconté à mon mari mes ambitions d’enfance et la réaction de mes parents. Pour lui, qui venait d’une famille ambitieuse pour ses enfants, un tel discours était criminel. Il me disait que j’aurais fait une super vétérinaire. Sa réaction m’a mis du baume au cœur. C’était la première fois, à part mon professeur de physique, que quelqu’un croyait en mes capacités. D’ailleurs, Guillaume m’a souvent poussée à passer des concours. Ça ne m’intéressait pas : je suis dans une équipe que j’apprécie et ne veux pas bouleverser mon équilibre. C’est trop tard pour moi.

Puis Fiona a commencé à nous causer des soucis. Depuis le CP, elle était bavarde, dissipée et très active. Elle a vite appris à lire et à compter, quasiment toute seule. Mais sa personnalité extravertie et son côté « clown » masquaient ses dons. Il y a deux ans, elle était en CM1 quand nous avons été convoqués par son institutrice. En prenant des pincettes, elle nous a dit qu’elle pensait que notre fille n’était pas seulement hyperactive… elle était très douée, voire « surdouée ». Bref, elle nous conseillait de consulter un psychologue spécialisé.

Les chats ne font pas des chiens

Fiona a donc passé plusieurs tests. Il est apparu qu’elle n’était pas hyperactive mais était à « haut potentiel » – surdouée, donc –, avec un quotient intellectuel de plus de 133. Le psychologue a été très pédagogue. Il a dit à Fiona qu’elle avait une excellente mémoire et un cerveau qui fonctionnait très vite et très bien, mais qu’elle allait devoir apprendre à écouter les autres, à ne pas perturber la classe car des élèves avaient besoin de plus de temps et de concentration pour comprendre. Nous avons décidé de ne pas utiliser les mots « surdouée » et « haut potentiel » devant elle ni devant son frère. De son côté, l’institutrice a adapté certains apprentissages pour elle.

Quand j’ai appris à ma mère, qui avait toujours trouvé Fiona « agitée » et « trop mûre dans ses raisonnements » pour son âge, que sa petite-fille était surdouée, elle m’a répondu : « Les chats ne font pas des chiens », et m’a avoué que la psychologue scolaire de l’époque lui avait annoncé la même chose à mon sujet, mais qu’elle et mon père avaient décidé de ne rien me dire, pour ne pas faire de jaloux dans la fratrie. « Et puis à quoi ça aurait servi ? a-t-elle ajouté. On n’avait pas les moyens de te payer de longues études qui ne donnent pas forcément du travail, alors que le BTS… » Je suis tombée des nues.

Je sens de temps en temps un malaise avec Guillaume

Ce n’est que lorsque je suis rentrée chez moi que ma colère a explosé. Passe encore qu’elle ne m’ait rien dit, mais me pousser vers un BTS de comptabilité alors que je voulais devenir vétérinaire. Je me rappelais toutes ses remontrances sur ma déconcentration, alors qu’elle en connaissait la raison. Dire que je me croyais anormale et pas très futée. J’en ai pleuré pendant deux heures. Tant de gâchis, de complexes, de honte.

Quand j’en ai parlé à Guillaume, le soir, sa réaction m’a déçue. Il a minimisé l’évènement, me disant que l’important c’était ce que nous avions construit, notre couple et notre famille, et que même si je n’étais pas devenue vétérinaire, la vie m’avait quand même gâtée. J’ai ressenti une sorte de jalousie, de rivalité, comme lorsque j’obtenais de meilleures notes que les garçons de ma classe en mathématiques. C’était comme si je volais quelque chose de masculin : la logique, l’esprit de synthèse… Cela dit, quelque temps plus tard, il a concédé qu’il avait remarqué que je pigeais tout « au quart de tour ». Ainsi, je voyais immédiatement les incohérences dans les scénarios des films et des séries télé, et il en était souvent bluffé. Je sens de temps en temps un malaise avec Guillaume : je prends sur moi pour ne pas relever les éléments illogiques ou contradictoires dans ce qu’il dit, et je vois qu’il perçoit mes réticences.

Après la révélation de ma mère, j’ai passé des semaines à ressasser mon mal-être et ma vie professionnelle ratée. Puis je me suis concentrée sur Fiona. Après tout, si une personne est en mesure de l’accompagner, c’est bien moi. Aujourd’hui, Fiona a sauté le CM2 puis la cinquième. A 12 ans, elle est en quatrième, ses notes sont excellentes… Mais, surtout, elle a canalisé son énergie et a, en plus, une vie sociale riche et joyeuse. C’est l’essentiel. L’important n’est pas le QI, mais la possibilité de faire ce que l’on désire, en fonction de ses capacités. C’est ce que je veux pour mes enfants, et je les soutiendrai du mieux que je le peux. Ce sera aussi ma façon de me « réparer ». « 

Propos recueillis par Sophie N’Guyen

Les 10 traits de caractères qui empoisonnent la vie des adultes surdoués

The Huffington Post

Les adultes surdoués ont un mode de fonctionnement bien différent et ignoré des autres adultes. Cette ignorance est à l’origine de leur mal

17/01/2017, Valérie Foussier,Médecin endocrinologue

Les adultes surdoués ou à Haut potentiel (HP) ont un mode de fonctionnement bien différent et ignoré des autres adultes voire des HP eux-mêmes. Cette ignorance est à l’origine de leur mal être créant un gouffre incompréhensif avec les autres, un décalage invivable. C’est aussi leur mode d’emploi qui fait leur force et qui est tant jalousé. Oui vous souffrez de vos capacités qui vous occasionnent tant de douleur. Voici dix fonctionnalités ou dix traits de caractère qui font qu’on vous recherche d’abord et qu’on vous malmène ensuite.

1 – Empathique et gentil

Vous avez un don indiscutable, l’empathie et la gentillesse extrême. Vous devinez les besoins des autres avant les vôtres que vous avez tendance à ignorer. Vous percevez ce que les autres ressentent et même de façon bien plus marquée. Vous vous perdez en vous adaptant de façon démesurée à l’autre. C’est justement pour votre altruisme sans limite que les manipulateurs viennent vous chercher. La face fragile qu’ils montrent de prime abord, vous touche et vous tombez dans leurs griffes. Cessez d’être gentils, soyez vrais. Bien sûr il existe des personnes bien intentionnées qui apprécient votre empathie et gentillesse à sa juste valeur, deux qualités qui font le lit du charisme, tant convoité.

2 – Résilient

Vous avez cette capacité à encaisser l’insupportable en vous relevant illico presto, à conserver le sourire malgré l’orage, à trouver des solutions constructives face à l’adversité de la vie. Cette force peut aussi effrayer ou vous apporter un lot d’injustice. On vous considère comme un affabulateur ou une affabulatrice hors pair ce qui accentue votre tendance naturelle au débordement émotionnel qui a pour effet de vous mettre tout le monde à dos, alors que vous êtes juste résilient. Cela fait l’effet d’une bombe en plein cœur. Pourtant on vous choisit, on vient vous chercher même pour ce pouvoir surnaturel, votre résilience. Ce sont des personnalités manipulatrices qui abuseront de votre capacité à vous remettre debout immédiatement après une agression. Vous êtes encore trop à être malmenés par votre potentiel: vivre l’intolérable sans être cru, terrassés par une cascade d’injustice.

3 – Passionné

Quand vous êtes motivés, plus rien ne vous arrête pour arriver à votre objectif. Malgré un enchainement d’embuscades, vous franchissez sans mollir les obstacles en continuant votre route jusqu’au sommet, animés par votre passion imperturbable, jusqu’à l’épuisement, souvent à votre insu. Attention, vous n’êtes pas toujours récompensés et indemnisés de vos efforts surhumains. En d’autres termes, on vient vous chercher pour faire du chiffre d’affaire sur votre dos, en vous faisant miroiter monts et merveilles. Quand vous le comprenez, vous chutez dans la déception et l’incompréhension jusqu’à la dépression.

4 – Vitesse éclair

Vous faites tout dix fois plus vite que les autres, en dehors de l’absence de motivation qui vous expose à l’inaction et à la procrastination. Votre rapidité d’exécution, de compréhension est une mine d’or pour les chefs d’entreprise, pour le milieu scientifique, pour la hiérarchie car encore une fois vous générez des gains. Le temps c’est de l’argent. Votre vitesse d’exécution déconcertante peut aussi être vécue comme un affront pour vos collègues qui se sentent consciemment ou inconsciemment dévalorisés. Ils chercheront alors à vous nuire de n’importe quelle façon fallacieuse pour se mettre en avant, en n’omettant pas de vous rabaisser par des mensonges difficiles à réfuter. Un beau tissu d’injustices. Cela peut vous conduire à des licenciements pour faute qui vous conduiront tout droit à la dépression car vos valeurs humaines fondamentales sont bafouées.

5 – Créatif

Vous avez un potentiel de créativité exprimé ou enfoui. Il peut être au premier plan et vous conduire dans des institutions d’innovation dans lesquelles vous vous sentez en harmonie. Vous êtes alors chassés et recrutés pour cela. C’est une plus-value pour l’entreprise que vous élevez par votre originalité créative. Il arrive aussi que votre potentiel de créativité se révèle au sein de votre milieu professionnel ou personnel. Vous voulez tout naturellement la faire éclore et vous vous exprimez sur ce sujet. Sauf que vous n’êtes pas dans le bon environnement. Vous allez déranger et vous aurez l’étiquette de farfelu. On ne vous écoutera pas dans ce domaine. On prendra soin même de vous mettre des bâtons dans les roues pour faire avorter vos projets créatifs quand vous oserez vous aventurer sur ce chemin. Toucher à votre créativité, c’est une violente agression qui a des conséquences sur votre confiance en vous, votre estime de soi.

6 – Multi action

Vous avez cette capacité à pouvoir faire plusieurs choses à la fois ce qui vous vaut d’être qualifié de dispersé, touche à tout et autre surnom dévalorisant. C’est pourtant une réalité qui a été tout récemment mise en évidence par l’imagerie fonctionnelle. Une étude comparative chez des adultes HP et non HP a permis de visualiser la fameuse arborescence des HP. Plusieurs zones cérébrales s’activent en même temps après l’exécution d’une tache, versus une seule chez les adultes non surdoués. Ceci explique le fait que penser à une chose engendre des pensées anticipatrices ou des idées paraissant hors sujet. Oui on peut faire sa compta devant la télé sans faire d’erreurs. Le fait de faire deux choses à la fois renforce la concentration et améliore le rendement au prix peut être d’une dépense d’énergie bien plus grande. C’est un atout considérable cette capacité multi tâche, pouvoir faire avec qualité plusieurs choses à la fois en allant jusqu’au bout, sans être dispersé pour autant. Connaitre cela permet de faire attention au coup de pompe et de prendre le temps nécessaire pour se ressourcer.

7 – Recherche de vérité et souci de justice

Vous avez une ligne de conduite, la vérité et vous agissez toujours en filigrane avec le souci de justice. Vous êtes une personne sur qui on peut compter qui évitera au maximum de malmener autrui par la manipulation, l’abaissement. On vient vous chercher pour votre droiture. Cependant votre leitmotiv, recherche de vérité, et votre pugnacité vous fera parfois faire des actes outrepassant vos fonctions, piétinant votre hiérarchie qui auront un effet boomerang. Votre vérité n’est pas toujours celles des autres. Vous avez l’art de vous compliquer la vie et vous torturer pour un fait banal pour les autres, de vous auto détruire en prenant des décisions qui peuvent vous emmener dans l’impécuniosité, consciemment ou inconsciemment. Vous vous épuisez en salive et en énergie à vouloir tout expliquer et tout justifier sans cesse et sans fin. Apprenez à répondre à un besoin, Evitez d’aller au-devant des ennuis sans qu’on vous le demande par souci d’équité que vous soyez impliqués ou non. Cela vous épargnera des remarques acerbes incomprises. Patientez et laisser passer l’ouragan sans agir.

8 – Hyperactivité cérébrale

Vos neurones sont en permanence en ébullition. Rien ne vous échappe et surtout pas le plus futile détail qui a pour vous son importance. Cette vigilance constance vous permet de trouver des solutions quand d’autres dorment ou baissent leur garde. On vient vous chercher pour votre incapacité de vous arrêter de penser. Cependant sans bouton stop, un bruit de fond mental mêlé à une imagination débordante vous empêche de trouver le calme et projette une ombre de peur, de souffrance. Le simple fait d’imaginer une situation peut déclencher la tempête dans les profondeurs. Vous la vivez comme si elle était réelle. L’absence de contrôle des pensées, génère des sensations physiques : palpitations, douleurs thoraciques, sueurs, tremblement, malaise, gestes incontrôlés, casse. Cette impossibilité à dompter les pensées négatives fait le lit des obsessions. Une spirale infernale. L’angoisse monte, les pensées morbides fusent et deviennent de plus en plus destructrices avec une tendance à l’inaction. L’angoisse bloque l’action qui canaliserait justement cette angoisse folle. Ce cercle vicieux peut être coupé net en insérant ce bouton off, qui permet de capter l’attention ce qui refrène les idées noires. Ce peut être un support visuel doux ou une œuvre dérivative comme une activité physique ou artistique, un rangement minutieux. En vous dissociant du mental dans la simplicité un cours instant votre cerveau sera bien plus performant sans parasite.

9 – Oscillations émotionnelles

Votre hyper rapidité à tout faire est prise pour du mépris car ce n’est pas possible que vous ayez lu ce document en 30 secondes, que vous ayez lu ce livre de 1000 pages en un weekend. Vous êtes considéré comme un usurpateur, insulte suprême qui presse sur votre touche volcan. En une fraction de seconde, une phrase anodine interprétée avec votre prisme émotionnel vous plonge dans le plus profond d’une déferlante négative. En un temps aussi record, après un évènement positif, vous êtes propulsés en miroir au sommet d’une déferlante émotionnelle positive alors que les autres ne sont qu’à la naissance de leur vague. Vous êtes jugé comme exubérant voire hystérique. Cette possibilité de passer du positif au négatif en une fraction de seconde est parfaitement incompréhensible, en dehors d’une maladie. C’est cette amplitude normale pour vous, entre les + et les -, votre thermostat émotionnel qui crée un puits sans fond de souffrance, responsable de décalage de lecture dans la teinte du raisonnement. Vous utilisez des mots inappropriés. Votre potentiel est gelé. Vous êtes gagnés par la procrastination qui vous fait des occasions. Vous êtes dans le déni qui vous conduit à des mauvaises décisions entretenant votre mal être. Puis comme par enchantement une phrase tout aussi anodine prend une valeur positive. Au sommet de votre art, vous déplacez des montagnes, vous criez EUREKA, vous exprimez votre substantifique moelle innovante créatrice empathique. Vous déroutez et on ne vous croit pas être l’auteur de tel acte, de telle opération. C’est ce passage de la lumière à l’obscurité et de l’obscurité à la lumière que les autres n’intègrent pas. Pire, ils traduisent en formatant vos intentions bienveillantes dans leur schéma de pensées ce qui transforme complètement les données à votre désavantage, majorant votre désarroi. Ce sont souvent ceux qui ne sont pas prêts à changer leur paradigme qui vous causent le plus de préjudices. Les réfractaires au changement.

Ces déferlantes positives et négatives peuvent être expliquées par ces zones multiples stimulées en même temps décrite à l’imagerie cérébrale. Une phrase va stimuler chez vous plusieurs zones émotionnelles décuplant le phénomène, expliquant vos débordements émotionnels. Vous pouvez dompter votre cerveau en apprenant à éteindre toutes les zones allumées, une par une. C’est un moyen de réduire l’amplitude de vos ondes négatives.

10 – Effet cocktail

Tous ces traits de caractère se potentialisent et font que votre mode de fonctionnement est recherché dans bien des domaines. Voici une anecdote pour illustrer cet effet cocktail dans la vraie vie.

« On a demandé à Mélodie, pianiste amateur, de jouer en public pour récolter des fonds pour une œuvre humanitaire. Avec une immense joie, elle a accepté. Contre toute attente, elle a dû escalader dans son travail préparatoire de nombreux à pic épineux émotionnels jusqu’au jour J heure H. L’intensité de sa motivation, sa résilience et sa capacité multitâche lui ont permis de gravir les derniers mètres de passages délicats. Elle était prête juste à temps, maitrisant tous mes morceaux. Un imprévu anodin est arrivé en pleine représentation. Son tourneur de page a tourné toutes ses pages à chaque fois trop tôt et sa présence à ses côtés trop près l’a bridée physiquement. Elle a été très déstabilisée par ces incidents qui ont décuplé son trac. Elle a saboté ses heures de travail antérieur. Elle a brillé dans les couacs devant une salle comble. Sa pugnacité démesurée à toute épreuve a eu raison de cette vexation vécue et elle a exprimé tout son talent musical dans le dernier morceau, laissant ainsi une empreinte positive. Elle a mis plusieurs jours pour éteindre ses dizaines de zones émotionnelles négatives allumées durant cette soirée, bien plus nombreuses que les zones émotionnelles positives. Un gout d’humiliation, une odeur d’atteinte de l’égo, a persisté longtemps malgré sa vraie satisfaction finale.»

Le monde tourne grâce à vous. Alors évitons de vous malmener par ignorance.

Valérie Foussier est l’auteure de « Adultes surdoués cadeau ou fardeau ? » aux éditions Josette Lyon

Mystérieuse dyslexie

Psychologies - Psycho

Sommaire


La dyslexie concerne, selon l’OMS, 8 à 12 % de la population mondiale. Mais que se cache-t-il donc derrière ce mot si compliqué ? Définition retenue par l’OMS : la dyslexie relève d’une difficulté durable d’apprentissage de la lecture et d’acquisition de son automatisme chez des enfants intelligents, normalement scolarisés et indemnes de troubles sensoriels ou psychologiques préexistants. En bref, des enfants dont aucune cause apparente ne vient justifier les difficultés qu’ils rencontrent à lire.

Depuis le début de son histoire (le terme dyslexie apparaît pour la première fois en 1896), la dyslexie n’a cessé d’être approchée par différents courants qui tentent chacun d’en expliquer les causes. Linguistes, psychologues, pédagogues, orthophonistes, neurologues… chacun lui trouve dans son domaine une ou plusieurs explications, ouvrant la porte à un vaste champ de méthodes de rééducation, toutes aussi controversées les unes que les autres.

Néanmoins, la plupart des spécialistes parviennent à s’accorder sur deux points. D’abord, guérir la dyslexie n’est pas possible. Il faut la rééduquer, la corriger, voire la développer, selon les postulats. En somme, apprendre à vivre avec. D’autre part, la souffrance des enfants concernés, exclus du monde de l’écrit mais surtout, mis à l’écart du système éducatif, est réelle. Tout comme celle de leur famille.

 

En France, la part belle à l’orthophonie

En France, la dyslexie appartient au grand groupe des « troubles dys », aux côtés de la dysorthographie, trouble de l’apprentissage de l’écriture, de la dysphasie, trouble du développement du langage oral ou encore de la dyspraxie, qui touche le développement moteur et de la dyscalculie, pour les activités numériques. D’ailleurs, on considère souvent que la dyslexie et la dysorthographie, lesquelles concernent le langage écrit (lecture et écriture), vont de pair.

Le cheminement « classique » est le suivant : les parents et/ou les instituteurs, constatent que l’enfant présente des difficultés d’apprentissage du langage écrit. C’est le repérage. Si les difficultés persistent, le médecin scolaire/généraliste/pédiatre effectue un premier dépistage et peut faire la demande d’un bilan dit pluridisciplinaire. En fonction des symptômes retenus, interviennent alors un orthophoniste, un neuropsychologue, un psychologue, un clinicien, un psychomotricien, un ergothérapeute, voire un ophtalmologiste. Ce diagnostic s’effectue généralement dans un centre référent, rattaché à une équipe hospitalière universitaire. Mais le temps d’attente pour obtenir un rendez-vous est parfois de plusieurs mois. Sans compter sur les normes internationales, qui considèrent qu’un retard de dix-huit mois dans l’apprentissage de la lecture est nécessaire pour poser un diagnostic définitif.

En attendant, la plupart des familles sont redirigées vers des orthophonistes, ces spécialistes des troubles de la communication liés à la voix, à la parole et au langage, lesquels reçoivent les enfants une ou plusieurs fois par semaine, à raison d’une demi-heure par séance. Parfois, un soutien psychologique en complément de cette rééducation est préconisé.

Et si les dyslexiques étaient des génies ?

« Les dyslexiques sont le fruit de la dernière mutation neurologique de l’espèce humaine ». Béatrice Sauvageot, orthophoniste et co-fondatrice de l’association Puissance DYS, en est persuadée, la dyslexie est loin d’être une tare. Bien au contraire. « Ils sont comme les gauchers », explique-t-elle. Un gaucher à qui l’on apprend à écrire de la main droite devient souvent ambidextre. Il en va de même pour les dyslexiques. « Ils utilisent la langue neurologique, mais si on leur enseigne notre lexique, ils sauront utiliser les deux. Ils seront alors bilexiques ». Parce que leur traitement de l’information linguistique fait appel à des régions cérébrales qui ne servent pas forcément au traitement du langage, ils sont doués d’une façon originale d’appréhender la lecture et l’écriture.

Comment reconnaître un enfant dyslexique ? Béatrice Sauvageot dresse un profil très précis de ces enfants, de ces adolescents, si singuliers à ses yeux. « Outre les difficultés à lire, les dyslexiques ont la particularité d’apprendre les règles mais de ne jamais les appliquer. Ce qui exaspère en général les parents et les professeurs, qui ont l’impression que l’enfant est paresseux, qu’il le fait exprès, ou encore qu’il est débile. Ils font des fautes qui ne sont jamais les mêmes. Ils se caractérisent aussi par leur grande lenteur : faire leurs devoirs nécessite 3 à 4 heures par jour à partir du CE1 ! La notion qu’ils ont du temps est dilatée, on dit souvent d’eux qu’il leur faut deux heures pour se préparer le matin avant de partir à l’école. Mais ce sont aussi des enfants dotés d’un sens de l’observation exceptionnel, d’une impressionnante capacité d’analyse des nuances (couleurs, odeurs, textures…), et d’un sens de l’intuition unique. »

Sa méthode ? Utiliser l’art et la science, deux domaines dans lesquels les dyslexiques brillent particulièrement, pour « développer le cerveau de ces enfants ». Les stages sont animés par des artistes, des historiens ou encore des astronomes, et se déroulent en groupes où tous les niveaux sont mélangés, « parce qu’une réelle émulation naît de leur cohésion » souligne Béatrice Sauvageot. L’un des objectifs : apprendre la grammaire, l’orthographe, à travers des accroches aussi variées que la cuisine, la science des étoiles, ou encore la mythologie grecque. Faire le lien, entre ces sujets qui les captivent et l’apprentissage qui les ennuie.

 

 

A DÉCOUVRIR

Pour Claude Halmos, psychanalyste et écrivain, auteur de Pourquoi l’amour ne suffit pas, le rôle du psy est essentiel dans la prise en charge de la dyslexie. Lire son interview.

Si vivre avec la dyslexie est une épreuve pour l’enfant, les parents ne sont pas en reste. Sentiment de culpabilité, incompréhension du personnel scolaire… Des parents d’enfants dyslexiques témoignent.

 

 

Enfants surdoués harcelés : « les parents sont souvent seuls »

l'emag de l'education

Dans un livre, A. Reynaud raconte le parcours chaotique de son fils surdoué. Des difficultés face à certains profs, en passant par le harcèlement et la déscolarisation.

Les Tribulations d'un Petit Zèbre - Alexandra Reynaud / Eyrolles

Alexandra Reynaud, mère d’un enfant surdoué, raconte son quotidien et le parcours scolaire de son fils dans « Les tribulations d’un petit zèbre » – qui reprend la plupart des écrits de son blog, référence sur le sujet du « surdouement ».

Comment en êtes vous venue à écrire votre livre ?

En 2008, Elijah, mon fils de 4 ans a été détecté à haut potentiel intellectuel (HPI). Le bilan qui a permis de valider sa précocité a été réalisé par une psychologue sur l’initiative de ma mère, qui était enseignante, et qui avait remarqué qu’il n’était pas vraiment dans la norme : il savait déjà lire, faisait des puzzles très complexes, trouvait les journées à l’école très longues…

Après ce bilan, j’ai cherché des réponses dans les livres… J’ai aussi regardé sur Internet : c’était un désert d’information. J’ai alors décidé de créer un blog pour permettre aux autres parents d’enfants HPI de trouver des informations mises à jour et des ressources – avec des témoignages très concrets.

Depuis 7 ans, je tiens donc mon blog, ”Les Tribulations d’un Petit Zèbre”. Au fil des années, beaucoup de gens m’ont demandé pourquoi je n’écrivais pas un livre : je voulais écrire quelque chose apportant une valeur ajoutée, à l’image du blog, avec un mélange d’expériences personnelles et des infos sur le HPI. J’ai alors décidé de condenser sur papier tout ce que j’avais pu écrire sur mon blog au fil des années.

A quelles difficultés votre fils a-t-il été confronté à l’école primaire ?

Sur le plan scolaire, il n’a rencontré absolument aucune difficulté. Le problème venait des enseignants, avec qui c’était la roulette russe : on peut avoir la chance de tomber sur un professeur fantastique, bienveillant, humain, qui comprend les besoins spécifiques d’un élève HIP ; puis sur d’autres avec qui cela va être beaucoup plus difficile.

Ce fut le cas pour mon fils l’année de grande section, son enseignante ayant décidé de ne pas s’adapter à son rythme. Mais heureusement, l’année suivante, dans une nouvelle école, en CP, une autre instit s’est révélée différente : elle a compris sa douance, et a demandé à lui faire sauter une classe, pour aller en CE1. C’était une véritable bouffée d’oxygène pour Elijah, qui se sentait davantage reconnu par sa prof, et qui ne s’ennuyait plus en cours ! Avant de sauter le CP, cela n’avait pas de sens pour lui d’apprendre la lecture, alors qu’il lisait déjà parfaitement depuis 2 ans. Encadré par des enseignants bienveillants, il a encore sauté une classe (le CM1), puis est entré au collège épanoui.

Alexandra Reynaud, mère d'un enfant surdoué, raconte son quotidien et le parcours de son fils sur son blog, et maintenant dans un livre.

Les difficultés ont pourtant continué au collège, sous une toute autre forme…

A l’école primaire, tout allait bien. Elijah était isolé l’année de grande section, car il lisait des livres sur les insectes alors que ses camarades ne savaient pas lire. Mais après ses sauts de classe, l’écart s’est réduit. Il était très bien intégré.

Les difficultés relationnelles ont éclaté à partir de l’entrée en 6e, au collège, où les effectifs étaient plus nombreux, avec une mentalité différente chez les enfants devenus adolescents. Pour Elijah, ce fut une année de harcèlement moral et physique.

Ce fut très compliqué, surtout du fait d’un entourage scolaire clairement défaillant – avec un CPE et certains enseignants qui ne calmaient pas les tensions mais ne faisaient que les envenimer, en fermant les yeux et en ignorant nos alertes. On sentait que l’idée, c’était qu’on le lâchait dans la fosse aux lions, et tant pis s’il se faisait manger : il devait s’en sortir par lui-même…

L’année de 6e a été un gros choc pour mon fils, au point que nous avons dû changer de collège, suite à des agressions physiques. En 5e, il n’y a pas eu de problème particulier, mais Elijah demeurait dans une solitude extrême – il n’arrivait pas à créer de lien avec les autres, car il existait déjà des clans, hermétiquement fermés.

Pourquoi avoir déscolarisé votre fils, à un moment donné ?

En 6e, un enfant de sa classe a dit à tout le monde, dès le premier jour, qu’il avait 2 ans d’avance – ce qui a clairement joué dans sa stigmatisation. Il a été pris pour tête de turc, parce qu’il avait sauté deux classes. On le traitait “d’intello”.

L’année de la 5e, comme il avait vécu un enfer et qu’il ne voulait pas revivre cela, il a caché ses deux années d’avance pendant plusieurs mois. Il n’y avait pas de problème avec les autres élèves, mais il n’arrivait juste pas à se fondre dans des groupes déjà constitués, avec des enfants qui n’avaient pas du tout les mêmes centres d’intérêt.

Puis une nouvelle agression s’est produite, et pour Elijah, ce fut le trop-plein : il s’est enlisé dans des pensées suicidaires, et n’allait plus du tout bien moralement, jusqu’à se détourner des apprentissages. En classe, au collège, c’est mal vu de bien travailler, d’être attentif au cours – il était mis dans la case de “l’intello”, différent des autres. En fin de 5e, il avait toujours de bons résultats, mais cela ne l’intéressait plus du tout. Scolairement parlant, il n’y avait pas de problème, mais sur le plan de la reconnaissance des particularités et du relationnel, oui.

La plupart des enseignants n’ont pas remarqué le mal-être d’Elijah… En définitive, sans vrai soutien de leur part ni de l’établissement, j’ai rencontré le référent précocité de l’académie, pour trouver une solution provisoire de déscolarisation. Je voyais bien qu’il n’en pouvait plus. Je craignais un passage à l’acte. A la fin de la 5e, nous sommes donc passés par le CNED, pour qu’il puisse suivre des cours à la maison.

Les Tribulations d'un Petit Zèbre - Alexandra Reynaud / Eyrolles

Hélas, les parents sont souvent seuls face à ce genre de situation. Ce qui ressort de mes discussions avec d’autres familles d’élèves surdoués, c’est l’inertie des enseignants. Je sais très bien qu’ils ne sont pas là pour régler tous les problèmes, mais j’ai toujours été étonnée du peu de suivi de leur part.

Aujourd’hui, où en est Elijah ?

Elijah a sauté sa 4e, car il avançait au ralenti et demeurait en avance, et a donc suivi une année de scolarité à la maison. La déscolarisation était une nécessité, car il allait très mal et il fallait le protéger. Il était entré dans une véritable phobie scolaire.

Aujourd’hui, il est au lycée, en Seconde. Il a désiré reprendre le chemin de l’école, de lui-même : il voulait être dans la vie normale, être inséré classiquement comme tous les élèves. Désormais, tout se passe bien… même s’il a trois ans d’avance, et qu’il a 12 ans.

Le problème n’est jamais, à mon avis, le fait de sauter des classes : si Elijah a eu des problèmes au collège, c’est surtout parce que la mentalité au collège est extrêmement ancrée dans des notions de valeur, avec une notion de groupe importante, un rejet des différences, et notamment une stigmatisation des élèves “intellos”… alors qu’au lycée, chacun a le droit d’exister, avec des élèves qui ont une mentalité différente. Les lycéens n’ont plus aussi honte de se montrer travailleurs et intéressés par les sphères intellectuelles.

Finalement, trouvez vous que l’école est adaptée aux élèves surdoués ?

Bien sûr que non ! En fait, l’école “classique” n’est pas adaptée pour tous les enfants qui diffèrent de la norme, des surdoués aux dys, en passant par les élèves TDAH ou autistes – car elle n’est pas faite pour supporter les rythmes différents de ces jeunes. Un enfant parfaitement dans la norme bénéficiera d’une école qui suivra son rythme, au niveau du rabachage, du passement de classes chaque année… Alors que pour un élève qui va plus vite, la seule vraie solution proposée aujourd’hui en France, reste le saut de classe.

Les décloisonnements n’ont pas vraiment d’intérêt, car l’enfant lui-même ne sait pas où est sa place… et à la fin de l’année, le problème reste le même : cela ne sert à rien de décloisonner l’enfant dans une matière particulière si l’on fonctionne par niveaux, car au final, il finira par s’ennuyer de la même manière, au pied du mur de l’année suivante.

Il y a encore du chemin à faire, mais il y a des progrès, malgré tout : certains enseignants s’ouvrent aux enfants HPI, des conférences sont organisées par des académies, on en parle de plus en plus. Il est aujourd’hui possible de se faire entendre : les référents précocité académiques sont très bénéfiques pour rétablir le dialogue entre l’école et les parents, et pour faire respecter les droits des enfants à besoins particuliers par les enseignants. Ceux-ci sont des fois perdus, ne sachant pas quoi faire concrètement dans une situation qu’ils n’ont jamais connue… et les référents précocité peuvent les aider à comprendre le HPI et à savoir comment agir face à un élève surdoué.

Le niveau en orthographe des écoliers français plonge

Le Monde.fr

Pour une dictée équivalente, les élèves de CM2 ont fait en moyenne 17,8 erreurs en 2015, contre 14,3 en 2007 et 10,6 en 1987.

LE MONDE | 09.11.2016 à 15h00 • Mis à jour le 10.11.2016 à 06h41 | Par Mattea Battaglia

Des écoliers, dans une classe de Marseille, le 2 septembre 2014.

Qui peut ignorer que l’orthographe des petits Français s’est détériorée ces dernières années ? L’étude que publie mercredi 9 novembre le ministère de l’éducation nationale dessine même une plongée. La complainte est récurrente, et pas seulement parmi ceux, nombreux dans les cercles conservateurs, pour qui « l’école, c’était mieux avant ». Ou pour les ténors de la droite qui, sur le terrain de l’éducation, n’ont que le « retour aux fondamentaux » à la bouche. Le phénomène préoccupe aussi la gauche, qui a un bilan éducatif à défendre : trois mois après l’entrée en vigueur, à la rentrée, de nouveaux programmes, le ministère a décidé de rendre publique une évaluation de son service statistique, recontextualisée sur une longue période, des performances en orthographe des élèves en fin d’école primaire.

Soit une dictée-type d’une dizaine de lignes donnée à des écoliers de CM2 à trois reprises ces trois dernières décennies – 1987, 2007 et 2015. Comparez leurs résultats… et vous ravirez les déclinistes : arrivés au terme de leur scolarité primaire, alors qu’ils ont face à eux la marche de l’entrée au collège à franchir – un collège rénové précisément cette année –, nos enfants font en moyenne 17,8 erreurs, contre 14,3 en 2007 et 10,6 en 1987. C’est trois erreurs de plus que leurs aînés testés dans les mêmes conditions en 2007, voire sept de plus, si l’on ose la comparaison avec 1987, pour un texte comportant 67 mots et 16 signes de ponctuation.

On aimerait le croire compliqué. « Le texte ne présente pas de difficultés linguistiques particulières, apprend-on à la lecture de cette note d’information. En revanche, il met l’accent sur la gestion des chaînes d’accord, et nécessite d’en assurer la continuité tout au long de la dictée. » Où les élèves pèchent-ils ? Les erreurs lexicales, bien qu’en augmentation, restent les moins fréquentes. Dans une langue réputée parmi les plus compliquées, c’est l’orthographe grammaticale – règles d’accord sujet-verbe, groupe nominal, accords du participe passé – qui perd les écoliers. Et cette perte ne concerne pas seulement quelques-uns : près d’un élève sur cinq (19,8 %) commet 25 erreurs en 2015 ; ils étaient 11,3 % dans cette situation alarmante en 2007, et seulement 5,4 % en 1987. « Le nombre d’élèves cumulant les difficultés orthographiques est ainsi multiplié par deux à chaque constat », écrit la DEPP.

Les programmes en question

A l’augmentation « sensible » du nombre d’erreurs se conjugue une « plus grande disparité des résultats » : de moins en moins d’enfants orthographient correctement le texte. L’augmentation des erreurs semble transcender les catégories socio-économiques. En revanche, on n’observe pas de dégradation en compréhension de l’écrit. Et pas d’aggravation en ZEP.

Ce diagnostic fait mal, d’autant que l’orthographe, plus qu’aucun autre sujet en matière d’éducation – à l’exception peut-être de l’enseignement de l’histoire – est prompt à déclencher les passions : on l’a vu au printemps, avec la controverse sur des « rectifications orthographiques » (accents circonflexes, traits d’union…) qui ont réveillé nos Immortels de l’Académie française alors que cette prétendue réforme remontait… à 1990.

Lire aussi :   L’orthographe, une bataille très politique

Derrière l’enjeu de l’orthographe, c’est toute la question des méthodes et des programmes scolaires qui se pose. Rue de Grenelle, on braque d’ailleurs les projecteurs en ce sens, en rappelant que l’évaluation orthographique concerne « des élèves entrés en CP en 2010 et qui ont suivi les programmes de 2008 ». Ceux insufflés par la droite, en somme. Et pas ceux tout juste réécrits par le Conseil supérieur des programmes et arrivés dans les classes en septembre.

« Grâce à la recherche scientifique, ces nouveaux programmes ont été pensés pour être plus cohérents, plus progressifs, et surtout mettre véritablement l’accent sur l’apprentissage et la consolidation du français », fait valoir Najat Vallaud-Belkacem, rappelant, entre autres, « l’instauration d’un exercice désormais quotidien de dictée ». Pour symboliser la passerelle qui existe avec la recherche scientifique, pour, assure la ministre, « dépasser les clivages partisans », elle devait, ce même 9 novembre, réunir une foule de chercheurs, tous courants et spécialités confondus, pour une journée d’études consacrée à l’enseignement de la langue.

Rassemblement scientifique « historique », pronostiquent certains ; « coup de com’ », glissent d’autres, alors que la droite tape dur sur la question. Le risque existe, à six mois de la présidentielle, de donner au grand public le sentiment que les politiques se renvoient la balle en un jeu de ping-pong idéologique peu compréhensible du néophyte. Et pas nécessairement pour le bénéfice des enfants.

Lire aussi :   Les écarts de réussite s’installent dès l’école primaire

  • Mattea Battaglia
    Journaliste au Monde

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/education/article/2016/11/09/le-niveau-en-orthographe-des-ecoliers-francais-plonge_5028192_1473685.html#qrHmr6peLcVbicCH.99

Je saute une classe… Ça passe ou ça casse ?

letudiant.fr, Déborah Vital  |  Publié le 22.09.2016 à 16H00

S’ennuyer à l’école est une situation que vous avez tous vécue. Si cela perdure, il faut se poser les bonnes questions : vous avez peut-être besoin de sauter une classe. Pas de panique ! Si ce n’est pas une décision à prendre à la légère, le résultat peut se révéler bénéfique.

J'ai sauté une classe… Ça passe ou ça casse ?

Si l’épanouissement scolaire est souvent au rendez-vous, attention au décalage sur le plan amical ! // © PlainPicture

On a tous eu dans notre classe quelqu’un d’un peu plus intelligent que la moyenne. Qui finissait tout avant tout le monde, qui avait réponse à tout. Et, parfois, il s’ennuyait tellement qu’il perturbait la classe. Et si c’était un appel à l’aide ?

 

Comment on en arrive à sauter une classe ?

En général, c’est en primaire que l’on détecte les premiers signes de précocité scolaire. L’ennui en fait parti. Si l’on n’a pas envie de travailler c’est peut-être que l’on n’en a pas besoin : les compétences sont déjà acquises et les notions comprises avant ses camarades.

Aude, 19 ans, a connu ce sentiment : « Dès le CP, l’instit avait remarqué que j’allais vite. Je m’ennuyais en cours. » Pareil pour Clément, 23 ans, aussi, sauf qu’il passait le temps à… « foutre le bordel ». Il finissait tout avant les autres alors, forcément, il s’occupait comme il pouvait.

En Côte d’Ivoire, la précocité de Myriam, 20 ans, a été détectée dès le début de sa scolarité. « À la rentrée de la petite section de maternelle, on m’a dit que j’étais trop éveillée et je suis passée directement en moyenne section. » Son ascension ne s’est pas arrêtée là, puisqu’elle a de nouveau sauté une classe, quelques années plus tard : « J’ai sauté le CM2. En CM1, mon prof voyait que j’allais vite, et que je m’ennuyais en classe. »

 

Qui prend la décision de vous faire sauter une classe ?

Face à cette situation les parents et/ou les professeurs peuvent réagir. Les parents de Clément lui ont fait consulter la psychologue de l’école. « Pour elle, j’avais un retard moyen. Il y a seize ans, cette différence n’était pas reconnue par l’État et les tests officiels n’avaient pas été créés. »

Les parents de Clément ont donc demandé un second diagnostic auprès d’une autre psychologue. « Elle m’a fait passer les tests du WISC [la référence internationale pour la mesure de l’intelligence de l’enfant de 6 à 16 ans]. Son résultat était complètement différent : j’étais un enfant à haut potentiel. » Suite à cela, Clément a sauté le CE2.

Le professeur de CM1 de Myriam a proposé à ses parents de lui faire passer le CEP (certificat d’études primaires) afin que la fillette puisse accéder directement à la classe de sixième : « J’avais 9 ans quand je suis arrivée au collège. » À 18 ans, quand les gens de son âge passaient le bac, Myriam avait déjà bac+3.

 

Différence d’âge, moqueries en vue ?

Le risque quand on saute une classe, c’est de se retrouver perdu, tel un têtard au milieu de l’océan. Il ne faut pas vouloir griller trop d’étapes. C’est dans cette optique que les parents d’Aude ont refusé de lui faire sauter deux classes, comme le voulaient ses professeurs.

« Ils étaient tellement emballés qu’ils voulaient que je saute une deuxième classe. Mes parents ont refusé, à cause de la différence d’âge. Ils ne voulaient pas que je sois complètement en décalé. »

Même si l’objectif est l’épanouissement scolaire, sauter une classe peut – dans un premier temps – bouleverser l’équilibre. Si sur le plan scolaire les choses se passent globalement mieux, les relations sociales sont une autre affaire.

Clément s’est senti bien mieux en classe : « Je ne m’ennuyais plus, c’est exactement ce que je recherchais. » Mais il avoue avoir rencontré des difficultés sur le plan amical : « À cet âge-là les enfants sont cruels et j’ai subi par mal de moqueries sur mon âge. » Même s’il s’est finalement fait des amis, « comme tout le monde !  »

Aude a également connu ce décalage au lycée, notamment parce qu’elle est partie dès la sixième enclasse EIP (élèves intellectuellement précoces). « C’était génial, je ne m’ennuyais pas et j’étais avec des gens qui avaient tous le même parcours que moi. »

Sauf qu’arrivée dans un lycée « normal », Aude a eu le sentiment de débarquer sur une autre planète : « Je n’avais pas du tout les mêmes centres d’intérêts que les autres. J’ai même dû m’adapter à leur langage, que je ne connaissais pas. C’était un environnement complètement différent.  »

 

Alors, sauter une classe, ça apporte quoi ?

Devoir s’adapter à un niveau supérieur et gérer l’avance sur les autres fait grandir. Clément a retiré de cette expérience « une force d’adaptation que je n’aurais pas eue autrement. J’ai appris à mûrir plus rapidement. » Sa soif d’apprendre et de découvrir, Aude l’utilise en s’investissant dans plein d’activités, « afin de rencontrer des gens d’âges différents. »

Myriam revoit parfois certaines amies du CP qui ont son âge, et c’est là qu’elle se rend compte du décalage : « J’ai l’impression que ce sont des enfants, nous n’avons pas du tout la même maturité. La mienne, je l’ai acquise grâce à mes expériences. » Une grande force puisqu’elle lui a permis de très bien vivre son arrivée en France en master 1 : « Je n’avais que 18 ans, mais cela s’est très bien passé.  »

Alors, si cette année vous avez un(e) camarade qui a sauté une classe, allez le/la voir ! Soyez accueillants, faites-en sorte qu’il se sente bien. Ça l’aidera à surmonter cette étape déstabilisante et, qui sait, peut-être que vous deviendrez potes pour la vie !

Se faire accompagner

Sauter une classe n’est pas une décision anodine. Elle nécessite de prendre en compte plusieurs facteurs : aptitudes relationnelles, capacité d’adaptation, etc. C’est pourquoi il est capital d’être accompagné(e) : prenez contact par exemple avec un(e) psychologue. Notez qu’il existe une association, Zebra, créée par Jeanne Siaud-Facchin, une psychologue spécialiste de la précocité intellectuelle.

 

Mon enfant est surdoué : que faire ?

Mon enfant est surdoué : que faire ?

Vous sentez que votre enfant est surdoué ? Qu’il semble être plus mature que son jeune âge ? Il est peut-être précoce. Une différence positive qu’il faut savoir comment vivre avec et comment la développer davantage.

Les différents signes de précocité

Eveil : Certains indices peuvent mettre la puce à l’oreille des parents Votre enfant est d’abord un bébé éveillé. Il marche la plupart du temps à 12 mois au lieu de 14, parle aisément à 2 ans au lieu de 3 et sait lire dès l’entrée au CP.

Langage : S’exprime très bien sans forcément passer par la phase du « parler bébé ». Un vocabulaire riche et étonnant pour son âge.

Lecture : Apprentissage de la lecture seul et tôt, 90 % des enfants précoces savent lire avant le CP et sont dotés d’une compréhension rapide.

Non à la routine : L’enfant précoce supporte mal l’échec et manque de ténacité face aux difficultés.

Enfant curieux : L’enfant précoce est très curieux. Il pose d’innombrables questions, s’intéresse à des sujets qui ne sont pas forcément de son âge (origine homme, préhistoire, astronomie) et épuise le sujet jusqu’au bout puis change de centre intérêt.

Questions embarrassantes : La mort, la vie, Dieu, l’espace…

Relations sociales : Difficulté à s’insérer socialement. L’enfant précoce est rarement le leader du groupe, il préfère passer inaperçu. En règle générale, il est plus à l’aise avec des enfants plus âgés ou plus jeunes.

Fréquemment hypersensible et anxieux : Il ne peut pas supporter l’injustice qu’elle soit envers lui ou envers un autre.

Dysynchronie : Chez les enfants précoces on observe un décalage entre la pertinence de leurs remarques et la maladresse dont ils peuvent faire preuve (ils ont un raisonnement de grand et comportement de bébé).

Situation d’urgence : sa timidité maladive peut l’empêcher d’agir, il s’en voudra ensuite de ne pas être intervenu alors qu’il aurait dû le faire.

Imagination fertile : l’enfant précoce se crée un univers imaginaire (et un ami imaginaire parfois) pour satisfaire son besoin de s’évader.

Grand sens de l’humour : Cela lui permet de se distancier des évènements.

Esprit critique : Face à lui-même et face aux autres, adultes compris. Il n’hésite pas à reprendre son interlocuteur s’il se trouve face à une défaillance.

Une accélération d’apprentissage est-elle une solution ?

Sauter une classe peut être vécu comme un traumatisme pour un enfant : il quitte ses copains, doit rattraper son retard dans le programme scolaire, etc. Les études ont toutefois montré que l’accélération était bénéfique aux enfants à haut potentiel. Les nouveaux exercices proposés vont les stimuler. En France, 57 % des enfants surdoués sont en avance d’une ou plusieurs classes.

Une fois identifiée, la précocité doit être prise en charge de façon adaptée à chaque enfant. Il est important de réunir les parents et l’équipe pédagogique – enseignant, psychologue scolaire – pour comprendre ses besoins. Un enfant qui présente certains de ces signes n’est pas forcement précoce. Seul le passage de test auprès de psychologue qualifié aura valeur de confirmation de vos soupçons.

Un enfant sur 20 est à haut potentiel

MIS EN LIGNE LE 1/09/2016, Le Soir Plus,

PAR ANNE-SOPHIE LEURQUIN ET JULIEN BOSSELER

Plus qu’un phénomène de mode, les HP sont une réalité de plus en plus présente dans les classes. Mais comment distinguer ces petits génies ?

Selon la Fédération Wallonie-Bruxelles, les écoles comptent 5
% d’enfants à haut potentiel. © D.R.

Les professeurs en accueilleront dans leur classe cette année, ils alimenteront encore beaucoup de conversations et d’avis contraires, des tas de sites, blogs et forums leur sont consacrés, l’édition en fait ses choux gras… Les enfants à hauts potentiels, dits « HP », semblent être partout. Selon la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui a consacré en 2010 un guide à destination des professeurs pour mieux comprendre ces élèves particuliers, le phénomène concernerait 5 % de la population, soit, statistiquement, un à deux élèves par classe.

Loin de l’image d’Epinal attribuant à ces cerveaux plus vifs la réussite sans effort, la vie d’un surdoué n’est pas un long fleuve tranquille. Selon la brochure du département ensignement et recherche scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, un élève HP sur trois serait d’ailleurs en échec scolaire. « Etre surdoué ne signifie pas être plus intelligent que les autres, mais fonctionner avec un mode de pensée, une structure de raisonnement différente. L’intelligence de l’enfant surdoué est atypique. C’est cette particularité qui rend souvent difficile son adaptation scolaire, mais aussi son adaptation sociale », nuance la psychologue Jeanne Siaud-Facchin, dans son livre L’Enfant surdoué, l’aider à grandir, l’aider à réussir(Odile Jacob, 2002), un best-seller tiré à plus de 200.000 exemplaires.

Mauvaise réputation

On comprend mieux que les parents oscillent entre orgueil et préoccupation face à leur progéniture. « C’est vrai que certains utilisent l’argument comme outil de combat par rapport à l’école, pour contester l’échec par exemple. Cela a fortement contribué à ternir l’image des hauts potentiels dans le milieu scolaire. Mais la plupart sont mal à l’aise et gênés de devoir consulter », relate Mélanie Roche, psychologue spécialisée et chercheuse à l’ULB. En réalité, il y a autant de profils HP que d’enfants, et même les auteurs des classifications les déclarent rapidement obsolètes ».

Est-ce que l’époque est propice aux génies précoces ? « Il n’y a pas davantage d’élèves à haut potentiel qu’avant. Mais on les détecte mieux qu’autrefois, tranche Bernard Hubien, secrétaire général de l’Union francophone des associations de parents de l’enseignement catholique (l’UFAPEC). Les parents, qui sont mieux au courant de cette problématique, interpellent aussi plus l’école. »

« Maltraités par le système éducatif »

Le fonctionnement cognitif particulier du jeune à hauts potentiels exacerbe les différents aspects de sa personnalité. Ce qui peut générer incompréhension, agacement ou irritation de la part de ses interlocuteurs. Spécialement à l’école. « Que ce soit les hauts potentiels ou ceux atteints d’un trouble de l’apprentissage, comme les dyslexiques, tous les enfants qui présentent une particularité sont quelque peu maltraités par notre système éducatif, car celui-ci ne tient structurellement pas assez compte de leurs difficultés. Certaines écoles consentent de gros efforts pour eux, tandis que d’autres ne leur prêtent pas du tout attention », dénonce Bernard Hubien.

L’UFAPEC prône un dépistage des HP par une approche pluridisciplinaire :« C’est l’esprit du « pass inclusion » de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Coordonné par un centre psycho-médico-social, ce dossier est établi de manière collégiale par les enseignants, la direction d’école, l’enfant et des spécialistes scientifiques. Le pass contient trois volets : une objectivation scientifique du haut potentiel par une équipe médicale spécialisée, des aménagements matériels pour assurer la réussite scolaire de l’enfant et, dans le même but, la pédagogie à mettre en place. »

« Comme des lunettes pour un myope »

En matière de pédagogie adaptée aux HP, l’Institut Saint-Boniface, à Ixelles, fait figure d’élève modèle en créant des ressources et outils pédagogiques qui ont vocation à être diffusés dans les autres écoles, selon le cabinet de la ministre de l’Education Marie-Martine Schyns. « On essaie de lutter contre l’image de facilité qui leur colle à la peau, détaille humblement son directeur Paul Leblanc. Le problème qu’ils rencontrent souvent, c’est aussi l’ennui, alors on leur propose des alternatives. »

Depuis septembre 2009, Anne Geelhand accompagne les élèves en leur proposant des solutions pratiques adaptées (tutorat, matière différenciée, projets…) : « On leur donne des codes pour pouvoir vivre dans une société ordinaire. Leur approche du monde n’est pas la même que la nôtre, il y a des choses qui leur échappent. Ils peuvent avoir envie de dire à un prof une vérité sans se rendre compte que ça ne se fait pas. On leur explique. C’est un peu comme mettre des lunettes à un myope ».

Du côté du cabinet de la ministre Schyns, on précise qu’« il n’y a pas lieu de spécialiser des écoles dans le traitement des hauts potentiels, parce que cela va à l’encontre de l’école pour tous, de l’école inclusive et des conventions internationales. Il existe des profs, des directions qui font un excellent travail pour l’élève en le prenant là où il est ». Le cabinet s’en réfère à l’école-pilote ixelloise : « Quant à l’encadrement, quand ils sont compris et reconnus, les élèves HP se révèlent « locomotives », drôles et motivants… et essentiels pour ce qu’ils peuvent apporter à notre société. »

Des surdoués qui brillent ou qui souffrent

PAR JULIEN BOSSELER

Derrière le qualificatif générique de « hauts potentiels » se cache une palette de profils que la Fédération Wallonie-Bruxelles décrit dans sa brochure Enseigner aux élèves à hauts potentiels.

Le brillant Il colle au cliché du premier de classe avec sa bonne capacité d’apprentissage, ses excellents résultats aux tests d’intelligence, sa quête d’approbation de ses proches, son conformisme, son côté dépendant et son perfectionnisme. Forcément, il cartonne à l’école.

L’autonome Fichez-lui la paix. Celui-là est du genre autodidacte et indépendant. Il assume son intelligence, se sent maître de son destin et prend des risques tout en exprimant ses sentiments, ses besoins et ses objectifs. L’école ? Il la réussit. Mieux : il s’en sert.

Le provocateur Les mauvaises langues pourraient aussi le qualifier d’« emmerdeur ». Il est très créatif, y compris dans son obstination, son sarcasme et son manque de tact. A l’école, comme à la maison, il conteste « le système », se rebelle. On imagine aisément l’impact négatif sur ses résultats scolaires…

Le discret Il a du talent mais il préfère soigneusement le cacher pour se fondre dans le groupe. Peu enclin aux défis et manquant d’assurance, il souffre de frustration et de mauvaise estime de lui. Ah oui : on écrit « il » mais c’est plutôt d’« elle » qu’il s’agit généralement.

Le décrocheur Lui, il a la dent dure contre les grands et, plus globalement, contre système qui n’ont pas su déceler sa différence et répondre à ses besoins. Amer et doté d’un amour-propre en berne, il boycotte les travaux scolaires et brille plus par ses hauts et ses bas que par son bulletin.

Le double étiqueté C’est le haut potentiel caché derrière le dyslexique ou le phobique. Bref, son génie est terni par un gros dysfonctionnement. Son profil est, avouons-le, bien triste puisqu’il mélange tension, découragement, frustration, voire désespoir. A l’école, son travail est de piètre qualité, malgré qu’il soit obsédé par la peur de l’échec.

Comment identifier un enfant HP?

MIS EN LIGNE LE 1/09/2016 À 09:53

PAR ANNE-SOPHIE LEURQUIN

Tous les élèves à hauts potentiels ne se ressemblent pas. Leurs profils peuvent être très variables et il y a lieu de rester prudent dans l’étiquetage de leurs comportements, avertissent les spécialistes. L’évaluation de leur QI ne constitue donc qu’une étape dans le bilan plus global du fonctionnement de l’enfant. Celui-ci peut être considéré à hauts potentiels à partir de 125-130 de QI total. Il est aussi important de savoir que ces enfants peuvent aussi avoir l’intellect « dyssynchronique », c’est-à-dire qu’ils peuvent posséder de hautes potentialités dans certains domaines, alors que dans d’autres ils présentent des capacités correspondant à la moyenne des enfants de leur âge.

« Le risque de confusion de diagnostic est élevé avec les troubles de l’attention, note la psychologue de l’ULB Mélanie Roche. Beaucoup d’enfants HP s’ennuient à l’école, parce qu’ils comprennent plus vite que les autres. Dès qu’ils deviennent inattentifs ou agités, on les envoie chez un neuropsychiatre qui va peut-être leur prescrire de la rélatine. C’est très important de faire un bilan approfondi dans un centre spécialisé. Ni la famille ni l’enfant n’ont l’hypothèse. C’est au corps professoral d’être vigilant, pour pouvoir aider ces enfants ». Toutefois, quelques grandes caractéristiques communes les rassemblent.

1. Précocité Ils apprennent plus tôt et plus vite que les autres élèves.

2. Intuition Leur apprentissage se fait de façon intuitive, globale, synthétique, sans étape ni référence à un modèle prédéfini, par arborescence.

3. Vivacité d’esprit Le traitement de l’information est plus rapide. Ils sont curieux, leur questionnement est abondant et ils sollicitent en permanence l’adulte.

4. Sensibilité Leur sens de la justice est aigu. Leurs préoccupations existentielles sont souvent peu en rapport avec leur âge : l’origine de la vie, la mort, l’astronomie, l’histoire…